COURSE EN MER
dépendance; il se rendit mattre des magasins , de l'artillerie, et empêcha, sous de sévères peines, que nul n’armäât un vaisseau sans son expresse permission,
Cette partie du droit des gens suivit la même marche en Angleterre qu’en France. Chez nous , dès qu’il y eut une espèce de tribunal chargé de juger de la validité des prises , on forma un recueil d’arrêts rendus qui fixa la cowtume, jusqu’à ce que Louis XIV l’assujettit à un code régulier par sa fameuse ordonnance de 1681, Ce code, qui reconnaît les bases posées par l’ordonnance de Charles VI, impose à la course de grandes restrictions, rendues nécessaires par les nouvelles relations qui s'étaient établies entre les divers peuples. Mais la morale de nation à nation n’est que la science qui apprend jusqu’à quel point on peut violer la justice sans froisser ses intérêts; aussi, malgré les lois reconnues, les flibustiers trouvèrent-ils un appui dans les cours européennes ; ils se réunirent en un corps organisé, ainsi que, quelques siècles auparavant, les pirates vitalliens s'étaient constifués dans la mer Baltique, sous la protection de la ville dé Mecklembourg. Les flibustiers basèrent leur droit de faire la guerre à l'Espagne sur l’avidité de cette nation, qui ne voulait pas leur permettre de chasser dans ses îles : mais ce n’était là que le prétexte ostensible de leur pillage : le mot de ralliement de cette fameuse société était « le butin ».
De tout temps, comme nous l'avons vu, on avait encouragé la course : on accordait des gratifications aux corsaires, Louis XIV fixa réglementairement la part qu’ils auraient dans le butin; il alla même, au temps de sa décadence, jusqu’à céder aux particuliers ses propres navires pour faire la course; la célèbre expédition de Duguay-Trouin contre Riodé-Janeiro eut lieu sur des navires de cette espèce. La police à bord des corsaires dut être la même qu’à bord des vaisseaux de la marine royale, Louis XV adopta les mêmes mesures, et sous ces deux règnes la guerre de course fut souvent glorieuse pour nos armes; nos plus braves marins se formèrent à cette école, et lui donnèrent du relief, Louis XVI la rendit nationale par sa déclaration du 24 juin‘1778 «... La protection que les armateurs ont toujours méritée et les services qu’ils ont rendus nous ont engagé à, etc.. Art. 4. Pour encourager l'armement des grands bâtiments corsaires, qui sont à la fois plus propres à la course et d’une meilleure défense , il sera fourni de nos arsenaux des canons. Art. 11. Nous nous réservons d'accorder aux capitaines et officiers desdits corsaires qui se seront distingués, des récompenses particulières, même des emplois dans le service de ve marine, selon la nature des combats qu'ils auront soutenus. » Tous les décrets de la Convention nationale, du Directoire, de l’Empire, ont reconnu et consacré ces principes, et provoqué une foule de règlements et de décisions qui rendent aujourd’hui le code des prises un indéchiffrable chaos.
On nomme lettres de marque les commissions en course accordées par le gouvernement aux particuliers : il ne faut pas les confondre avec les lettres de représailles. De temps immémorial, quand les motifs de plaintes d'un État contre un autre ne consistaient que dans la violation de quelque propriété particulière, dans le pillage de quelques navires marchands, sans recourir à une déclaration de guerre générale on se permettait une sorte de guerre particulière. Le gouvernement accordait aux particuliers lésés la permission de faire maëin-basse sur les propriétés ou les navires appartenant aux sujets de l’autre État, jusqu’à concurrence de la valeur qui leur avait été ravie; et cela ne constituait pas une déclaration de guerre. Voilà le droit de représailles, si peu connu aujourd’hui en France, quoique exercé sous les règnes antérieurs.
