CRÉOLE
des nécessités. Quoique très-compatissantes aux malheurs d’autrui, elles sont excessivement cruelles et vindicatives envers leurs domestiques ; elles infligent aux nègres des ch timents horribles pour la moindre fautes! d'autant plus inexorables qu’elles ne voient ni n’entendent les tourments, les cris déchirants de ces infortunés, dont elles ne pourraient soutenir l'aspect. Rien de plus exigeant et de plüs despote dans leurs volontés que ces êtres indolents ou faibles et inactifs, parce qu'ils ont plus besoin des bras et du travail d'autrui. Cependant, par la même exaltation de la sensibilité morale, les plus généreuses affections éclatent chez ces mêmes femmes ; elles sont capables de porter les vertus jusqu’à l'enthousiasme.
Au reste, les femmes créoles deviennent plutôt pubères que celles d'Europe, à cause de Ja chaleur de ces régions, qui imprime beaucoup d’activité aux fonctions vitales, Cette même excitabilité les expose maintes fois à de fréquentes et dangereuses hémorrhagies de l'utérus, surtout lorsqu'elles abusent des voluptés de l'amour, ou font un usage excessif d'aliments âcres, épicés, de boissons spiritueuses, irritantes, abus trop fréquents sous ces climats brûlants. Aussi, les femmes créoles sont-elles très-exposées aux avortements et fournissent-elles peu de lait. Par ces mêmes raisons, elles chargent du soin d’allaiter leurs enfants les négresses, qui ne les emmaillotent jamais. Ces. jeunes créoles, libres, dès la naissance, de tous leurs mouvements, ne deviennent jamais boiteux, disloqués, bossus ou estropiés : leurs membres se déploient sans contrainte et sans efforts. Ê
Des Anglais, des Écossais surtout, blonds, et aux yeux bleus, unis à des femmes d'Europe également blondes auraient en Europe des enfants blonds comme eux naturellement ; maïs on remarque qu’en général leurs enfants blancs sans aucun mélange de sang étranger prennent dès leur naissance aux Antilles, ou en d’autres colonies des pays chauds, des cheveux plus noirs, des yeux à iris plus foncé et brun, de même qu’un teint plus hâlé, sans avoir toutefois été beaucoup expôsés aux ardeurs du soleil. Sans méconnaître la puissante influence de cet astre, on croit s’être assuré que le lait des négresses contribuait à brunir le teint deleurs nourrissons de race blanche, On a pensé de même que l'usage des viandes noires, des aliments fortement colorés, du café, du chocolat, des épices, etc., brunissait davantage les humeurs, donnait plus d’activité contractile à la fibre, que l'emploi du laitage, des pâtes, des farineux, et autres nourritures molles, humectantes.
Telles sont les qualités dont héritent les blancs créoles. On dit aussi que leurs femmes deviennent très-fécondes , et souvent mères de dix à douze enfants, ce qui nous semble exagéré, car les habitants des pays méridionaux sont rarement aussi féconds que ceux des régions froides. L’ardeur trop précipitée dès le jeune âge cause d'ordinaire des avortements, des efforts de précocité suivis d’une stérilité anticipée, D'ailleurs, les mœurs se dépravent à mesure que les contrées plus ardentes rendent les individus plus passionnés ; rien n’apporte plus d'obstacles à la multiplication de l'espèce que la licence des mœurs. Toutefois, l’abondance des nourritures, l’ardeur de amour, la douceur et la fertilité du climat, invitent à une plus grande multiplication de tous les germes de vie que sous des cieux tempérés ou froids. Sans doute ce même tempérament de l’atmosphère et du sol influe sur les maladies et la santé de leurs habitants. Les créoles américains ne connaissent presque pas les affections dépendantes de l’abondance ou de la pléthore des liquides , les apoplexies , les hydropisies, les pleurésies, les cathar res ou fluxions, et même la goutte et la gravelle; mais ils éprouvent les affections résultant de l’activité de la fibre et de
