COUR DES POISONS — COUREUR L
elle devait être jugée innocente, disait devant le roi et Mme de Maintenon le marquis de Rivière ; la preuve qu’elle n’a jamais empoisonné personne, c’est que je suis vivant, et je suis certain qu’elle ne haïit que moi dans le monde. Je présume que sa haine vient de ce qu’un jour je l’assurai de mon profond respect, et qu'un peu auparavant j'avais déclaré ne respecter que les femmes laides et imbéciles ou galantes. » Le roi rit beaucoup. La princesse de Tingry avait été aussi décrétée d’ajournement personnel : elle était accusée d’avoir empoisonné ses enfants. « Je m’aurais jamais, dit Mme de Montmorency, soupçonné la princesse Tingry de galanterie; sa figure garantissait sa réputation, et si j'étais homme, et que j'eusse une maitresse comme elle, à coup sûr je ne l'aurais prise que pour ne pas craindre de rivaux. Pour moi, je crois que le diable, qui lui a fait tuer ses enfants, en était le père, et qu’elle s’en est défaite pour sauver l'honneur de son amant. » C'était avec cette légèreté cynique que l’on parlait des empoisonnements, dans une cour où chaque famille comptait un accusé ou des victimes. Louis de Clermont, comte de Saissac, figurait aussi dans les révélations de l'abbé Le Sage. Ce fameux empoisonneur avait déclaré que le comte voulait se défaire de son frère, le comte de Clermont, et qu'il avait fait travailler chez lui à des essences dangereuses. La cour des poisons avait commencé l'instruction de ce procès. Le comte n'avait pas été arrêté, et ce ne fut qu’en 1691, plusieurs années après que celte cour avait été dissoute, qu’il reparut ( 1691) ; il demanda et obtint une lettre de cachet pour entrer à la Bastille, Il fallut une nouvelle ordonnance pour reconstituer la commission ; elle reprit la procédure commencée onze ans auparavant, ordonna qu'il serait plus amplement informé pendant trois mois ; et ce délai expiré sans que le procureur général eût produit de nouvelles charges , le comte de Clermont-Saissac fut acquitté et mis en liberté le 4 décembre 1692.
On crut avoir assez fait pour arrêter le cours des empoisonnements qui menaçaient toutes les existences, en faisant périr les artisans et marchands de poisons. L'expérience du passé aurait dû convaincre les ministres et le tribunal d’exception qu'ils avaient créé, que d’autres empoisonneurs ne manqueraient pas, tant qu’ils trouveraïient de riches complices pour les payer. Si Louis XIV, au lieu de céder à des considérations de personnes, eût laissé le parlement continuer son œuvre de justice et de rigueur contre tous les coupables d'empoisonnement, sans égard pour leur rang et leur naissance, il eût peut-être évité les longs et douloureux chagrins qui affligèrent sa vieillesse. Il apprit, mais trop tard, que tous les empoisonneurs n'avaient point péri sur les échafauds, et il vit sa belle et nombreuse postérité mourir avant le temps et.par le poison. Sans cette indulgence il n’eût sans doute pas fait à la France l’injure de lui imposer ses hâfards comme héritiers du trône, à défaut de descendants légitimes. Une seule victime échappa, ce n'était qu’un enfant débile : cet enfant du miracle fut Louis XV. Aïnsi, sous le prétexte de sauver l'honneur de quelques familles, compromis par le plus lâche des assassinats, Louis XIV avait compromis réellement l'existence et les droits de sa dynastie. La cour dont nous nous occupons n’avait été imaginée que pour frapper les complices, des femmes et des prêtres obscurs, et pour absoudre de nobles coupables. Créatures des ministres, des conseil-
lers d’État, les maîtres de requêtes qui composaient cette
commission royale, que l’histoire a flétrie du nom de cour des poisons, ne jugeaient pas d’après leur conscience, mais par ordre. Le parlement eût été moins facile, et ses arrêts eussent mis un ferme aux empoisonnements, qui bientôt atteignirent de plus illustres victimes. Durex (de l'Yonne),
COUREUR, proprement celui qui est léger à la course, qui se pique de bien courir, Aux jeux olympiques, il y avait des lutteurs, des coureurs et autres athlètes qui se vraient à toutes sortes d’exercices physiques, généralement
DICT. DE LA CONVERS. — 1. V1
trop négligés chez les peuples modernes. En termes de guerre, on appelle coureurs ou éclaireurs des cavaliers dé- tachés pour battre l’estrade, pour aller aux nouvelles et à la découverte de l'ennemi. On applique aussi cette épithète, mais en mauvaise part, à ceux qui sortent de la garnison pour aller à la picorée. En termes de manége, on appelle coureur un cheval de selle propre pour la course, et plus particulièrement encore pour la chasse, On dit qu’un chasseur a tant de coureurs dans son équipage de chasse, On appelle aussi un coureur de bague celui qui court la bague.
