COUTHON — COUTIL
mer contre eux des poursuites rigoureuses, La Constituante avait gardé le silence sur le sort des émigrés qui ne rentreer pas; Couthon, dans la séance du 8 novembre, proposa un amendement d’après lequel seraient poursuivis comme conspirateurs ceux qui ne seraient pas rentrés au 1°" janvier 1792, Dans la séance du 20 octobre, il proposa la déchéance de Monsieur aux droits de la régence. Aux yeux des républicains la Constituante n’était qu'un parti aristocrate : aussi Couthon s’oppose-t-il fortement, dans la séance du 18 octobre 1791, au projet de frapper une médaille en l'honneur des anciens membres de cette assemblée. Quelque temps auparavant il avait obtenu qu'on ne leur réserverait plus de tribunes dans l'Assemblée législative. Le 19 décembre il propose la mise en accusation de tous les princes français.
Vers le milieu de 1792, Couthon quitta Paris dans l’espoir de rétablir sa santé. 11 était à Saint-Amand à l'époque du 10 août, et ne put voir de ses yeux la chute du trône, dont il avait sapé les fondements avec tant d’acharnement et d'énergie. Mais, en revanche, il siégeait à la Convention nationale le 16 janvier 1793, et il y consomma l’œuvre à laquelle il travaillait depuis si longtemps : il vota la mort de Capet sans sursis. L'œuvre accomplie, Couthon n’avait pas prévu au delà. Dans la Convention, tous les partis voulaient le salut de la patrie, mais ils différaient d'opinion sur les moyens de l’assurer. Couthon semble hésiter un instant : se joindrat-il aux dantonistes? mais il désapprouve les massacres du 2 septembre, auxquels il n’a point pris part. Alors il paraît vouloir se rapprocher des girondins, et fait acte de modérantisme en réclamant avec force contre la pétition insolente du faubourg Saint-Antoine. Toutefois, son modérantisme fut de courte durée. Pressentant la ruine de la Gironde et le triomphe de Robespierre, il se voua corps et âme à cette idole, qui plus tard devait l’écraser de sa chute. Son choix fait, il se fanatisa bientôt pour une cause qu’il avait embrassée par calcul, et poursuivit son système avec une horrible constance. Le 2 juin 1793 il demande l'arrestation de ces mêmes girondins auxquels naguère il a été sur le point de s'unir; puis, dans un élan de générosité , il veut être envoyé comme otage à Bordeaux pour répondre du traitement qu'éprouveront les députés mis en arrestation. Adjoint le 27 mai au Comité de salut public, il y entre comme membre le 10 juillet, et le 11 lit à la Convention nationale un rapport sur la révolte de Lyon, s’opposant toutefois à ce que la ville soit déclarée en état de rébellion, parce que, dit-il, « les bons citoyens pourraient être confondus avec les mauvais ». Organe du Comité de salut public, Couthon semble se multiplier et vient sans cesse à la tribune proposer de nouveaux décrets. Le 5 août il demande que tous les grains soient mis à la disposition de la nation; le 8 Il fait décréter que Pitt est l'ennemi de l'espèce humaine; quelque temps auparavant , il avait proposé qu’on poursuixit ceux qui refuseraient des assignats, et qu’on déclarât traîtres à la patrie ceux qui auraient placé des fonds sur les banques des pays en guerre avec la France.
Par ces mesures énergiques et par les déclamations dont À semait ses discours, toujours vivement applaudis, Couthon s'était fait adorer à la Montagne et au club des Jacobins, Par un décret du 21 août, il fut adjoint aux représentants envoyés à Lyon. Le 25 septembre il écrivait à la Convention pour lui rendre compte de ses opérations. « Nos maisons nationales, disait-il, regorgent de malveillants ; elles auront besoin d’éte purifiées à la paix. J'ai fait abattre les chateaux-forts, tours et donjons; je ne conserve que les bâtiments nécessaires aux exploitations. » Dans une lettre du 13 oetobre : « Ceux qui ont échappé au sabre de nos soldats, dit-il, tombent tous les jours sous la hache des lois. » Dans une autre lettre, datée de Ville-Affranchie, le 16 octobre, il félicite la Convention du nom qu’elle a donné par décret à la ville de Lyon, et ajoute qu’entre loutes les mesures vi- |
goureuses « que le Comité de salut public avait à prendre au sujet de la ville rebelle, une seule lui avait échappé, c'était sa destruction totale ».
