‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 541 sur 607 · CRANMER — CRANTOR · texte numérisé non relu

CRANMER — CRANTOR

gnit à s'en éloigner; et il se rendit alors à Cressy, dans le comté d’Essex. Un jour que Henri VIII se trouvait en cet endroit, il arriva à Cranmer de se rencontrer avec le secrétaire d'État Gardiner, et le chapelain du roi, Édouard Fox; ét, dans une conversation qui s’engagea entre eux sur les difficultés qu’on éprouvait pour faire prononcer le divorce du roi, il émit lavis qu’il était possible de s’en lirer avec des citations de l'Écriture, en s'appuyant de l'avis de savants théologiens , au lieu d’aller demander au pape son approbation. Fox redit ce propos au roi, qui, plein de joie, s’écria : « Par la mère de Dieu, notre homme tient là le cochon par l'oreille droite! » Henri VIII manda alors Cranmer auprès de lui, le nomma son chapelain, et le chargea de composer un mémoire sur l'affaire du divorce. Ce travail une fois terminé, Cranmer en fut récompensé par le don d'un riche bénéfice; et en 1530 il fut envoyé sur le continent à leffet d'y recueillir des approbations théologiques sur la question du divorce. Puis, quand Henri VII rouvrit des négociations sur ce sujet avec le pape, il lui confia l'ambassade de Rom. En 1531 Cranmer se rendit en Allemagne en qualité de plénipotentiaire du roi d'Angleterre, chargé de rendre l’empereur favorable au divorce; dans le cours de cette négociation, il eut avec les théologiens protestants de ce pays des rapports assez nombreux pour acquérir une connaissance plus intime encore de leurs opinions et de leurs projets, ef, en épousant alors la fille du pasteur Osiander, de Nuremberg, il prouva que son intention était dès lors de se séparer de l'Église de Rome.

Peu de temps après, le siége de Canterbury étant venu à vaquer, Henri VIII le lui conféra. Cranmer n’accepta cette dignité qu'avec répugnance. Il redoutait en eflet l'humeur capricieuse du roi ; en outre , le serment à prêter au pape contrariait ses convictions, et le mariage secretqu’il avait contracté ne lui semblait pas pouvoir se concilier avec les règles canoniques, encore bien que dès le règne de Henri VI! les tribunaux d’Angleterre eussent déclaré légal le mariage des prêtres. Il prêta serment comme archevêque, sous la réserve expresse qu’il l’entendait et le prenait dans le sens qui s’accorde avec la loi de Dieu, les droits du roi et les lois du pays. Peu de temps après il prononça la sentence du divorce entre Henri VIII et Catherine d’Aragon; puis, le pape l'ayant menacé des foudres de l’excommunication, il n'en parut pas plus effrayé que le roi, qu’une décision du parlement venait de déclarer chef suprême de l'Église an-

- glicane. Cranmer s’efforça alors de favoriser les progrès de

la réforme autant que le lui permirent d’une part l’arbitraire volonté d’un prince qui prétendait imposer à ses peuples des règles de foi particulières, et de l’autre les adversaires de la nouvelle Église, à la tête desquels figurait Gardiner, qui avait été nommé évêque de Winchester. Tandis qu'il en propageait les principes par ses prédications, il ne négligeait rien pour rendre la lecture de la Bible dans la langue nationale accessible au peuple. Tant qu'il crut pouvoir l’oser, il combattit énergiquement les six articles (bloody act) décrétés à la demande du roi par le parlement comme loi du royaume, et condamnant à la peine de mort quiconque se déclarerait le partisan du mariage des prêtres ou Vadversaire de la transsubstantiation et autres articles de la toi catholique romaine; mais à la fin il dut se résigner à renvoyer sa femme en Allemagne auprès de ses parents. Après la mort de Henri VII, arrivée en 1547, il put agir avec plus de liberté et aussi avec plus de succès dans les intérêts des nouvelles doctrines religieuses. On peut dire que c’est lui qui amena en Angleterre la réforme à peu près au point où elle y est encore aujourd’hui, Mais ce qui laisse une tache indélébile sur sa mémoire, c’est d'avoir nonseulement toléré, mais encore autorisé, comme chef de l’'Église anglicane, les cruelles persécutions qu’on fit essuyer aux dissidents et surtout aux anabaptistes, dont le fanatisme ne saurait excuser les atrocités commises à leur égard

