‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 555 sur 607 · CRÉDIT FONCIER — CRÉDIT MOBILIER · texte numérisé non relu

CRÉDIT FONCIER — CRÉDIT MOBILIER

L'objet des sociétés de crédit foncier est de fournir aux propriétaires d'immeubles qui'veulent em prunter sur hypothéue la possibilité de se libérer au moyend’annuilés à long

terme. Ces sociétés ne peuvent se constituer que sous la forme anonyme. Un règlement d'administration publique

détermine d’une manière spéciale le mode de surveillance quele gouvernement exercesur leurs opérations ; elles sont autorisées à émettre des lettres de gage ou obligations, nominatives au porteur, dont la valeur ne peut dépasser le montant des prèts effectués; signées par un commis saire du gouvernement, ces lettres de gage ne peuvent être créées d’une coupure inférieure à cent francs; elles portent intérêt; il est procédé chaque année à leur remboursement au prorata des sommes affectées à l’amortissement des emprunts; aucune opposition n’est admise à leur paiement soit en capital, soit en intérêts. Les sociétés de crédit foncier ne peuvent prêter que sur première hypothèque: en aucun cas le prêt ne peut excéder la moitié de la valeur de la propriété. Des dispositions particulières ‘accordent aux sociétés de crédit foncier certains priviléges pour la sûreté et le recouvre ment de leurs prêts: les unes sont relatives au mode de payer les hypothèques légales des mineures et des femmes mariées, correction précieuse des vices du régime hypothécaire ordinaire; les autres règlent certains moyens d'exécution contre les emprunteurs qui manquent à leurs engagements ; les principaux sont : le séquestre, l’expropriation et la vente après une procédure beaucoup plus simple et surtout beaucoup moins coiteuse que la procédure ordinaire. Aux termes des mêmes décrets, emprunteur acquitte sa dette par annuilés; mais il a toujours le droit de se libérer par anticipation, soit en totalité, soit partiellement. L’annuité doit comprendre : 1° Pintérèt stipulé, qui ne peut excéder 5 pour 100; 2° la somme affectée à l'amortissement, qui ne peut êlre supérieure à 2 pour 100 ni inférieure à 1 pour 100 du montant du prêt; 3° les frais d'administration.

Il y avait en 1852 {rois sociétés de crédit foncier à Paris, à Marseille et à Nevers. Celle de Paris, reconstituée le 10 décembre.1852 sous le nom de Crédit foncier de France, s’incorpora en 1856 Les deux autres; elle étendit ses opérationssur le pays tout entier, et depuis 1 860 jusqu’en AIsérie. Le décret du 6 juillet 1854 la plaça sous la direction d’un gouverneur , assisté de deux sous-gouverneurs, nommés tous trois par le chef de l’État, et d’un conseil d'administration. Son capital est de 60 millions, dont la moitié seulement a été versée; c’est un fonds. de garantie, non

. d'opérations. Pour chacun de ses prêts, l’acte même qui la

constitue donne naissance à une contre-valeur égale en obligations; cet acte crée par suite, sans le concours du capital de la compagnie, tous les éléments nécessaires à là réalisation du prêt. L’empr unteur paie un intérêt et un amortissement s’élevant ensemble à 6 fr. 10 c. pour 100. Les prêts sont à long terme, toujours remboursables et ja-

mais exigibles tant que l’annuité est régulièrement acquit- | tée. Le montant des prêts ne peut pas dépasser la moitié |

de la valeur de immeuble hypothéqué, et il est au plus du

tiers de la valeur pour les vignes et autres propriétés de :

plantation. En 1859 le Crédit foncier a été autorisé à recevoir des dépôts en comptes courants, branche de revenu très-importante, et en 1860 à prêter sans hypothèques aux départements et aux communes. A sa clientèle se rat- tachent, entre autres sociétés, le Crédit agricole (1861), le sous-comploir des entrepreneurs (1867), et le Crédit des communes (1868). Ila fait, pendant l’année 1868, 1,725 prêts hypothécaires à long terme pour une somme de 90 millions 900,000 fr. ; parmi ces prêts, 1,177 avaient pour gage des propriétés urbaines ; 537, des propriétés rurales, et 12, des immeubles. Il avait consenti 1,305 prêts inférieurs à 50,000 fr., e1673 au-dessous de 10,000 fr, Le montant des prêts hypothécaires élait de 936 millions, sur lesquels 780

sestaient dus; celui des sommes déposées en comple courant de 456 millions, recevant un intérêt de 1 à 5 pour cent.

Le Crédit foncier a émis des obligations de diverses formes: celles de 1,000 et de 500 fr., rapportant 4 et3 pour 100 d'intérêt, participent à un tirage trimestriel de primes.

