COURSE — COURSE EN MER
tous les cas où les organes thoraciques, le cœur et les poumons, sont atteints ou menacés de maladies; elle est aussi {rès-nuisible aux individus affectés de phlegmasies du foie, des intestins, aux femmes enceintes, à celles qui ont des maladies de la matrice; elle est impossible aux personnes attaquées d’anévrismes du cœur et des gros vaisseaux, dont les secousses violentes provoqueraient la rupture et amèneraient une mort très-prompte.
En zoologie, l'aptitude à la course a été considérée comme un caractère très-valable pour différencier des familles (voyez CourEuR). L. LAURENT,
COURSE EN MER. En donnant à ce mot la signification la plus étendue qu’il puisse avoir, on définirait la course « l'expédition d’un navire armé en guerre contre les ennemis de l'État. » Mais on restreint généralement son acception pour l'appliquer aux « campagnes des navires armés en guerre pour les particuliers avec permission du gouvernement ». C’est donc l'état de guerre qui provoque la course ; mais entre la course et la piraterie la différence est souvent si faible que, pour éviter leur confusion, nous avons besoin de définir ces deux mots parallèlement. La piraterie, nous employons ici expression de tous les jurisconsultes depuis Cicéron jusqu’à nos jours, la piraterie est la guerre maritime contre le genre humain; la course est la guerre maritime contre le commerce d’une nation ennemie : par conséquent, l’écumeur de mer pille et vole amis et ennemis ; le corsaire fait la guerre en honnéle homme (Répertoire de Jurisprudence); il ne pille et détrousse que les marchands ennemis. A quelque haute antiquité que l’on remonte, quelle que soit la nation que l’on interroge, monarchie ou république, sur les plages romaines ou sur les rives de l’océan Indien, on trouve la course reçue et honorée. Visitez tous nos ports, de Calais à Antibes ; consultez les matelots, les armateurs , les officiers de marine, recueillez les voix, tout le monde réclame le
maintien de la course. C’est dans la guerre de course que
se sont formés nos plus illustres marins ; et cependant la course n’est qu’un pillage, une piraterie légalisée.
Dès que les nations maritimes eurent fondé leur commerce extérieur, l’appât d’un gain facile attira les pirates dans les parages fréquentés par les navires marchands ; les gouvernements n'étaient ni assez bien organisés, ni assez puissants, pour accorder une protection suffisante à ceux de leurs sujets qui couraïent les risques de la mer, et ces risques étaient grands, car dans ces siècles barbares la piraterie s’exerçait avec férocité : ainsi, sur la côte du Malabar et de Guzurate, les écumeurs de mer étaient si rapaces qu’ils forçaient les marchands à avaler des drogues pour leur faire rendre les perles et les diamants qu'ils auraient pu avaler pour les soustraire à leurs perquisitions. Les intéressés s’associèrent donc pour une mutuelle défense; ils se réunirent en convois ou caravanes maritimes, entassant des armes sur leurs vaisseaux, et souvent, comme on le pratiquait dans le golfe Arabique, louant des hommes de guerre pour résister aux attaques inopinées. Puis, la cupidité s’en mêla : les particuliers, excités par l’espoir des richesses , offrirent aux gouvernements de faire la guerre navale à leurs propres frais, guerre qui consistait à harceler les convois ennemis; et cette permission fut si bien regardée comme un droit naturel, qu’il n’y a pas une seule nation maritime qui ne l'ait admis et successivement exercé : on en trouve des traces chez les Phéniciens. A Carthage, la course était un moyen de signaler son patriotisme, car la république avait basé sa puissance sur le monopole du commerce, sur la domination des mers, et toutes ses guerres étaient fé-
roces, Dans l’Athènes de Périclès, aux beaux jours de la
civilisation grecque, on tenait à honneur de parcourir avec des vaisseaux armés les îles de PArchipel, depuis le Bos-
phore jusqu'aux embouchures du Nil, pour butiner sur l’enuemi.
