‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 485 sur 607 · COURAGE — COURANT · texte numérisé non relu

COURAGE — COURANT

En. vases , justes ou injustes, et souvent aussi selon le résultat

ds. aaauvais que l’on en obtient. D" Fossarr. e courage civil s'entend et se dit, par opposition à la bravoure militaire, de la fermeté d'âme dont on fait preuve dans l'exercice des fonctions publiques, et même dans certains actes dela vie privée. On distingue le courage civil du courage militaire; car ces deux sortes de courage diffèrent , et ilest rare de les trouver réunis. Il résulte même de l'expérience qu’en général le courage militaire est plus facile au citoyen que le courage civil au guerrier, Custine, qui dans les combats avait bravé vingt périls, pâlit devant l’échafaud. A la guerre tout se réunit pour inspirer Ja bravoure, et l’on donne la mort moins pour tuer que pour se défendre. Mais un grand caractère dans l’adversitéest plus héroïque , et nous sommes de telle nature, a dit Sénèque, qu'il n’y a rien au monde qui se fasse autant admirer qu’un homme qui sait être malheureux avec courage. Plusieurs exemples de courage civil ont été donnés durant nos révolu- Lions politiques. Simoneau, maire d’Étampes, assaili sur la place publique par une multitude furieuse, qui pille le blé et veut lui faire réduire le prix du pain, offre sa vie el se laisse massacrer plutôt que de manquer à son devoir. Bailly, maire de Paris, proclamant la loi marale, pour obéir à un décret rendu la veille, et condamré bientôt à mort pour avoir fait tirer sur les attroupements, meurt martyr de la légalité, et ne « tremble que de froid » en subissant les plus cr uelles avanies. Louvet, dans son accusation contre Robespierre, défend avec un grand courage politique le parti de la Gironde. Danton, paresseux et insouciant de la vie, sait mourir en digne chef de tribuns, tandis que Maximilien Ro bespier re, qui a voulu mourir comme Tibérius, et n’a ‘pu se tuer d’un coup de pistolet, est réduit à être porté sur l’échafaud , léchant piteusement la blessure qu’il s’est faite. Lanjuinais, arraché violemment de la tribune nationale par Legendre, s’écrie, en faisant allusion à l’ancien état de son collègue : « Fais décréter que je suis un bœuf, et tu auras le droit de m'assommer! » Boissy- -d'Anglas, présidant la convention lorsque le peuple de prairial lui présente à baïser la téteencore fumante de Féraud, salue avec respect ce trophée sanglant ,et, par son intrépide et noble contenance, fait reculer les meurtriers. La ya, faisant représenter le 2 janvier 1793 VPAmi des Lois, et Marie-Joseph Chénier proclamant sur le même théâtre , sous la dictature de la Terreur, cette maxime accusatrice : Des lois et non dusang ! eurent sans doute dans ces temps de péril un courage civil qui mérite d’être honoré.

Le courage civil n’est pas étranger non plus aux femmes françaises , et Ml de Sombreuil et Cazotte, M" Roland et Lavalette, en ont laissé de glorieux témoignages.

PME Sde Sainte-Amarante et sa fille, jeune et belle personne âgée de moins de dix-huit ans, montrèrent tant de fermeté devant letribunal révolutionnaire, que le farouche Fouquier- Tinville en fut comme frappé d’incrédulité, et voulut aller les voir monter sur l’échafand pour assurer si elles conserxeraient leur caractère jusqu’à la mort. M" la duchesse d'Angoulême, dont Napoléon a dit qu’elle était le seu homme de sa famille, déploya à Bordeaux , en avril 1815, une grande fermeté, qui tenait plutôt dn courage civil que du courage militaire. Il ne suffit pas non plus de savoir donner ou recevoir la mort sans peur, pour exercer le courage civil, car les assassins et les scélérats pourraient réclamer les honneurs de la vertu; mais il faut que l’acte de courage ait un objet louable et des moyens honorables, Nous ne saurions appeler grande et courageuse l'action par laquelle une jeune paysanne espagnole but d’un vin empoisonné et ne craïignit pas d’en faire périr son enfant pour inspirer de la

confiance à un détachement de soldats français qu’elle em-

poisonna presque tous par la même boisson, Ce n’est pas là, selon nous, du courage civil; c’est une haine fanatique de DICT. DE LA CONVERS. — T. VI.

