BRETON
COURTOISIE. De même que la civilité,l'urbanité, la politesse, la courtoisie peut se définir le costume de la morale publique. C’est un mélange de générosité, de grâce, de franchise dans les procédés, très-supérieur à la civilité et à la politesse ; c’est une certaine convenance de ton et de manières nécessaire à la société pour maintenir sous le couvert et faire disparaître des relations habituelles les deux plus fortes passions de l’homme social, la jalousie et la vanité; c’est, enfin, une qualité éminemment française, fille de cet esprit et de ces habitudes chevaleresques qui ont fait la gloire de notre pays. Quoique les quatre mots courtoisie, civilité, urbanité, politesse, offrent une grande analogie, il ne faudrait cependant pas les confondre niles tenir pour synonymes, Les trois derniers indiquent en général les rapports d’honnêteté convenus parmi les citoyens d'une même ville; la courtoisie comprend plus spécialement l'étiquette des courtisans entre eux et envers leurs suzerains. La courtoisie est donc une politesse plus relevée, une civilité patricienne. Aujourd’hui que l'importance sérieuse de la cour et de la noblesse a fort diminué chez nous, la courtoisie ne sert guère plus qu’à désigner une sorte de politesse ou d’honnèteté chevaleresque qui depuis longtemps a disparu de nos mœurs. Aussi n'est-ce pas parmi nous qu’il faut chercher le sens réel de cette expression et les obligations qu’elle renferme, c'est dans nos chroniques les plus reculées. Déjà du temps de Charron il était trop tard pour en retrouver la moindre trace; la cour avait corrompu toutes les institutions : « La courtoisie, dit-il, est un marché et complot fait ensemble de se moquer, mentir et piper les uns les autres. » Cela devait être ainsi du temps des Médicis; mais plus anciennement, à des époques plus rudes en apparence, la courtoisie s’élait montrée précisément ce qu’elle devait être, c'est-à-dire un hommage constant rendu par la force au rang el à la vertu. Aiors cette politesse des nobles brillait ellemême pure et vertueuse, et devenait souvent le châtiment le plus redouté de ceux qui avaient forfait à l'honneur, Dans les râpports qu’elle établissait entre les chevaliers et les dares, la courtoisie allait jusqu'à faire rendre justice aux
COURTOIS — COURTRAIT
femmes de meilleure renommée, au détriment de celles qui étaient jugées moins méritantes. j
COURTRAI ou KORTRYK, ville de la province de la Flandre occidentale, dans le royaume de Belgiq ue bâtie sur les deux rives de la Lys, avec de larges rues, pos sède de nombreuses églises, parmi lesquelles celles de Saint- Martin et de Notre-Dame se distinguent plus particulièrement par leur architecture, un superbe hôtel de ville gothique, une bourse, un collége et divers établissements de bienfaisance, et est le siège d’une chambre de commerce, d’un tribunal de commerce et d’unejustice de paix. On y compte 24,000 habitants, qui fabriquent surtout de la toile, de la dentelle, des fils à dentelle, du linge de table et des cotonnades. On y trouve aussi des blanchisseries de toile, des raflineries de sucre et des fabriques de savon ; et elle est le centre d’un commerce fort important en étoffes de laine et autrés produits manufacturés. C’est dans les environs de Courtray que se récolte le lin le plus fin de toute la Belgique. Des chemins de fer mettent cette ville en communication avec Gand, Lille et Tournay. Le 11 juillet 1302 eut lieu sous les murs de Courtray une fameuse bataille livrée entre les” Français et les Flamands, qu’on appelle quelquefois Journée des Éperons (voyez l’article suivant). En 1382 les Français essayèrent d'effacer la honte de cette défaite en pillant et en détruisant la ville. Trois ans plus tard Philippe le Hardi posa la première pierre de ses fortifications, qui par la suite furent considérablement augmentées, puis rasées en 1744 par les Français. Dans les guerres entre la France et l'Espagne, au dix-septième siècle, la possession de Courtray fut souvent vivement disputée par les parties belligérantes. 11 en fut de même à l'époque des guerres de la Révolution, et Courtray en 1794 tomba au pouvoir des Français. En 1814, après avoir été alternativement prise par les coalisés et reprise par les Français , ceux-ci, commandés par Maïson, défirent le 31 mars sous ses murs un corps de 8,000 hommes aux ordres de Thielmann, et composé de Saxons et d’autres troupes de la coalition. R
COURTRAI (Bataille de). Le roi de France Philippe IV avait nommé gouverneur de la Flandre Jacques de Châtillon, frère du comte deSaint-Paul, quitraita cette province en pays conquis. Une insurrection populaire éclata à Bruges (1302), et Guillaume de Juliers (petit-fils, par sa mère, du vieux Guy de Dampierre, comte de Flandre, que Philippe retenait prisonnier à Paris) n'hésita pas à se mettre à la tête des Flamands. En peu de temps il soumit des villes importantes à la commune de Bruges. Son oncle, Guy le jeune, l’un des fils du comte de Flandre, vint alorsle joindre. Les Flamands redoublèrent d’ardeur en voyant à leur têteun de leurs princes héréditaires : quinze mille hommes de milice à pied se mirent sous les ordres de Guy; ils marchèrent sur Courtrai, dont ils se rendirent maîtres, à la réserve du château; ils laissèrent un corps d'observation pour l’assiéger, Ils soumirent encore quelques places, et ils étaient venus assiége, Cassel, lorsqu’au mois de juillet Robert, comte d'Artois, entra en Flandre avec l’armée formidable qu'il avait été occupé à rassembler dès le commencement de la rébellion, et qui, au dire de Villani, alors résidant en Flandre, se composait de 7,500 cavaliers , tous gentils-hommes; 10,000 archers et 30,000 fantassins, fournis parles milices des communes de France. .
Le jeune Guy de Flandre était revenu à Courtrai avec le gros de l’armée, et Guillaume de Juliers assiégeait Cassel, lorsque ces deux seigneurs apprirent que Robert d'Artois était entré en Flandre par la route de Tournai, Guillaume leva le siége de Cassel, et vint rejoindre son parent devant Courtrai. Ils ne pouvaient cependant soutenir un siége dans cette ville, dont le château était toujours entre les mains des Français : ils ne pouvaient non plus reculer devant ure armée si puissante en cavalerie sans s’exposer à être enveloppés et détruits dans ces vastes plaines. Ils prirent done