COLONAT
laient la laisser grandir et se former, une tolérance de trois ans pour jouer les ingénues au Vaudeville, ce que lui permettaient une faille plus élevée et surtout un embonpoint plus marqué que ceux des jeunes filles de son âge. Là, et au milieu des plus grands succès qu’elle procura à une foule de pièces nouvelles et faites exprès pour elle, Jenny Colon s’attacha vivement à Lafont, grand et beau jeune premier de ce théâtre; mais cet amour mutuel n'ayant point l’appro bation des grands parents , les deux jeunes amoureux se sauvèrent de France, et allèrent contracter un mariage vaudevillique auprès du maréchal ferrantde Gretna-Green. A leur retour, les succès de Jenny Colon s’augmentèrent encore. Cette nature de mariage , ou, si l’on veut, cet hymen naturel, n'étant point reconnu par les lois françaises, et la perle du Vaudeville ayant repris sa liberté, que la rupture de la société de l'Opéra-Comique lui avait rendue tout entière, elle alla recueillir des triomphes à Bordeaux, à Bayonne, à Londres. Puis le Gymnase eut le bon esprit de l'engager, et là, déjà, on remarqua combien sa voix avait pris de force, d’agilité, de charme. On la surnomma /a Sontag des petits théâtres , car aux Variétés, où elle était entrée en sortant du Gymnase, on lui fit quelques rôles dans lesquels, à dessein, on avait placé de brillantes cavatines. La fauvette, devenue rossignol, revint à son premier berceau.
Favorisée par la nature, conduite par le sentiment de sa vocation, dirigée par les conseils habiles de Bordogni, M! Jenny Colon, comédienne charmante, débuta à l'Opéra Comique dans le rôle de Sarah, musique de Grisar. Elle y parut avec bonheur et sans effroi à côté de Mme Cinti- Damoreau. Elle aspira à monter plus haut encore : à Rouen , à Bordeaux, à Bruxelles, elle s’essaya aux rôles de soprano dans les grands opéras français de Rossini et de Meyer-Beer. Qui sait où cette juste ambition se fût arrêtée ? Mais revenue à Paris et à l’Opéra-Comique, où elle avait, sérieusement cette fois, épousé M. Leplus, artiste distingué comme flûte du théâtre dont sa femme était le charme et le soutien, la santé de Mme Leplus s’affaiblit peu à peu, et ne lui permit pas de porter plus longtemps et plus loin ses succès. Elle mourut en 1844, justement regrettée des amateurs. A. DELAFOREST.
COLONAT. Le colonat était sous l'empire romain, spécialement à l’époque des princes chrétiens, la condition de certains individus attachés, soit par leur naissance, soit par une convention, à des fonds de terre appartenant à autrui, pour les cultiver moyennant certaines conditions. Il ne faut pas confondre les colons avec les esclaves attachés au fonds de terre, et inséparables du sol. « Ceux-ci, dit M. Troplong, étaient les agents passifs des plus rudes labeurs de l’agriculture; pour salaire, le maître ne leur donne que la nourriture, le logement, à peu près comme aux bêtes de somme destinées à l'exploitation des terres; mais les colons, quoique tenant d’assez près à l’état servile, exerçaient une espèce d’industrie ; ils étaient en quelque sorte les j'ermiers perpétuels des domaines auxquels ils étaient attachés ; enfin ils payaient au propriétaire une redevance annuelle, » En outre, ils ne pouvaient être séparés du domaine, lors même qu’il passait dans d’autres mains, ou divisés comme membres d’une même famille, si le domaine était soumis à des partages. Mais ils étaient obligés de rester attachés à la glèbe; ils étaient soumis aux châtiments corporels ; ils étaient presque absolument incapables d'agir en justice ; ils ne pouvaient acquérir sans le consentement de leurs maitres.
Une constitution de Valentinien exigeait que la redevance due par les colons fût payée en nature, à moins d’usages contraires. Cette redevance était fixe ; il était défendu au maître de l’augmenter.
Après la conquête de la Gaule par les Francs, on entendit par colons des cultivateurs auxquels les grands propriétaires distribuaient une partie de leurs terres pour les cultiver et