‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 565 sur 607 · CREUSET — CREUZÉ DE LESSER · texte numérisé non relu

CREUSET — CREUZÉ DE LESSER

combait à l’action du rude climat de son pays. Le roi Gus-. lave IX prononça lui-même, le 26 avril 1786, l'éloge. ra | comte de Creutz dans un chapitre de l’ordre des Séraphins, auquel il avait appartenu. Sa bibliothèque fut acquise pour le compte du roi, etse trouve encore aujourd'hui au château de Haga. Son Alis og Camilla et dix autres poëmes ont été. imprimés avec ceux de son ami Gylleuborg, sous le titre de : Vilterhets arbelen af Creutz og Gyllenborg (Stockholm, 1795 : 2° édition, 1812). l

CREUX. Ménage dérive ce nom du latin scrobs , fosse. Roquefort rapporte à ce sujet opinion de Jauffret, qui considère le son de la lettre C prononcée de la gorge comme le mimologisme des objets creux; tels que cave, coupe, cuve’, et la forme de cette lettre comme le mimographisme des" objets creux, parce que le C représente une main cintrée. … En raison de son sens propre, les allusions nombreuses que ce mot excite dans lesprit l'ont fait employer sous trois formes grammaticales : adjectivement, substantivement, adverbialement.

Adjectivement, creux est au propre, l'antithèse de saillant, comme concave est opposé à convexe, plein à vide, et employé quelquefois comme synonyme de profond et'de vide, ainsi qu’on le reconnait dans les locutions suivantes : ventre creux, fossé bien creux, colonne creuse ; au figuré, l'équivalent de chimérique, visionnaire, pensée creuse, esprit creux. Cette signification adjective se reproduit. fréquemment au figuré dans le langage familier : drap creux, \ c'est-à-dire wal fabriqué, dont le tissu est trop lâche; peau creuse, celle qui n’est pas compacte; cuir creux, celui qui d'a pas suffisamment pris le tan; avoir les yeux creux , au lieu de enfoncés dans l’orbite; {rouver buisson creux signifie ne plus trouver dans l'enceinte la bête qu'on avait détournée, ou ne pas trouver la personne ou la chose qu’on demandait; n’en avoir pas pour sa dent creuse se dit proverbialement ou d’un grand mangeur à qui l’on sert peu de chose, ou d’un homme avide à qui l’on n'offre qu'un « petit gain; se repailre de viandes creuses, expression synonyme de vaines espérances ef d’imaginations Chimériques. ;

Subsfantivement, creux signifie cavité : dans cette acception générale, il est très-usité usuellement et dans le langage des arts et des sciences : faire un creux, Lomber dans un creux. En termes de marine, on nomme creux, la profondeur d’un vaisseau, ou encore l’enfoncement d’une voile enflée par le vent. En architecture, c’est l’espace vide d'uné colonne. En termes de fondeur, un creux est un moule pris sur un modèle, et qui doit servir à mouler quelque figure semblable à ce modèle, On ne se sert du mot creux que pour désigner les moules en plâtre; on ne dit pas un creux de potée, mais un moule de potée. Un moule à bon creux est celui que l’on n'est pas obligé de briser pour avoir l'épreuve, et qui par conséquent peut servir à en tirer un grand nombré. En anatomie, on désigne sous le nom de creux diverses parties du corps qui présentent une dépression plus ou moins grande. On dit dans ce sens, le creux de l'aisselle, le creux dujarret, le creux de l'estomac où l'épigastre, le creux ou la paume dela main, la voute et non le creux de la plante du pied. Enfin on dit d’un chanteur dont la voix est une basse-taille qui descend fort bas : il a un bon creux.

