CRANE
du cerveau. Il parait prouvé que par une action permanente d'un corps dur et inflexible on peut changer avec le temps la forme naturelle du crâne, comme on l’observe particulièrement chez les Caraïbes ; mais, outre que ce déplacement forcé des parties cérébrales peut altérer plus ou moins profondément les fonctions du cerveau, on doit regarder ces cas par rapport à la cränioscopie comme des cas pathologiques, dans lesquels on ne peut pas appliquer les principes que nous admettons pour l'état physiologique du crâne et du cerveau.
Ce qu'on observe pour la totalité du crâne relativement au développement du cerveau à lieu pour ses différentes parties en particulier. Le front d’un enfant nouveau-né est petit; au bout de trois mois, il commence à se bomber, et continue à garder ses formes jusqu’à Pâge de huit à dix ans, époque à laquelle les autres pârties du cerveau commencent, à leur tour, à se développer davantage, et le front à perdre sa convexité. Les mêmes variations s’opèrent pour les différentes parties du cerveau , el le crâne se modifie de même, A l’âge indiqué le crâne n’a pas plus d’une ligne d'épaisseur, et on peut avec certitude reconnaitre la forme du cerveau par la forme extérieure du crâne.
Quoique les deux lames du crâne ne soient pas exactement parallèles, et qu’on ne puisse pas, à la rigueur, @éterminer, par l'inspection extérieure du crâne, les nuances les plus minutieuses qui peuvent exister dans les circonvolutions du cerveau , il est certain cependant que cette circonstance n’est pas un obstacle qui empêche d'observer et de juger convenablement le développement marqué des dif ‘férentes parties cérébrales.
Au déclin de l’âge, les nerfs se rapetissent , le cerveau diminue, et les circonvolutions cérébrales s’affaissent. Dans cette circonstance, la substance osseuse du crâne vient à remplacer les parties du cerveau qui disparaissent, et le crâne entier devient, dans la plupart des cas, épais, léger et spongieux : c’est la lame interne seule qui s’écarte d’ordinaire de la lame externe, et fait que la cavité cränienne dans la décrépitude est beaucoup plus petite que dans l’âge adulte. Dans certains cas, les fosses occipitales et celles des lobes moyens disparaissent, les sinus frontaux s’élargissent, et la lame supérieure du plancher orbitaire se sépare considérablement de sa lame inférieure. Tous ces faits prouvent jusqu’à l'évidence l’énorme diminution de la masse cérébrale dans l’âge le plus avancé, et nous amènent à faire l'observation que sur de pareils individus on ne peut plus juger avec précision de l’état de la masse du cerveau et de ses différentes parties par l'examen de la forme extérieure du crâne , et conséquemment de l’état actuel de leurs facultés morales et intellectuelles. Faisons une autre réflexion : c’est que rien ne pourra empêcher qu’avec la croissance de l’âge il n’y ait diminution et affaiblissement des penchants et des facultés intellectuelles. L'âme de l’homme est donc encore ici subordonnée à l’état de son cerveau.