On ne peut s’élonner que de pareils principes fussent admis pour la guerre maritime, quand on considère l'espèce de droit des gens qui régnait parmi ces nations de l’antiquité. Les Phéniciens auraient coulé au fond de la mer le navire étranger assez audacieux pour suivre la route qui conduisait aux fles Cassitérides , et Carthage faisait noyer tous les étrangers qui trafiquaient en Sardaigne et vers les Colonnes d’'Hercule. Aujourd’hui que nous avons répudié comme barbares les traditions antiques sur le droit des gens, nous conservons encore dans la guerre de course cette formule : « La nature nous donne le droit de piller, puisque la guerre nous donne le droit de tuer. » Pendant le moyen âge, le droit maritime se forma sous le patronage des républiques d'Italie, au milieu des guerres acharnées que les petits États du littoral de la Méditerranée se faisaient continuellement. Quelle espèce de droit des gens pouvait-il sortir de la politique jalouse des marchands de Venise et de Gépes? Le théâtre qu’occupaient ces villes était assez vaste cependant pour suffire à leur ambition : seules elles approvisionnaient tous les marchés de l’Europe, elles étaient en possession du commerce de l'Asie et de l'Afrique jusqu’à l'Atlas ; mais de toutes les passions humaines la cupidité est la plus basse et la plus cruelle : la soif des richesses, la jalousie de la domination absolue sur les mers, sur le commerce du monde pour le monopole, toutes les rivalités d'intérêt et de vanité, se heurtèrent et souvent s’unirent pour inscrire dans leur droit maritime la férocité qui fait horreur dans celui de Carthage. Chacune se proposait pour premier but l’anéantissement de sa rivale; tout moyen d’y arriver parut bon : elles provoquaient les révoltes, appelaient à leur secours les plus déterminés forbans, et favorisaient la piraterie pour se harceler mutuellement; les pirates trouvèrent au milieu de ces haïnes réciproques des asiles assurés; ils purent même s'établir et s’organiser sur un littoral ässez étendu. La course alors était un droit sacré; mais invoquer le témoignage de ces siècles et de ces peuples pour soutenir un pareil droit, c’est prendre son point d’appui sur la fange. Cependant , tandis que l'intérêt commercial soulevait tant de haïnes et de discordes entre les républiques italiennes , sur les bords de la mer Baltique une puissante et glorieusa association se fondait sur le même intérêt. Quelques villes s’établirent qui devinrent les entrepôts des marchandises que le commerce distribuait en Allemagne et dans le nord de l’Europe ; sans chercher à s’entre-détruire pour s'élever sur leurs mutuelles ruines, elles s’unirent pour se protéger contre les pirates; leur union fit leur force et leur grandeur ; elles formèrent cette fameuse ligue hanséatique, dont les statuts sont encore aujourd’hui la base de mos codes maritimes de l’Europe.
Dès le douzième siècle, la civilisation chrétienne avait faït justice de cet esprit de brigandage et de pillage qui avait longtemps subsisté parmi les seigneurs féodaux ; mais dans la Méditerranée il se maintenait toujours. La navigation ne devait pas obtenir aussi facilement des garanties ; sa sécurité ne pouvait reposer que sur une convention générale entre les puissances maritimes ; et quelle moralité publique eût assuré, l'exécution d’un tel contrat menacé par toutes les passions avides et cruelles? Chrétiens et sarrasins s’étaient juré guerre à mort. Rhodes et Malte furent, sous la domination des chevaliers de Jérusalem , des nids d’audacieux cursaires; la catholicité a fait passer leurs actions jusqu’à nos temps avecle vernis d’exploits glorieux : ils combattaient etpillaient des infidèles ; la religion sanctifait leur pillage ; mais nous avons trouvé d’autres mots pour désigner les régences barbaresques de l'Afrique : Alger, Tunis et Tripoli étaient pour nous des repaires d’infâmes pirates ; et cependant ils se contentaient de faire la course contre le commerce de la chrétiente. Il est donc facile de concevoir comment la course devint le droit naturel de la guerre maritime.