A peine Marie, fille de Henri VIN, issue du mariage de ce prince avec Catherine d’Aragen, eut-elle ceint la couronne en 1553, que Cranmer fut jeté en prison ef traduit en justice avec quelques autres promoteurs de la réforme, Après un premier interrogatoire, le tribunal, composé de commissaires pontificaux, lui enjoignit d’avoir à comparaître à Rome dans un délai de quatre-vingts jours pour se justifier devant le pape. Mais on ne lui rendit pas pour cela sa liberté; et le délai fixé une fois écoulé, il fut déclaré hérétique relaps, et à ce titre dépouillé de ses dignités ecclésiastiques. Pendant la longue captivité que le vieillard subit alors à Oxford, on lui arracha successivement plusieurs déclarations dans lesquelles il faisait profession d'attache. ment aux points essentiels de la foi catholique et romaine, et on finit par lui dicter les termes d’une dernière déclaration par laquelle il devait faire publiquement amende honorable pour ses erreurs. Mais sa mort avait depuis longtemps été résolue par ses ennemis. Quand la reine et son. époux, Philippe I, eurent donné l’ordre de son supplice, on le conduisit à l’église où il devait prononcer le discours prescrit. Alors, au lieu de se soumettre à cette dernière humiliation , il déclara avec un calme plein de dignité que la crainte de la mort avait seule pu lui arracher ses précédentes déclarations et lui faire renier la vérité. Le 21 mars 1556, on le conduisit au bûcher, et il y monta avec fermeté. Il étendit d’abord dans le feu sa main droite, qui lui avait servi à signer ses différentes rétractalions, et l’y laïssa lentement brûler, en s’écriant à plusieurs reprises : « O main indigne! » Consultez Todd, Vie de Cranmer (Londres, 1831). Le même écrivain a publié la Défense de La Transsubstantiation, par Cranmer, et Burton a donné une nouvelle édition { Oxford, 1829) du catéchisme connu sous le nom de ce martyr de l’Église protestante.

CRANSAC, commune du département de l’Aveyron, sur un affluent du Rieuvieux, à 29 kilom. de Ville franche, avec 3,655 habit, (1872), est relié par un embranchement au chemin de fer de Figeac à Rodez, Son église, d’origine romane, possède un chœur remarquable, L’exploitation de la houille et de deux sources minérales a fait la prospérité de ce village. Ces eaux sont les seules connues en Europe qui contiennent dans des proportions variables des sulfates de fer, de manganè-e, de magnésie et de chaux, Plus de 3,000 malades par an y viennent chercher Ja santé et l’on en expédie 50,000 bouteilles. Au nord de Cransac s'élève la mont:gne du Montet, volcan dont les flammes ne sont apparentes que la nuit et où l’on compte 18 cratères.

CRANTOR, philosophe grec, né à Soles, en Cilicie, vécut vers l'an 300 av. J.-C. Malgré la considération dont V'entouraient ses concitoyens, il ne put résister au désir d'aller étudier la philosophie à Athènes. Disciple de X‘nocrate et de Polémon, son successeur, il devint à son tour chef d'école, et compta au nombre de ses disciples Arcésilas, à qui il légua ses biens. On a peu de détails sur sa vie; tout ce qu’on sait, c’est qu’il composa un grand nombre d'ouvrages; malheureusement il n’en subsiste plus que des fragments, cités par des écrivains postérieurs. Crantor semble w’avoir pas été un philosophe purement spéculatif, mais s'être aussi attaché au côté pratique de la philosophie. Horace mentionne son nom avec celui de Chrysippe, comme d’éminents moralistes dont les écrits étaient à Rome entre les mains de tous. Cicéron donne beaucoup d’éloges à son Traité de l’Affliction,

CRANZ (Davin), né en 1723, en Poméranie, mort en 1777, en Silésie, fut d’abord secrétaire du comte de Zinzendorf. Plus tard, ’ardeur de ses sentiments religieux le décida à entrer dans la communauté des frères Moraves, qui l’attachèrent à une mission qu'ils envoyalent au Groënland. Il profita de son séjour dans ce pays pour l’étudier au point de vue géographique et physique, et plus tard il public

le résultat de ses études sous le titre d’ Histoire du Groëntand (en allemand, 2 vol. in-8°; Barby, 1770). A sa mort il remplissait les fonctions de pasteur à Gnadenfrey, en Silésie.