On donne encore le nom de coureur à celui qui ne saurait rester en place ni demeurer dans sa maison; on dit en ce sens qu’un homme est un coureur, qu’il est toujours en voyage, en course, qu'on ne le rencontre jamais chez lui, 1! prend même quelquefois alors l’acception de vagabond ou de libertin. En affaires d'amour et de cœur, coureur devient synonyme d’inconstant. Coureur se dit généralement de celui qui court avec empressement, avidité, après certaines choses qu’il souhaite, qu’il désire ardemment, 11 y a des coureurs d'aventures, des coureurs de bonnes fortunes, de femmes, d’héritages, de bals, de concerts, de sermons, de bénéfices. On a remarqué généralement que les hommes ne courent pas seulement après les choses qui conviennent à leur tempérament et à leurs facultés, et auxquelles par conséquent ils sont le plus propres, mais souvent aussi, par un travers d'esprit inexplicable, ou du moins ineæpliqué, après les choses qui peuvent le plus leur nuire, et où ils peuvent apporter le moins d’aptitude et de dispositions heureuses. Quant aux coureurs de places et de bénéfices spécialement, ils avaient donné lieu au proverbe suivant : Ce sont les chevaux qui courent les bénéfices, et les ânes qui les attrapent.
En histoire naturelle, la famille des lièvres, dans l’ordredes . rongeurs, a été bien définie par de Blainville sous le nom de coureurs, qui distingue ces animaux de ceux du même ordre nommés par lui grimpeurs, fouisseurs et marcheurs.
Dans la classe des oiseaux, le même naturaliste nous paraît avoir très-heureusement caractérisé la famille des autruches sous l’épithète de cursores ou coureurs, en les intercalant entre les oiseaux marcheurs ou gradatores, et les échassiers ou grallatores. On a encore donné le nom de coureurs 1° à certaines araignées qui sont vagabondes et ne filent pas de toile; 2° à une famille d'insectes orthoptères, dont les pieds postérieurs, ainsi que les autres, sont uniquement propres à la course; 3° à une famille de crus- . tacés qui se font remarquer par leur agilité, et dont tous les pieds sont destinés à l’usage de la course.
Dans les mines de houille, on appelle coureurs de jour les filons qui viennent mourir à la superficie de la matière.
Coureuse se dit au propre d’une femme qui court bien : c’est une bonne coureuse, comme on dit de celle qui marche bien : c’est une bonne marcheuse; maïs vulgairement on donne ce nom aux filles et aux femmes de mauvaise vie, à celles enfin que les Latins appelaient vagæ.
Edme HÉREAU.