Les maladies, soit du crâne, soit des méninges ou du cerveau, produisent des changements plus ou moins sensibles dans la forme extérieure du crâne. Une exostose, une fracture ou une altération accidentelle du crâne ne seront pas confondues par les praticiens avec les protubérances produites par un développement partiel des organes cérébraux, parce que les élévations que ceux-ci produisent dans le crâne se font insensiblement avec la croissance de l'individu, et on les trouve des deux côtés en même temps, s'ils ne sont pas su ja ligne rnédiane. Les élévations dans le crâne causées par maladie se font plus ou moins rapidement, et sont accompagnées des symptômes propres à la maladie qui les prodait. Un cerveau originairement défecfueux laisse le crâne dans un état incomplet de développement, comme on l’observe chez les enfants acéphales ou chez ceïtains idiots. On a vu cependant des acéphales ehez lesquels le crâne était rempli d’eau ; mais ils n'ont vécu
DICT. DE LA CONVERS. — T, VI
que fort peu de temps. Dans l'Aydrocéphale, le crâne, au contraire, cède peu à peu à l’épanchement d’eau qui se fait dans les cavités des hémisphères du cerveau , et quel quefois il acquiert un volume considérable. 11 y a des têtes très-volumineuses que l'on prendrait pour celles de personnes douées d’une grande capacité, si l’on ne sayait pas que dans la cavité du crâne, à la place du cerveau, il y a une quantité plus ou moins considérable d’eau,
Un autre genre d’altération a lieu dans les maladies menlales. Quand l’aliénation est récente, on ne trouve encore aucun changement dans le crâne; mais quand elle a été de longue durée, le cerveau d'ordinaire s’affaisse, et le crâne, comme dans la vieillesse, remplit le vide que la diminution de la masse cérébrale y laisse, avec cette différence pourtant que dans ce cas, au lieu d’être léger et spongieux , il devient épais, dur, compacte, pesant comme l'ivoire. Dans le suicide, quand il est le résultat d’un penchant intérieur, existant depuis longtemps, le crâne présente les mêmes altérations que chez les maniaques : il est ordinairement dense, pesant, épais; ce qui prouve que la tendance à se détruire est en général une véritable maladie du cerveau.
Il y a des physiologistes, adversaires de la crânioscopie, qui croient pouvoir expliquer les formes différentes des crânes en les attribuant non pas au développement du cer veau, mais à une sorte de tiraillement que les muscles exerceraient selon eux sur les parties osseuses auxquelles ils sont attachés. Toutes les suppositions et toutes les hypothèses de la nature de celle-ci sont démenties par les faits.
L'étude de l’anatomie et de la physiologie comparées a été d’un grand secours pour établir les principes de la physiologie du cerveau chez l’homme. Il est vrai que le crâne des animaux exige une étude toute particulière de la structure des têtes des différentes espèces ; mais il existe des lois générales de conformation qui frappent l’esprit le plus superficiel, pour peu qu’il soit disposé à l’observation. C’est ainsi, par exemple, qu’on voit constamment des crânes trèslarges sur les côtés chez tous les animaux carnassiers, soit mammifères, soit oiseaux, tandis qu’au contraire les crânes des animaux non carnassiers sont très-étroits. Que l'on compare le crâne d’un loup avec celui d’un mouton, le crâne d’une belette avec celui d’un lièvre, le crâne d’un aigle avec celui d’un cygne, et ainsi de suite, et l’on sera bientôt convaincu de leurs différences essentielles, quoique les masses des cerveaux comparés soient à peu près les mêmes. Chez beaucoup d'animaux, on ne peut pas déterminer la form du cerveau par la configuration extérieure du crâne. Le: sinus frontaux s'étendent chez les uns aux vastes cellules existant entre les deux lames osseuses du crâne, et qui se prolongent même dans tout le crâne ; chez les autres, il n’y a pas de sinus frontaux. Chez certaines espèces, les muscles couvrent presque tout le crâne; chez d’autres, il n’y en a pas plus que chez l’homme. Le cervelet des oiseaux n’occupe que la ligne médiane de l’occipital; chez certains animaux, au contraire, le cervelet est recouvert par les lobes postérieurs du cerveau, et chez d’autres il est placé à découvert derrière les lobes. On ne peut donc pas établir üe règle générale sur la forme du crâne des animaux; mai cependant, si l’on compare les crânes provenant d'animaux de la même espèce, et appartenant à des sujets que l’on aura étudiés pendant leur vie, sous le rapport de leurs instincts et de leurs penchants déterminés, on reconnaîtra aisément que la grande différence qui a existé entre un individu et un autre est due à des dispositions organiques cérébrales, et non pas à des causes accidentelles.
