COURSE EN MER — COURSES DE CHEVAUX
qui avaient remporté les prix sur nos hippodromes du Nord, c'est-à-dire à Nancy , au Pin et à Paris, appartenaient au contraire à la race anglaise; que la Bretagne seule présentait en nombre à peu près égal des produits issus de ces deux races, et que Vesta, l’ornement des courses de cette année, était anglaise par son père et arabe par sa mère. Enfin, il y avait eu augmentation de vitesse sur les courses faites l’année précédente, et les chevaux de demi-sang l'avaient en général emporté en vélocité sur ceux de pur sang. La course la plus rapide avait été faite par Vesta, jument appartenant à M. le baron de La Bastide, de Limoges ; ellen’avait mis que 5 minutes { seconde 4/5 à franchir une distance de 4,000 mètres. Le tableau des luttes de 1830 présente 57 courses. Des chevaux qui remportèrent ces 57 prix, 34 étaient de sang anglais, 22 de sang arabe et 1 d'espèce bretonne. Toutefois, il résultait des courses de 1830 que le sang anglais faisait une invasion marquée dans nos provinces du midi. I y avait eu également augmentation de vitesse sur 1829 : Capilaine, cheval de quatre ans, appartenant encore à M. de La Bastide, avait franchi la distance de 4,000 mètres en 4 minutes 58 secondes.
Notre système de courses nous paraît mieux entendu que celui des Anglais : ces derniers admettent à ces luttes de trop jeunes chevaux, et l’habitude où ils sont de ne pas mesurer le temps leur ôte tout moyen de comparaison pour les courses faites dans des années ct sur des lices différentes, ainsi que pour la vitesse des chevaux qui ne luttent pas ensemble. 11 y a, au reste, dissemblance complète entre les courses des deux nations. En Angleterre, une course remwe toute la population d’un comté. En France, c’est à peine si une solennité de ce genre réunit une partie des habitants de la ville où elle a lieu. En Angleterre, les courses sont une institution nationale, que soutient le public, et dont il fait volontairement et largement les frais ; chez nous, les courses ont lieu par ordre, et la dépense en est prise sur les fonds de l’État. Une seule course en Angleterre suffit pour élever ou détruire des fortunes; en France , c’est à peine si (en dehors des membres du jockey-club de Paris, qui ne sé ruinent pas eux-mêmes , quoiqu'ils disent), de rares parieurs ÿ échangent de rares pièces de 5 fr. Pour réunir quelques centaines de spectateurs, nos préfets sont obligés de fixer ces luttes au dimanche ; en Angleterre, elles attirent de toutes les parties du royaume une telle affluence que l’amaleur éioigné qui veut s’y assurer un gite, est obligé de le payer au poids de l'or, et de le retenir longtemps à l’avance. Chezles Anglais, l’avidité pour les courses semble en raison directe des pertes et des dépenses qu’entrainent ces réunions ; en France, le peuple et les oisifs s’y portent, surtout parce que c’est une spectacle gratuit. Une course chez nous n’est en quelque sorte qu’un but de promenade ; la masse des assistants y est calme, presque indifférente; à Paris, quelques rafraichissements pris dans l'intervalle de chaque lutte, dans les provinces quelques divertissements peu coûteux à la fin de la journée, voilà toutes les dépenses que fait naitre chez nous ce spectacle.
Mais c’est précisément cette absence de toute penste de jeu, de toute habitude de paris, qui conserve à nos courses leur caractère d'utilité. Aussi doit-on désirer de les voir se multiplier sur tous les points de la France; elles exciteraient la paresse routinière et l’amour-propre des éleveurs, qui, pouvant espérer honneur et récompense, produiraient plus et mieux. Les abus et les maux réels qu'elles entrainent aujourd'hui en Angleterre ne sont point à craindre ; notre population agricole, assise sur un sol qui lui appartient, a peu de goût pour les opérations hasardeuses ; la chance des spéculations la tente peu. Sous ce rapport, les mœurs de la France sont à celles de l’Angleterre comme les habitudes d’un petit propriétaire actif et rangé sont aux fiabitudes d’un riche capitaliste saturé de plaisirs et dévoré d'ennuis. En un mot, l'extrême division du territoire, aivi-
sion que nos lois civiles étendent chaque jour, garantit pour longtemps nos courses de la révolution fâcheuse que ces luttes ont subie chez nos voisins d’outie-Manche.