Il existe aussi à Paris, depuis 1860, un Crédit foncier colonial, dont les opérations sont restreintes jusqu’à présent à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion.

CRÉDIT MOBILIER (Sociélé générale de). Cette société, autorisée par décret du 18 novembre 1852, n’esten réalité qu'une banque constituée sous forme anonyme; mais l'importance et la généralité desopérations dont ses statuts contiennent l’énumération la destinaient à jouer un rôle considérable.

Cesopérations consistent: 1° à souscrire ou à acquérir des effets publics, des actions ou obligations dans lesdiverses entreprises de travaux publics, d'industrie et de crédit, qui peuvent exister et se former à l'avenir, pourvu que ces entreprises soient elles-mêmes constituées en sociétés anonymes; 2° à émettre pour une somme égale à celle employée aux acquisilions ou souscriptions dont nous venons de parler, ses propres obligations ; 3° à vendre ou à donner en nantissement d'emprunt lout effet, action ou obligation acquise, et à les échanger contre d’autres valeurs; 40 à soumissionner toutes entreprises de travaux publics et tous emprunts, et à les réaliser; 5°à prêter sur effets publics, sur dépôt d’actions et d'obligations, à ouvrir des crédits en compte courant sur dépôt de ces diverses waleurs ; 6° à recevoir des sommes en compte courant; 7° à opérer tous recouvrements pour compte de toutes compagnies anonymes, à payer leurs coupons d'intérêt ou de dividende et même toutes autres dispositions faites par elles ; 8° enfin à tenir une caisse de dépôt pour tous les titres émis par ces compagnies. Toutes autres opérations sont interdites à la société, qui ne peut faire aucune vente à découvert ni d’achat à prime. Le fonds social, fixé d’abord à 60 millions, a été porlé à 120 en 1866. La société pouvait émettre ses propres obligations pour une s mme égale à six fois son

capital; mais à cette date la limite fut fixée à une fois et demie seulement. Ces obligations doivent toujours être représentées pour leurmontant total par des effets publics, par des actions et des obligations existant en portefeuille.

Le Crédit mobilier joua un rôle considérable dans les affaires financières du second empire, sous l’impulsion de ses fondateurs, les frères Pereire. Il souscrivit pour une forte part aux emprunts occasionnés par les guerres de Crimée et d'Italie; il prêta son appui aux compagnies de chemins de fer (Grand central, Midi, Ouest et Ardennes,

chemins suisses, espagnols et russes), il fonda en Suisse la Société autrichienne des chemins de fer de l'Etat, amena la fusion des lignes d’omnibus de Paris, créa la Société des immeubles de la rue de Rivoli et la Société immobilière. Un Crédit mobilier autrichien et un Crédit mobilier espagnol furent créés sous son patronage et sur des bases identiques. Un si prodigieux développement fit monter en 1856 les actions de cette société à 2,000 fr.; elle distribua pour lexercice 1855 un dividende de 203 fr. 50 c. par action de 500 fr. Mais la réaction fut rapide; le dividende fut encore de 90 fr. pour 1856 et nul pour 1856. Les embarras financiers de la Société immobilière vinrent ajouter à la situation difficile du Crédit mobilier. MM. Pereire quitièrent le conseil d'administration (1867), qui eut pour président M. de Germiny. Il fut alors établi que les pertes du Crédit mobilier s’élevaient à la somme de 47 millions et demi, ce qui faisait une diminution de 35 pour 100 du capital social. Un procès, intenté à la compagnie par quelques-uns de ses nouveaux actionnaires, en 1868, jela sur

ses opérations un jour défavorable : cinq administrateurs,

Pereire frères, Biesta, de Galliera el Salvador, furent con-

vaincus d’avoir toujours caché aux aclionnaires, par une série de faits erronés et très-graves, les avances considé rables faites à l’Immobikère. Depuis cette époquele Crédit mobilier n’a pu se relever de la défaveur où il était tombé, etses actions, en 1873, élaient encore cotées au-dessous de leur valeur nominale. c P. Louisy.

