COURTILIÈRE — COURTISAN
moyen de flancs. Les casernes doivent étre peu distantes des courtines, afin que les troupes puissent se porter rapidement à leur défense. Quelquefois, en avant du milieu, le chemin couvert forme un angle saillant. Quelquefois la courtine est liée à une caponnière ; quelquefois elle est précédée d'un éperon; elle est eouverte par un dehors, tel qu’une contre-queue d’yronde, un bonnet de prêtre, une corne de fortification, une corne à double flanc, ete. Les demi-lunes ou ravelins, les portes de forteresse, les ponts dormants, correspondent ordinairement au milieu des courtines , parce que cette partie du corps de la place est regardée comme la mieux défendue; aussi n’est-ce pas la courtine que l’ennemi attaque et où il plante des échelles d'escalade; par fois pourtant il y fait brèche, à l’aide de batteries directes, ou parvient à les prendre à revers par des batteries à ricochets. GA! BARDIN.
Courtine a signifié longtemps aussi les rideaux d’un lit, le tour d’un lit, Il était employé surtout en poésie.
COURTISAN, homme qui fréquente {a cour. Les courlisans sont trop souvent flatteurs, intéressés, dissimulés. Sous Louis XIV il y en eut de vertueux. Les courtisans d'ordinaire, en ayant l'air d’idolätrer le prince, w'aiment en réalité qu’eux-mêmes. Sous ce monarque, cependant, on a vu maint courtisan se passionner d'amour pour sa majesté, de la meilleure foi du monde. Tout le monde voulait passer pour courtisan, même Racine, tandis que Cavoie, courtisan accompli, voulait passer pour bel esprit. Parler, agir en courtisan, se prend, selon l’occasion, en bonne ou en mauvaise part. Il n’est pas courtisan veut toujours dire, c’est un homme franc. On a dit des courtisans qu'ils sont durs, froids et polis comme une colonne de marbre. Un courtisan n’est pas nécessairement flatteur; aussi Corneille a-t il pu dire :
D'un courtisan flatteur la présence importune.
Un courtisan en faveur a une grande valeur ; il est moins que rien dans la disgrâce.
Les courtisans sont des jetons ;
Leur valeur dépend de leur place :
Dans la faveur des millions,
Etdes zéros dans la disgrâce.
Les assujettissements de la cour sont appelés par les philosophes Les misères des courtisans. En effet, un bon prince peut avoir des courtisans vertueux. Un monarque inepte a des courtisans dignes de lui, c’est-à-dire faux et intéressés à profiter de l'incapacité du maître. Un tyran habile se sert des courtisans corrompus, et les méprise.
Sous Louis XIV, dans les beaux jours du moins de ce règne, le titre de courtisan accompli n’était que synonyme d'honnêle homme. On le donnait à Montausier. Nous lisons dans un sermonnaire : « Il commença dès lurs à faire voir qu’il n’est pas impossible d'accorder le devoir d’un bon courtisan avec les obligations d’un véritable chrétien, » Mais il est bien permis de rire de ce bon et naïf prédicateur qui préchant sur la mort, après avoir ainsi débuté par ces mots : Nous mourrons tous, mes frères, se retourna humblement vers le roi, en ajoutant ce correctif : Oui, sire, presque tous. Voltaire à consacré quelques pages à l'éloge des courlisans qui ont protégé et cultivé les lettres. Voici le début de cet écrit : « Il a été un temps, en France, où les beaux-arts étaient cultivés par les premiers de l'État. Les courtisans surtout s’en mêlaient, malgré la dissipation, le goût des riens, la passion pour l'intrigue , toutes divinités du pays. » Les Mémoires de Saint-Simon peuvent être considérés comme le manuel du courtisan vertueux et éclairé; ceux de Dangea u sont le journal d’un courtisan sans portée. Combien le caractère de courtisan nous apparaît grand dans les oraisons de Bossuet, aimable dans quelques scènes des Femmes savantes, honnête et imposant dans Le Misunthrope! Charles Du Rozorr,
COURTISANE n'est point grammaticalement le féminin du mot courtisan, mais moralement parlant une courtisane est bien réellement, comme on l’a dit, la femelle du courtisan. Dans l’une et dans l’autre même banalité de sentiments, même égoïsme caché sous l’apparence de l’amour et du dévouement, etc. Cependant, comme
Ainsi que la vertu levice a ses degrés,
ke mot courtisane, tout en indiquant une femme livrée à la débauche publique, suppose qu’elle exerce son métier avec une sorte d'agrément et de décence, et qu’elle sait donner au libertinage l’attrait que la prostitution lui ôle presque toujours. Ainsi, la qualification de courtisane n’entraîne pas l'ignoble idée d’une prostituée de bas étage, d’une fille de joie. Nous trouvons dans un lexique que le mot courtisane signifiait autrefois « une personne de qualité qui fréquentait la cour, et qui avait des galanteries avec quelques seigneurs »; puis à ce propos on cite ce vers de Régnier : Se déguise et se masque, et devient courtisane.