Quand la France et l’Angleterre entrèrent au rang des
grandes puissances , elles usèrent du droit établi; d’ailleurs, ne l’eussent-elles pas trouvé admis, que leurs haines , leurs rivalités , leurs continuelles guerres, n'eussent pas manqué de le leur révéler. Ces Etats ne formaient pas un tout compacte, ils étaient divisés en petites provinces, enchainées l’une à l’autre par un faible lien; les rois n’avaient en propre que peu de vaisseaux. Quand une guerre navale éclatait , les ports et les villes maritimes se cotisaient pour en offrir au chef de l'État, ou recevaient de l'argent pour les armer et les équiper, car les navires de guerre n’étaient alors que des bâtiments marchands sur lesquels on embarquaït accidentellement des armes et des soldats. Sous Philippe de Valois, la France était obligée de tirer des vaisseaux de la Norvège et souvent de Gênes. Aussi, après avoir sommé les divers ports de leur domination de leur fournir les navires dont ils pouvaient disposer, nos rois devaient-ils se trouver fort heureux lorsque des particuliers leur proposaient d’en armer à leurs propres frais pour venir grossir leurs flottes. La même chose avait lieu en Angleterre; Henri VIII lui-même se trouva dans ce cas. Il était donc permis à qui voulait de faire construire des vaisseaux; les princes ne se montraient pas récalcitrants pour accorder cette permission : l'État en tirait profit. En temps de paix, ils servaient au commerce ; en temps de guerre, plus il y avait de vaisseaux dans le royaume, plus l’armée navale du roi était considérable, On concevra facilement qu’à des époques de troubles et de désordre social , l’action des lois devait être bien faible sur ces marins volontairement enrôlés, qui ne vouaient reconnaître de discipline que celle qu’ils s’élaient euxmêmes imposée, et souvent se rendaient justice et se soldaient de leurs propres mains par le pillage, que l’autorité n'osait pas punir. C'était dans leurs rangs que la piraterie se recrutait, car ces hommes, habitués à une vie d’excès, ne déposaient pas toujours leurs armes aussitôt que la paix ou une trève était conclue ; il fallait quelquefois employer contre eux toute la rigueur des lois. Ainsi, en 1242, saint Louis se vit contraint d’avoir recours à la force pour arrêter les excursions des corsaires bretons, longtemps après que leur duc avait signé une trève avec les Anglais. Voilà l’origine de £e droit de course qui s’est conservé jusqu’à nos jours, et dont on peut suivre pas à pas les progrès dans les ordonnances de nos rois. Car, dès que les gouvernements eurent solennellement accepté de pareils auxiliaires, il fallut leur imposer une vigoureuse organisation ; le commerce des puissances alliées et neutres devait être respecté, et le pillage d’un navire ami pouvait entraîner une déclaration de guerre. Ce fut sur l’#amen de la validité des prises que reposa le droit de course; on désigna des juges spéciaux pour en décider.
Ce droit se trouve parfaitement fixé avec ses conditions et restrictions dan’, une ordonnance de Charles VI, en date du 7 décembre 1400 : « Art. 3. Se aucun, de quelque estat qu’il soit, mettait sus aucun navire à ses propres despens pour porter guerre à nos ennemis, ce sera par le congé et consentement de nostre admiral, lequel aura la cognoïissance, correction et punition de touts les faicts de ladicte mer, criminellement ct civilement.., Art. 6. Que doresnauant ledict adiniral s’informera deuement aux preneurs de la manière de la prinse, verra et fera veoir les marchandises et les nefs par les gens cognoissants à ce, et par bonne et meure délibération regardera s’il y a vraye apparence qu’elles fussent de nos ennemis , et si lesdictes prinses sont des pays de nos alliés, icelles en ce cas seront mises en seure garde. » On désigne ensuite les peines qu’encouraient les capteurs quand ils avaient violé les formalités. Deux règlements de François 1, Pun de 1517, l’autre de 1543, confirment ce droit presque dans les mêmes termes, La guerre des huguenots dit limiter ces permissions d’armer en course, car les révoltés on liraient grand avantage. Louis XIII, après avoir soumis La Rochelle, eut grand soin de tenir tous les ports sous sa