CRÉDIT SUPPLÉMENTAIRE, CRÉDIT EX- TRAORDINAIRE. Onentend par ces mots, dans le langage financier, l’acte par lequel sont accordés à un ministre les fonds nécessaires pour faire face à une dépense qui n’a pas été prévue, ou qui n’a pas été assez largement dotée lors du vote du budget annuel. En un mot, c’est un budgel additionnel. Ces crédits additionnels sont de deux natures: les uns sont supplémentaires ou complémenaires, les autres sont exfraordinaires. Les crédits supplémentaires s'appliquent aux dépenses prévues dans le budget, mais pour lesquelles il n’a pas été, n'importe pour quelle cause, a loué de fonds suffisants. Certaïns ministres ont voulu faire une classe de crédits complémentaires et une classe de crédils supplémentaires ; mais les chambres législatives ont fait justice de cette argutie. Le crédit extraordinaire, qui ne peut exister que dans des casex/raordinaires et urgents (loi du 25 mars 1817), a pour butde faire face à des dépenses nécessilées, après le vote du budget, par des circonstances nouvelles et imprévues. Il doit done avoir pour objet ou la création d’un service nouveau, ou l'extension d’un service inscrit dans la loi de finance, au-delà des bornes déterminées par cette loi. Pendant la discussion d’un budget, des circonstances ont quelquefos fait reconnaître la nécessité d’une allocation plus forte que celle qui avait été primitivement demandée. Le ministère a dans ce cas sollicité un supplément de crédit avant la clôture de la session. Ce crédit, soit qu’il fût supplémentaire, soit qu’il fût extraordinaire, a été alors qualifié simplement d'additionnel.

La confiance aveugle de la chambre et l’omnipotence financière queM. de Villèle sut se créer suspendirent pendant quelques années la surveillance et la susceptibilité que l’abus des crédits supplémentaires avait fait naître au sein des chambres. La loi de 1817 fut en partie éludée à l’aide d’une ordonnance du 1er septembre 1827, et les ministres purent Lranquillement violer la loi des finances sans compromettre leur responsabilité. Après la révolution de Juillet, tant d'abus étaient à réformer que ceux qui résultaient de cetteordonnance, perdus dans la foule, échappèrent d’abord à linvestigation de nos législateurs: on les laissa subsister et on se borna (loi des comptes du 29 janvier 1831) à rendre applicable à chaque chapitre du budget la disposition de la loi de 1817 qui défendait seulement d’excéder le crédit en masse accordé à chaque minisire. Dans la séance du 24 avril 1834 la chambre des députés adopta un article suivant lequel la faculté d'ouvrir par ordonnance du roi des crédits supplémentaires pour subvenir à l'insuffisance dûment justifiée d’un service porté au budget, n’était applicable qu'aux dépenses concernant un service voté, et do nt elle votait chaque année la nomenclature,.

Sous le second em pire, de 1852 à 1860, les ministresne rent plus forcés de se renfermer dans les crédits spéciaux ouverts par arlicles ni même par chapitres ; le budget élait voté par ministère, et chaque ministre avail la liberté de se mouvoir dans la somme totale qui lui était votée; ce qui n’empéchait pas chaque année les crédits supplémentaires et extraordinaires de venir déranger l’équilibre du budget ordinaire. On a repris après 1870 la marche adoptée par les gouvernements parlementaires pour l’établissement du budget.

CREDO, mot latin signifiant je crois, et par lequel on désigne communément le Symbole des Apôtres on le Symbole de Nicée, professions de foi des chrétiens, ou des

CRÉDIT MOBILIER — CRELL

catholiques, qui commencent par ce mot. Délourné de son sens primitif, le mot credo est souvent pris comme synonyme de profession de foi.

CREDULITE, C’est ce penchant de l'esprit quile porte à admettre comme vraie, sans examen et avec la plus grande facilité, toute proposition avancée parun autre. L'étymologie latine du mot est parfaitement conforme à sa signification, etelle vautune définition à elle seule, puisque les deux idées, facilité à croire, y sont clairement exprimées. La crédulité n’est pas synonyme de superstition; elle diffère encore plus de confiance. Nous la distinguerons successivement deces deux idéesanalogues.La superstition consiste dans ce penchant qu’ont les hommes à croire au merveilleux, au surnaturel ; elle est donc une espèce particulière de crédulité; le mot crédulilé a un sens beaucoup plus large; il signifie la facilité de l’esprit à admettretoute espèce de fait, qu'ils soient ou non merveilleux. Ainsi, on peut être taxé de crédulité si l’on admet sans examen les récits d’un voyageur qui, sans rapporter des faits surnaturels, peutnéanmoins débiter des mensonges sur la nature d’un pays, sur les mœurs, les usages d’un peuple, sur les aventures qui lui sont arrivées: on ne sera point pour cela superstitieux. On poussera au contraire la crédulité jusqu'à la superstition si l’on croit à des récits miraculeux, à des visions, à des apparitions. La crédulité n’est pas non plus la confiance. La confiance consiste à se fier aux sentiments d’une personne, et à se reposer sur son amitié, sur sa loyauté, sur sa bonne foi, à se persuader qu’eiie agira envers nous comme nous serions prêts à agir envers elle; en un mot, la confiance est la crédulité du cœur. La crédulité proprement dite ne s'adresse pas aux sentiments, mais bien aux idées et aux faits qu'elles représentent. Ce n’est pas un penchant du cœur, c’est une disposition de l'esprit. Dans l’homme crédule, c’est l’intelligence qui accepte comme des vérités les paroles d'autrui ; dans l’homme confiant, c’est le cœur qui aime à supposer dans autrui les sentiments qui l’animent lui-même. Mais cette différence que nous nous attachons à faire ressortir devient bien plus évidente si l’on considère que la crédulité est un travers de l'esprit, une grave défectuosité intellectuelle, tandis que la confiance est, au contraire, la preuve d’une âme belle et naïve, qui, toute pleine de nobles sentiments, ne peut en supposer d’autres à personne, ni se résoudre à croire au mal, à soupçonner la trahison, la bassesse, en ceux qu’elle ne juge que par elle-même. En un mot, la confiance est le propre d’un cœur sensible et généreux, la crédulité est le fait d’un esprit faible et étroit.

