COUR PLÉNIÈRE — COURRIER
toffes de soie à crépines d'or et d'argent , les façades et les parois des monuments publics ornées d’armoiries et de devises ; les étendards des seigneurs flottaient à toutes les fenêtres des maisons particulières. Le peuple en habits de fête, les Jeunes femmes vêtues de blanc et couronnées de roses; les corps de bourgcoisie en longues robes vertes ou bleues, les artisans divisés par classes, qui chacune avait sa livrée, se rangeaient sur le passage du souverain, précédé du clergé
- portant les croix d’or et les bannières des abbayes voisines,
dont tous les clochers carillonnaiert du matin jusqu’au soir.
Le prince, entouré de la noblesse, s’avançait lentement, monté sur un coursier blanc, qui agitait son collier de sonnettes et sa crinière empanachée. Au bruit des cymbales et des buccines, la plus belle fille, les cheveux flottants, et ornée d’un chapel d'églantiers, venait à la rencontre de Pillustre visiteur, et lui présentait les clefs de la ville. De toutes parts on criait : Noël! et Vive Le roi! et l’on répétait, suivant l’adage du temps, Bon roi amende le pays.
La fête, qui durait sept ou huit jours, commençait par uxe messe solennelle, pendant laquelle le célébrant, qui était toujours un évêque , déposait sur la tête du roi, avant Pépitre, une couronne. Le roi ne quittait cette couronne qu’en se couchant : il la gardait à table et au bal. Il mangeait en public, dans un lieu un peu élevé, pour être vu de tout le monde, Les tables, auxquelles étaient admis les évêques, les ducs, les abbés, les comtes et autres seigneurs, étaient servies avec profusion. Devant chaque service qu’on portait sur celle du roi marchaïent des joueurs de tlûtes, de hautbois et un grand nombre d'officiers. A l’entre-mets, vingt héraults d'armes rangés en rond devant la table, et tenant à la main chacun une coupe pleine de pièces de monnaie criaient trois fois : « Largesse du plus puissant des rois! » Puis ils semaient l’or et l’argent; et tandis que le peuple le ramassait avec des cris de joie, les trompettes sonnaient des fanfares. Il y avait l’après-dinée pêche, jeu, chasse, danseurs de corde, plaisantins, jongleurs , pantomimes. Les plaisantins faisaient des contes, les jongleurs jouaient de la vielle, les pantomimes représentaient des légendes ou des farces. Une dépense considérable était employée à faire venir toutes sortes de bateleurs et charlatans ;"la fête n’était belle qu’autant qu’il y en avait beaucoup. Au milieu de ces fêtes et de ces réjouissances, les rois traitaient des affaires de l'État et jugeaient avec la principale noblesse les différends qui se présentaient. ‘
Sous la troisième race, la tenue de la cour plénière fut plus fréquente : indépendamment de Noël et de Pâques, elle avait lieu encore à la fête des rois et à la Pentecôte, Ces cours avaient eu moins d'éclat depuis Charles le Simple; mais Hugues Capet leur rendit leur ancienne splendeur; saint Louis même, au témoignage de Joinville, y porta la somptuosité jusqu’à une sorte d’excès. Charles VII, épuisé par la guerre
contre les Anglais, se dispensa de continuer l’usage de ces
fêtes ruineuses, et dès lors elles furent abolies.
A la fin de l’ancienne monarchie, Louis XVI voulut à deux reprises , en 1774 et en 1788, établir une cour plénière pour enlever au parlement l'enregistrement des édits. Elle devait être composée du chancelier ou du garde des sceaux, de la grande chambre du parlement, dans laquelle devaient prendre séance les princés du sang, les pairs du royaume,
les membres du conseil et d’autres grands et notables per-
sonnages. Le parlement protesta contre cet édit; mais les événements marchaïient alors à grands pas. La convocation des états généraux pour le 1° mai 1789 suspendit jusqu’à cette époque l'établissement de la cour plénière, qui disparut, avec toutes les institutions du passé, dans la grande régénération sociale, W.-A. DuCkETT.
COUR PRÉVOTALE, Voyez PRÉVOTALE.