l'étranger, qui n'a produit qu'un multiple assassinat, et n’a‘ point sauvé la patrie, Chaque peuple a ses héros de courage civil. L’Angleterre, ce pays classique de l'esprit public, où il peut soutenir la comparaison avec le patriotisme antique, nous offre parmi les beaux exemples de courage civil la con

duite de John Hampden, qui en 1636 refuse la {axe de mer, demandée par Charles L‘°, et se laissa accuser de trabison plutôt que de se soumettre à des illégalités d'impôts qui menèrent à la république. PARENT-R ÉAL,

COURANT. Pris dans son acception la plus générale, le mot courant exprime le transport ou mouvement progressif d’un fluide quelconque suivant une direction droite ou courbe. Les fluides sont soumis à des lois constantes d'équilibre; et quand, par une cause accidentelle ou régugulière, leurs molécules ont été écartées de cette position normale, elles tendent sans cesse à y revenir. Les courants peuvent donc étre produits, ou par une force perturbatrice de ces lois d'équilibre, ou par celle qui les maintient : ainsi, l’attraction du soleil et de la lune détermine le phénomène des marées, qui sont réellement l’effet d’un courant; un abaïssement ou une élévation considérable de température en un point de l'atmosphère occasionne les vents; enfin, c’est la gravité qui fait glisser les eaux des sources sur les terrains inclinés, les réunit en rivières, en fleuves, et les conduit jusqu’à la mer. Quand une partie d’un fluide se trouve sous l'influence de forces qui n’agissent pas sur toute sa masse, il s'établit un courant partiel, comme on en ren. contre souvent dans l'Océan.

Voici l'énoncé des principaux phénomènes qui ont révéle l'existence de ces courants : les navires qui se rendent d’Europe aux Antilles ou au Brésil, en se tenant sous la zone où soufflent les vents alizés, se trouvent toujours en avant de leur estime, comme si un courant équinoxial d’orient en occident, contraire au mouvement de rotation de la terre, ajoutait son effet à la vitesse du vent pour leur faire parcourir plus rapidement leur route. Si ces navires traversent l’archipel des Caraïbes et pénètrent dans le golfe du Mexique par la baie de Honduras, puis sortent par le canal de la Floride et celui de Bahama pour retourner dans l'Océan, ils sont en effet entraînés par un rapide courant qui suit les contours des terres comme un immense fleuve, remonte jusqu’à la hauteur du banc de Terre-Neuve, et se perd enfin au milieu de l’océan Atlantique. Dans la mer des Indes, on trouve aussi des courants qui pendant six mois portent à l’ouest, et à l’est pendant les six autres mois de l'année. En un mot, dans toutes les parties des deux océans, sur les côtes, dans les détroïits, on a pu observer de ces mouvements progressifs de la mer, et les physiciens en ont cherché les causes.

De la raison bien connue des marées on a voulu con clure d’abord que l'attraction des astres pouvait produire tous les courants dela mer ; puis, quand de nouvelles expériences ont éclairé la science et démontré l'insuffisance et la fausseté de cette explication, on les a attribués à la même cause qui engendre les vents, nous voulons dire la dilatation des fluides sous les feux du soleil. Enfin, de savants géomètres ont cru la voir principalement dans le mouvement de rotation de la terre, qui laissait en arrière, suivant une direction tangentielle, les eaux de sa surface. Alors, on répugnait à l’idée que le vent, qui n’est autre chose qu’un mouvement d’une partie de l'atmosphère, pût agir avec assez de force pour transporter au loin une masse aussi considérable d’eau ; on croyait qu’il ne pouvait produire sur la surface de la mer que des ondulations sans transport de vagues, ainsi qu’un archet fait vibrer les cordes d’un violon Les mathématiques, qui, dans leur application à la physique, démontrent tout ce qu'on veut, parce que les bases qu’on leur donne sont aussi flexibles que la volonté de l’homme, les mathématiques vinrent appuyer ce système, et le rendirent presque général,

