‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 525 sur 607 · COUTURE — COUVER · texte numérisé non relu

COUTURE — COUVER

tion des filles : « En ceci, dit-il, les couvents, où les pension

nairesontunenourriture grossière, mais beaucoup d'ébats, de

courses, de jeux en plein air et dans les jardins, sont à pré-

férer à la maison paternelle, où une fille, délicatement nour-

rie, toujours flattée ou tancée, toujours assise sous les yeux de sa mère dans une chambre bien close, n’ose se lever ni marcher, ni parler, ni souffler, et n’a pas un moment de liberté pour jouer, sauter, courir, crier, se livrer à la pétulance na-

turelle à son âge : toujours, ou relâchement dangereux , ou

sévérité mal entendue ; jamais rien selon la raison. Voilà comment on ruine le corps et le cœur de la jeunesse. » Ailleurs, sous le rapport moral, il flétrit les couvents comme de véritables écoles de coquetterie : « Non, dit-il, de cette coquetterie honnête dont j'ai parlé, mais de celle qui produit tous les travers des femmes et en fait les plus extravagantes des petites-maîtresses. En sortant de là pour entrer tout d’un coup dans des sociétés brillantes, de jeunes femmes s’y sentent tout d’abord à leur place : elles ont été élevées pour y vivre, faut-il s'étonner qu’elles s’y trouvent bien? Il me $emble qu’en général dans les pays protestants il y a plus d’attachement de famille, de plus dignes épouses et de plus tendres mères que dans les pays catholiques; et si cela est, on ne peut douter que cette différence ne soit due en partie à l'éducation des couvents. »

Nous n’examinerons point si en ceci on ne pourrait pas adresser à Rousseau le compliment ironique que Montesquieu a fait à Voltaire : ZZ écrit pour son couvent. Le temps n’est plus, Dieu merci! où un père, pour forcer sa fille à se marier contre son gré, ne lui laissait que l'alternative du couvent. C’estun trait de mœurs effacé des nôtres. Si, comme l’a dit, dans son style austère et pittoresque, un écrivain de Port-Royal, « les couvents sont autant de citadelles où la pudeur trouve un asile ‘contre le dérèglement dela corruption du siècle, » il est vrai d'ajouter que la contrainte qui les peuplait jadis faisait de bien mauvaises religieuses, Les passions du siècle couvaient plus furieuses sous le cilice. Les livres sont pleins d’aventures romanesques, mais malheureusement trop vraies, où l’on voit maïnte recluse secouer sans scrupule la contrainte du couvent. Du temps de Louis XII et de Louis XIV la mode entraînait au couvent de grandes dames qui voulaient faire leur salut avec éclat. C'était une dévotion mélée de bel air et de galanterie, une hypocrisie de bon ton, une humilité de cour.

Couvent signifie aussi le corps ou la communauté des religieux ou religieuses qui habitent ces maisons. Tout le couvent est assemblé capitulairement au son de la cloche. Les procès s’intentaient au nom des religieux, prieur et couvent. Entrer au couvent, sortir du couvent, c’est prendre ou quitter l'habit du couvent. Il fallait au moins trois religieux pour établir un couvent ; on appelait lieux réguliers d'un couvent l’église, le cloître, le cimetière ou les caveaux, etc, Couvent, dans l’ordre de Malte, était la résidence du grandmaître ou de son lieutenant; là se trouvaient l'église, l’infirmerie et les auberges, ou les huit langues.

Charles Du Rozorr.

COUVER, COUVÉE (de cubare, étrecouché). Couver se dit de l'acte par lequel un oiseau femelle ou mâle reste assiduement sur des œufs jusqu’à leur éclosion. Les différeuts oiseaux couvent plus ou moins longtemps. Tout le monde a vu des poules, des pigeons, des serins couver leurs œufs. Couvée se dit de la totalité des œufs que couve un oiseau , et des petits lorsqu'ils sont éclos. Les autruches et certains reptiles, tels que les crocodiles, les tortues, enterrent leurs œufs dans le sable, et ce sont les rayons du soleil qui font développer les germes, éclore les petits, etc. Il y a des oiseaux qui couvent volontiers non-seulement des œufs pondus par d'autres oiseaux de leur espèce, mais encore ceux qui appartiennent à des oiseaux d’une espèce différente : la poule couve sans dificulté des œufs de cane, et, qui plus est, elle manifeste un grand attachement pour les

COUVER

canetons qui proviennent de sa couvée. Enfin, on est parvenu à faire couver des œufs à des coqs, des dindons, des chapons , et à leur faire conduire les petits. Les hommes ayant observé, ce qui était facile, que dans l'acte de l’incubation , tout se réduit, de la part des couveuses, à maintenir les œufs à un certain degré de température, on imita la nature en faisant couver des œufs artificiellement (voyez INCUBATION ARTIFICIELLE ).