Adverbialement, songer creux signifie rêver profondément à des choses vaines et chimériques, L. LAURENT,

CREUZE DE LESSER (Avcusre), né à Paris, en 1771, appartenait à une famille honorable et riche. Son père était payeur des rentes, et, fort jeune encore, il exerça ces mêmes fonctions, qu'il conserva jusqu'à la révolution qui amena la suppression de sa charge, Appelé à la défense de sa patrie avec la jeunesse française, et, par ses talents aux fonctions civiles, il devint secrétaire du consul Lebrun, se- “rétire de légation à Parme, sous-préfet à Autun, puis

NE

"re CREUZE DE LESSER — CREVASSE

membre du corps législatif. La Restauration le trouva tont disposé à accepter avec reconnaissance le bienfait d’une liberté exempte de licence, qu’elle s’engageait à nous donner. Louis XVII! accueillit le poëte, et fit rentrer l'administrateur dans ses fonctions. Pendant quinze années il sut remplir au gré du pouvoir et des administrés la délicate mission de préfet à Angoulème et à Montpellier. A la chute de la Resfauration, Creuzé de Lesser rentra dans la vie privée. Il mourut en 1839, à l’âge de soixante-huit ans.

Il avait débuté avec bonheur dans la littérature par une agréable imitation du Sceau enlevé de Tassoni, plutôt refait qu'imité. Le charmant poëme de la Table ronde décida la réputation de l’auteur. Il sut, ce qui n’était pas très-facile, y intéresser et être gai sans indécence. Rien de plus joli que ses prologues, même après ceux d’Arioste; les poëmes d'Amadis et de Roland n’obtinrent point une pareille vogue. Comment aussi s’aviser de refaire le Roland furieux? Un ouvrage plus sérieux, son Voyage en Ifalie, avait réussi auprès des esprits indépendants. Mais il avait choqué, par la

.Singularité de ses opinions sur les hommes , les monuments,

les arts et les artistes italiens, la foule des lecteurs, prompts à s’irriter contre tout ce qui s’écarte de l’ornière des opinions reçues, La tradnetion libre du Romancero espagnol, ce recueil si original de petits poèmes dont le Cid est le héros, n’est pas le moindre fleuron de sa couronne poétique de traducteur. La verve, l'enthousiasme , d’heureuses traces de la naïveté de ces temps héroïques, signalent le talent et le travail du poëte français, tout en laissant peut-être à regretter plus de fidélité au texte.

L'Opéra-Comique dut à l'esprit souple et fécond de Creuzé de Lesser de très-agréables ouvrages. Y. Deschalumeaux reste l’une des bouffonneries les plus gaies de notre scène. Le Nouveau Seigneur de Village demeure en possession de la faveur publique même à Paris. Il est vrai que la charmante musique de Boïeldieu peut bien y être pour beaucoup. Creuzé de Lesser aborda également avec succès le Théâtre- Français. La Revanche , composée en société avec Roger, y réussit, par le double attrait d’une intrigue neuve, piquante, et d’un dialogue vif et spirituel. Mais Le Secret du Ménage, qui n'appartient qu’à lui, est l’une de nos plus jolies comédies de genre. On lui doit encore plusieurs: romans, parmi lesquels on remarque ses Annales d’une Famille pendant dix-huit cents ans, qui ont servi de fype au Juif Errant de M. Eugène Süe. AUBERT DE VITRY.

CREUZER (Grorces-Frépéric ), l’un des archéologues et des philologues contemporains les plus ingénieux et les plus instruits, associé de l’Institui de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ), est né à Marbourg, le 30 mars 1771, et étudia d’abord à j’université de sa ville natale, puis à celle d’Iéna. En 1802 il fut nommé professeur à Marbourg, et en 1804 professeur de philologie et d'histoire ancienne à Heïdelberg, où il fonda, en 4807, un collége philologique, qui fleurit encore aujourd’hui. A la sollicitation de Wyttenbach, il consentit, en 1809, à accepter une chajre à l’université de Leyde; mais il revint en Allemagne avant même d’avoir commencé à remplir ces nouvelles fonctions, et reprit sa position antérieure. Dans la longue suite d’années qui s’est écoulée depuis cette époque , Creuzer, par son enseignement oral et par ses nombreux ouvrages, où brille l’érudition la plus solide et la plus sagace, n’a pas cessé d'exercer l'influence la plus salutaire sur le développement et les progrès de l'étude des belles-lettres. L'ouvrage qui à le plus contribué à asseoir sa réputation, c’est la Symbolique et Mythologie des Peuples anciens, et notamment des Grecs (4 vol., Leipzig, 1810; 3° édition, Leipzig, 1836-1843, traduite en français par M. Guignaut; Paris, 1824-1850). Les idées émises par Creuzer dans cet ouvrage provoquèrent la controverse la plus vive.