De retour à Paris, il demande, le 2 pluviôse an 11 (21 janvier 1794), qu’une députation de l’assemblée soit envoyée au pied de l'arbre de la liberté, afin de prendre part à la fête célébrée par les jacobins pour l'anniversaire de la mort du tyran, et que par un mouvement spontané la Convention nationale exprime cette idée terrible pour Les tyrans, consolatrice pour les patriotes : mort aux tyrans ! paix aux chaumières (tous les membres répètent ce cri avec enthousiasme )! Le même jour, dans la séance des Jacobins,
| il propose « que la société nomme deux commissaires char-
gés de rédiger l'acte d'accusation des rois ; que cet acte soit envoyé par les jacobins au tribunal de l'opinion publique de tous les pays, afin qu'il n’y ait plus un roi qui puisse trouver un ciel qui veuille l’éclairer, une terre qui veuille le porter ». Le 7 pluviôse il demande que les biens des condamnés soient séquestrés ; le 20 il entre furieux dans la Convention, tenant un long écrit de Javoques, dans lequel ce député l’accuse d’être l'ennemi du peuple et du pauvre : « L’ennemi du peuple et du pauvre! s’écrie Couthon indigné, moi qui depuis que je me connais n’ai parlé, pensé, agi et senti que pour luif moi qui ai déjà perdu à son service la moitié de mon corps , et qui lui sacrifie tous les jours avec tant de plaisir l’autre moitié! » Le 1° floréal Couthon et Javoques s’embrassaient en présence de la Convention nationale, craignant tous deux que leurs discordes ne les perdit l’un et l’autre days l'esprit des jacobins.
A la séance du 18 floréal, Couthon, prosélyte toujours plus fanatique de Robespierre , propose que le discours sur la fête à l’Être-Suprême soit traduit dans toutes les langues et envoyé à tout l’univers, et’le 26 il vient au nom des jacobins remercier la Convention « el la bénir d’avoir consacré par son décret cette vérité sainte que le juste retrouve toujours dans son cœur, que le peuple français reconnaît l'Être . Suprême et l’immortalité de l’âme. Oh! ajoute-t-il, qu'ils savaient bien, les monstres qui ont prêché l’athéisme et le matérialisme, qu’ils savaient bien que le moyen le plus sèr de tuer la révolution était d'enlever aux hommes toute idée d’une vie future et de les désespérer par celle du néant. »
Couthon devait tomber avec Robespierre. Comme Saïint- Just, il avait été son organe et son ministre, et c’est par sa bouche que le Comité de salut public avait transmis à la Convention ses projets les plus sanguinaires. Sa physionomie, quoique assez douce dans ses moments de calme, prenait à ia tribune un aspect sauvage et atroce, en rapport avec la mission qu’il remplissait. Actif et désintéressé, il parvint au triumvirat sans s’apercevoir de la tyrannie qu’il exerçait sous Robespierre ; et, déjà méprisé dans la Convention comme un vil agent du dicéateur, il se croyait encore libre et partisan de la souveraineté du peuple. Le 26 juillet il est mis hors la loi, arrêté et envoyé à Port-Libre La Commune , indignée « qu’une poignée de factieux (dit-elle) opprime Robespierre, Saint-Just et Couthon, ce citoyen vertueux ,qui n’a de vivants que la téte et le cœur, mais qui les a brülants de patriotisme, » la Commune défend au concierge d'ouvrir les prisons. Cauthon est porté à l'hôtel de ville ; puis, repris par les soldats de la Convention, il est transféré sur un brancard à la Conciergerie, et le :0 thermidor (28 juillet 1794) il est conduit à l'échafaud, étendu dans la fatale charrette, et foulé aux pieds par les compagnons de sa puissance et de sa ruine, T. ToussENEL.
