COLONAT — COLONEL
y vivre, à charge d’une redevance ou d’autres servitudes. Ces colons étaient tantôt de véritables serfs, tantôt de simples fermiers, souvent aussi des possesseurs investis dun droit héréditaire à la culture des champs qu’ils faisaient valoir. De là cette variété de noms sous lesquels sont désignés dans les actes anciens les métairies exploitées à des titres et selon des modes différents ; de là aussi, en partiedu moins, e nombre et l'infinie diversité des redevances et des droits connus plus tard sous le nom de droits féodau x. Suivant le polyptyque de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, qui considère toujours les colons comme ingénus, ces hommes avaient non-seulement ur pécule, mais encore des biens qui leur étaient propres et qui provenaient soit d’acquisitions , soit d’héritages. Leurs redevances étaient en général plus douces que celles des serfs, et il est facile de reconnaitre dans ce précieux document que les colons étaient pour la plupart des hommes qui avaient accepté volontairementle' servage, soit pour éviter le service militaire, soit pour obtenir la jouissance d’une partie du sol.
La loi de concession faite au colon réglait ordinairement le mode de succession de ses biens; seulement, à chague mutation sur les tenures le seigneur percevait une redevance. Parini les redevances en argent payées par les colons, nous citerons lechevage, impôt consistantordinairement en quatre deniers ; et l’ost ou herbau, au moyen duquel ils se rachetaïent du service militaire. Le fermage de la tenure se payait souvent aussi en services de corps. La garde, le guet , la chevauchée, les charrois, les corvées, les travaux dans les bois, étaient les services de corps le plus habituellement exigés. Du reste, même dans la condition la plus dure, le colon avait toujours trois jours pour lui par semaine.
Le colonat prépara une révolution dans la propriété: « Les colons, dit M. Guizot, acquirent peu à peu, et de génération à génération, de nouveaux droits sur le sol qu’ils faisaient valoir. A mesure que s’apaisa la (tourmente sociale, ces droits prirent plus de consistance; il devint difficile de considérer comme un simple fermier et d’expalser à volonté le colon dont les pères avaient depuis longtemps cultivé le mème champ, sous les yeux et au profit des pères du seigneur. Ainsi le travail sanctionné par le temps reconquit ce qu'avait usurpé la force, adoucie à son tour par la même puissance ; les propriétaires s'étaient vus contraints de se réduire à la simple condition de cultivateurs ; les cultivateurs rédevinrent propriétaires ; mais ce fut là l’œuvre lente des siècles. »
COLONEL, titre qu'on donne à l'officier supérieur chargé du commandement et de l’administration d’un régiment. Son grade vient immédiatement après celui de général de brigade, Longtemps le tambour-major s’est appelé {ambour-colonel.
Quant à l'étymologie du mot colonel, abstraction faite de la position militaire, elle a été fort controversée par les écrivains. Hénri Estienne se révoltait, en 1579, de la 16cente admission dans notre langue des locutions colonel et colonelle, qu'on à pu croire d'origine italienne, puisque l'illustre lexicographe, en en parlant, s’élève contre le français ilalianisé ou l'italien francisé. Le général Bardin cependant ne pense pas qu'ils soient nés en Italie : son opinion est que ce pays les a reçus de l'Espagne; c'est aussi celle de Montluc, qui en cherche toutefois vainement la filiation, Brantôme, au contraire, se prononce pour l'Italie. On à prétendu aussi les faire dériver de l'italien colonna ; et l'on a trouvé entre le colonel et la colonne de troupes de chimériques analogies qui ne méritent pas d'être réfutées, L
Quoi qu’il en soit, c’est sous le règne de Louis XII qu’on voit apparaître pour la première fois le titre de colonel associé à celui decapitaine, pour désigner les chefs des bandes dont se composait l'infanterie francaise, François 1° le donna en 1534 au premier capitaine de chacune de ses
légions. On sait que l’organisation de ces corps dura peu, et qu’on en revint au système de bandes, dont les chefs continuèrent à porter le titre de colonel jusqu’en 1544, époque de la création de la charge de colonel général. Les chefs de corps furent alors appelés mestres de camp, puis successi-
“vement colonels de 1661 à 1721, mestres de camp de 1721
à 1730, colonels de 1730 à 1780, mestres de camp de 1780 à 1788. d
Biron, qui écrivait en 1611, prétend qu’on entendait à peine parler de colonel dans l’armée à cette époque, tandis que, quarante ans plus tard, Puységur dit qu’on en voyait dans telles armées agissantes plus de deux centaines, dont la trèsgrande partie n'avaient pas de régiments.
