CRAPAUD — CRAPAUDINE
tous ceux de notre pays, c’est celui qui est encore le plus petit quand il prend des pieds et perd sa queue. Le cri de cette espèce a quelque rapport avec l’aboiement d’un chien. Ce crapaud est le même que le crapaud commun de Lacépède, le crapaud épineux, les crapauds vulgaire, cendré, de Rœsel, et ventru de Daudin, le crapaud des palmiers de Cuvier, ete. On le trouve jusqu’au Japon. Dans quelques localités, et principalement en Italie, il prend une grande taille, et c’est pour avoir été trompé par ce volume considérable que Cuvier a distingué à tort la variété que nous venons de citer, comme une espèce distincte,
Le crapaud commun est répandu dans les mares et les bois d'Europe. On en fait dans les environs de Paris une pêche assez productive; on le coupe par le milieu du corps, et on en vend les cuisses sur les marchés de Paris pour des cuisses de grenouilles (il est bien reconnu qu’on y vend aussi souvent pour l'usage de la table des cuisses de crapauds que des cuisses de grenouilles). Ces cuisses, d’ailleurs, selon Bosc, sont aussi saines et aussi bonnes, quoique peut-être un peu plus dures, que celles de grenouilles, surlout lorsqu’elles appartiennent aux crapauds qui vivent ordinairement dans l’eau.
Le crapaud vert (bufo viridis) a souvent le dos marqué d’une raie longitudinale jaune, et l'iris d’un vert jaune vermiculé de noir. Bibron regarde comme n’en différant pas spécifiquement le crapaud des joncs de Cuvier, auquel ce naturaliste donne pour caractères une couleur olivâtre, des tubercules comme le crapaud commun, avec de moindres bourrelets derrière les oreilles ; une ligne jaune longitudinale sur lépine, une autre rougeâtre dentelée sur le flanc; les pieds de derrière sans aucune membrane. Ce crapaud, long de cinq à huit centimètres, répand une odeur empestée de poudre à canon, vit à terre, ne saute point du tout, mais court assez vite, grimpe aux murs pour se retirer dans leurs fentes, et a pour cet usage deux petits tubercules osseux sous la paume des mains ; il ne va à l’eau que pour l’accouplement, au mois de juin, et pond deux cordons d'œufs comme le crapaud commun; le mâle crie comme celui de la rainette, et a de même une poche sous la gorge. ,
Le crapaud brun, qui appartient au genre pelobale, est long de cinq centimètres environ, brun clair, marbré de brun foncé ou de noirâtre; les tubercules du dos, peu nombreux, ont la grosseur de lentilles ; son ventre est lisse ; ses pieds de derrière présentent des doigts allongés et entièrement palmés. Il saute assez bien , se tient de préférence près des eaux, et répand une forte odeur d’ail lorsqu'il est inquiété. Ses œufs sortent de son corps en un seul cordon très-épais. Son têtard tarde plus que les autres de ce paysci à passer à l’état parfait, et est déjà fort grand qu'il a encore sa queue, et que ses pieds de devant ne sont pas sortis; il a même l’air de rapetisser lorsqu'il perd tout à fait son enveloppe de têtard. On le mange en quelques lieux, comme si c’était un poisson,
Le crapaud accoucheur n'appartient pas davantage au genre bufo. C’est l’alytes obstetricans de la zoologie moderne. Il est petit (ayant trois à quatre centimètres tout au plus), gris en dessus, blanchâtre en dessous, avec des points noirâtres sur le dos et blanchàtres sur les côtés. Le mâle aide la femelle à se délivrer de ses œufs, qui sont assez grands, et se les attache en paquets sur les deux cuisses, au moyen de quelques fils d’une matière glutineuse. I] les porte jusqu’à ce qu’on distingue au travers de leur enveloppe les yeux du têtard qu'ils contiennent. Lorsque ceux-ci doivent éclore , les crapauds cherchent quelque eau dormante pour les y déposer. Ils ne tardent pas à se fendre, et le têtard , qui est fort petit, en sort et nage aussitôt. Cette espèce est commune dans les lieux pierreux des environs 4e Paris.