COUTIL, tissu croisé en fil, dont on fait des enveloppes pour traversins, lits de plumes, etc., des pantalons, des corsets, etc. 11 y a des coutils dont la chaîne est en filet [a trame en coton. Enfin d'autres ne renferment que du coton. Cet article se fabrique en diverses localités, et chacune d’elles produit un genre qui lui est presque spécial. A Laval, le confit pour pantalons se fabrique depuis longtemps en écrn,
blanc, gris ou Jaune. 11 y en a de deux sortes, l’une nommée grain de fougère, l'autre russe ou course. La première se vend particulièrement pour le midi de la France ou l’exportation ; la deuxième, plus forte, plus solide, se consomme dans le nord: de la France. Laval fait aussi des tissus variés à limitation des coutils d'Angleterre; mais ils sont bien inférieurs à ces derniers. On peut évaluer à environ 200,000 mètres la fabrication annuelle du département de la Mayenne.
Lille et Roubaix produisent des coutils pur fil, nouveautés qui ont plus d’analogie avec les mêmes genres anglais que ceux de Laval. Rouen, Mulhouse, et particulièrement Troyes, font des coutils pour pantalons, tout coton, qui se vendent en blanc ou imprimés. Les coutils pour lits se fabriquent principalement à Saint-Lô, Flers, Verneuil, Condésur-Noireau et Laferté-Macé, soit en pur fil, soit en fil ct coton, ou tout coton. En outre, Flers, Condé et Roubaix fournissent des coutils mille raies, bleus et blancs, ou verts et blancs, fil et coton, ou tout coton, pour pantalons, connus dans le commerce sous le nom de lacets.
On ne connaît pas la véritable étymologie du mot coutil; on sait seulement que dans la basse latinité on appelait ces sortes de tissus culcita, d’où coutila bien pu dériver. Vigenère, dans ses Commentaires sur César, prétend que coutil se dit en latin cadurcum, parce qu’anciennement on en fabriquait de ‘ort bons à Cahors.
COUTRAS, ville de France, chef-lieu de-canton du département de la Gironde, à 17 kilom. de Libourne, sur la rive gauche de la Dronne. Sa population est de 3,685 hibitants (1872). On y récolte d'assez bons vins rouges. Coutras possède des moulins , et fait un commerce de farines. C’est un lieu d’approvisionnement pour Bordeaux. Un chemin de fer relie cette ville à Périgueux.
Le 20 octobre 1587 l’armée de la ligue, commandée par Joyeuse, rencontra le roi de Navarre accompagné des princes de Condé, de Conti et de Soissons, tous trois du sang de Bourbon’, de ses plus vieux capitaines, et comptant sous ses ordres 1,200 chevaux et 4,500 fantassins. L’infanterie du duc était à peu près égale à celle du roi ; mais sa cavalerie était deux fois plus nombreuse et beaucoup mieux équipée.
Henri de Navarre avait formé sa ligne de bataille en Jemicercle; les cavaliers, sur six hommes de file, étaient entremêlés d’arquebusiers, dont le premier rang se tenait ventre à terre, le second sur un genou; le troisième penché et ceux de derrière debout, afin de désharger leurs arquebuses tous en même temps. Ils avaient reçu l’ordre de ne tirer que lorsque l'ennemi serait à vingt pas. La brillante et présomptueuse noblesse de Joyeuse, dont les armes étincelaient d’or et de pierreries, s’élança avec impétuosité sur ce rempart vivant. La première décharge des protestants jeta le trouble dans le rang des catholiques; mais Lavardin enfonça presque aussitôt la droite des Huguenots. Le duc de Joyeuse, voulant profiter de la déroute de la cavalerie ennemie, s’avança avec ses gendarmes divisés en trois corps pour assaillir en même temps les escadrons du roi de Navarre, du prince de Condé et du comte de Soissons, qui commandait au centre. Les catholiques commençaient à crier victoire, mais un feu terrible de l'artillerie et une charge vigoureuse exécutée par le roi de Navarre changea la face des choses. En moins d'une heure trois mille hommes de pied, beaucoup de cavalerie, et plus de quatre cents gentils-hommes périrent du côté des catholiques. Joyeuse venait de rendre son épée quand il fut tué d'un coup de pistolet.
Le roi de Navarre fit preuve de ïa plus grande habileté avant la bataille, par les dispositions qu'il prit pour poster avantageusement ses troupes et son artillerie. Il montra beaucoup de courage pendant l’action, et de générosité après la victoire C'était la première rencontre importante où riomphait le parti protestant, toujours battu jusque là dans les actions générales sous l’amiral de Coligny et sous le prince de Condé,