Cette variation dans les titres employés pour désigner les chefs de corps était occasionuée par la suppression ou le rétablissement de la charge de colonel général. Aïnsi ces officiers étaient appelés mestres de camp lorsqu'il y avait un colonel général, et reprenaïent le nom de colonel toutes les fois que la charge de colonel général était supprimée. Une ordonnance du 25 mai 1776 ajouta au titre de mestre de camp, alors en usage, celui de commandant, pour distinguer le mestre de camp qui commandaitun régiment, du mestre de camp en second grade, qui venait d’être créé, et dont le titulaire prenait rang après le mestre de camp commandant.
Une ordonnance du 17 mars 1788, en supprimant les mestres de camp en second, rendit aux mestres de camp commandant le titre de colonel, que ces officiers supérieurs n’ont plus quitté, si ce n’est depuis le décret du 21 février 1793, qui substitua à cette dénomination celle de chef de brigade, jusqu’au décret du 1°" vendémiaire au x11 (1803), qui le rétablit. Enfin un décret impérial du 23 mars 1809 créa quarante-six colonels en second, deslinés à commander tous les corps provisoires dont la formation pourrait être jugée nécessaire. Le nombre de ces officiers supérieurs fut réduit à vingt par un décret du 9 mars 1811. Leur grade fut supprimé à la Restauration.
Les attributions des co/onels étaient autrefois fort étendues ; ils marchaient dans la hiérarchie immédiatement après les généraux en chef; mais leur importance alla toujours en déclinant à mesure que de nouveaux agents intermédiaires vinrent se placer entre eux et le pouvoir suprême, et leur autorité se trouva en définitive à peu près resserrée dans les limites où elle est actuellement enfermée.
Avant la Révolution, les rois de France, usant du privilége qu'ils s'étaient réservé de nommer au commandement des régiments quiconque leur conviendrait, faisaient presque
- toujours tomber ce choix sur des enfants de quinze à seize
ans. C’était la naissance et jamais le talent que l’on consultait. Feuquières et le maréchal de Saxe se sont plaints hautement dans leurs écrits de cet abus révoltant, qui livrait à des adolescents sans expérience l'honneur et la vie de tant de braves soldats. Aujourd’hui en France il faut avoir passé par les grades inférieurs pour arriver à celui de colonel. Aussi la plupart des sujets qui y parviennent réunissent-ils toutes les qualités nécessaires pour en bien remplir les fonctions, et même pour devenir d'excellents officiers généraux. Ils ont sous ce rapport une grande supériorité sur les colonels étrangers, dont beaucoup ne sont redevables de leur avancement qu'à la faveur de leurs souverains ou à un trafic pécuniaire,.
Les devoirs et l'autorité d’un colonel français s'étendent à toutes les parties du service de son régiment. Rien de ce qui concerne le soldat en santé ou malade, en garnison ou à l'armée, ne doit lui être étranger; il est responsable de la police, de la discipline, de la tenue et de l'instruction de ses subordonnés; dirige l'administration du corps, et veille à ce que les officiers et sous-officiers de tout grade ne dépassent pas les limites de leurs attribulions. Son autorité doit se faire sentir plus par impulsion que par action imméAiate, Il doit enfin exercer sur ce qui l'entoure toute