COURTISANE — COURTOIS
l'histoire. » Ce n’est pas que la législation ait été plus favorable en Grèce, et particulièrement à Athènes, aux courtisanes que dans les antres pays. Une loi de Solon dispensait les enfants nés d’une courtisane de l'obligation de nourrir ieur père. La loi considérait dans ce cas que le père, se trouvant incertain, avait rendu précaire son obligation na- Lurelle. n
En Égypte, en Syrie, en Babylonie, les courtisanes paraissent avoir été privilégiées. Qui ne connait cette fameuse Rhodolphe, qui bâtit une pyramide du fruit de ses faveurs vénales? Selon quelques auteurs, la fameuse reine Sémiramis, fille de la courtisane Derceto, exerça d’abord la profession maternelle.
A Rome, les courtisanes furent longtemps moins en honueur qu’en Grèce ; cependant, on voit dans Tite-Live qu'une courlisane qui révéla au sénat les infâämes mystères des Bacchanales, fut richement récompensée. Dans les derniers temps de la république, des patriciennesselivraient avecéclat au métier de courlisane. Souvent on voit leur nom mêlé aux événements politiques. « Toutes les courtisanes, dit Saint-Évremond , n’ont pas été également portées contre leur pays, témoin Fulvia, du temps de Cicéron, qui découvrit à ce consul la conjuration de Catilin a. » Sous les empereurs , si l’on ne voit pas tous les maitres du monde épouser des courtisanes, on voit du moins presque toutes les princesses et impératrices romaines se conduire en courtisanes dans le palais de César.
Mais laissons là Suétone et Juvénal!
Qu'aux portefaix de Rome ils vendent Messaline!
Passons au moyen âge, et, après avoir nommé Théodora, l'épouse de Justinien, Antonina , l'épouse de Bélisaire, sourtisanes qui méritent assurément une mention , arrivons à Marozia, qui à Rome faisait et défaisait des papes. Les courtisanes romaines , grâce au grand nombre de riches et puissants célibataires qu’entretient la cour du saint père, ont constamment joué un brilllant rôle dans la ville aux sept collines. C’est de l’une d’elles que La Fontaine a dit :
Elle était fière et bizarre surtout.
Mettre à ses pieds la mitre avec la crosse, C'était trop peu : les simples monscigneurs N'étaient d’un rang digne de ses faveurs ; Il lui fallait un homme du conclave,
Et des premiers, et qui fût son esclave :
Et même encore, il y profitait peu,
A moins que d’être un cardinal neveu,
Le pape enfin, s’il se fût piqué d'elle, N’aurait été trop bon pour la donzelle,
Montesquieu nous apprend qu’à Venise les courtisanes ont longtemps joui seules du privilége de dépenser beaucoup. On lit à la même époque dans le Dictionnaire de Trévoux : « Venise est le lieu du monde où il y a le plus de courtisanes ; on dit même qu’il y a deux cent cinquante ans le sénat, qui les avait chassées , fut obligé de les faire revenir, afin de pourvoir à la sûreté des femmes d'honneur et d’occuper la noblesse , de peur qu’elle ne méditât des nouveautés contre l’État. »
En France, dans le moyen âge, les courtisanes ont été l’objet de fréquentes lois somptuaires. Ce sont elles qui ont donné lieu au proverbe connu : bonne renommée vaut mieux queceinture dorée. Maïs, à l'exception d’un petit nombre, pourrait-on, d’après notre définition du mot courtisane, accorder ce titre aux malheureuses qui furent ainsi l'objet des sévérités de notre vieille législation? L'auteur des Fétes et Courtisanes de la Grèce, P. Chaussard, pense qu’en France trois femmes de cette classe sont les seules qui aient rappelé quelques traits des courtisanes de l'antiquité. « Telles furent, dit-il, la tendre Gaussin, comédienne, Louise Labbé, poëte, et Ninon, philosophe. » A ces noms
GTI n’aurait-il pas pu ajouter l’altière Marion de Lorie, l'Aspasie de la place Royale? En descendant au règne de Louis XV et de Louis XVI, nous pouvons mettre au nombre des courtisanes les Parabère, les Phalaris, qui amusaient le régent et ses roués ; et la comtesse Du Barry, qui sans doute avait commencé par être moins qu’une courtisane. Du temps de Saint-Évremond , les courtisanes de bonne compagnie s’appelaient des femmes naturelles. Dans les divers mémoires secrets du temps de Louis XV, on les appeile sans façon des impures. La marquise de Langeac, maîtresse de La Vrillière, la Camargo, la Clairon, la Raucour, les demoiselles Quinault, la Duthé, et vingt autres, dont les noms nous échappent, peuvent après Ninon continuer la liste des courtisanes. En 1782, au moment où l'on espérait que les vertus de Louis XVI allaient opérer une réaction en faveur de la morale, le luxe insolent des impures inspira à Palissot Za Courtisane, ou l’école des mœurs, comédie qui nese soutient que par le mérite du style, comme toutes les pièces de cet auteur. La Correspondance de Grimm nous apprend que le jour de la première représentation, M'* Arnould, Raucour, D’Hervieu, Duthé, affectèrent de se placer en grande toilette au balcon et d’applaudir aux traits les plus vifs.
