‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 490 sur 607 · COURCHAMPS — COUR D’AMOUR · texte numérisé non relu

COURCHAMPS — COUR D’AMOUR

Gaulois commettait quelque offense contre un Carthaginois,

le coupable serait jugé au tribunal des femmes ganapes

Vers le même temps, les Grecs, après la mort de Démophon, |

tyran de Pise; avaient également institué un tribunal où

siégeaient seize femmes choisies dans les seize villes des

Éléens. Postérieurement, à Rome, sous Héliogabale, nous trouvons aussi un sénat de femmes, que Sœmis, sa mère, présidait, et qui rendait des arrêts sur tout ce qui concernait les modes et la galanterie. Il n’est point étonnant de voir ces sortes de tribunaux se reproduire à une époque où l'enthousiasme chevaleresque avait renouvelé l'espèce de culte que les anciens avaient rendu au beau sexe. La galanterie était l’esprit dominant de cette époque; elle faisait le sujet ordinaire de tous les entretiens, et certes la sagacité des dames, à laquelle aucun sentiment du cœur ne peut échapper, devait naturellement être appelée à prononcer sir les questions que peuvent produire l’inconstance, les rigeurs ou les caprices des amants. Telle fut la mission des cours d'amour, dont le pouvoir n’exerçait qu’une autorité d'opinion, mais qui néanmoins fut aussi fort et aussi redouté que si, comme la juridiction des hommes, elles avaient eu en mains des moyens coércitifs.

On a beaucoup parlé des cours d'amour sans les connattre, et depuis Martial d'Auvergne , qui, dans le quinzième siècle, composa un recueil de pure imagination, intitulé Arrêls d'Amour, commentés sérieusement et très-savamment en langue latine dans le siècle suivant par Benoit de Court, un des plus habiles jurisconsultes de son temps, jusqu’à la dissertation publiée en 1787 par le président Rolland, en y comprenant tout ce qu’en ont dit Papon, dans son Histoire de Provence, Cazaneuve, de l’Origine des Jeux Floraux, l'auteur des arcs triomphaux d'Aix, et même deux écrivains fort recommandables d’ailleurs, Ginguené et Sismondi, on ne trouve rien de satisfaisant, rien de précis sur la composition de ces cours, et moins encore sur les formes qu’on y observait et sur les matières qu’on y jugeait. Lacurne de Sainte-Palaie n’a rien laissé sur cette matière : aussi l'abbé Millot, paraphraseur spirituel des notes de ce célèbre philologue, paraît-il, dans le discours préliminaire de son Histoire littéraire des Troubadours, révoquer en doute l'existence de ces tribunaux. Il appartenait à Raynouard d'éclairer ce point intéressant de notre histoire, à l'aide d’un manuscrit de la Bibliothèque Impériale, que parait également avoir connu M. d’Aretin, bibliothécaire à Munich, et dans lequel son auteur, André, chapelain de la cour royale de France, qui vivait vers 1170 , fournit sur les cours d'amour des documents d’autant plus précieux qu'ils sont uniques. C’est aussi dans cé manuscrit, intitulé : De Arte Amatoria et reprobatione amoris, que nous puiserons principalement les notions suivantes.

Les cours d'amour dont parle André le chapelain , et dont

il rapporte un grand nombre de jugements, étaient celles, |

1° des dames de Gascogne; 2° d’Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, en 1143; 3° de la reine Eléonore d'Aquitaine, mariée en 1137 à Louis dit le Jeune, roi de France, et ensuite à Henry II, roi d'Angleterre; 4° de la comtesse de Champagne, Marie de France, fille de Louis VII ; 5° enfin de la comtesse de Flandre, Sibylle, fille de Foulques d’Anjou, qui épousa en 1134 Thierry, comte de Flandre, Quant aux cours établies en Provence, les détails qui les concerneut nous ont été transmis par le vieil historien des troubadours, Jean de Nostradamus, frère du célèbre astrologue et médecin de ce nom, qui cite les cours qni se tenaient à Pierrefeu, à Romanin, à Signes et à Avignon. Il désigne également les dames qui les présidaient, parmi lesquelles on voit figurer la comtesse de Die, qu'on pourrait à juste titre nommer la Sapho du moyen âge, et plus tard la fameuse Laurette de Sade, tant célébrée par Pétrarque. Le plus ancien des troubadoursdontles poésies soient parvenues jusqu’à nous, Guillaume IX, comte de Poitiers et d’Aqui-

Page 1