COURANT
Quand on examine une rivière ou un fleuve, on distingue aisément que la vitesse de ses eaux n’est pas la même dans toute sa largeur ; elle est plus grande au milieu, ou, comme lon dit, dans le lit du courant, que près des bords. Les molécules liquides, en heurtant les rives, perdent une partie de leur mouvement et changent de direction en ricochant les unes contre les autres; alors on voit se former une multitude de petits tournoiements ou tourbillons; en quelques endroits plus circonscrits , l’eau reste presque en repos. Le même effet a lieu dans les courants de la mer; la vitesse des molécules est plus grande dans le fil de l’eau que sur les bords ; car ici le choe des particules en mouvement contre celles qui sont en repos occasionne une perte de vitesse et un changement de direction. Le Gulf-Stream présente ce phénomène à un haut degré : dans le nouveau canal de Bahama, où sa vitesse est très-grande, la mer est clapoteuse sur s& bords, blanche et couverte d’écume, comme si elle brisait sur des rescifs. C’est ainsi que très-souvent, à une certaine, distance des côtes, les marins reconnaissent des lits de courant.
Le seul moyen qu’on ait de bien constater l'existence des courants ea pleine mer, c’est de comparer les observations astronomiques avec l'estime de la marche du navire, et l’on sait conbien cette méthode est imparfaite; toutes les idées que les physiciens ont émises pour en déterminer la direction et là vitesse sont inapplicables : il est fâcheux pour la navigation que l’on ne soit pas plus éclairé à cet égard. Le Gulf-Stream est sans contredit de tous ces courants celui qu'on a le mieux étudié, et qui est le mieux. connu aujourd'hui ; et cependant chaque jour il arrive des faits qui déconcertent le navigateur le plus expérimenté. L'étude de ce courant a fait naître l’idée d’une nouvelle navigation par le thermomètre. Les eaux échauffées par le soleil des tropiques conservent longtemps une température supérieure à celle de l'Océan, au milieu duquel coule ce courant comme un vaste fleuve d’eau chaude; on a donc proposé de déterminer la position du navire quand il se trouve dans le courant par la différence observée de la chaleur des eaux et de celle de l’air ambiant; mais il ne faut se servir de ce moyen qu'à défaut d’autres. Du-reste, la connaissance que nous avons de ses limites n’est guère fondée que sur des indices ; on n’en retrouve plus la trace quand il s’est élargi au milieu de l'Océan, Qu'on juge d’après cela de la valeur de l'opinion d’un de nos géologues les plus distingués , qui attribue en partie la différence des températures de l'Europe et de l'Amérique sous des latitudes égales à la chaleur communiquée aux côtes de l’Europe par les eaux de ce courant, Nous le répétons, on n’a pas encore constaté exactement l'étendue de sa course , on ne la connaît guère que par induction, d’après les débris de végétation américaine trouvés sur les côtes de l’Europe et de l’Afrique. C’est ainsi qu'on à expliqué la découverte sur le rivage de l'Écosse d’une partie de la carcasse du vaisseau anglais le Tilbury, incendié près de la Jamaïque, On prétend aussi que c’est la vue de produetions étrangères et de deux cadavres indiens apportés par ce courant qui a révélé à Christophe Colomb l'existence d’un nouveau monde. Nous rapportons cette opinion sans y ajouter foi.
Quelquefois des courants contraires existent l’un à côté de l’autre, et semblent se frotter : ainsi; à droite et à gauche du Gulf-Stream , on trouve un courant opposé qui porte vers le canal de Bahama. On dit encore qu’il règne des courants sous-marins dans certains parages ; et c’est par ce moyen que l’on a voulu expliquer le niveau constant de la Méditerranée, malgré la quantité d'eau que lui verse l'Océan, comme si l'évaporation ne suffisait pas à le maintenir, On peut en démontrer théoriquement l'existence ; ils donnent même une raison de l@ basse température des eaux profondes de la zone torride ; mms tout ce que l’on sait à leur égard est basé sur ce fait qu'on a cru retrouver sur les côtes de