COURRE, Ce verbe qui, comme couru, vient du latin currere, ne prend guère que la forme active, et est très-borné dans son emploi , surtout aujourd’hur. On s'en sert princi- DICT, DE LA CONVERS. — T. VL
palement en parlant de la chasse. La chasse à courre Cok siste principalement à faire poursuivre une seule bête par une meute de chiens , suivie de plusieurs veneurs à cheval, jusqu'à ce que la bête, épuisée de fatigue, tomhe et puisse être tuée par le principal personnage de la chasse, On dit en ce sens courre Le cerf, Courre un lièvre. Laisser courre les chiens, c’est les découpler. On appelle aussi laissercourre le lieu même où on les découple, On dit d’un pays commode pour la chasse que c’est un beau courre. On dit (mais cette expression vieillit) courre un cheval, pour dire le faire courir à toute bride étant monté dessus voulez-vous courre votre cheval contre le mien ? En termes de jurisprudence, courre ou courir sus signifie courir après quelqu'un, se jeter sur quelqu'un pour larrêter ou le maltraiter. On dit encore courre la bague et courre la poste. On a dit enfin courre la fortune, courre un risque, et familièrement donner à courre à quelqu'un, pour dire le faire courir, le mettre dans la nécessité de faire bien des pas , de se donner bien du mouvement, bien de la peine pour une affaire ; mais dans ces dernières façons de parler on peut se servir également du verbe courir. Courre la bouline était un châtiment employé sur mer.
COURRIER, mot dérivé du latin cursor, ainsi que coureur. Mais ce qui distingue principalement le courrier du coureur, c'est que celui-ci court toujours à pied, et que l’autre ne court qu’à cheval ou en voiture. L'usage des courriers est fort ancien : Hérodote dit qu’il y en avait en Perse, et qu’ils étaient fort prompts. Xénophon attribue leur établissement à Cyrus, qui, ayant examiné ce qu’un cheval pouvait faire de chemin dans un jour, plaça des relais à Ja distance de chaque journée de cheval. En arrivant à up de ces relais , le courrier remettait son paquet à un autre, qui, monté sur un cheval frais, portait les dépêches à une journée de là, où un nouveau cavalier s’en chargeait, et ainsi de relai en relai jusqu’à la cour.
Les Grecs avaient des courriers à pied nommés hkemerodromi (courriers d’un jour): c'étaient les diarii-cursores des Romains, lesquels, suivant Cornélius Nepos et les Commentaires de César, faisaient 80, 120, et jusqu’à 160 kilomètres par jour dans le Cirque pour gagner le prix. Il y avait aussi à Rome des courriers qui changeaient de chevaux, comme Tite-Live et César le rapportent de Gracchus et de Vibullius. On les nommaiït viatores, et on les envoyait partout où il y avait des ordres, des lettres, des avis, des nouvelles à porter ou à recevoir. Mais les Rornaïins, pas plus” que les Grecs, ne paraissent avoir eu de postes réglées jusqu’au temps de l’empereur Auguste, qui en établit seulement pour des chars. On ne sait point précisément à quelle époque commencèrent les courriers à cheval dans l'empire romain. On voit par l'Histoire Ecclésiastique de Socrate qu’il y eut des relais pour ce service, et il parle d’un Palladius qui, sous le règne de Théodose, allait en trois jours de Constantinople aux frontières de Perse, et revenait de même, faisant ainsi 320 kilomètres environ par jeur. Sous l'empire d'Orient, ces courriers étaient appelés cursores. Dans le moyen âge on nommait courriers ou coureurs des gens qu’on envoyait devant soi pour reconnaitre si les chemins étaient praticables et sûrs. De là vinrent les laquais ou valets de pied, nommés coureurs, dontla mode passa d’Italie en France, au commencement du dix-septième siècle, mais dont le service avait fini par se borner à être les Mercures des messages galants ou libertins de leurs maîtres.
L'institution des courriers en France date de l’établissement des postes par Louis XI, dans le quinzième siècle; mais ces courriers, ne servant d’abord que pour les affaires du roi et du pape, étaient une charge pour l’État. Longtemps il n’y eut pour les lettres que des iuèssagers, qui allaient fort lentement, et ne partaient que lorsqu'ils avaient un cer. tain nombre de paquets. L'établissement des courriers, # simple, si commode, si utile pour les particuliers, et qui est