CRBERS (on prononce Crik:), grande peuplade indienne de l'Amérique du Nord, et après les Cherokees la plus civilisée detoutesles hordes arborigènes quihabitent encore ce continent. Ce nom lui fut donné, dans le principe, par les Anglais, parce que le territoire qu’elle occupe est entrecoupé par une multitude de criques ou de petites rivières, en anglais creeks. Ces indigènes habitent aujourd’hui les contrées situées à l’ouest du Mississipi, ils se livrent à l’agriculture et à l'élève des bestiaux.

CREFELD. Voyez KReretn.

CHELL (Nicozas), chancelier de l'électeur de Saxe, naquit en 1553 ou 1554, à Leipzig, et futchoisi par l’électeur de Saxe, Auguste, pour étre l’instituteur de son fils Christian. Le successeur de ce prince, Christian Ier, le nommason chancelier. Doué d’un rare savoir et d’une grande habileté pratique en affaires, il ne tarda pas à concentrer toute autorité entre ses mains. I] était impossible dès lor: qu’il ne devint pas l’objet de la haine et de la jalousie de la noblesse, qui ne voyait en lui qu’un bourgeois parvenu, et dontlesdispositions hostiles à son égard gagnèrent de proche en proche le clergé etle peuple, par suite des innovations prématurées que Crelltenta d'introduire dans les matières

| relatives auculteet à lalibertéde conscience. Déjà les diffs-

CRELL — CRÉMENT

rends des cr yptocalvinistes avaient troublé le règne de l'électeur Auguste, et, dans l’espoir d'y mettre un terme, ce prince avait fait rédiger la fameuse Formule de Concorde , que tous les prêtres protestants étaient tenus de signer sous peine de perdre leurs emplois.

A la mort d’Auguste, les eryptocalvinistes, favorisés et appuyés par Crell, qui avait réussi à gagner son élève à leurs doctrines, commencèrent à relever la tête. L'autorité supérieure interdit sévèrement dans les chaires toute controverse religieuse, et soumit l'impression des ouvrages sur les affaires de religion à la formalité d’une autorisation préalable, qu'il fallait obtenir à Dresde, où Crell exerçait la censure avec quelques amis partageant ses opinions. Il n'avait pas

manqué d’ailleurs de faire accorder à ses partisans toutes les ,

places importantes à la cour, dans l'Église et dans les universités, après en avoir évincé ses adversaires.

Les affaires en élaient là lorsque l'électeur Christian 1°" mourut inopinément, le 25 septembre 1594; et alors le duc Frédérie-Guillaume de Weimar, adversaire déclaré des opinions cryptocalvinistes, prit, en qualité de tuteur, la régence de l'électorat de Saxe. La veille même du jour fixé pour les funérailles de Christian 1°° (23 octobre ), Crell fut tout à coup arrêté, à l’instigation de l’électrice douairière. Un gran:

ombre de ses partisans et tous les prêtres suspects de partager les mauvaises doctrines furent révoqués tout aussitôt de leurs fonctions, astreints à signer une rétractation bumiliante, puis expulsés du pays. Crell fut conduit dans la forteresse de Kœnigstein, et quoiqu’à la diète tenue en 1592 à Torgau les représentants des deux universités et des villes se fussent d'abord exprimés en sa faveur, la noblesse n’en exigea pas moins sa condamnation avec un acharnement sans pareil. Trois années s’écoulèrent avant que ses ennemis pussent tomber d’accord sur les formalités à observer dans le procès qu’il s'agissait de lui intenter. Ce ne fut qu’au mois d'août 1595 que le syndic des états produisit enfin un acte d'accusation contenant sept chefs, réduits plus tard à quatre. On y reprochait à Crell, indépendamment des troubles religieux qu'il avait suscités, d’avoir donné de mauvais conseils à l'électeur, de l'avoir rendu suspect dans l'Empire, d’être devenu infidèle à la confession d’Augsbourg, d’avoir en outre cherché à amener des collisions entre l’empereur et l'électeur et entre celui-ci et les états; enfin, d’avoir entamé au nom de son maître avec le roi de France Henri IV des négociations secrètes de la nature la plus dangereuse.