‘ Ja grande mobilité des nerfs. Leur vieillesse est plus précoce,
mais moins infirme que chez nous, par l’uniformité plus grande d’un climat exempt des rigneurs du froid et de l'hiver, Leur vie, usée pendant une turbulente jeunesse, leur laisse
CREOLE — CREPIN
une végétation tranquille dans leurs vieux jours. Enervés de bonne heure par l'amour, ils traînent le reste de leur existence dans l’apathie , dans une faiblesse d'autant plus sage, plus heureuse peut-être, qu’elle est plus inutile et plus impuissante,
Dès l'enfance la complexion nerveuse, très-impressionnable, des jeunes créoles les dispose au tétanos, au trismus des mâchoires et à d’autres affections spasmodiques analogues, surtout par les vents plus froids du nord et dans les températures humides des bords de la mer. Les Indiens préservent leurs enfants de ces accidents mortels en les frottant d'huile, ce qui empêche le contact de l'air à nu. Les femmes créoles sont aussi, par leur indolence et leur genre de vie, très-sujettes aux maux d'estomac et aux flueurs blanches, comme à de grandes irrégularités dans la menstruation. Elles tombent d'ordinaire alors dans la chlorose, le pica ou les appétits dépravés, qui les portent à l'abus des aliments épicés et salés, et les disposent aux obstructions des viscères abdominaux , aux gonflements de rate, à la jaunisse. Cet état d’atonie cachectique est tellement commun parmi les créoles des deux sexes, qu’à peine le quart de leur population en est exempt, suivant plusieurs médecins des colonies, et il en résulte aussi des hydropisies. Les vers, les mauvaises digestions qui les accompagnent, contribuent encore à d’interminables affections chroniques des intestins, à des fièvres hémitritées (demi-tierces). Cependant, on les dit moins exposés à prendre la fièvre jaune que les Européens arrivant de l’ancien monde. L’affection vénérienne passe aussi pour plus bénigne parmi les créoles ; ils ont presque toujours la peau en sueur, et cette moiteur perpétuelle les rend moins impressionnables aux commotions électriques, par l'effet de l’évaporation. Les femmes, devenant mères de très-bonne heure , ne prennent pas toujours tout le développement de taille qu’ elles pourraient avoir, ce qui contribue à l’abâtardissement de l'espèce. J.-J. VIREY.
CRÉOSOTE (de xpêas, chair, et cwtw, je conserve ). Ce nom sért à désigner une substance découverte comme un des produits de la distillation du goudron et de celle du vinaigre de bois par M. Reichenbach, chimiste allemand. La créosote est un liquide incolore et transparent, d’une consistance analogue à celle de l’huile d'amandes, d’une odeur désagréable, qui rappelle celle des viandes fumées. Elle a une action éminemment caustique : appliquée sur la langue, elle cause un sentiment de brûlure très-douloureux; sur la peau, elle détruit l’épiderme; elle est enfin un poison pour les animaux et les végétaux. Mais si elle est redoutable à fortes doses, elle offre, quand elle est mitigée, des avantages signalés, qui donnent à cette découverte une certaine importance.