Nicot, dans son Trésor de la Langue Française (1606), dif : « Coureur est celuy qui court ( cursor); maïs le Françoys en use en blasme, disant d’ung qui ne s’arrête où il doigt et à son mesnage et besogne : c’est un coureur; et courreuse d’une femme qui le fait ainsi ( cursitator, cursitatrix }, qui vont ça et là errer et vaucrer pendant le temps. Mais, au pluriel, coureurs sont les gens de cheval, armez à légère, qui se partent d’une armée pour faire courses, pilleries et dégasts au pays, à l’ennemy (excursores ). » Nicolles Gilles a écrit dans la Vie du roy Philippe de Valois : « Tandis que le roy d'Angleterre estoit à Poissy et son fils à Saint-Germain-en-Laye, où ils furent par six jours, leurs coureurs gattèrent et brülèrent tout le pays, etc., et ne sont pas les mêmes que uvant-coureurs, car ceux-ci devancent l’armée quimarche.... On dit aussi coureur de poste
celuy qu’on nomme communément courrier. On dit pareillement coureur de bénéfices, ce qu’on fait sonner en mauvaise part. » Telles sont en effet toutes les acceptions dans lesquelles fut pris ce mot jusqu’au dix-septième siècle, et presque toutes nous sont restées, en même temps qu’il en a été créé de nouvelles,
Le mot coureur n'était pas encore en usage au commencement du dix-septième siècle pour désigner ces domestiques tout chamarrés d’or, de rubans et de plumes, que les grands seigneurs du dix-huitième siècle étalaient derrière leurs voitures et employaient à porter leurs messages. On prétend que nous sommes redevables de cette mode à l'Ifalie, et que Marie de Médicis et Mazarin sont les premiers qui introduisirent en France ce luxe nouveau. Malheureusement la richesse du costume des coureurs et ses couleurs claires et brillantes convenaient mal à nos rues sales et à notre climat pluvieux ; aussi les coureurs ont-ils complétement disparu à la révolution de 1789, pour faire place aux chasseurs. Le Roux DE Lincy.
Les coureursappartenant à degrandes maisons faisaient autrefois des joûtes qui donnaient lieu à des paris extravagants, Le public prétendait qu’ils étaient dératés. A cette époque, où l’on avait la manie d’imiter les jeux de la Grèce, on institua dans les fêtes publiques des courses à pied, qui ae sesoutinrent pas longtemps. Aujourd’hui ce n’est plus que de loin en loin qu’on entend parler de coureurs à pied, et encore le public passe-t-il indifférent devant leurs annonces.
COURE-VITE ou COURT-VITE, genre de la famille des échassiers pressirostres, dans lequel ou range aujourd’hui cinq espèces. Ces oiseaux, dont le bec, grêle et conique, est arqué, sans sillon et médiocrement fendu, ont les ailes courtes et les jambes assez petites, se terminant par trois doïgts sans palmures.
La seule espècesur laquelle on aït quelques renseignements et qui vit dans le nord de l’Afrique, est fauve-clair, avec le ventre blanchâtre ; on l’a vu quelquefois en Europe, et particulièrement en France, aux environs de Paris. Ses mœurs sont tout à fait inconnues, ainsi que celles de ses congènères, dont lun a été trouvé aux Indes. P. Gervais.
COURGE (cucurbita), genre de plantes de la famille des cucurbitacées, qui contient un grand nombre d'espèces, connues sous les noms vulgaires de calebasse, potiron, coloquinelle, cougourdette, citrouille, giraumont, patisson, pastèque, etc. Toutes ces espèces
leurs variétés se multiplient de graines, que l’on fait lever sur des couches ou sur des plates-bandes garnies de terreau, et exposées au midi, pour en repiquer ensuite le plant en pleine terre, à une bonne exposition. On peut aussi les semer en pleine terre dans des trous garnis de fumier et de terreau ; et lorsque le plant est levé, on n’y laisse que la tige la plus forte. En résumé, ces plantes demandent de la chaleur, une bonne terre franche et légère et de fréquents arrosages,
COURIANDE. Voyez CHATAIGNIER.
COURIER (Pauz-Louis), né le 4 janvier 1772, mort assassiné, le 10 avril 1825, était fils d’un propriétaire de la Touraine, qui avait failli lui-même périr dans un guetapens, à la suite d’une aventure galante. Il fut élevé sous les yeux de son père, et fit de bonnes études. Conune il se destinait à la carrière militaire, il entra en 1792 à l’école d’artillerie de Châlons. Il en sortit avec le grade de lieutenant d'artillerie à cheval, et il resta au service jusqu’en 1810. Dans le cours de ses campagnes, le hasard conduisit en Italie le corps d’armée dont il faisait partie, et son régiment fut désigné pour l'occupation. La beauté du climat le séduisit, Le repos dont il put jouir en l'absence de toute hostilité lui permettait de se livrer à l’étude, et le retint dans ce pays ; aussi, loin de solliciter un avancement auquel un service plus actif lui eût donné des droits, satisfait du grade de chef d’escadron, qu’il avait obtenu, il ne chercha qu'à faire oublier ses studieux loisirs. Ce fut dans une des bibliothèques de Flo-
COUREUR — COURIÉR .