Le prisonnier avait tout d’abord réussi, malgré la sévère surveillance de ses geôliers, à faire passer à ses amis une instruction d’après laquelle sa femme porta plainte en déni de justice à la chambre impériale siégeant à Spire, et obtint à diverses reprises l’ordre ou de le rendre à la liberté, ou de suivre le procès qui lui était intenté. Ces plaintes n’eurent d'autre résultat que d’engager les persécuteurs de Crell à tout faire pour enlever à la chambre impériale de Spire la révision du procès et en charger le conseil aulique de Vienne. L'intrigue réussit; seulement la révision fut attribuée à la cour d’appel de Bohême siégeant à Prague, et il n’était guère possible de s’attendre à la voir rendre un jugement favorable à l'accusé. Le 11 septembre 1601 ce tribunal prononça contre Crell, dont la détention durait depuis dix ans, une condamnation capitale, confirmée malgré l’'appel qu’interjeta tout aussitôt le condamné, et aussi malgré les efforts de ses amis. Elle reçut son exécution Le 9 octobre suivant, à Dresde. Après être resté quelque temps exposé sur l’échafaud , le corps de la victime fut transporté dans le cimetière de Notre-Dame par deux fossoyeurs, que précédaïent à cheval le juge et quelques échevins, et inhumé le jour suivant en présence du clergé luthérien.

CREMA ou Crème, vieille ville fortifiée d'Italie, dans la province de Crémone, bâtie sur la rive droite du Serio, dans une belle plaine, est le siége d’un évêché. On y trouve un gymnase, plusieurs écoles, deux théâtres, une

BICT. DE LA CONYERS, Ne

galerie de tableaux , un hôpital el une maison d’orphelins Les habitants, au nombre d'environ 9,000, se livrent à la culture de la vigne, des arbres fruitiers et du lin, à la fabrication des toiles et des étoffes de soie, à la pêche des lamproies et des marsouins, et font un commerce assez important en lin, toiles et autres produits de leur industrie. Le lin récolté aux environs de Crema passe pour le meilleur de l’Europe. Un chemin de fer la relie à Crémone.

La fondation de Crema remonte à la conquête de l'Italie supérieure par les Lombards, La cruauté d’Alboin força en effet un grand nombre de fuyards à se réfugier dans un ilot marécageux appelé Fulcheria, où ils fondèrent, en l'an 570, une ville, qui reçut le nom de Cremète, d'après celui du chef suprême qu'ils s'étaient choisi. A l’époque de la lutte des gibelins et des guelfes, les habitants de Crema se montrèrent les ennemis si acharnés des premiers, qu’en l'an 1160 l'empereur Frédéric 1° saccagea leur ville, qui ne tarda pas cependant à être rebâtie.

CRÉMAILLERE. 11 n’est pas seulement question ici de l'instrument appelé crémaillère qui s'attache sur le contre-cœur d’une cheminée de cuisine, et qui supporte le crochet de la marmite : toute barre dentée, ondée ou crénelée sur sa longueur est une crémaillère; elle se meut par l’engrenage d’un pignon ou d’une roue dentée. Le cric, par exemple, ne fonctionne qu’à l’aide d’une crémaillère. Ce

mécanisme est le plus facile pour transformer un mouvement de rotation donné en mouvement de translation.

CREMATION. Voyez BRULEMENT DES CORPS.

CREME. La crème est la moins abondante , la plus légère et la plus précieuse des trois substances principales qui entrent dans la composition du lait. C’est de la crème battue dans un vase qu’on extrait le beurre; mêlée avec du lait caillé , elle entre dans la composition des fromages dits à La crème.

La crème, étant spécifiquement plus légère que les autres composants du lait, monte à la surface du bain, et y forme une couche plus ou moins épaisse, suivant la qualité et la pureté du lait, On évalue la quantité de crème renfermée. dans une mesure donnée de lait à l’aide d’un instrument nommé galactomètre.

La crème fouettée est une crème qu’on fait élever en mousse en la fouettant avec de petits osiers ; on y fait quelquefois entrer un peu de sucre en poudre, de gomme adragant pulvérisée , et d’eau de fleur d'oranger.

