‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 524 sur 607 · COUTUME — COUTURE · texte numérisé non relu

COUTUME — COUTURE

ot régissent encore la plupart des États de l'Europe. Cellesa ont pour base des conventions formelles authentiques, la sanction du prince et l’assentiment de la nation, ce sont des lois, dans la véritable acception de ce mot.

En France les coutumes étaient des statuts et règlements locaux, qui régissaient certaines provinces. Avant la Révolution on comptait environ soixante coutumes générales , c’est-à-dire qui étaient observées dans une provinge entière, et environ trois cents coutumes locales qui n'étaient observées que dans une seule ville, bourg ou village. Il y a plus : les villes, jadis divisées en divers fiefs, avaient plusieurs coutumes, et même des juridictions différentes ; la loi d’un quartier n’était pas la loi du quartier voisin : « En sorte, dit un de nos anciens historiens, Agobert, que de cinq personnes qui se trouvaient ensemble, il n'était pas rare de n’en pouvoir rencontrer deux qui vécussent sous la même loi. » A cet égard il n’y avait point de province où il y eût tant de bigarrure qu’en Auvergne et en Flandre : chaque ville, bourg et village y avait, pour ainsi dire, sa coutume particulière. Les pays de coutumes, ou de droit coutumier, par opposition aux pays de droit écrit ou de droit romain, étaient la Flandre, le Hainaut, l’Artois. la Picardie, la France proprement dite, le Vermandois, la € hampagne, l'Orléanais, le Berry, l’Anjou, le Maine, la Normandie, la Bretagne, le Poitou, la Touraine, l’Angoumois, une partie de la Saintonge et de la basse Marche, la hacte Marche, l'Auvergne, le Bourbonnais, le Nivernais, les deux Bourgognes, la Lorraine.

N'ayant été primitivement consacrées par aucun texte officiel, les coutumes se prouvaient de deux manières différentes : tantôt la question de droit se proposait au parloir des bourgeois, c’est-à-dire au lieu où le prévôt des marchands et les principaux bourgeois s'assemblaient pour les affaires de la ville; tantôt on recourait à un moyen plus simple, et qui consistait à convoquer au tribunal plusieurs personnes bien famées, qui attestaient que telle était ou n’était pas la coutume. Ce moyen s'appelait enqueste par tourbe. Dans aucun cas un seul témoignage n’était suffisant : voix d’un, voix de nun.… une fois n’est pas coutume. Néanmoins, et pour parer aux inconvénients qui résultaient de l'ignorance et de l’infidélité des témoins, on les rédigea par écrit. La première coutume écrite fut celle de Ponthieu, qui a été rédigée en 1453; celle de Paris fut rédigée d’abord en 1510 sous Louis XII, ct réformée en 1:80. Charles VII et ses successeurs firent metre par écrit toutes les coufumes du royaume; on s’efforça alors de leur donner un caractère plus général. Enfin quelques-unes reçurent encore jusqu’à la Révolution diverses modifications.

On donnait aux coutumes différentes qualifications, tirées des dispositions qu’elles renfermaient. Ainsi on appelait coutumes d'égalité celles qui défendaient d’avantager un héritier plus que son cohéritier; les coutumes de côté ou de simple côté étaient celles où l’on admettait les propres paternels et maternels, et où pour succéder aux biens immeubles d’un défunt il suffisait d’être parent du côté où ils lui étaient provenus; les coutumes de côté et de ligne étaient celles où pour succéder à un propre il ne suffisait pas d’être parent du défunt du côté où il lui était venu, mais Où il était encore nécessaire d’être le plus proche parent du défunt du côté et ligne du premier acquéreur de ce propre, c’est-à-dire du premier qui l’avait mis dans la famille. Les coutumes de franc-alleu étaient celles où le franc-alleu était naturel de droit, c’est-à-dire où tout héritage était réputé franc, si le seigneur dans la justice duquel il était situé ne prouvait le contraire. Les coutumes de compatibilité et d'incompatibilité étaient celles où les qualités d'héritier et de légataire pouvaient ou ne pouvaient pas concourir dans la même personne relativement à une succession à laquelle il était appelée par la loi et par un testament. Les coufumes de représentation à l'ir£ni Saïent

celles où la représentation en ligne collatérale était admise dans tous les degrés indéfiniment.