rence qu'il découvrit un manuscrit de Longus, contenant un fragment de Daphnis et Chloé que l’on croyalt perdu, Courier le restitua en grec et en français, et révéla à l'Europe un helléniste distingué. Cette découverte excita l’envie de quelques savants italiens, entre autres du bibliothécaire Furia, qui avait le manuscrit sous sa garde, et qui l'avait décrit sans s’apercevoir qu’il était complet. Une tache d'encre faite par mégarde sur le précieux manuscrit fut l’occasion ou le prétexte de plaintes graves portées contre le jeune officier français. Alors commencèrent contre lui les premières persécutions du pouvoir, qui, bien qu'étranger à cette affaire, désirait sans doute faire sentir son action à Courier. Celui-ci d’ailleurs la bravait hautement chaque Jôur, et jusque-là avec impunité. Un exemple entre mille prouvera cette assertion, Il avait été témoin du peu de bravoure d’un général français pendant une affaire en Calabre : c'était César Berthier, frère du prince de Wagram. Quelques jours après, dans un convoi, il rencontre un caisson du général, recouvert en toile peinte, et portant écrit en grandes lettres le nom de son propriétaire. Courier approche du caisson, enlève avec son sabre le mot César, et s'adressant au conducteur, étonné : « Tu diras à ton maître que Courier veut bien qu’il continue à s’appeler Berthier, mais pour César, il le lui défend. » On conçoit qw’après une télle avanie, faite publiquement au frère du ministre de la guerre , il devait attendre tout autre chose que de l'avancement.
Le premier ouvrage qu’ait publié Courier est un éloge d'Hélène, d'après Isocrate, traduction ou plutôt imitation que l’auteur dédia, en 1800 et sans se nommer, à M”° Constance Pipelet, depuis princesse de Salm. Parurent ensuite la traduction du fragment de Longus, et la lettre à M. Renouard, libraire, sur la discussion relative à la tache du manuscrit. C’est un modèle de satire et de polémique. L'Hippiatrique de Xénophon, ouvrage qu’un officier de cavalerie seul pouvait convenablement traduire , fut publiée vers 1807, peu de temps avant que Courier quittât le service militaire. Depuis longtemps en effet il avait conçu le projet d’abandonner cette carrière; il voulut cependant servir dans une armée commandée par le grand capitaine qui était parvenu à changer la face de l’Europe. Ce n'était point un sentiment d’admiration, mais bien plutôt le désir d'observer, qui lui fit souhaiter de voir de près les opérations et le système stratégique de Napoléon. Courier l’'accusait d’avoir détruit l'esprit de l’armée en remplaçant l’élan patriotique et généreux des vieilles troupes républicaines par l’appât effréné des décorations et des grades. La peinture qu'il se plaisait à faire dès lors de ces nouveaux courtisans , qui quittaient le corps de garde pour peupler les vestibules des Tuileries ou du palais de Naples, était de la plus grande vérité comique. Il composa sur ce sujet plusieurs dialogues pour la comtesse d’Albani, qui n’ont pu être mis au jour qu'après sa mort. Dans le temps leur impression eût été impossible, et Courier aurait regardé comme une lâcheté inutile de les livrer au public quand ji] n’y avait aucun danger à le faire et que le ridicule qu’ils signalaient avait disparu. Un de ces dialogues, dans lequel la gloire militaire est réduite à sa juste valeur , est un chef-d'œuvre de logique et d'excellente plaisanterie.