COUVERT. C’est le nom collectif qu'on a donné à tous les meubles nécessaires au repas, Cette expression ne s’appliquait au seizième siècle qu'aux tables préparées pour les princes ou rois : « Couvert, disait Nicot, signifie l’appareil de la table des rois et des princes, pour leur diner ou souper. » Le grand couvert était le repas qu’un monarque aisait en public avec un certain cérémonial, Cet appareil, comme on le pense, a varié, et, pour ne nous occuper ici que des peuples modernes, nous lisons dans Possidonius, dans Strabon, dans Tacite et plusieurs autres écrivains, que le couvert des Celtes et des autres nations barbares ne consistait que dans une peau de bête fauve étendue à terre, sur laquelle ils plaçaient quelques vases d’argile ou d’airain qui contenaient les viandes par eux apprêtées. Leurs dents et un petit couteau qu'ils portaient à la ceinture étaient les seuls instruments à leur usage, et pour boire ils préféraient à tout la corne des bêtes sauvages qu’ils tuaient à la chasse. Leurs conquêtes en Europe, leurs fréquents rapports avec les Romains et les Grecs du Bas-Empire furent cause qu’ils adoptèrent certains usages communs à ces nations; ct, suivant le même Strabon, les Belges après César mangeaient presque tous à des tables et couchés sur des lits. Ces premiers meubles une fois en usage, leur forme varia beaucoup : on s’appliqua principalement à orner le dessus des tables, à le polir, car tout d’abord on ne se servit pas de

. nappes. Charlemagne, au rapport d'Éginart, fit faire trois tables d’argent, qui se recommandaient plus encore par leur fravail que par leur matière : la première représentait Rome, la seconde Constantinople, la troisième les régions de l'univers alors connues; il en avait une autre en or. Ce luxe de table se trouve encore chez plusieurs autres princes ecclésiastiques et séculiers.

Cependant, l’usage de les couvrir avec des nappes, la plupart de toile ( bien qu’on ait quelques exemples de nappes en cuir et même en parchemin), ne tarda pas à s’introduire. Sous Louis le Débonnaire elles étaient velues et peluchées, au rapport d'Ermold Le Noir, poëte contemporain, On les nommait doubliers au douzième et au treizième siècle, parce qu’elles étaient doubles ; au moins est-ce l’interprétation assez probable que donnent de ce mot Legrand d'Aussy et Roquefort. Les serviettes, si l’on en croit Monfaigne, ne furent en usage que depuis son temps, c’est-àdire à la fin du seizième siècle, Avant leur introduction ,.on s'essuyait avec la nappe, comme on le fait encore dans cerfaines parties de l'Angleterre. Ceci fait comprendre pourquoi on avait un si grand besoin de se laver les mains avant et après le repas,

Si du linge nous passons aux autres meubles, nous voyons que la vaisselle d’un simple bourgeois de notre époque eût été alors d’un grand luxe : il y a peu de temps encore il n'était

. permis qu'aux très-grands seigneurs d’étaler sur leur table

des nefs plus ou moins riches. On appelait ainsi un meuble - d'argent en forme de navire, et qui contenait, outre des épices, les objets nécessaires au couvert de chacun. Ces nefs étaient souvent de la plus grande beauté, et les inventaires particuliers de nos rois en citent plusieurs dont la

. valeur était remarquable. 11 ne faut pas oublier que dès le quatorzième siècle, et avant même, les gens riches, quelle que fût d’ailleurs leur condition, mettaient beaucoup de luxe dans la vaisselle de table; et le poète Eustache Deschamps, mort en 1420, parlant de tous les inconvénients attachés au mariage, dit : « 11 vous faudra pintes, pots, aiguières,

BICT. DE LA CONVERS. — T, Vi

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