C'est dans les coutumes qu’il faut étudier l’histoire des mœurs et des institutions du moyen âge ; c’est dans cet immense répertoire, si varié, si riche, et si compliqué, que se révèlent toutes les phases de la civilisation ; mais il faut plus que du courage pour braver les fatigues et l'ennui de ces pénibles investigations. Devant cet effrayant chaos de lois écrites indifféremment en langues vivantes, mortes ou étrangères, connues ou ignorées du grand nombre, au moment où la France rompait avec le passé pour entrer dans les voies de l'avenir, le besoin d’un cede uniforme se fit généralement sentir, et l’esprit des trois classes de citoyens se manifesta par les cahiers des baïilliages. Les représentants de la noblesse et du clergé se bornèrent alors à demander une seule coutume spéciale pour chaque province ou pour chaque ressert de parlement ; eeux du tiers état réclamèrent une seule coutume ou, en d’autres termes, un seul code pour toute la France, On sait que ce dernier vœu prévalut.

Toutes les dispositions des coutumes qui sont relatives à des matières dont s’est occupé le Code Napoléon sont abrogées par l’article 7 de la loi du 30 ventôse an x11. Mais elles peuvent être encore invoquées comme raison écrite sur les questions que ces matières présentent et que le Code Napoléon ne décide pas, sauf aux juges à y avoir tel égard qu’ils trouvent convenable. Les dispositions abrogées des coutumes font encore loi pour tous les actes qui ont été passés et pour tous les droits qui se sont ouverts sous leur empire.

COUTUME (Certificat de). Voyez CERTIFICAT:

COUTURE. C’est une industrie indispensable et sans nul doute des plus anciennes. Dès qu’on a songé à se vêtir il a fallu aviser aux moyens de réunir entre elles les diverses pièces nécessaires pour conslituer un vêtement. Dans l’âge de pierre, l’homme, contemporain du renne, cousait les’peaux de bêtes dont il se couvrait; ona retrouvé l'instrument grossier qui lui servait, une arête de poisson effilée et percée comme nos aiguilles. L'art de la couture occupe dans tous les pays toutes ou presque toutes les fermes et un grand nombre d'hommes.

Ce nombre à dû être encore augmenté depuis qu'on a eu l’idée de centraliser la confection des habillements, et que l’économie obtenue par ce moyen sur l’éloffe et sur le prix de la main d'œuvre, a donné lieu à un commerce considérable d'exportation. « Cette extension donnée à la confection des vêtements, dit M. Lefèvre, n’avait pas été favorable aux ouvriers se livrant au travail de la couture. Que diront-ils maintenant que les machines se mettentem concurrence avec eux? La couture mécanique (voyez Macmmwe À Coupe) est passé e à l’état de fait accompli. On est ébloui en voyant avec quelle rapidité ces petites macaines piquent l'aiguille dont on a peine à suivre le mouvement, tandis que l'ouvrière quianime {out l’appareil, avee le pied et sans mouvement apparent, n’est occupée qu’à donner la direction à l'étoffe, qui fuit devant elle. » Malheureusement, l'invention n'a profité qu’à ceux qui en possèdent les différents brevets ou aux fabricants en gros, Le travail de l'aiguille donne à ceux qui la tiennent moins de profit quejamais. Une bonne couseuse mécanique, telle qu’il en faut à une ouvrière habile, coûte 400 fr. ; et yat-il beaucoup d’ouvrières qui, sur leur salaire de 2 fr. à 2 fr.59 par jour, parviennent à se procurer cet outil si indispensable aujourd’hui à l'amélioration de leur position? Les maitresses couturières, les maisons de confection sont seules en état de se pourvoir de ces outils, vendus à 100 pour 100 au-dessus du prix de revient; mais elles sont seules aussi à bénéficier de leurs avantages. La couture devrait faire partie de l'éducation de toutes les jeunes

! filles, car elle est d’une utilité incontestable.