Sans entrer dans de plus grands détails sur les explications qu’on à données des courants de la mer, nous allons énumérer les causes qu’on reconnaît aujourd’hui comme pouvant agir efficacement : 1° une attraction ou impulsion extérieure ; 2° la fonte périodique des glaces des pôles; 3° une différence de température et de salure; 4° l'inégalité d’évaporation sous diverses latitudes. De toutes les causes que nous venons dénoncer, et dont l'influence peut avoir lieu simultanément ou séparément, nous considérons les deux premières comme les plus puissantes, l’action des autres n’étant quesecondaire et à peine constatée : elles suffisent du reste à expliquer presque tous les phénomènes. Indépendamment des effets de attraction, qui produit les marées, il est certain que Pair peut produire un transport considérable des eaux de la mer, car on remarque dans-toutes les rades un abaissement ou une élévation très-sensible de niveau toutes les fois qu'il a régné un vent fort sur la côte. Le soleil, dans son oscillation annuelle entre les deux tropiques, détermine, sous la zone torride et à plusieurs degrés au delà, des vents d'est connus sous le nom d’alizés : l’action de ces vents est constante et opère sur l'immense étendue d’eau qui sépare l'Afrique de l'Amérique ; elle amoncelle sur les côtes orientales de ce dernier continent une énorme quantité de vagues, qui, cherchant à se mettre en équilibre d’après la loi des fluides, suivent les contours de la côte du Brésil et de Darien, et vont s’entasser dans la baie de Honduras, d’où elles se précipitent dans le golfe du Mexique par le petit détroit qui sépare l’Yucatan de l’île de Cuba. Là, réunies à l'immense colonne d'eau que versent chaque année dans ce golfe les grands fleuves de l'Amérique du Nord, elles débouchent par le canal de la Floride, contournent la pointe méridionale de cette terre, remontent par le nouveau canal de Baliama , en suivant les inflexions de la côte, et s’inclinant à l’est à la hauteur du banc de Terre-Neuve, se dirigent vers les côtes de l'Europe. Ce courant, connu sous le nom de Gulf-Stream (courant du golfe), parait se bifurquer à la hauteur des Açores. L’une des branches descend vers le Sud, côtoie les rivages de l’Afrique, après avoir fourni les eaux nécessaires à l'alimentation de la Méditerranée, et va rejoindre le courant équinoxial; on a calculé qu’une molécule d’eau mettrait deux ans et huit mois à parcourir cel espace. L'autre branche semble se diriger vers le Nord, en baignant les côtes de France, entre dans la Manche, remonte dans ja Baltique et la mer du Nord, et quelquefois dépose sur les rives de l'Islande et de la Norvège des productions du Brésil et des Antilles, ou des débris de navires naufragés sur les écueils du golfe de Gascogne et de l'Amérique. Un courant équinoxial analogue existe aussi dans la mer Pacifique, mais il n’a pas encore été constaté d’une manière aussi certaine.

L'impulsion du vent explique encore très-bien les courants qu’on a trouvés dans la mer des Indes; car ils suivent dans toutes leurs variations la même loi que les Mmoussons. Près des plages où de grands fleuves déversent leurs eaux, les vagues de l’Océan se trouvent refoulées, et il s’élablit des courants partiels d’eau douce qui s'étendent plus ou moins loin dans la mer : ainsi, sur les rivages de la Louisiane, le Mississipi, l’Orénoque, et la rivière des Amazones, le long des côtes du Brésil, produisent des courants que l’on peut reconnaître, à plusieurs lieues au large, par les troncs d’arbre ou autres débris de végétation qu’ils entraînent dans leur course,

Enfin, la fonte des glaces donne une raison satisfaisante dés courants polaires; car ce changement d’état partiel de la mer accumule près des pôles une masse d’eau fort con sidérable; il y a donc inégalité de pression et nécessité d'écoulement dans la fluide. C’est surtout dans les mers australes que l'on peut reconnaître ces courants; là les énormes glaçons qu'ils charrient ne sont pas arrêtés par les terres , comme près du pôle arctique,

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