CRAON (Familles de). Craon ou Croismare était une

äncienne seigneurie de Lorraine, qui fut érigée en marquisat en 1712, puis en principauté en 1723, en faveur d’un menbre de la famille de Beauveau, laquelle par conséquent n’a rien decommun avec les deux grandes maisons, depuis jongtemps éteintes, qui ont porté successivement le nom de Craon. C'était celui d’une baronnie de l’Anjou, aujourd’hui chef-lieu de canton de la Mayenne, avec 4,401 habitants. La première de ces maisons s’éteignit dès le onzième siècle, et n’a produit aucun personnage remarquable. La seconde, qui remontait à Robert de Nevers, surnommé le Bourguignon fils puiné de Renaud Ier et d’Adèle de France, joua un rôle assez important aux quatorzième et quinzième siècles. Le dernier de ces Craon, Antoine DE CRAON, Seigneur de Domart, commanda pendant quelque temps, mais avec des succès divers, les armées de Louis XI, qui finit par lui attribuer le mauvais succès de ses entreprises, et qui en conséquence l’exila dans ses terres, où il mourut obscurément.

CRAONNE, petite ville du département de l’Aisne, à 20 kilomètres de Laon, avec une population de 755 habitants, est célèbre par la défaite qw’y éprouvèrent les alliés les 6 et 7 mars 1814.

L'empereur Napoléon, craignant que les maréchaux Marmont et Mortier ne fussent débordés par Blucher, s'était porté, le 1** mars 1814, sur la Ferté-sous-Jouarre, avec 25,000 hommes. Il y avait été rejoint par sa cavalerie et par cinq divisions d’infanterie qui l’avaient suivi depuis PAube. Blucher, redoutant une attaque à dos dans les défilés de l’Ourcq, s'était alors décidé à changer de direction et à gagner Laon, où il comptait joindre les corps de Bulow et de Winzingerode, qui arrivaient du nord. Mais, son arrièregarde ayant été atteinte à Neuilly-Saint-Front , il allait se voir acculé à Soissons , lorsque la lâcheté du général Moreau, qui commandait cette place, la livra par capitulation, le 2 mars, au général Bulow , et tira Blucher de tout dan- #er. Le pont de la Ferté-sous-Jouarre n’ayant été rétabli que le 3 mars au matin, Napoléon, à qui le chemin direct de Laon était fermé, se dirigea sur Fismes, afin de passer l'Aisne à Béry-au-Bai, ce qui eut lieu le 6 , et l’armée se déploya en avant de Corbeny, devant le plateau de Craonne, Cette position était défendue par un corps de 25,000 hommes d'infanterie, aux ordres du général Woronzow. Appuyée à droite sur le ravin de Vassogne , à gauche sur celui d'Ailly et sur le vallon encaissé de la Lette, ayant une partie de son front couvert par un défilé garni de trente-six bouches à feu, la position de Craonne était très-forte, et ne pouvait être abordée qu'avec beaucoup de difficulté par les flancs; ce fut par là que Napoléon se décida à attaquer l'ennemi.

Le 7 mars 1814 au matin le maréchal Ney, avec son corps et les dragons du général Roussel , partant de Vaucler, ouvrit l'attaque à gauche en faisant soutenir ses ailes par les deux divisions du maréchal Victor. Le maréchal Mortier tenta une attaque secondaire sur le centre. Le général Nansouty, avec les divisions Exelmans et Lacz, était chargé de doubler la droite de l'ennemi par Vassogne. Le combat fut acharné et sanglant; mais enfin le corps de Woronzow fut enfoncé et dispersé dans la retraite que la gauche de l'ennemi fit au delà de la Lette, sur Chavignon, et la droite sur Troucy. Les Russes perdirent 5,000 hommes; les généraux Lanskoy et Uszow furent tués ; les généraux Chovansky, Laptier, Marlow et Svarikin, blessés. Notre perle s’éleva à 4,000 hommes, sur 11,000 qui avaient été engagés; les généraux duc de Bellune, Grouchy, Bigarré, Pierre Boyer ct Laferrière furent blessés. GG. nr VAUDoNCOURT,

Page 1