Les pharmaciens donnent le nom de crème à la décoction d’une semence farineuse passée et rapprochée en une consistance moyenne entre l’état liquide et l’état de bouillie claire. La crème de riz, la crème d'orge mondé sont les préparations les plus usitées de cette espèce.

Les liquoristes décorent du nom hyperbolique de crèmes les produits dont ils vantent l'excellence pour le moelleux, l’heureuse combinaison des ingrédients, etc., etc. ; ils comparent ainsi leurs liqueurs alcooliques à de la crème; telles sont la crème de menthe, \a crème d’anisette, etc.

CREME DE TARTRE. Voyez TARTRE.

CRÉMENT (du latin crementum, accroissement), nom consacré par la célèbre Grammaire de Port-Royal. C’est une augmentation finale d’un mot racine, substantif, adjectif ou verbe. Elle est particulière surtout aux idiomes anciens, et se compose de l’addition d’une, de deux, de trois syllabes au plus , à partir de l’ultième syllabe du mot qu’elle précède. Dans les substantifs et adjectifs, cet accroissement final se formule sur le nominatif singulier, et dans les verbes il se règle toujours sur la seconde personne de l'indicatif présent. Exemple : puer victrix (l'enfant vainqueur), petite légende, symbole de l'Amour chez les anciens, formule ainsi ses créments, substantif et adjectif : puer, pue-ri au génitif singulier, et au génitif pluriel pue-ro-rum ; victrix, victri-cis. au génitif singulier, et-victri-ci-bus, au datif pluriel. Le double paradigme ou exemple du crément du nom et du

verbe est dans cet hémistiche d’un vers charmant de Virgile, où Gallus, parlant des pins sur lesquels il a gravé le nom de sa Lycoris absente , s’écrie :

+ « à à .« Crescent illæ, crescelis, amores.

Tous les jours ils croitront, vous aussi, mes amours.

On en divise ainsi les créments : cresce-fis, amo-res. On voit qu’il n’y à pas d’accroissement dans crescent, qui a le même nombre de syllabes que crescis, seconde personne du présent de l'indicatif actif ou neutre, point de départ des créments. Dans les substantifs latins et grecs, ils tiennent lieu d’un article sous-entendu, si ce n’est que l’idiome grec, plus riche, cumule, ayant de’ plus et à sa volonñté l’article au commencement du substantif. La langue hébraïque, qui dans les substantifs et adjectifs n’a de créments qu’au pluriel masculin et féminin, malgré sa simplicité, cumule aussi quelquefois l’article, Quant aux verbes des Grecs, nous nous contenterons de dire que leurs créments, si nombreux, si variés, selon les dialectes, étant les types des créments latins, ont la même analogie, c’est-à-dire que le verbe substantif elvau (étre), en est la base, comme le verbe esse dans la langue du Latium. DENNE-BARON.

CRÉMIER-GLACIER , celui qui fait, qui vend de la glace, des entremets, des desserts à la glace, glaces, fromages glacés, qui frappe les vins, etc.

CRÉMIEUX ( Isa4c-ADoLPse ), l’une des notabilités du barreau contemporain, ancien membre du gouvernement provisoire, dont il fut en même temps le ministre de la justice. Né en 1796, à Nimes, de parents israélites, et élevé à Paris, il suivit les cours de la faculté de droit d’Aix, et fut reçu licencié en 1817. A quelque temps de là il se faisait inscrire sur le tableau de l’ordre des avocats à la cour royale de Nîmes, où il ne tarda pas à se faire une grande réputation et à acquérir une belle et productive clientèle. Ses remarquables plaidoiries dans un grand nombre d’affaires importantes eurent du .etentissement jusqu’à Paris, où on le citait déjà comme l’une des illustrations judiciaires de l’époque longtemps avant qu'il eût ris le parti de venir se fixer dans la capitale. La première fois qu’on eut occasion de l’y entendre porter la parole en public, ce fut devant un tribunal d’exception et dans une affaire politique, Les anciens ministres de Charles X signataires des fameuses ordonnances de Juillet avaient été traduits devant la chambre des pairs comme accusés d’attentat à la sûreté de l’État et de provocation à la guérre civile, M. de Guernon-Ranville, lun d’eux, confia le soin de sa défense à M. Crémieux. Un vif intérêt de curiosité s'attachait à ce début de l’aigle de Nîmes sur un théâtre si nouveau pour lui, et où il devait parler après Berryer et Martignac. L’attente générale toutefois fut trompée; car l'avocat s’évanouit dès les premières phrases de son exorde,-et se trouva ensuite dans l’impossibilité de reprendre sa plaidoirie. C’est à cette époque que M. Crémieux acheta de M. Odilon Barrot, moyennant 400,000 fr., la charge d’avocal aux conseils et à la cour de cassation; etles nombreux procès que le gouvernement de Louis-Philippe se trouva bientôt forcé d’intenter aux journaux officiels du parti républicain lui fournirent plus d’une occasion de prendre brillamment sa revanche de l’échec réel qui avait signalé ses débuts oratoires à Paris, C’est ainsi que M. Crémieux plaida successivement pour les saints-simoniens, pour Armand Marrast contre le maréchal Soult et Casimir Périer, pour M. Raspail contre M. Zangiacomi, pour les républicains Vignerte, Lebon, etc. ; et chacun de ces différents plaidoyers popularisa toujours davantage son nom parmi les nombreux ennemis de la royauté de Juillet.