D’après tout ce que nous venons de dire, neus pouvons donc regarder comme démontré le principe physiologique, que la surface interne et externe du crâne offre, dans l’état ordinaire, chez l'homme, l'empreinte fidèle de la surface extérieure du cerveau. D' Fossari,
CRÂNIOLOGIE, CRANIOSCOPIE (de xpaylov, crâne, et>éyos, discours, oxonéw, je considère). Nous avons montré Al'article Cenveau que ce viscère est exclusivement l'organe destiné à la manifestation des facultés morales et intellec- . tuelles. Nous savons que les dispositions aux facultés sont
innées, que le cerveau est composé de plusieurs organes, destinés chacun à des fonctions essentiellement différentes ; que certaines facultés reconnaissent des organes particuliers. Les observations physiologiques nous prouvent également que dans des circonstances égales plus un organe cérébral a de masse ou de volume, et plus il y a de tendance et de prédisposition dans l'individu à exercer énergiquement la . faculté qui en dépend, Ceci posé, lon comprendra facilement que le crâne par lui-même ne peut aucunement être considéré comme une partie du corps destinée à la manifestation des faculiés de l’âme : il est passif, et dans sa formation, et dans sa configuration; il est subordonné à la croissance, à la décroissance et aux modifications qui ont lieu dans le cerveau; il n’a et ne peut avoir que les fonctions propres au système osseux. Nous ne devons donc le considérer que comme un moyen suffisamment exact pour juger du développement de la masse du cerveau, pris dans sa totalité ou dans ses différentes parties. C’est ce moyen, tout à fait empirique, qui a été mis en usage par Gall, et qui lui a valu les découvertes admirables qu’il a faites sur les fonctions du cerveau et des organes spéciaux dont il est composé, Il le dit lui-même dans ses ouvrages, et voici comment il s'exprime à ce sujet : « J’ai constamment déclaré que les recherches sur les crânes et sur les têtes avaient été nécessaires pour arriver par la voie d'observation à la connaissance des fonctions des diverses parties cérébrales. C’est cette partie de ma doctrine qui doit être désignée sous le nom de crénioscopie. » Et plus bas : « C’est pourtant à cette crénioscopie, à ses recherches si pénibles, si multipliées et si coûteuses, que vous devez enfin une physiologie, et par conséquent la partie la plus essentielle de la pathologie du cerveau! 11 n'existe pas d'autre moyen possible pour découvrir les fonctions des parties cérébrales; tous les autres moyens servent tout au plus à constater ce qui a été * trouvé par l'inspection des crânes et des têtes. »
Le mot créniologie inventé primitivement par les journalistes allemands, avant même que Gall eût encore rien publié sur ses découvertes, a contribué considérablement à brouiller toutes les idées que l’on se formait ou que l’on devait avoir sur la physiologie du cerveau, et il s’est prôté admirablement à la mordante critique des journalistes et de ces niais scientifiques qui trouvent plus commode de se moquér des choses qui ne sont pas à la portée de leur intelligence que de les approfondir par l'étude et le travail.
Le public continue à ne vouloir connaître et voir dans les travaux de Gall et des physiologistes qui ont adopté ses doctriues que ce qui a rapport à la crânioscopie, et les savants en général affectent d'ignorer les vérités physiologiques et les doctrines philosophiques qui résultent des recherches faites sur la nature et importance des fonctions du cerveau, Les adversaires de la physiologie du cerveau nient les vérités de la crânioscopie, et attaquent les phrénologistes, spécialement dans les applications qu’ils en font. N'est-ce pas
là en effet la partie la plus étonnante de cette nouvelle science? Quoi de plus admirable que de pouvoir reconnaitre par l'examen de la forme d'une tête quels sont les penchants,
les talents et les facultés intellectuelles d’un individu? Il y a bien là de quoi faire grand nombre d'incrédules! Et cependant la crânioscopie pique tellement la curiosité du public, qu'un phrénologiste, reconnu comme tel, ne peut paraitre dans une société sans qu'hommes et femmes ne viennent immédiatement lui présenter leur tête pour savoir quelles sont les protubérances que l’on y découvre.