En 1809, époque où les hostilités reprirent tout à coup en Allemagne, Courier , alors en congé à Paris, demanda et obtint de se transporter activement sur le théâtre de la guerre. Il fit la campagne de Wagram en militaire expérimenté et profond. A la paix qui suivit, il donna sa démission, et revint à Paris, avec l'intention de s’y livrer exclusivement à l'étude, Ce fut alors, et après avoir vu de ses propres yeux la tactique adoptée par l'homme qui passait pour le premier capitaine de son temps, que Courier nous confirma ce qu'il avait avancé déjà plusieurs fois : que ce héros n’était qu’un chef d'invasion, qui avait su persuader
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cinq cent mille hommes armés de marcher sur un seul point, comme sils n’eussent été qu’un seul. « Avec de semblables masses, disait Courier en 1810, on avance, mais on ne peut pas reculer. Une défaite, et l’ennemi est à Paris. » Quoïiqu’il ne pensât pas sans doute que sa triste prédiction se réaliserait si facilement, son amour de l’indépendance, sa passion pour l'étude, un patriotisme généreux et éclairé, l’éloignèrent des rangs de l’armée, qu’il regardait comme solidaire et responsable des malheers que l'ambition de son chef accumulait sur la France. Des rapperts de goûts et d’études l'avaient lié avec Clavier, savant helléniste lui-même et honnète homme. Courier épousa sa fille atnée, et se retira à Veretz en Touraine, quelque temps après la mort de son beau-père.
A la Restauration, Courier, pour nous servir de ses propres expressions, donna en plein dans la charte, qui nous promettait plus de liberté que nous n’en avions eu jusque là , et un gouvernement basé sur les lois, La réaction de 1815, qui se fit sentir en province plus encore qu’à Paris, lui inspira son premier écrit politique : la Pétition aux Chambres, au nom des habitants de Luynes. En retrouvant le fragment de Daphnis et Chloé, Courier voulut le traduire; mais il n'existe qu'une seule traduction de cette charmante pastorale : elle est d’Amyot, le traducteur de Plutarque, et par conséquent écrite en vieux français. Pour que la partie restituée fût en harmonie avec le reste de Pouvrage, Courier étudia le langage d’Amyot et celui des auteurs contemporains, et avec cette conscience qui faisait le fond de son caractère, il reproduisit le passage inconnu d’Amyot avec tout le charme et la grâce naïve qu'aurait pu y mettre l’homme de la cour de François I°", Ce travail Ini révéla à lui-même une facilité jusque alors ignorée pour traduire les auteurs grecs. Il ne se trouva plus forcé de chercher des équivalents, de torturer les périphrases sim-
ples de l’antiquité pour en faire passer le sens naturel dans :
notre langue dédaigneuse. Il trouva dans ce vieux français une certaine énergie que n’affaiblit point l’abondance élégante de la période grecque; il lui sembla, enfin, que ce langage gaulois conservait ce juste milieu entre la sécheresse et le werbiage, qui de jour en jour devient pour nous plus difficile à garder. Il adopta ce principe pour traduire PAne de Lucius. La simplicité presque primitive de notre vieux langage lui sembla propre surtout à interpréter la simplicité, également primitive, du style d'Hérodote, et il entreprit une traduction de cet historien, dont il n’a publié qu'un fragment en forme de prospectus. Il travaillait encore à cet ouvrage, pour lequel il avait une sorte de prédilection, quand la mort la plus affreuse et la moins attendue vint le surprendre.