Un autre grand ouvrage deCreuzer, c'est son édition des

DICT. DE LA CONVERS, — T. Vi.

EEE

Œuvres complètes de Plotin (3 vol. in-8°, Oxford, 1835). Parmi les nmbreuses productions dont on est encore redevableà cet illustre savant, et qui jettent un jour tout nonveau sur l'antiquité, nous mentionnerons son Art h:510rique des Grecs (1806); Dionysius, seu commentalioncs de rerum bacchicarum orphicrrumaque orignibus ef causis (2 vo', 1808); Abrégéd'antiquités romaines (1824): Essai sur l'histoire de la Civilisation romaine sur Les bords du Haut-Rhin et du Necker (1833): Essai sur le connaissance des Pierres précieuses (1834); Essai sur PHistoire et l'Archéologie romaines (1836); Choix de Vases grecs inédits (1839). Après avoir renoncé au professorat, Creuzer commença une édition complète de ses ouvrages, parmi lesquels nous citerons les nouveaux, fels que : Traités sur l'archéologie (1846-47, 3 vol.), Traités sur l’histoire de la littérature grecque el romaine (2 vol.\, Souvenirs d’un vieux professeur (1848, 3 vol.), antobiographie d’un grand intérêt; Histoire de la philosophie depuis la renaissance (1854). — T1 estmort le 16 février 1858, à Heidelberg.

CREUZOT (Le), ville de France, département de Saône-et-Loire, dans une plaine et sur le chemin de fer de Lyon, es{un chef-lieu de canton qui comp'e 22,890 habitants (1872). Son accroissement rapide est l’œuvre de l’industrie, La ville en elle-même n’a ren de remarquable. Une fonderie royale de canons établie au Creuzot en 1782 dura jusqu’en 1815, et la cristallerie de la reine, qui datait de 1684, ne s'arrêta qu’en 1832. La vaste usine, fondée en 1827 par MM. Schneider frères, est un de: établissements métallurgiques les plus complets de l’Europe; elle occupe 120 hectares et forme an nord comme une ville à part. Trois industries distinctes y sont en pleine activité : l’extraction de la houille, les ateliers de construction, les hauts-forrneaux. La houille est extraite de 10 puits et le produit annuel de 2 millions et demi d’hectolitres est con- -ommé en totalité dans l’asine; la concession de ce bassin comprend 63 kilom. carrés. Les hauts-fourneaux sont au nombre de 169, activés par 7 machines soufflantes et 10 machines diverses, et produisant par an 130,000 tonnes de fonte. La forge emploie 85 machines à vapeur, 41 laminoirs, 130 fours à puddler et 85 à réchauffer; sa production est de 110,000 tonnes. Des ateliers de constraction sortent des machines de navigation. des machines à vapeur de toutes sortes, des pompes à feu, des locomotives, des ponts et charpentes métalliques, etc. L'étendue des voies ferrées qui desservent le Creuzot (sans compter un canal) est de 70 kilom. Enfin près 10,000 ouvriers y sont employés.

Le 21 mars 1870, une grève presque générale éclata an Créuzot et se prolongea vingt-un jours; aucune des réclamations mises en avant par les ouvriers ne fut accueillie, et beaucoup d'entre eux furent frappés de condamnations plus ou moins sévères. P. LouIsy.