Aux élections de 1842, il fut élu membre de la chambre des députés par le collége électoral de Chinon ( Indre-et- Loire), et alla s'asseoir sur les bancs de l'extrême gauche, Quand éclata la révolution de Février, que certes il n'avait vas peu contribué à provoquer par la guerre acharnée ct

CRÉMENT — CRÉMONE

systématique qu'avec fous ses amis politiques il avait faite à l’ordre de choses, M. Crémieux vint à la chambre avec l'espoir de faire prévaloir la régence de la duchesse d’Orléans ; maïs cette combinaison échoua, et M. Crémieux, accepté par le cri populaire pour faire partie du gouvernement provisoire, vint s’installer à l'hôtel de ville, où on lui confia le portefeuille du ministère de la justice ; et depuis lors il n’a pas cessé d’être l’une des personnifications de la république, l’un des hommes en qui le parti républicain a placé toute sa confiance. En prenant le ministère de la justice, l’un des premiers soïns de M. Crémieux fut de réorganiser le personnel du ministère public dans tous les tribunaux de France et de faire décréter l’abolition de l’inamovibilité des juges. Force est de reconnaître qu’au total il ent alors la main assez heureuse, puisque le plus grand nombre des ardents patriotes dont il peupla les différents parquets se sont parfaitement accommodés des événements qui vinrent bientôt après détruire leur chère république, et pour conserver leurs places ont prêté tous les serments qu’on leur a demandés. Elu à la Constituante dans Indre-et-Loire, M. Crémieux quitta le ministère de la justice le 7 juin 1848. Depuis, il prit une part active aux travaux de la Constituante, comme rapporteur de nombreuses commissions.

Loin de combattre l’élection du 10 décembre 1848, M. Crémieux se prononça hautement en faveur de la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence ; maïs, par une inconséquence qu'on s'explique difficilement, il ne cessa point jusqu’au dernier moment de la Législative, dont à fit aussi partie, de parler et de voter dans le sens de la Montagne. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il fut mis en état d’arrestation provisoire; mais, relâché bientôt après, ii n’a plus été inquiété depuis, et a repris sa place au barreau de Paris, Outre quelques procès politiques dans lesquels il a pris la parole, il a mis plusieurs fois son {a-

lent au service de ses coreligionnaires persécutés, et il a

fait, dans ce but, deux voyages, l’un en Orient, l’autre en Roumanie.

Candidat de l’opposition en 1869, dans la Drôme, M. Crémieux échoua contre le candidatofficiel; mais il fatnommé député de Paris dans les élections complémentaires. La révolution du 4 septembre 1870 le porta au gouvernement de la Défense nationale, dans lequel, avec M, Garnier- Pagès, il représentait Les hommes du provisoire de 1848. Comme à cette époque, il prit possession du ministère de la justice. Mais quelques jours plus tard, le 14 septembre, il partit ainsi que son collègue, M. Glais-Bizoin, pour Tours, où tous deux devaient constituer la délégation du gouvernement. Le 8 octobre, il parut urgent de larenforcer de M. Gambetta pour donner plus d'énergie à la défense. Dès lors l’activité de M. Crémieux se borna à réorganiser le personnel impérialiste du ministère publie dans les cours et tribunaux; une seule mesure, qui donna lieu à de vives protestations et qui demeura inexécutée, lui appartient en propre : c'est le décret du 20 janvier 1471, qui révoquait 13 magistrats, en les déclarant indignes, pour avoir siégé dans les commissions mixtes établies à la suite du coup d'État de 1851. I1 donna sa démission le 13 février 1871, et rentra dansla vie privée. Mais en 1873 il fut envoyé à l’Assemblée nationale par les électeurs de l'Algérie,

Son fils, Gaston, est mort en février 1872. I] était depuis quelques années séparé de sa femme, qui, sous lenom de Mme Monbelli, a chanté à Berlin et à Londres.

