‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 505 sur 607 · COURSES DE CHEVAUX · texte numérisé non relu

COURSES DE CHEVAUX

et la ville, ainsi que ses environs , était encombrée de femmes de plaisir venues de Londres, et de chevaliers d’industrie, de joueurs , de boxeurs , de jongleurs et de voleurs accourus de toutes parts. Dès le matin ce monde de curieux et d'industriels se pressait autour de la lice. De toutes les bouches on entendait sortir le nom de Be/zoni ; des paris s’engageaient sur tous les poinis, et chacun témoignait par ses gestes ou par ses cris l’impatience qu’il avait de woir réaliser ses craintes et ses espérances. Enfin, Belzoni parut ; de longs applaudissements accueillirent son arrivée; pendant quelques instants, un tumulte et une agitation difficiles à décrire régnérent dans toute cette masse; mais lorsqu’à un signal donné Belzoni et ses rivaux vinrent à s’élancer dans l'arène , tout se tut, et au bruit succéda le plus profond silence, L’innombrable quantité de joueurs qui se trouvaient intéressés dans la lutte montraient cette attention inquiète et profonde que fait naître l'attente d’un débat où des fortunes entières se trouvent compromises. Tous les yeux étaient fixement attachés sur les coursiers ; on suivait chacun de leurs mouvements; on observait avec inquiétude leur placement, leurs progrès ou leurs retards: anxiété devint plus générale et plus vive à mesure qu’ils approchèrent du but; enfin la fortune ser décida et transforma le favori du pays en l’un des plus malheureux coureurs qui eussent paru depuis longtemps. Belzoni fut vaincu. Toutes les différences de caractère et de tempérament qui existent dans les diverses classes de l’espèce humaine se montrèrent alors dans leur énergie, A côté d’un groupe d'individus dont le seul jeu de physionomie exprimait le violent désappointement ou le désespoir, se trouvait un autre groupe faisant retentir l’air d’exelamations de colère ou

d'imprécations. Cependant, il était facile de remarquer que «

les gagnants étaient en général beaucoup plus bruyants que leurs adversaires. Dans le premier moment, Belzoni fut proclamé la rosse la plus épouvantable qui eùt encore figuré sur un champ de course; son maître le prit en tel mépris qu'un entraineur lui en ayant immédiatement offert 800 guinées (20,800 fr.), il s’empressa de le lui céder pour ce prix ; un engagement gagné par Belzoni deux jours après rendit sa possession très-peu coûteuse au nouvel acquéreur.

Si Belsoni avait été vainqueur dans la course que nous |

venons de décrire, il aurait assuré pour toujours la réputation de sa famille ; la saillie de son père, Blacklock, aurait été augmentée de 10 guinées (260 fr.) par jument, et luimême, bien qu’entièrement ruiné, selun toute apparence , par les efforts prodigieux de ses jarrets et de ses paturons, aurait certainement sailli au prix de 25 guinées (670 fr. } par jument.

De toutes les classes qui prennent une part active aux courses , il en est trois surfout pour qui elles sont profitables : les hôteliers, les entraîneurs et les jockeys. Ce sont les maîtres d'hôtel et d’auberge qui fournissent le plus aux souscriptions ; ils donnent depuis la coupe d’or (gold cup) de 210 souverains (5,250 fr.) jusqu’au plus mince {own plate (vase donné par une ville ). Cet argent, comme on peut le croire, leur est rendu au décuple : ainsi, un seul Ckampaign stake (poule de vin de Champagne ) leur fait toujours vendre douze douzaines de bouteilles de vin de Champagne, que le vainqueur est obligé de donner pour abreuver le jochkey club de l'endroit.