CREVASSE (du latin crepare, crever). On appelle ainsi une déchirure plus on moins grande qui s’est opérée avec violence sur le côté d’un mur, le flanc d'une colline, d’une montagne; la crevasse à foujours une certaine Jarseur : aussi ne doit-on pas la confondre avec la fente, la lézarde, dont les bords penvent être très-rapprochés.

On donne aussi le nom de crevasses à de petites fentes qui surviennent le plus ordinairement à la peau des mains et aux membranes muqueuses des lèvres; le mamelon des nourrices en est aussi souvent le siège. Les personnes affectées d’engelures, celles qui ont souvent les mains plongées dans l’eau chaude, sont trè:-sujettes à avoir des crevasses aux mains.

Une nourrice dont les mamelons sé crevassent ne doit pas forcément pour cela rexoncer à l'allaitement. La salive qui baigne le mamelon, le tiraillement causé par l'enfant, sont bien, il est vrai, les causes les plus ordinaires de cette

affection ; mais la mauvaise conformation du mamelon et le manque de propreté y contribuent aussi quelquefois, Si les soins de propreté sont insuffisants, on protégera le mamelon avec un petit chapeau en cuir ou en caoütchouc, ou bien on le recouvrira d’un linge fin, percé et enduit de cérat bien frais ou de toute autre substance adoucissante ; des applications de mucilages de guimauve, de semences de coing ou de lin, calment aussi beaucoup. Si enfin le mal était trop ancien pour qu’on obtint de cette médication des résultats satisfaisants, il faudrait user de substances légèrement astringentes et stimulantes, comme le cérat saturné, l’eau de chaux, etc.

Certaines crevasses des pieds, des mains, même du mamelon, ayant été rebelles à ce traitement, on a eu recours à la cautérisation avec le nitrate d'argent. Quoiqu'on ait obtenu ainsi de bons résultats, on ne doit employer ce caustique qu'avec grande circonspection,

CRÈVE-COEUR. Voyez CoLère:

CREVETTE. Les crevettes, dont Fabricius à fait un genre distinct sous le nom de gammarus, avaient été confondues par Linné avec les crabes. Elles appartiennent à la classe des crustacés, et sont placées par Latreille dans son ordre des amphipodes. Les crevettes ont le corps allongé, ordinairement arqué et comprimé; leurs quatre pieds antérieurs sont ferminés par une main comprime, pourvue d’un fort crochet ou doigt mobile; les quatre suivants finiesént par un article simple, ainsi que les six der-

niers, qui sont plus longs; des filets bifides très-mobiles existent de chaque côté du dessous de la queue, qui est terminée par trois paires d’appendices allongés, bifurqués, ciliés, étendus dans la direction du corps, et constituant une sorte de ressort dont l'animal se sert pour exécuter des sauts-très-considérables. L'espèce type de ce genre est le petit crustacé d’eau douce, vulgairement appelé crevette des ruisseaux ou chevrelle, qui abonde dans les fontaines, les bassins de sources, les filets d’eau des cressonnières, Cet animal, long de quelques lignes, nage toujours au fond, couché sur le côté; son principal moyen de progression consiste dans la détente rapide «et souvent répétée des ap

. pendices de sa queue. La chevrette se nourrit de la chair des poissons morts, et souvent même de celle des individus de sa propre espèce ; elle mange aussi les petits vers et les larves d'insectes que l’on trouve dans l’eau, La femelle garde ses œufs jusqu’au moment où ils éclosent; elle les porte sous sa queue, entre les lames latérales qui la composent, Les petits, après qu'ils sont nés, viennent encore quelque temps chercher un abri entre ces lames.

Parmi les autres espèces qui composent le genre gammarus, il en est qui ont offert aux entomologistes de nos jours des caractères assez tranchés pour qu'on ait pu les rapporter à plusieurs genres distincts : ce sont les afyies, les méliles, les amphiloés, les dexamines, ele.