COUTURE (Taomas), peintre, est n6 à Senlis, le 21 décembre 1815. Entré en 1830 dans l'atelier de Gros, ily apprit les premiers rudiments de l’art, etalla achever son éducation chez PaulDelaroche. L'Académie ayant, en 1837, proposé le sujet du Sacrifice de Noé, iln’obtint que le second prix, bien que son tableau fût déjà plein de pro messes. Trois ans après il débuta au Salon, où il exposa un Jeune Vénilien après une orgie. On vit succesivement paraître au Louvre son Enfant prodigue, une Veuve, le Relour des Champs (1841), un Trourère ; en 1844 une importante composition, {Amour de l'Or, qui figure aujourd’hui au musée de Toulouse; eten 1847 Les Romains de La Décardence, au musée de Luxembourg. La plupart des critiques firent de ce dernier tableau un éloge exagéré, et l’on alla jusqu’à proclamer l’auteur le Véronèse de l’art nouveau. Chevalier de la Légion d'honneur le 11 novembre 1848, Couture, entraîné peul-étre par les idées du temps, entreprit l'exécution d’une œuvre plus importante encore que celle qui l'avait illustré; mais, bien que très-avanceé, ce tableau restainterrompu dans l'atelier de l’artiste, qu’absorbadepuis;un autre travail, la décoration d’une des chapelles de Saint-Eustache. C’est pour ne pas se laisser oublier du public vulgaire que Couture envoya au Salon de 1852 deux portraits et une tête de fantaisie, Za Bohcmienne,;ret à l'exposition universelle de 1855 Ze Fauconnier. Il a en outre exécuté deux commandes de l'État, /e Retour des troupes de Crimée et Le Baptéme du prince impérial. Quelques amateurs possèdent quelques pelits tableaux de Couture d’un coloris brillant et vif. Sous le rapport de l'expression et du sentiment la valeur de Couture est au-dessous des plus pauvres. Son pinceau seul est savant. Il peint avec l’audace d’un maître les accessoires, l'architecture, les draperies, Ce sont là certes des qualités pittoresques; mais elles font bien moins de Couture un peintre sérieux et fort que l’un de nos premiers décorateurs.

COUVENT. On disait autrefois convent (conventus), comme on le prononce dans ses dérivés, conventuel, conventicule, etc. L'on sait que couvent signifie une maison religieuse de l’un ou de l’autre sexe. Le mol couvent ne

présente pas une idée tout à fait aussi austère que clottre et monastère. Eten effet, dans l’origine les co mmunautés enfermées dans les couvents étaient composées de laïques. Avant 1789 la France était couverte de couvents ; il y en avait à Paris quarante-deux d'hommes et gsoixante-huit de femmes. La plupart des jeunes personnes étaient élevées au couvent. Beaucoup de veuves s’y retiraient, Les femmes séparées n'avaient pas de demeure plus honnête. Celles qui se comportaient mal pouvaient y être enfermées, à la demande de leur mari, par autorité de justice. Les juges et officiers de police, les commis des fermes , étaient en droit de faire la visite dans les couvents, quand ils le jugeaient à propos. Aujourd'hui encore il y a en France, moins sous l'autorité que sous la tolérance du gouvernement et des lois, un assez grand nombre de couvents d'hommes, et une foule de couvents de femmes. Les ” teligieuses qui habitent ces asiles se consacreat la plupart aux soins des malades et à l'éducation des jeunes filles. C’est le plus petit nombre des couvents de femmes qui se livrent àla vie ascétique et contemplative. Quant aux couvents d'hommes, leurs habitants, pour la plupart, se livrent à l’enseignement et aux travaux manuels.

Le couvent dit de l’Abbaye-au-Bois a été sous la Resfauration, et même sous Louis-Philippe, le plus à la mode pour la retraite des grandes dames qui ont le bon esprit de quitter le monde avant que le monde ne les quitte. Telle cellule de l’Abbaye-au-Bois a réuni longtemps chaque semaine quelques-unes des notabilités littéraires les plus en vogue. Rousseau, dans son Émile, aime mieux, sous le rapport physique, les couvents que la maison paternelle pour l'éduca-

Page 1