Le crapaud sonnant , crapaud à ventre jaune de Cu-
vier, appartient aujourd’hui au genre bombinator. C'est le plus pêtit et le plus aquatique de nos crapauds, long de trois centimètres environ, il est grisâtre ou brun en dessus, bleu-noir avec des taches orangées en dessous, les pieds de derrière complétement palmés et presque aussi allongés que ceux des grenouilles : aussi saute-t-il presque aussi bien qu’elles. 11 se tient dans les marais et s’accouple au mois de juin; les œufs sont en petits pelotons et plus grands que ceux des espèces précédentes. Lorsque l’accouplement a lieu , il jette un gémissement lugubre , et pendant le reste de la belle saison il fait entendre , surtout le soir après la pluie, un coassement d’une monotonie fatigante, que l’on a comparé au son d'une cloche agitée dans l’éloignement. DEMÉZIL.
CRAPAUD 5e disait autrefois d’une petite bourse de soie ou de laine, dans laquelle les militaires de tous grades enfermaient leurs cheveux par derrière, et qui affectait assez la figure du reptile de ce nom. Le crapaud, qui avait succédé à la cadenette, mesurait vingt centimètres en carré. Au haut et en dessus régnait un ruban passé dans une coulisse, qui aïdait à ouvrir, pour le mettre ou le retirer, le crapaud, fermé des deux autres côtés.
CKAPAUD D’EAU. Voyez CANON.
CRAPAUD DE MER. Voyez CHaBor.
CRAPAUDINE, pièce de métal, fixée d’une manière quelconque sur un dé de pierre, une pièce de bois, de fer, horizontale, dans laquelle on pratique une cavité destinée à recevoir le pivot de larbre qui porte et fait tourner une meule de moulin, et en général le pivot de tout arbre vertical. . TEYSSÈDRE.
Dans l’art culinaire, on donne le nom de crapaudine à une manière de préparer les pigeons. On les fend sur le dos, on écarte les parties ouvertes, on les aplatit, on les saupoudre de sel et de poivre, puis on les fait rôtir sur le gril, on met dessous une sauce piquante, avec verjus, vinaigre, échalotes, capres, et c’est ainsi qu’on prépare d’excellents pigeons à La crapaudine.
CRAPAUDINE (Supplice de la). En 1846 M. Bureaux de Pusy fit connaitre à la chambre des députés diverses peines alors arbitraires appliquées en Afrique à l’armée. Ces peines étaient au nombre de cinq, savoir le silo, la barre, la crapaudine, le clou rouge et le clou bleu. Voici en résumé le tableau qu'il fit des quatre dernières : La barre est une peine employée déjà dans les colonies, où elle porte le même nom; on l’appliquait quelquefois aux esclaves qui sont punis dans les habitations ; elle consiste en une barre horizontale fixée à environ 35 centimètres au-dessus du sol. Les pieds du condamné y sont attachés avec des anneaux de fer, et le patient est couché tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre. Si cette punition n’est pas suffisante, si le condamné n’est pas dompté, on lui inflige le supplice de la crapaudine, qui consiste en ceci : Le soldat condamné a le bras droit attaché derrière le dos, avec la jambe gauche relevée le long de la cuisse; son bras gauche est croisé aussi derrière le dos, avec la jambe droite relevée également le long de la cuisse. Dans cette position, qui est une véritable torture, le soldat est placé soit sur le dos, soit sur le ventre , et pendant un temps plus ou moins long exposé aux intempéries de l’air, c'est-à-dire à une chaleur excessive, ou à la pluie, ou à la gelée. Si cette punition ne suffit pas, on lui applique le supplice qu’on appelle le clou rouge, et qui consiste à laisser l’homme attaché comme il Pétait dans la punition de la crapaudine, en le suspendant à un clou ou à une barre élevée par la corde qui relie les quatre membres. Dans cette position le patient éprouve des douleurs atroces : la respiration est gênée, la circulation s’opère avec peine, et en très-peu d’instants ses yeux et sa figure sont injectés et prennent une couleur pourpre Si ce supplice n'est pas sufhsant encore pour dompter l’homme, on lui applique alors le clou bleu, c’est-à-dire que ‘on pro-
longe le précédent châtiment jusqu'à ce que la face de l'homme prenne une couleur bleue ou violacée : c'est pour cela qu'on l'appelle le clou bleu. Une pareille révélation souleva l'opinion publique. « Il y a des choses que J’on fait connaitre et qu’on cite, disait l’orateur ; mais que l’on ne s’abaisse pas à discuter. » Des ordres furent aussitôt donnés pour que de pareils faits ne se renouvelassent plus. L. LOUVET.