P. Gervais.

CREVIER ( JEax-Baprisre-Louis), naquit à Paris en 1693. Son père, simple ouvrier imprimeur, fit de grands sacrifices pour l'éducation de cet enfant, destiné à devenir un jour l’une des lumières de l'Université, dont il composa l'histoire depuis son origine jusqu'en 1600; c’est un épitome de la grande histoire d’Égasse de Boulay ; il parut en 1761. Crevier fit ses études sous le célèbre Rollin, Nommé professeur émérite de rhétorique au collége de Beauvais, le disciple se sentit de force à être le continuateur du maître; on lui doit les huit derniers volumes de l'Histoire Romaine, jusqu'à la bataille d’Actium. S'il surpassa le professeur d’éloquence au Collége royal, l’inimitable auteur du Traité des Études, dans l’art d’agencer les faits, la logique, la méthode et la sobriété des réflexions, il est resté bien loin de lui pour ce qui est des grâces du style, et surtout pour cette naïveté de narration où revit toute la franchise du caractire du bon Plutarque, L'appendice à l'histoire de Rome fut

CREVASSE — CRI eur”

ds

suivie de celle de ses empereurs, depuis Auguste ju Constantin; ouvrage entièrement composé dans les loisirs que laissait à l’auteur une santé affaiblie par vaux de l'enseignement public; car il occupa vingt ännées sa chaire au collège de Beauvais. Ce livre fut publié pour la première fois en six volumes (1750). ”

Montesquieu et Voltaire marchaïent de front dans leur siècle. Qi attaquait l’un aftaquait l'autre; aussi le sceptique et malin chantre de La Pucelle ne pardonna:t-il pas au pieux professeur, au réviseur de L’Anti-Lucrèce, à l'élève du respectable maître qu'il avait placé’ dans Son Temple du Goût, ses Observalions sur l'Esprit des Lois. On a encore de Crevier trois lettres sur le Pline du P. Hardouin (1725) el une Rhélorique Française, qui eut quantité d'éditions, tant elle est claire et logique, tant en sont bien choisis les exemples, tirés la plupart dés écrivains de l'antiquité ; elle fut publiée en deux vol., en 1765. Crevier, comme scoliaste, a droit encore de se placer, para justesse, par la clarté de ses interprétations, à côté des Servius, des Eustathe, des Scaliger et des Casaubon. Le titre de son ouvrage est: Tifi Livii Patavini Historiarum tibri xxxY, cum nolis (1748, 6 vol. in-4° ). Outre son mérite particulier comme écrivain, Crevier, avec une portion du talent de son maître, avait hérité de sa douceur, de sa piété, de sa sagesse et de sa modération; à son exemple, mais plus prudentencore, onle voit, quoique imbu des doctiines du Port-Royal, effacer avecune merveilleuse réserve de tous ses écrits ses opinions les plus intimes sur ce sujet, qui alors était une question de controverse aussi générale quebrillante. Il mourut à Paris, le 1° décembre 1765. DENNE-BAñox.

CREVISSE ou ÉCREVISSE. Voyez CnrRasse,

CRI. Le cri est une sorte de voix inarticulée commune

aux hommes etaux animaux, et produite par des efforts particuliers et des contractions exagérées des organes vocaux. En général, le ton des cris est beaucoup plus intense que celui de la voix modulée ou articulée, et il offre toujours quelque chose d’aigre, de bruyant et de susceptible de

mille nuances. Chaque animal à un cri qui lui est propre, et

qui offre un caractère particulier, compris seulement pär les animaux de son espèce. Nous ne nous occuperons que du eù Mmimain. ) Les cris sont éminemment propres à appeler du seçours et à fixer sur ceux qui les poussent l'attention de ceux qui les entendent ; ils commencent à la naissance de l'homme, et forment alors le seul langage de l’enfant, ou voix native, appelée vagissement , qui seul peut faire connaitre les besoins sans cesse renouvelés du premier âge. Ce genre de cri, qui n’est propre qu’à l'enfance, se prolonge seulement jusqu’à l’époque où, associé à la langue articulée qui se forme

sous l'influence de l’éducation, il finit par disparaître tout »