En Angleterre les principales courses ont lieu à Newmarket, Epsom, Ascot, Duncaster, Saint-Alban, Leeds, Chester, Hambleton, etc. Il n’est pas de jeu de hasard plus exfravagant que celui qu’elles présentent ; ce n’est guère que sous ce point de vue qu’elles y inspirent de l'intérêt, et il est peu de producteurs, sans en excepter même ceux des classes les plus élevées, qui soient guidés dans leurs travaux par une émulation étrangère à cette fureur de paris. La symétrie aïnsi que la régularité des formes et de la marche, la netteté des os, la souplesse et la beauté, ne sont plus les qualités que recherche le producteur anglais. La plus grande vitesse possible est la seule chose qu’il ambhitionne : cela se conçoit, puisque quelques centimètres de distance décident souvent du gain, ou de la perte des sommes les plus considérables. Les prix, comme les paris, sont énormes : à Duncaster, la course de Saint- Léger avait pour prix en {827 une somme de 2,575 guinées (66,950 fr.), fruit d’une souscription ouverte entre les joueurs. Cette direction des courses anglaises est fatale aux jeunes chevaux : on les fait courir à l’âge de deux et trois ans, et souvent ils se trouvent engagés même avant de naître; ces luttes prématurées épuisent de bonne heure leurs forces. Sans égard pour leur âge, on met en œuvre tous les moyens factices imaginables pour les exciter ; bien peu arrivent, par suite, à leur entier développement, et la plus grande partie se déforme promptement et dépérit. Ainsi, sur un total de cent vingt-cinq chevaux qui coururent dans une seule réunion d’automne à Duncaster, on compta trente chevaux de deux ans, soixante-trois de trois, et seulement vingt-quatre de quatre, sept de cinq et un de six. Ce furent les chevaux de deux et trois ans qui gaguèrent toutes les courses. Du 2 au 5 octobre 1826, cent neuf chevaux coururent à Newmarket : on ne vit figurer parmi eux que deux chevaux de cinq ans et un de six, qui tous les trois furent constamment battus. Cette méthode de faire courir les jeunes chevaux n’a pas de propagateurs et de prôneurs plus zélés que les entraîneurs (voyez ENtRai- NEMENT ).
Les entraïneurs anglais exercent une grande influence sur toutes les opérations de ce grand jeu de hasard qu’on nomue les courses : ils sont ordinairement établis près des hippodromes de quelque importance, et dans le voisinage des lieux où l’on élève le plus de chevaux pur sang. Leur intérêt est le moteur qui les porte à traiter des poulains de dixhuit mois, par exemple, plutôt que des chevaux plus âgés ; il est facile, en effet, de concevoir qu’exigeant un prix exorbitant pour la pension mensuelle des animaux qui leur sont confiés, les chevaux encore jeunes leur assurent un bénéfice plus long et plus considérable que celui qu’ils obtiendraïient de chevaux d’un âge plus avancé. On a calculé que ces frais d'entraînement montaient habituellement pour chaque cheval engagé à près de 3,000 fr.
Les détails qui vont suivre pourront donner une idée générale des courses de chevaux telles qu'on les voit en Angleterre. Il s’agit d’une des courses appelées courses de Saint-Léger, qui se font à Duncaster. Belzoni était le cheval favori de cette lutte : à part sa tête, laide et d’une grosseur disproportionnée, Belzoni paraissait réunir toutes les qualités qui font le cheval rare. Les entraîneurs et la plus grande partie des amateurs que cette course avait fait accourir des corutés les plus éloignés proclamaient les qualités de Belzoni comme uniques en Angleterre. La veille même de cette lutte, son propriétaire, M. Watt, en avait refusé 10,000 guinées (260,000 fr. ), qui lui étaient offertes, non par un éleveur, mais par un spéculateur de courses. Les paris étaient énormes; plus d’une grande fortune s'y trouvait engagée. Depuis plusieurs jours tous les objets né- <essaires aux besoins de la vie avaient quadruplé de prix,