COUR DES POISONS
bles dupes n’en avait pas été ébranlée, Un second rendez-vous fut pris, un nouveau billet fut écrit par la duchesse : il de: vait exprimer et exprimait en effet le véritable objet de sa demande ; il fat mis au fourneau comme le premier, mais ilne revint pas. Il contenait le secret de la duchesse ; elle voulait se défatre de son mari pour épouser M. de Vendôme Tous les empoisonneurs, prétendus nécromanciens, procédaïent de même,
Les procès-verbaux de la cour des poisons constatent d’autres circonstances ‘plus incroyables. Le sacrilége, les blasphèmes, les plus obscènes profanations, se mélaïent à ces préparatifs d’empoisonnement. Une messe était célébrée par ces fabricants de poisons, les abbés Le Sage, Guibourg, aumônier du comte de Montgomery, Davot; une femme sérvait d’antel, et, après la consécration, le prêtre sacrilége pranonçait la conjuration suivante : « Je vous conjure , esprits, dont vos noms sont dans ce papier écrits, d'accomplir | la volonté et le dessein de la personne pour laquelle cette messè est célébrée, » Un billet qui énonçait en termes formels le crime projeté était en effet remis avant la messe, et déposé sûr l’autel. Ces messes étaient payées fort cher. L'abbé Guïhoutg avait reçu 20 pistoles pour une prétendue messe ainsi célébrée dans une masure à Saint-Denis, La grande dame quien était l’objet avait envoyé sa femme de chambre « à sa place; ces sortes de substitutions étaient admises sans difficulté. F- 1
Au miliéu du trouble et de l’émoi qui avaïent saisi la cour, on surprit à Louis XIV l'ordonnance de création d'un tribunal d'exception, de cette commission extraordinaire que l'opinion a qualifié cour des poisons. On observa que pour la première fois aucun membre du parlement ne fut appelé dans cette commission extraordinaire. Depuis près de trois années le parlement avait poursuivi sans relâche les fabricants et distributeurs de poisons; les magistrats qui avaient concouru à l'instruction et au jugement de tous ces … procès en connaissaient toutes les ramifications : ils offraient par leurs antécédents toutes les garanties d’une justice prompte, éclairée et sévère. Mais on voulait à tout prix : sauver d’illustres criminels. Le roi croyait faire grâce et non pas justice. 11 prévint lui-même la comtesse de Soissons qu’elle allait être décrétée d’ajournement personnel, et que si elle ne se sentait pas bien nette du fait des poisons,
il lui conseillait en ami de pourvoir à sa sûreté. Le maréchal duc de Luxembourg fut absous; maïs le roi l’exila dans. ses terres. Son intendant, François Bonnard, avait été jugé ensuite, et condamné à faire amende horable, la corde au … cou, et aux galères à perpétuité. Les comtesses de Soissons, … du Roure et de Polignac, étaient accusées d’avoir offert à
la Voisin des sommes considérables pour se défaire de M!° de
la Vallière ; la comtesse de Polignac était en outre accusée d’avoir empoisonné un valet de chambre, confident de ses amours, et dont elle craïgnait l’indiscrétion; la marquise d’Alluye, d’avoir empoisonné son beau-père. Ces dames ne comparurent pas devant la chambre royale; elles s'étaient réfugiées en pays étranger. La duchesse de Bouillon, accusée d’avoir voulu empoisonner son mari pour épouser ensuite M. de Vendôme, qu’elle aimait, osa se présenter et tourna ses juges en dérision avec beaucoup d'esprit. Chacune de ses réponses était un sarcasme. Elle n’en fut pas moms aequittée; elle fit circuler à la cour et à Paris des copies de son étrange interrogatoire, et arrivée en Italie, elle menaça
le roi de le faire imprimer.
La duchesse de La Ferté disait après l'exécution de la Voisin : « Dieu lui fasse miséricorde! elle avait de grands vices, mais elle était toute pleine de petits secrets pour les femmes, dont les hommes devaient lui savoir gré : par exemple, ete... » J'omets le reste du panéyyrique de la Voisin, Mme de La Ferté avait plus d'esprit que de pudeur, et faisait bon marché des convenances bourgeoises. Elle était elle-même impliquée dans cette horrible procédure;
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