à fait en prenant un caractère nouveau, qui constitue ls cri de l’adulte, Ajouté à la voix articulée, le cri forme chez l'homme une partie importante de son langage, et devient un moyen supplémentaire de la parole, qui, quoique accidentel et temporaire, est néanmoins le plus énergique et le plus rapide pour exprimer les grands mouvements de l'âme et foutes les douleurs physiques et morales. L'espèce de langage que le cri établit, quoique étant instinctif et naturel, est donc par cela même le plus puissant de tous; c’est lui qui nous ébranle le plus fortement, qui excite en nous les sentiments les plus vifs; enfin, c’est lui qui provoque les déterminations les plus soudaines. Par le caractère de leur intonation et de leur accent distinctif, les cris font connaitre, de manière à ne pas les confondre, les impressions et les sentiments qu'ils sont destinés à exprimer, Les uns inspirent la compassion, ceux-ci commandent la défensive et animent les combattants; enfin ceux-là donnent l'épouvante et engagent à prendre la fuite; les cris bruyants du plaisie nous rendent joyeux, fandis que les cris du désespoir nous navrent le cœur et nous remplissent de tristesse, Ceux qui

D. dé DS

CRI — CKICHTON

résultent des douleurs physiques contribuent à les rendre | avec les cris des animaux des orgues vivantes, sur lesquel-

lière : les cris des douleurs physiques différent de ceux des douleurs morales, et les uns et les autres sont différents entre eux, selon l'expression à laquelle ils se rapportent.

* Le niécanisme de la formation des cris ne difière pas es sentiellement de celui des autres phénomènes vocaux. Il peut se rapporter fout à la fois à la formation des s:ns graves de la voix, el'en même temps et surtout à celles des sons aigus du fausset. C’est par des efforts particuliers et des contractions exagérées et plus ou moins fatigantes des organes vocaux que les cris sont produits; la voix est d’abord grave ou du premier registre, et se termine par un son prolongé et aigu du fausset ou second registre. 11 y a donc deux mécanismes simultanés, car on entend d’abord un son laryngien très-bref, qui peut être représenté par son octave basse, etle second qui est plus prolongé, par son octave corréspondante dans le fausset.

* Pour faire mieux comprendre les observations que nous avons faites sur les diflérents cris, nous allons prendre pour diapason, ou point de départ , l'uf au dessous des liges , en prévenant nos lecteurs que cette note choisie pour tonique peut changer selon les individus , mais qu’une fois que ce point de départ est connu, les intervalles résultant des doubles sons qui produisent les cris sont presque toujours les mêmes , et peuvent être notés approximativement. Ainsi, nous avons observé que les cris causés par les applications du feu sont graves et profonds, et que le double son qui en résulte peut être représenté par l'oc{ave basse et la tierce, par exemple Puf que nous venons d'indiquer, et le mi sur la première ligne. Les cris arrachés par l’action d'un instrument tranchant , pendant une opération, sont aigus

plus “a er da Chaque douleur à son intonation partieu-

etperçants, et peuvent être exprimés d’abord parun son ra-

pide ou une double croche de l'octave du medium, qui serait à peu près le so/ sur la seconde ligne, et ensuite et presque en mème temps par un son très-aigu et prolongé ou une ronde de l’octave du faussel, qui donne le sol audessus de la portée. Les cris qui résultent des douleurs occasionnées par une affection aiguë, et n’ayant pas pour cause une action extérieure, sont représentés de même par deux sons presque d’égale durée , l'oclave et la sixième ; le premier correspond à l’u£ pris pour diapason, et le second au La dans la portée; ce genre de cri est celui que l’on désigne ordinairement sous le nom de gémissement. Le double son résultant du cri causé par une frayeur vive et subite, ou par un péril imminent, est le plus discord de tous ; on peut l'exprimer par l’oc{ave et la neuvième, l'uf sous les lignes et le ré dans la portée; enfin, les cris arrachés par les douleurs déchirantes de l’accouchement sont encore plus aigus et plus intenses que tous les autres, et ils ont une expression particulièrebien connue et plus remarquable. Le double son qui en résulte peut être représenté par l’océave basse et la dix-septième, par exemple Puf et le ré suraign du second registre. Il semble que les douleurs atroces de l’accouchement élèvent le diapason naturel de la voix et augmentent en même temps son étendue. Nous pourrions encore parler des cris de joie et des sanglots : les premiers, formés également par deux sons, l’un bref et Fautre prolongé, présentent un intervalle d’une note seulement, par exemple le ré et le ni. Les sanglots ou pleurs sont formés par trois notes saccadées ou trois sons semblables produits pendant l’inspiration , et ensuite par un son prolongé pendant l'expiration. Le cri du sanglot ou du chagrin peut être représenté par trois noires et une blanche.