Comme la créosote coagule énergiquement l’albumine fourni par le blanc d'œuf, M. Reichenbach crut qu’elle agirait également sur l'albumine du sang, et l'épreuve justifia sa prévision. Il reconnut qu’en raison de cette propriété on peut tarir promptement les hémorrhagies causées par les blessures qui divisent les vaisseaux capillaires. L’eau chargée de créosote produit mieux cet effet hémostatique que la préparation appelée eau de Benelli ou eau artérielle, dont on à fait un secret, et qui probablement n’a pas d’autre base. La propriété reconnue de l'acide pyro-ligneux et de l’eau empyreumatique pour préserver les chairs de la décomposition putride lui fit aussi présumer quela créosoteproduirait le même effet, ce que l'expérience a démontré. Après avoir fait macérer des viandes traîches dans une eau chargée de créosote, pendant une heure et moins, et en les faisant ensuite sécher au soleil, le chimiste allemand les fit passer à un état comparable à celui des viandes fumées ; il reconnut en même temps que si la fumée de bois est un agent conser-
vateur des chairs, c’est qu’elle contient de la créosote. M° Reichenbach s’adonna aussi À quelques recherches afin ie découvrir si la propriété antiputride de la créosote n’en
rendrait pas l'application utile pour fa pratique de la médecine. Il parvint à guérir avec l’eau créosotée des ulcères chancreux et carcinomateux , même une phthisie pulmonaire parvenue à un degré extrême, des brûlures plus ou moins profondes, des douleurs de dents, des dartres , des gerçures de la peau , dont les enfants sont affectés. Quoiqu'il ait aussi obtenu quelques heureux succès en employant cette substance pour arrêter la gangrène, elle n’est plus usitée aujourd’hui que comme anti-odontalgique, à cause de l’inconvénient qu’elle a de déterminer une phlogose assez vive de toutes les parties qu’elle touche,
La difficulté d'obtenir la créosote pure par la distillation du goudron a fait imaginer de la suppléer par la suie des cheminées où l’on brûle du bois, comme devant contenir des principes analogues à ceux du goudron, qui provient de la même combustion. Une pommade composée avec cette substance pulvérisée et avec le saindoux a suffi pour guérir des affections dartreuses et des teignes contre lesquelles différents médicaments avaient échoué. On a aussi préparé un extrait de suie en la faisant bouillir dans de l’eau que l’on filtre et que l’on réduit ensuite par l’ébullition. On dissout cet extrait dans du vinaigre bouillant : quelques gouttes de ce liquide dans un verre d’eau composent un collyre dont on a éprouvé l'efficacité dans quelques cas d’ophthalmie.
La créosote pure étant un poison énergique, son action vénéneuse doit éveiller l'attention sur les viandes longtemps exposées à la fumée, surtout sur celles de cochon, dont les préparations sont si usitées, surtout en France et en Allemagne. D' CHARBONNIER.
On obtient aussi la créosote de l’huile de poix en la remuant avec de la soude, et de la carhonisation des boïs durs. La créosote de bois est un corps semblable, mais tout à fait distinct : on la prépare en distillant l’huile de goudron de bois, on la dissout ensuite par la potasse, on précipite par un acide, et on la rectifie.
CREPI ( participe du verbe crépir, fait de crispare, friser } , couche de mortier ou de plâtre qu’on jette sur un mur avec la truelle ou un balai. Le crépi diffère de l’end'uié proprement dit, en ce qu’il n’est pas lissé, aplani, comme ce dernier, avec la truelle ou lépervier. On laisse le crépi raboteux , soit pour donner de la variété à la surface d’un mur, soit afin que ses aspérités saisissent et retiennent mieux l’enduit qui doit le recouvrir.
CRÉPIDE (en latin crepida), espèce de chaussure, C'était chez les Grecs celle des philosophes, et chez les Romains celle du petit peuple. On ferrait les crépides, et elles se nommaient alors crepidæ æratæ, Elles ne couvraient pas tout le pied. Les femmes les portaient dans la ville.
CREPIN (Saint), patron des savetiers , des cordonniers et des bottiers, appartenait, dit-on, à une grande famille de Rome. Converti aux doctrines du christianisme, il dut, sous le règne de Dioclétien, fuir la persécution , et se réfugia alors , avec son frère Crépinien , dans les Gaules, à Soissons, où ilembrassa, autant par esprit d’humilité que pour subsister, le métier de cordonnier. La charité était chez ui un sentiment tellement naturel et inné, qu’il n’hésitait pas à dérober le cuir de ses pratiques pour en confectionner des chaussures qu’il donnait ensuite aux pauvres. Ne vous étonnez point de cet exces de zèle ! saint Vincent de Paul, afin de se procurer plus d'argent pour son œuvre des Enfants-Trouvés, ne trichait-il pas au piquet comme le grec le plus habile? Soit qu’il ne comprit pas la sublimité de ces saints égarements de la charité, soit qu’il se sentit humilié de n’avoir pu réussir à ébranler la foi des deux frères, l’empereur Maximilen Hercule les fit conduire à Rictius Varus, prefet du prétoire, qu leur fit trancher la tête, vers l’an 25° de} notre ère. L'Église a fixé au 25 octobre la PR CT du martyre de saint Crépin. Son nom et celui de son frère se trouvent dans les anciens martyrologes de saint Jérôme, on Bède, de Florus, d’Adon, d'Usuard, On bâtit à Soissons,
dans le sixième siècle, une grande église sous leur invocation, et saint Éloi enrichit la châsse qui contenait leurs dépouilles, Ce ne fut qu’en 1645 qu’un certain Michel Buch, cordonnier allemand, connu sous le nom du bon Henri, institua la société des cordonniers, et lui donna saint Crépin pour patron.