Les États-Unis eux-mêmes, nation toute nouvelle, ont reconnu dès leur origine et proclamé la course le droit naturél de la guerre, En France, l'espoir d’une prompte fortune, le ca-
LA
ractère des habitants, la haine nationale contre les richesses commerciales de l’angleterre, lesexploits d’un grand nombre de vaillants corsaires, l'ont rendue populaire. Cependant, il aous semble que ce système, qui permet aux particuliers de s’armer, et qui lance la marine militaire aux trousses des navires marchands sans défense, estune barbarie. Aujourd’hui que la marine de l’État est puissante, la course n’est plus qu'une piraterie; dans notre civilisation, ce genre de guerre devrait être aboli : une gloire qui n’est acquise que par le pillage est une flétrissure pour une grande nation. Que dirait-on de nos jours si dans une guerre continentale un peuple permettait l’organisation de bandes d’aventuriers dont le but serait de dévaster le pays ennemi? D’ailleurs, un simple relevé statistique de nos pertes comparées à celles de l'ennemi pendant les guerres de 1756, de la Révolution et de P'Empire, démontre clairement que la course nous a été plus nuisiole que profitable, et que toujours elle doit tourner à la ruine de la marine la plus faible, parce qu’un corsaire finit toujours par être pris, et comme son équipage se compose d'excellents matelots, en peu de temps la marine de l'Etat se trouve dépourvue de ses plus braves défenseurs.
Il y a une vingtaine d’années , la course se ranima, comme aux beaux temps des flibustiers, dans le golfe du Mexique, la baie de Honduras et le grand banc de Bahama: les révolutions des républiques de l'Amérique du Sud avaient rallié tous les corsaires deSaint-Domingue et de la Guadeloupe contre
le commerce espagnol, Théogène PAGE.
Le 16 avril 1856, le congrès de Paris abolit la course en mer. Mais toutes les puissances maritimes n’ädhérèrent pas à ce traité, entre autres les États-Unis et l’Espigne ; en revanche elles furent unanimes à reconnaître qu’aueune prise ne pourrait être faite que par la marine milifaire,
COURSES DE CHEVAUX. L'origine des courses ie chevaux remonte à antiquité la plus haute ; elles illustrèrent l’ancienne Grèce, furent chantées par ses poëtes, et firent l’objet principal de ses fêtes. Les courses de chevaux formaient une partie essentielle de l’athlétique, de l’éducation du gymnase et des jeux olympiques. C’est par les courses que les Thessaliens se formèrent à l'exercice du cheval, et que les Lapithes, habitants d’une partie de cette même Thessalie, acquirent leur habileté si vantée à manier ces animaux. Le goût de ces exercices ne se montra pas chez les seuls habitants de la Grèce, les Romains en furent aussi dominés. Les fêtes de la Rome des empereurs lui durent une partie de leur éclat, et les luttes brillantes de l’hippodrome, transportées des bords du Tibre sur ceux du Bosphore, ne trouvèrent un terme que dans la chute de l’empire grec. On se tromperait toutefois si l’on voyait dans ces exercices une institution créée en vue d’améliorer l’espèce chevaline. Pour
les anciens, ces jeux n'étaient qu’un moyen de développer le courage, la force, l’adresse et l’agilité des lutteurs et des guerriers. En imitant ces antiques luttes, les Anglais n’eurent au contraire qu’un but d'utilité : ils voulurent les faire servir à l'amélioration et à la conservation de leurs espèces chevalines, Napoléon obéit à la même pensée, lorsqu’en 1807 il institua les courses publiques de chevaux, qui existent aujourd’hui en France.
Le tableau de celles qui eurent lieu en 1829 a présenté les résultats suivants : ces courses, y compris celles faites par suite d'engagements entre particuliers, étaient au nombre
«de soïxante-deux : vingt-cinq avaient été gagnées par des pro-
duits de sang arabe; les vainqueurs des trente-sept autres étaient de sang angluis. Il ressortait, en outre, de cerelevé ‘de courses que chacune des deux races arabe et anglaise se partageait à cette époque la France chevaline, et que l’une et l’autre y produisaient des résultats également satisfaisants; que presque tous les chevaux vainqueurs sur nos hippodromes du midi, c’est-à-dire à Limoges, Aurillac, | Tarbes et Bordeaux, appartenaient à la race arabe; que ceux