CRAPONNE (Canal de). Voyez Crau (La).
CRAQUE. Voyez Crac.
CRASE (Grammaire ). Voyez CONTRACTION.
CRASSE. C’est le nom que l’on donne à certaine ordurequi se forme ou s'attache, soit sur la peau de l’homme et des animaux, soit même sur des objets inanimés. Les enfants sont plus sujets que d’autres à avoir de la crasse sur la tête; on a cru pendant longtemps qu’il fallait bien se donuer de garde de chercher à la leur ôter, dans la crainte de
nuire à leur santé. On a reconnu que cette crasse favorisail le développement de myriades d’infusoires. Les mères soigneuses savent bien maintenant que la propreté n’est iamais nuisible, et nous offririons à celles qui pourraient en douter encore l'exemple des animaux , qui ne lèchent si souvent leurs petits que pour enlever la crasse que la transpiration occasionne en se mêlant avec la poussière ou aufres impuretés. Les étrilles et les brosses servent à enlever la crasse qui s'amasse sur la peau des chevaux et empêcherait leur poil d'être brillant et lustré.
Lorsque l’on fait fondre les métaux , il se forme à la superficie une espèce de crasse composée de matières étrangères, mêlées à quelques parties de métal oxydé, On donne aussi le nom de crasse aux petites paillettes qui se forment sur le fer rouge tandis qu’on le forge.
La crasse se trouvant plus abondamment sur ceux qui prennent peu de soin de leur personne , ou bien qui se livrent à des travaux grossiers, on l’a considérée comme un des attributs, un des inconvénients ordinaires des gens du peuple, On dit aussi, par analogie , d’un homme sans aucune instruction, qu’il est d’une ignorance crasse (de crassus, lourd, épais, grossier ), et de celui qui vit d’une manière pauvre et malheureuse, qu'il vit dans La crasse ; enfin on dit, en termes vulgaires, de celui qui est d’une avarice sordide , que c’est un crasseux.
Le mot crasse, dans les arts, est employé pour désigner le mélange de poussière et de fumée qui s’incorpore avec le vernis sur la superficie des tableaux , et rend nécessaire de les nettoyer avant de les revernir. Quand un ancien tableau est ainsi couvert d'un voile roussâtre plus ou mois épais, on dit qu'il est sous crasse ; souvent celui qui veut le restaurer avec trop de précipitation ou avec maladresse enlève quelques glacis, et même des parties de peinture, ce qui nécessite des restaurations ou des repeints et détériore beaucoup un tableau. + Ducuesne aîné,
CRASSULAGEÉES , famille de plantes dicotylédones, polypétales, à insertion périgyne, composée d'herbes ou de sous-arbrisseaux se rapprochant des saxifragées. Elles habitent les contrées tempérées de l’ancien monde, La moitié des espèces connues se trouve aux environs du Cap. Presque toutes contiennent un suc aqueux, riche en acide malique. Les plus remarquables de ces espèces appartiennent aux genres crassule, arpin, colylet, échévérie, bryophyble, etc.
CRASSULE (en latin crassula , de crassus, épais, par allusion à l'épaisseur des feuilles), genre type de la famille des crassulacées. Il renferme plus de quatre-vingts espèces, dont un grand nombresont cultivées dans les jardins, en raison de la beauté de leurs fleurs ou de la bizarrerie de leur port. Les espèces et variétés que recherchent le plus les amateurs sontles crassules écarlate, bicolore, hybride, blanche, etc. Cette dernière répand le soir une odeur très-suave, qui rappelle celle de la vanille, Presque toutes ces crassules demandent une terre légère et maigre, des arrosements très-modérés,