CRÉMONE (Cremona), ville d'Italie, chef-lieu de la province du même nom, au confluent de l’Adda et de l’Oglio dans le PO, sur un chemin de fer qui la relie à Brescia età Pavie, compte 32,000 habitants, Siège d’un évêché, elle est défendue par un château fort, percée de belles rues régulières, mais en général médiocrement bâties. On y compte quarante-cinq églises ou chapelles et un grand nombre de couvents, La cathédrale est une énorme masse de pierres,

CRBMONE :vec un portail en beau marbre rouge et blanc de Crémone. Il y à à l'intérieur de cet édifice quelques belles peintures à fresque, et dans le baptistère se trouve un immense bassin fait d’un seul bloc de marbre de Vérone, Le clocher, qui a 123 mètres d’élévation, se compose de deux obélisques octogones. Il y a à Crémone d'importantes manufactures de soie, et les violons qu’on y fabrique ont passé longtemps pour les meilleurs qu’on pût se procurer, Une colonie romaine fonda cette ville l’an 219 avant J.-C,; mais elle eut continuellement à souffir des invasions des Gaulois, et dut être reconstruite dès l’an 192 a vant J.-C. Plus tard elle obtint les priviléges de municipe, et devint de plus en plus importante par son commerce. On y avait construit un amphithéâtre qui surpassait par ses proportions colossales tous ceux de la haute Italie, Crémone souffrit beauconp dans la guerre entre Auguste et Antoine. Pour la punir de l’attachement qu’elle avait témoigné à la cause de son rival, et aussi pour récompenser ses vétérans, Auguste leur donna le territoire de Crémone, L'an de J.-C. 69, après la défaite des partisans de Vitellius à Bébriac, bourg situé non loin de là, cette cité tomba au pouvoir du général de Vespasien, qui la fit saccager de fond en comble, Elle se releva de ses ruines, mais elle n’acquit de nouveau quelque importance qu’à l’époque où fleurirent les républiques italiennes, Dans la guerre de succession, le maréchal de Villeroi y fut surpris et fait prisonnier par les Impériaux, que commandait le prince Eugène, L'ennemi, qui s’était approché de Crémone à marches forcées, y pénétra par un égout qui passait sous le mur de la ville; toutefois, nos troupes lui opposèrent une si courageuse résistance, qu’il ne put ‘y maintenir que jusqu’au lendemain soir. .

CRÉNEAU, nom donné dans le moyen âge à la conssuction en maçonnerie qui formait l’entre-deux des &- .hières : celles-ci étaient la partie vide, les eréneaux étaient a partie pleine d’un rempart. Des écrivains qui se trompent et ils sont nombreux) croient qu’un créneau était une -chancrure de muraille. C’est le contraire. On appelait cdeaux crénelés ceux dont les défenses s’entre-coupaient de créneaux. Quelquefois on tendait d’un créneau à l’autre un hourdis, c’est-à-dire un clayonnage, qui protégeait l’archer combattant sur l’archière. La fortification. à créneaux différait du moderne système à embrasures, en ce qu’ils étaient intérieurement évasés, tandis que les merlons des batteries à feu ont plus de largeur à leur face intérieure qu’à leur face extérieure. Un droit seigneurial consistait à couronner de créneaux le mur auquel tenait la porte de l’habitation. L'image des créneaux s’est conservée dans les symboles qu'on nomme meubles de blason. Louis XIT, dont l'histoire a vanté la mansuétude, fit pendre aux créneaux de Peschiera le gouverneur de cette place et son fils, pour les punir de s’être noblement et bravement défendus contre lParmée française. Gal BarDiw.

CRÉNEQUIN, CRÉNEQUINIERS. Le crénequin étail un outil en forme de pied de biche, qui servait à tendre

-la corde d’une petite arbalète; de là le nom de crénequi-

niers, donné aux corps de cavalerie qui se servaient d’arbalètes et portaient le crénequin pendu à la droite de leur ceinture. Charles VII comptait dans sa garde vingtcinq crénequiniers allemands, La maison militaire des souveraïns a compris des arbalétriers à cheval portant cette dénomination, jusqu’au règne de François I°". L'histoire cesse de mentionner les erénequiniers depuis la bataille de Mari- HSNRES Gal, BaRDIN.

CRÉOLE. On a coutume de donner ce nom soit aux individus de l’espèce humaine, soit même aux animaux qui naissent dans les colonies européennes, entre les tropiques surtout, bien que leurs parents soient originaires de l’ancien monde. Ainsi, l’on appelle créoles tous les blancs nés dans les deux Indes et originairement étranger. On

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