C’est l'étude approfondie des anciens auteurs français et l'habitude qu’il avait contractée d'écrire dans leur langage qui donnèrent à son style un aspect particulier, dont l’originalité contribua puissamment au succès des pamphlets politiques qu’il publia depuis. L’arbitraire et l’abus du pouvoir, contre lesquels la générosité de son âme se soulevait presque involontairement, l’engagèrent à prendre fait et cause contre des exactions qui ne le froissaient point personnellement. Il irrita ainsi quelques puissances subalternes, qui bientôt lui fournirent l’occasion de parler pour son propre compte; et le Simple Discours à l’occasion de la souscription de Chambord fut le prétexte dont se servit l’autorité pour obtenir contre lui une condamnation de deux mois de prison devant la cour d’assises de la Seine. Ce jugement donna lieu à une Histoire du Procès de Paul-Louis Courier, vigneron, etc., qu’on pourrait croire écrite par Molière. Et cependant la gaieté maligne de Courier ne put supporter l’épreuve de la captivité. Convaincu de l'innocence de ses Opinions, amant passionné de la liberté, qu’il n'avait jamais soumise même aux impérieux devoirs de l’état militaire, l'injustice de cette courte détention lui causa le plus
violent chagrin. Dans une visite que nous lui fimes à Sainte-Pé* lagie, n’ayant pas le courage de l’en plaisanter, nous ne pûmes que déplorer l’usage qu’il faisait de son talent à produire des opuscules piquants, mais fugitifs, et dont il ne pouvait supporter les conséquences; nous l’engageimes à poursuivre ses travaux commencés, plus sérieux et plus durables. Il nous répondit par écrit : « Vous avez bien raison ; les querelles de la politique n’ont pas le sens commun, non plus que les autres querelles : tout cela fait pitié ! Vos conseils me semblent fort sages et ne seront pas perdus, J’envoie au diable les ultras et les jacobins, la droite, la gauche et le centre. Dans le fait, je sais par expérience qu’il ne faut pas se mettre sur le pied de dire au public ce que chacun pense et dit publiquement ; la vérité n’est bonne à rien, Ainsi, prenez-y garde vous-même, car mieux vous la direz et plus elle vous nuira. » Courier n’en continua pas moins à publier de nouveaux pamphlets, dont l'un le fit encore remettre en jugement. Acquitté cette fois (il en serait mort), Courier devint plus prudent, et ses derniers écrits politiques furent imprimés clandestinement,. |
Du reste, la vie entière de Courier fut une suite d’actions qui pourraient paraître contradictoires à quiconque n’aurait pas une connaissance intime de son caractère ardent à saisir toutes les impressions, ce qui l’a rendu l’un des hommes les plus souvent trompés qui aient existé; mais sa loyale franchise exprimait bientôt d’autres sentiments. C’est ainsi qu’il postula un fauteuil à l’Académie, qu’il tourna bientôt en ridicule dans le plus piquant peut-être de ses écrits ; c’est ainsi que, l'opposition ayant cru pouvoir le compter dans ses rangs, Courier, étranger à tout parti, prouva qu'il n’en adoptait qu’un, celui de sa conscience, et nous lentendîmes tourner en moquerie « tel qui le matin, après avoir bravé les potentats, le soir, devant un coryphée du parti, s’inclinait profondément, et n’osait s’asseoir dans le salon d’un autre qui lui frappait sur l'épaule en appelant mon cher. » Courier travaillait beaucoup ses moindres ouvrages. Il recopiaitsa propre correspondance, et l’on doit lui en savoir gré ; car c'est sur ses brouillons qu’on l’a publiée.en deux volumes, en 1828. Il poussait la correction du langage jusqu’au purisme. Cet écrivain, qui maniait si habilement le sarcasme, sous la plume duquel la satire était mordante et souvent cruelle, devenait l’homme le plus-doux dans la discussion, le plus accessible à la raison, le plus tolérant dès qu’il avait reconnu le principe d’une opinion, quand bien même il n’en eût pas admis les conséquences. La bonne foi était sa vertu. Apte à tous les sentiments vrais, il les respectait tous dans autrui : sa haïne pour le mensonge et la tyrannie était seule implacable.
Tourmenté par les résultats fâcheux peut-être d’une exploitation agricole et par des chagrins domestiques, Courier avait résolu de se fixer à Paris, de s’y occuper exclusivement de travaux littéraires et de l’éducation d’un fils qu’il chérissait. I] faisait à Veretz un dernier voyage, lorsque, atteint par une main obscureet restée inconnue, il meurt au moment d'ajouter de nouveaux titres à sa réputation, au moment où ses anws espéraient jouir pour la première fois, sans de longs intervalles, de la conversation spirituelle, animée, instructive, d’un homme au cœur droit, riche d’études nombreuses et variées, d'observations fines et justes.
