CRÉCY — CREDI
sart, trop grand foison de gendarmes, richement armés et parés, bien montés’, ainsi que on se montoit adonc, furent déconfits et perdus par les Génois, qui trébuchoient parmi eux, et s’entoulloient tellement qu'ils ne se pouvoient lever ni ravoir. Et là entre les Anglois avoit pillards et ribauds, Gallois et Cornouaillois, qui poursuivoient gendarmes, et archers qui portoient grandes coustilles, et venoient entre leurs gendarmes et leurs archers , qui leur faisoient voie, et trouvoient ces gens en ce danger, comtes, barons, chevaliers et écuyers; si les occioient sans merci, comme grands sires qu’ils fussent. » C’est ainsi que périrent le roi de Bohême, le duc de Lorraine, les comtes d'Alençon , de Flandre, de Nevers, de Blois, de Harcourt avec ses deux fils, d’Aumale, de Bar, de Sancerre, le seigneur de Thouars , les archevêques de Nîmes et de Sens , le grand-prieur de l'hôpital de Saint-Jean, le comte de Savoie, six comtes d’Allemagne, et un nombreinfini d’autres seigneurs et hauts barons. Pendant cette déconfiture, Philippe de Valois avait persisté à se tenir à portée de trait; son cheval avait même été tué sous lui. Les sires Jean de Hainaut, de Montmorency, de Beaujeu, d’Aubigny et de Montsault, étaient seuls restés autour de lui avec environ soixante cavaliers. Si les Anglais avaient fait un mouvement en avant à la poursuite des fuyards, ils l'auraient pris inévitablement ; mais, étonnés d’avoir remporté la victoire sur une si grande multitude, ils ne bougèrent pas de leur place. Jean de Haïnaut, prenant enfin la bride du cheval de Philippe, l’entraina loin du champ de bataille. Le roi se reposa quelques heures au château de La Broye, puis il en repartit à minuit, et au point du jour il entra à Amiens.
Ainsi fut perdue la bataille de Crécy ; la France n'avait de longtemps éprouvé de si fatale défaite. Édouard, qui chargea deux de ses chevaliers, avec trois héraults d'armes et deux clercs, de visiter le champ de bataille et d’y compter les morts, fut informé par eux qu’il y avaient trouvé {1 princes, 80 bannerets, 1,200 chevaliers et 30,000 soldats. Le lendemain de la bataille, deux corps d'armée qui, s'étant fourvoyés, n'avaient pu y assister, celui des bourgeois de Rouen et de Beauvais et celui de l’archevêque de Rouen et du grand-prieur de France, tombèrent encore entre les mains des Anglais, et furent presque absolument détruits. Après cette boucherie, Édouard accorda trois jours de trève aux Français pour ensevelir les morts. Il passa lui-même à Créey toute la journée du dimanche. Le lundi, il se mit en route pour Boulogne et Wissant, où il se reposa un jour, après quoi il conduisit son armée devant Calais dont il entreprit le siége. De son côté, Philippe avait recueilli une partie de ses fuyards à Amiens, et il avail appris d'eux
l'étendue de ses pertes, entre autres la mort de son frère …
le comte d'Alençon; il avait aussi reconnu l'impossibilité d’y réorganiser son armée , en sorte qu’il donna congé à ses gendarmes, et qu’il s’achemina lui-même vers Paris.
s J.-C.-L. S. SISMONDI.
CRÉDENCE (de credo, je confie). Les Italiens appellent de ce nom (credenza) le meuble ou plutôt la chambre dans laquelle on serre l’argenterie , des comestibles , et en général tout ce qui dépend de la table; c’est enfin le buf- Jfet ou l'office des Français.
Dans les églises, on appelle crédence la table ou les tables qui sont auprès d’un autel, et sur lesquelles on pose les chandeliers, les burettes, etc.
CREDI (Lorenzo ni), peintre distingué de l'école florentine et contemporain de Léonard de Vinci, naquit en 1452, à Florence, et vivait encore vers la fin de 1536, a exerça d’abord la profession d'orfèvre, s’appliqua ensuite à la peinture, et devint l'élève d'A. Verocchio, tout en s’efforçant plutôt d’imiter la manière de Léonard de Vinci, son condisciple, que celle de leur maitre commun, D'un caractère doux et tranquille, Credi a empreint de ce senti-
ment toutes ses œuvres, sans en étendre beaucoup le cercle,