CREPITATION (en latin crepitatio, de crepilare, petiller, craquer). Ce nom est usité dans le langage usuel et en chimie pour désigner le bruit de la flamme qui pétille, ou celui que produisent certains sels lorsqu'on les jette dans le feu. On s’en sert aussi en chirurgie pour signifier 1° les bruits que produisent par leur frottement mutuel les fragments d’un os fracturé; 2° celui qu’on observe dans l’emphysème et dans certains mouvements articulaires. La crépitation des os fracturés peut n’être sensible qu’au toucher, ou bien elle est appréciable à l’oreille appliquée immédiatement sur le membre malade, ou médiatement à l’aide du stéthoscope, ou bien encore à distance. Pour produire la crépitation, signe de l'existence d’une fracture, on imprime au membre des mouvements très-légers en diverses directions, dans lesquels les fragments frottent les uns contre les autres , et à l’aide de l'habitude et de l’exercice on distingue aisément ce bruit léger qui, joint à tous les autres signes, ne laisse plus aucun doute sur le diagnostic de ce genre de blessure. On entend très-distinctement la crépitation des articulations des pieds pendant la marche des élans, des rennes, lorsqu'on n’en est éloigné que de quelques pas.
CREPS, Voyez KRABs.
CRÉPUSCULAIRES , nom donné par Latreille à lune des trois grandes familles dans lesquelles il a divisé l’ordre des lépidoptères. Leur nom est emprunté aux mœurs de la plupart de ces insectes, qui ne sortent de leur retraite qu’au coucher du soleil, 11 y a cependant quelques genres qu'il faut excepter ; ce caractère n’est donc pas aussi général.que les caractères anatomiques suivants : Antennes fusiformes ; corps généralement très-gros relativement aux ailes ; les six pattes propres à la marche; les jambes postérieures armées de deux paires d’ergots; ailes étroites, en toit horizontal ou légèrement incliné dans le repos, les supérieures recouvrant alors les inférieures, qui sont généralement très-courtes. Les plus connus de ces lépidoptères sont les diverses espèces de sphinx,
CRÉPUSCULE, passage gradué de l'éclat du jour à l'obscurité de la nuit fermée; le retour de cette obscurité à la lumière du jour, en observant les-mêmes gradations, est l'aurore. Dans le langage ordinaire, ces deux époques de la journée et les modifications de lumière qui les accompagnent devaient porter des noms différents : pour l’astronome et le physicien, elles ne sont qu’un seul et même phénomène observé de deux stations opposées, et qui dépend de l’atmosphère terrestre, de son étendue, de sa nature et de la densité de ses couches depuis la surface supérieure jusqu’à la terre. En effet, comme le grand cercle del’atmosphère déborde de six à sept myriamètres au moins le grand cercle de la terre, tous les rayons solaires qui traversent cette zone ambiante subissent des réfractions qui les courbent vers la terre, et lui portent leur lumière jusqu'à ce que leur courbure devienne seulement tangente à la terre, et qu'après un simple contact ils poursuivent leur route en remontant dans l'atmosphère. La suite des points de contact de ces rayons extrêmes forme sur la terre une circonférence de cercle qui rigoureusement serait le cercle crépusculaire , limite de la nuit fermée , fin des crépuscules du soir et commencement des œurores du matin. Mais la difficulté de déterminer la position de ce cercle d’après des données assez précises a décidé les astronomes à la fixer conformément à des observations faites sur la portée de la vue, Alhazen, l'un de ces Arabes qui avaient rapporté les sciences en Europe par la conquête de l'Espagne, estimait que la Auit était close lorsque le soleil était abaissé de dix-neuf de-