Pendant nos longues révolutions, depuis 1789, lorsque l’écume de la société surgissait à la surface, il n’est pas étonnant que des courlisanes aient joué un grand rôle. Après la fameuse Théroigne de Méricourt, qui mourut folle à la Salpétrière, nous pourrions citer quelques noms fameux. Mais ce serait troubler la retraite religieuse des unes et remuer la cendre encore tiède des autres. Nous nous rappelons cependant que de méchantes langues ont appelé M°° de Genlis {a Phryné du Palais-Égalité. Vraie Araminthe en littérature, après avoir publié, disent-elles, presque autant de volumes qu’elle avait eu d’amants, elle a fini par mourir en état d’hypocrisie finale.
Un dernier mot, en résumant tout cet article! Parmi les prostituées, les courtisanes sont l'aristocratie ; le proverbe dit : N’est pas femme de bien qui veut; de même : N'est pas courtisane qui veut. Charles Du Rozorr.
COURTOIS (Jacques), dit Ze Bourguignon, naquit en 1621, dans un village de la Franche-Comté, à Saint-Hippolyte, où son père lui enseïgna les premiers éléments de la peinture. Pour compléter ses études, Courtois se rendit successivement à Milan, à Venise, à Bologne, à Rome, dont il visita les célèbres écoles. Décidé à s’adonner à la peinture des batailles, il se mit pendant trois ans à la suite d’une armée, dessinant les marches, les campements, les siéges et les combats dont il était témoin. C’est de là que ses tableaux ont acquis cette vérité qui en est un des principaux mérites. Nous en possédons deux au Louvre : la Bataille dArbelles, et Moïse en prière pendant le combat des Amalécites, tous deux peints sur bois.
Après la mort de sa femme, avec laquelle il n'avait pas été heureux, Courtois entra chez les jésuites comme frère-lai. 11 avait alors trente-sept ans, Il orna d'un grand nombre de tableaux la maison de son ordre, à Rome, où il mourut, en 1676. Il a gravé aussi à l’eau forte quelques morceaux fort estimés. Joseph Parocel fut un de ses élèves.
COURTOIS (GuiLaAumE), frère du précédent, naquit en 1628. Il montra les mêmes dispositions que son aîné ef le suivit en Italie, où il entra dans l’école de Pietro de Cortone. S'il eut plus de correction dans le dessin que son maître, il ne l’égala jamais sous le rapport de la composition, et son coloris manqua toujours de vigueur. Les diffé. rents musees d'Italie renferment un grand aombre de ses tableaux. Nous n’avons au Louvre que son Josué arrétant le Soleil. Guillaume Courtois a beaucoup aidé son frère dans ses principaux ouvrages. Il mourut à Rome, en 679.
COURTOIS (Eoue-BoNAvENTURE ), né à Arcis-sut-Aube, en 1756, fut successivement membre de l'Assemblée £é-
gistative, de la Convention, du Conseil des Anciens et du ‘Tribunat. 11 doit toute sa renommée au rapport qu'après le 9 thermidor il présenta à la Convention, le 16 nivôse an mr, au sujet des papiers saisis chez Robespierre et ses complices.
On lit dans plusieurs biographies que Courtois fut accusé d’avoir commis des dilapidations dans une mission en Belgique, et par ce motif éliminé du tribunat. C’est une erreur, fondée sur un procès que sontint Courtois lorsqu'il était encore tribun, et qué fit alors beaucoup de bruit. Il s’était seulement mêlé de tripotages sur les grains, et avait, à ce qu’il paraît, profité de son crédit pour faire charger d’achats à létranger une compagnie dans lagyelle il avait pris intérêt sous le nom d’un tiers. Au jour des comptes, ses associés se refusèrent à lui payer sa quote-part des bénéfices. J1 intenta mn procès correctionnel, qu’il perdit.
Courtois avait voté la mort de Louis XVI. Ayant signé pendant les cent-jours l’acte additionnel, il se trouva naturellement frappé de proscription par la loi dite d’amnistie du 12 janvier 1816. II se retira à Bruxelles. Mais, désirant voir abréger son exil, il fit adresser à Louis XVIII la lettre autographe écrite de la Conciergerie par la reine Marie-Antoinette et sa belle-sœur, madame Élisabeth, N obtint ainsi la faveur derentrer en France; mais, rappelé à Bruxelles par quelques affaires, il y mourut, le 6 décernbre de la même année. On ne dit pas de quelle manière Courtois s'était procuré ce précieux écrit, Ce qu’il y a de certain, c’est qu'il était curieux d'autographes :ilaété l’un des premiers en France qui se soit trouvé possédé de cette louable manie, et on a trouvé dans sa bibliotèque un grand nombre de lettres des personnages les plus célèbres, notamment une correspondance inédite entre Voltaire et M!° Quinault.