Mais si cette partie de la phrénologie est si pleine d'in-
lérêl, ne croyons pas néanmains qu’elle soit d'une applicas |
CRANIOLOGIE — CRANMER
tion facile. 11 faut une longue habitude de la part de l'observateur avant qu’il puisse saisir les différentes formes de. têtes, et reconnaître, dansleur développement partiel, quelles parties correspondantes du cerveau elles représentent, et conséquemment quelles facultés elles annoncent. Les méprises et les erreurs en pareille matière soht trop faciles, et beaucoup de personnes croient qu’il suffit d’avoir suivi un cours de phrénologie, et de savoir, au moyen d’une tête dessinée, où sont placés les différents organes du cerveau, pour être à même de prononcer des jugements sur les différents individus qu’elles examinent : elles se trompent, Il faut être , au contraire , très-circonspect avant d'avancer un jugement quelconque : mille eirconstances , mille accidents propres à induire en erreur, peuvent se présenter et nous égarer complétement dans nos jugements. Mais pour être remplié de difficultés, la crânioscopie n’en est pas moins fondée sur des faits positifs, sur des principes physiologiques de la dernière évidence : elle est donc praticable. Nous pourrions citer à l’appui de notre assertion des preuves ct des exemyles sans nombre, Il nous suffira de résumer en peu de mots les conclusions principales qui résultent des observations crânioscopiques , savoir : que chaque fois que le cerveau n’est pas assez développé, il y a imbécillité, idiotie plus ou moins complète ; que lorsqu'il y a seulement défectuosité dans le développement de certaines parties cérébrales, il y a imperfection où impossibilité à la manifestation de certaines facultés; que, pour le contraire, lorsqu'il y a un fort développement de quelque partie du cerveau, il y à, non-seulement possibilité, mais disposilion à l'exercice très-actif et très-énergique de la faculté correspondante; que, finalement, lorsque toutes les parties du cerveau sont très-développées, il y a aptitude ou prédisposition à exercer toutes les facultés morales et intellectuelles d’unemanière très-énergique. Ainsi donc la crânioscopie doit être regardée comme un art fondé sur des bases certaines : elle peut très-bien être regardée comme un véritable livre rempli d'instruction, d'agrément et d’avertissements utiles pour ceux qui savent le déchiffrer. Elle diffère de la physiognomonie ou de la pathognomonie, en ce que cellesci se bornent à vous dévoilerl’expression des facultés en état d'activité, c’est-à-dire l'expression des passions et des affections humaines, que l’on peut, par l'habitude et l’exercice, contrefaire et simuler, comme les acteurs; tandis que la crânioscopie nous fait connaître les dispositions mnées d'un individu, son aptitude pour les différentes facultés propres à notre espèce , ainsi que la portée de notre intelligence. Que si l’on peut affecter sur sa figure la colère ou la joie, la bienveillance ou l'amour, on ne pourra jamais en imposer par une forme de tête différente de celle que l'on a, et conséquemment Pétourdi ne pourra pas inspirer confiance pour sa prudence, ni l'homme vain et de courte intelligence pour son génie, comme l’homme juste, l'homme bienveillant , l'ami sincère, n’auront pas besoin de phrases pour faire croire à la vérité de leurs sentiments. Lorsque la phrénologie sera plus généralement étudiée, le livre de la crânioscopie ne sera plus une énigme à deviner; son interprétation ne sera plus un privilége réservé aux élus de l’école phrénologique, et chacun reconnaîtra avec admiration la vérité et l'utilité de cette science, Du reste, la pratique bien entendue de la cränioscopie ne peut être que le partage d’esprits eux-mêmes bien organisés pour cela. D* Fossari,
CRANMER (Tuowas), l'un des premiers qui protégèrent la réforme en Angleterre, né le 2 juillet 1489, à Aslacton, comté de Northampton, entra de bonne heure au collége de Jésus à Cambridge, où il se livra à l'étude des langues grecque et hébraïque, et obtint en 1510 un fellowship (espèce de bénéfice scientifique), En 1524 il y fut nommé professeur de théologie, puis examinateur en 1526. Une maladie épidémique qui vint à sévir à Cembridge le contrat