CRÉBILLON
corps à corps avec Melpomène, comme on appela la muse de la tragédie. Son père lui PR es |
ces fureurs; il prépara devant lui, et tout en amant, les ;
poisons les plus aigus. Jolyot de Crébillon, voyez-vous, c'était un bonhomme, qui révait tout haut, qui se démenait à ses heures, qui écrivait comme un barbare, q
pensait comme Eschyle, qui était sale et enfumé, et qui, tout sale et enfumé qu’il était, allait se rouler sur l’ottomane de M®e de Pompadour, qui l’embrassait pour l'amour du
Le
grec ; c'était aussi un rêveur, un amoureux insatiable de gros
romans : il les lisait et il les relisait; et quand les romans lui manquaient , il s’amusait à s’en faire à lui-même de trèslongs et de très-sanglants : c’est peut-être la raison pour laquelle son fils en a fait de très-musqués et de très-courts.
Le fils se forma ainsi, et tout seul, au milieu, de tous les débordements de l'imagination de son père. A cette époque un poëte tragique était une chose si élevée, qu’elle faisait peur : Crébillon fils eut peur sans doute de son père. Dans tout autre temps, cinquante ans plus tôt, il aurait fait de la pastorale; sous la maîtresse régnante, il fit des contes, de petits contes bien jolis, bien fous, bien mignards, des contes de fées galantes, des contes de petits-maîtres, des contes de sultans imbéciles, sans avoir peur de la Bastille, où il alla pourtant se reposer pour son roman de Tanzai et Néandarné. Ces petits livres, à peine fabriqués, allaient se poser sur les toilettes de la belle dame et dans lantichambre des caméristes; on lisait cela comme cela avait été fait, nonchalamment. C’est ainsi que les âmes efféminées de ce siècle se reposaient dans ce vice à fleur de peau des brûlantes et galvaniques secousses produites dans les âmes par L’Héloïse ou La Religieuse, singuliers contre-poisons, qui au besoin auraient empoisonné un peuple encore plus corrompu |
Crébillon fils a laissé plusieurs romans, qu’il ne signait pas, qu’on datait de La Haye, d'Amsterdam, de Londres, de Maestricht, de toutes les capitales de la littérature défendue. Aussi le nombre et le titre de ces romans ne sont-ils pas bien certains. Toutefois, voici combien j'ai compté de romans dans les œuvres complètes de notre auteur, imprimées à Maestricht, chez Jean-Edme Dufour et Philippe Roux : Lettres de la Marquise de** au e de*** (2 vol. in-12); Tanzai et Néandarné (2 vol. in-12); Les Égarements du Cœur et de l'Esprit (3 parties in-12) ; Le Sopha (2 vol. in-12)}; Les Amours de Zéohinisul, roi des Kofirans (in-12); Lettres Athéniennes (4 vol. in-12) ; Ah, quel conte! (2 vol. in-12); Les Heureux Orphelins (2 vol. in-12); La Nuit et le Moment (in-12); Le Hasard du Coin du Feu (in-12); Lettres de la duchesse de**”, ete. (2 vol. in-12). Quelques-uns lui aftribuent les Zettres de Ninon de Lenclos; mais il nous semble qu'il n'y a à cela aucune nécessité.
Les romans de Crébillon fils peuvent se diviser en deux classes bien distinctes, les romans proprement dits et les gravelures. Dans le nombre des romans proprement dits il faut ranger Les Heureux Orphelins. Si Crébilion fils n’avait fait que ce genre de romans, nous ne nous en oCCuperions pas si longtemps. Ce que j'appelle ses gravelures est frappé à un coin plus intéressant et plus neuf. Le Hasard du Coin du Feu, par exemple, est établi dès les premières pages comme une comédie de Molière. La scène est à Paris, chez Clélie, et l’action se passe presque toute dans une de ces petites pièces reculées que l’on nomme bowdoirs. Cette histoire vous donne une idée de cette vie oisive, paresseuse, bavarde et gourmande, que les beaux et les belles äe ce temps-là menaient à Paris, après avoir fait leur cour à Versailles le matin. Mais à Paris on était libre de toute censure, à la campagne encore plus qu'à Paris, Dans un très joli roman, intitulé La Wuit et le Moment , Crébillon fils nous raconte les joyeux passe-temps de la campagne.
| Dans ces écrite tout est d'une simplicité si nue qu'on #6-