Viozcet-LEDuc,
COURIR, en termes de marine, se dit dans une foule d’acceptions, et marque généralement un mouvement progressif en avant. Courir au nord ou au sud, c'est faire du chemin vers le nord ou vers le sud, sous quelque allure que ce soit; on en dit autant des autres aires du vent. Courir au plus près, c’est faire du chemin au plus près du vent. Courir à terre, c'est se diriger vers la terre. Courir au large, c’est, au contraire, s'éloigner de terre, avoir le cap au large, gouverner au large, soit au plus près, soit sous toute autre allure. Courir vent arrière, c'est gouverner
dans la direction du vent, placer la quille du vaisseau dans la direction du vent, de manière qu'il souffle dans la poupe. Courir la grande bordée : on désigne ainsi le service des quarts à la mer, lorsqu'ils sont distribués de telle sorte qu’il n’y en ait que deux; moitié de l'équipage est de quart, et l’autre moitié est couchée. Un vaisseau couré sur son ancre quand, n’étant pas affourché, le vent ou la marée le poussent sur son ancre sans qu’il réponde à l'appel de son sâble. Le résultat immanquable de cette manœuvre est de surjaler l'ancre, c’est-à-dire de la faire passer par-dessous le jas, et la forcer ainsi à prendre une direction oblique, qui la fait chasser. Un vaisseau court sur son cdble quand, ayant beaucoup de mou (c’est-à-dire ses haubans étant lâches) dans ses amarres, pendant un coup de vent, le ressac le ramène de l'avant. Le câble alors, par son élasticité, prend du mou après son effort et se détord, s’imbibe plus facilement et subit une sorte de trituration qui le fatigue, et peut à la longue le faire casser. Il faut alors un peu roidir l'affour (lespace compris entre les câbles d’un vaisseau à l'ancre); mais si on est sur une ancre, le mal est sans remède d’un temps forcé.
On dit aussi courir à grasses écoutes, à grasses boulines. Faire courir les garants (partie du cordage d’un palan, d'un appareil, c’est les affaler (les faire descendre, les abaisser ). Fais courir est un commandement au timonier pour lui dire de porter plein, de donner, par cette raison, de Pair au vaisseau, de ne pas serrer le vent aussi près qu’il le pourrait. Laisse courir est une expression, un commandement indéterminé, qui s’applique à tout. Ainsi, quand on court la bordée de terre, un pilote dira : « Laisse courir, il y a de l’eau »; si l’on double un danger, on dit : « Laisse courir, nous sommes parés; » si l’on conseille une précaution que l’on ne veut pas prendre, on répond : « Laissez courir, il n’y a point de soin; » c’est-à-dire laissez aller, il n’y à pas sujet de s'inquiéter,
COURLANDE (en allemand Xwrland), aujourd’hui l’un des gouvernements de l'empire de Russie et comprise aussi au nombre des Provinces de la Baltique, formait jadis un duché indépendant, divisé à bien dire en deux duchés différents, celui de Courlande et celui de Semgal- Ten, qui en était la partie orientale, et appartenait avec la Livonie aux chevaliers de l’ordre Teutonique. Mais quand la puissance de la Russie devint de plus en plus redoutable à ses voisins, et lorsque les chevaliers de l’ordre Teutonique ne purent plus se maintenir en Livonie contre les Russes, le dernier grand-maître, Gothard Kettler, accepta en 1561 des Polonais, à titre de fief, la Courlande et la Semgallen en échange de la cession de la Livonie; traité qui fonda en même temps la puissance temporelle de l’ordre, qui n’await été jusque alors qu'une aristocratie ecclésiastique, attendu que les héritiers de Kettler se transmirent ce fief jusqu'au dix-huitième siècle. Par suite du mariage contracté en {710 entre le duc Frédéric-Guillaume de Courlande avec une princesse Russe, Anne, fille du tsar Ivan, et surtout après la mort du duc, arrivée l’année suivante, et qui laissa Anne souveraine sous la protection de Pierre le Grand, la . Courlande tomba dans la dépendance la plus complète de la Russie, et par là même dans de violents conflits avec la Pologne, dont les ducs de Courlande continuaient à être regardés comme les vassaux.
En 1730, à la mort de Pierre II, la duchesse Anne étant montée sur le trône de Russie, elle défendit avec autant d’énergie que de succès les droits de son oncle et successeur en Courlande, le duc Ferdinand, qu’elle sut constamment protéger contre les intrigues du parti polonais. A la mort de Ferdinand, arrivée en 1737, Anne fit élire duc de Courland, son favori et grand-chambellan, le comte Ernest-Jean de Biren, lequel toutefois ne sut pas plus se concilier l’affection du parti russe que celle du parti courlandais , et qui ! aussitôt après la mort d’Anne, en 1740, fut en conséquence |