Cette définition ne nous semble pas juste, ou du moins on ne l’appliquerait plus aujourd’hui de la sorte. Il paraît que jadis il ne manquait pas de femmes de la cour qui vivaient en vraies courtisanes ; témoin celles dont parle Saint-Évremond : « Pour une bonne partie des femmes, dit-il, personne ne disconvient de leur fragilité. Tout leur est bon, jeune, vieux, homme de qualité, bourgeois, et le reste : telle honore même de ses faveurs le maître et le valet. Mais elles sont excusables. Comment pourraient-elles subvenir à leur jeu, si elles ne prenaient dans toutes les bourses? Après avoir ruiné leur mari, il est bien juste qu’elles ruinent leurs amants. » Quelque galante, quelque facile que puisse être une femme, on ne lui donne aujourd’hui la qualification de courtisane qu'autant qu’elle met un prix à ses faveurs, et qu’elle n’a pas dans le monde létat de femme mariée.
Les cœurtisanes semblent avoir été plus en honneur chez les Romains que chez les modernes, et chez les Grecs que chez les Romains. Cela s'explique d’abord par le culte que les courtisanes étaient censées rendre à Vénus et à l'Amour ; en second lieu, dans la Grèce, les femmes légitimes vivant renfermées dans le gynécée, et séparées des hommes, il en résultait que la fréquentation des courtisanes était presque une nécessité sociale pour les jeunes gens. On en voit la preuve dans les comédies grecques, tant d’Aristophane que de Plaute et de Térence; car ces deux derniers n’ont fait que copier les Grecs. A tous les grands événements de l’histoire grecque on trouve mêlées des courtisanes, Une * courtisane contribue à établir la tyrannie de Pisistrate. C'est cette bouquetière de nous ne savons quel bourg de l’Attique qu'il fit revêtir du costume de Minerve, et qu'il associa à son cortége pour détourner les superstitieux Athéniens de mettre obstacle à la marche conquérante de l’usurpateur vers Athènes. La courtisane Leæna conspire avec Harmodius et Aristogilon pour renverser les Pisistratides. Digne amante de ces héros de la liberté, elle sut se taire dans les toriures et mourir avec eux. Athènes reconnaissante lui érigea une statue sous les traits d’une lionne privée de sa langue. Les guerres sanglantes de Mégare et du Péloponnèse eurent pour cause un enlèvement de courcisanes. Au inilieu d’une orgie, des jeunes gens d’Athènes vantent les charmes de la courlisane Simæthe : ils volent à Mégare, ils l’enlèvent. Irrités, les habitants de cette ville usent. de représailles, et enlèvent deux femmes d’Aspasie, courtisane qui, sous les auspices de Périclès, tenait école de philosophie et de volupté, alliance plus naturelle qu’on ne pense aux yeux de l’homme qui comprend l’état social {out matériel des anciens, « Alors, Périclès tonne, comme dit Chaussard. Voilà tout le Péloponnèse en feu, 11 lance des décrets dont le style ressemble à des chansons. S'il pouvait, Mégare s’écroulerait de fond en comble pour satisfaire quelques courtisanes, »