Nous avons dit l'intérêt des entraîneurs à maintenir cette fièvre de courses qui agite le peuple anglais. Quant aux jockeys, leur rôle dans ces luttes explique tout naturellement la ferveur de leur apostolat, 11 est peu de contrées où l’on vise autant qu'en Angleterre à obtenir de grandes et fortes espèces ; les taureaux, les chevaux de trait, les chiens , les coqs, y sont d'une taille et d’une vigueur peu communes ; les boxeurs des trois royaumes ont des formes herculéen.

nes, Par un singulier contraste, rien n’est chétif et frêle

comme l'organisation de leurs jockeys de course, Dès l'âge

te plus tendre, ces malheureux mettent en usage toutes les

ressources de l'hygiène et de la médecine pour arrêter leur

croissance , et pour se conserver légers de poids. Si la nature, plus forte que la science, leur impose quelques centimètres et quelques livres de chair de plus quene le comporte leur profession , chaque année, alors, ils cherchent à combattre cet excédant de forces par une abstinence et par des sudorifiques capables de momifier l’homme le plus robuste. Les plus habiles ou les plus heureux se retirent fort riches et très-considérés. Ils jouissent dans ce pays du respect et de l’estime dont on entoure dans d’autres contrées les artistes de l’ordre le plus élevé.

La conservation attentive et la propagation raisonnée du vur sang, une méthode excellente de nourriture, et les courses elles-mêmes, telles qu’elles furent d’abord conçues, furent les causes qui fondèrent la réputation méritée dont ont joui si longtemps les chevaux de l’Angleterre. Mais depuis quarante ans les choses ont bien changé. L'élève et l’éducation chevalines ne sont plus, comme autrefois, dans les mains des éleveurs proprement dits. A l’époque que nous . rappelons, le producteur anglais ne faisait pas courir les juments qu’il destinait à la reproduction; il se gardait hien surtout d'engager dans des paris ruineux les poulains qui n'étaient encore que dans le ventre de leur mère. Le nombre de ceux qui entretenaient des chevaux de course n’était pas alors de moitié aussi considérable qu'aujourd'hui. D'un autre côté, la plus grande partie de ceux qui possèdent actuellement des chevaux de course ne sont ni éleveurs ni même connaisseurs en chevaux : ce sont simplement des joueurs, qui, confiant à un propriétaire ou à un fermier leur éAorough bred mare ( jument de pur sang ), la font couvrir par un des vainqueurs des Derby ou Saint-l#ger- . Sfakes, quelle que soit d’ailleurs la conformation de cet étalon ; ils engagent ensuite la production qu’ils en espèrent, . aussi haut que possible; puis quand elle est née, et qu’elle … à atteint l'âge de dix-huit mois, ils la livrent à l'entraîneur. C'est à cette manière de procéder qu’il faut attribuer la dégénérescence que l’on remarque aujourd'hui dans les races supérieures de l'Angleterre. Les chevaux de course anglais ne se montent guère; ils servent à la reproduction. Quelques chevaux de course se vendent à des prix très-élevés : on a vu la somme offerte pour Belzoni la veille de la course que nous avons décrite; dans les premiers mois de 1831, lord Chesterfield acheta du jockey Chifney le cheval Priam 3,000 guinées (75,000 fr. ) ; il est vrai que Priam avait rapporté à son ancien propriétaire, quile montait lui-même dans les courses, au delà de 10,000 liv. st. (250,000 fr. ). Cegain, toutefois, n’avait rien d’extraordinaire, car dans la seule année 1829 lord Exeter gagna en prix et en paris au delà de 25,000 livres sterling (625,000 fr.).

Plusieurs fois dans la semaine, surtout lors de la saison des courses, les journaux anglais donnent le cours des paris ouverts sur les chevaux engagés dans les principales luttes du royaume. Ces paris sont cotés comme les fonds publics ; ils subissent les mêmes variations; un jour, tel coureur qui a dinéde bon appétitet s’est convenablement comporté dans un exercice voit le taux des paris engagés en sa faveur augmenter du double; tel autre, au contraire, dont la digestion a été laborieuse voit les siens diminuer de moitié, Que Von ne croye pas que ces singulières annonces n’aient d’intérêt que pourun petit nombre de lecteurs ! Il est telle baisse et telle hausse, en ce genre, qui met plus d’émoi dans la classe riche et oisive de la Grande-Bretagne que n’en cause . parmi les petits rentiers de Paris une différence de 3 ou 4 fr. dans le cours des rentes de Naples ou d'Espagne.

- Les possessions des Anglais dans l’Inde ont aussi leurs

… Courses de chevaux. Les principales ont lieu à Madras, à

Gälcutta et à Bombay; on y voit paraître des chevaux importés de la métropole, et des chevaux de race arabe, nés où | ‘levés dans le pays.

DICT. DE LA CONYERS. — T, Yi.

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