- On voit, d’après ce que nous venons d'exposer, qu'il serait approximativement possible de tracer la gamme de toutes nos passions, et de faire une échelle diatonique des cris arrachés par la douleur. Jl paraît même que Pesprit d’invention qui tourmente les hommes et leur fait souvent con- : cevoir les choses les plus bizarres les a déjà portés à former !

Rat eee

les on est parvenu à exécuter différents airs, ce qui tendrait à prouver que leurs cris divers sont formés d’intervalles appréciables (voyez Cnars [ Concerts de ]).

CoLowBar (1e l'Isère).

CRIC, machine composée, ainsi appelée, par onomatopée, à cause du bruit que produit le clique { quand on tourne la manivelle. Le eric dont les charretiers, lès maçons, etc., font usage pour soulever, déplacer des fardeaux , se compose d'une crémaillère, d'une roue dentée, de deux pignons, d’une manivelle portant un rochet. La manivelle fait tourner le premier pignon qui agit sur la roue dentée dont le pignon fait mouvoir la crémaillère.

Pour calculer les avantages qu’on peut obtenir au moyen d'un eric, il faut connaître les diamètres de la roue, celui des deux pignons et la longueur du levier de la manivelle. Supposons que le rayon de chaque pignon est de 2 centimètres, celui de la roue de 12 centimètres, et que le levier dé la manivelle ait 32 centimètres de long. L'homme qui agira sur la manivelle aura en sa faveur un levier représenté par 32; celui que représente le rayon du pignon, n'étant que le seizième de 32, la force de l’homme de viendra 16 fois plus grande, c’est-à-dire qu'il produira un effort égal à celui de seize hommes. Le levier de la roue étant 12 et le rayon du pignon qui engrène dans la crémaillère étant six fois plus court, la force de l’homme sera sextuplée, tellement qu'il pourrait soulever à lui seul un fardeau qui, pour être déplacé dans le même sens, demanderait le concours de 96 hommes de même force que lui. Dans le développement qui précède, on ne tient pas compté de la force qui peut être neutralisée par le frottement.

TEYSSÈDRE

CRIC, nom indien d’une espèce d’arme à manche, dont la lame est plate, large de trois doigts, longue comme une petite baïonnette, et ordinairement empoisonnée jusqu’au milieu, à partir de la pointe. Il y a des crics à tranchant flambloyant ou ondulé, et dont le talon se hérisse en crochets. 11 y a tels de ces poignards dont le manche se termine en pointes d'échelle, afin que le pouce appuie entre elles pendant que la main porte le coup. On a rangé le crie au nombre des armes déloyales ; quelques écrivains l'ont confondu avec le candgiar. 1] est, quant à la forme, l'arme la plus terrible après le stylet en fourchette, dont se servaient des Romains modernes. L'usage du cric est répandu dans la presque’île du Gange, à Pégu, dans les îles de Java et de Sumatra, et lelung des côtes de la Chine. Quand des pèlerins indiens ou mahômétans, ivres d’opium ou de fanatisme, revenaient de la Mekke ou des pagodes, ïls s’excitaient quelquefoïs Pun l’autre à immoler à coups de cric les incirconcis qu'ils rencontraïent. 11 y avait encore des exemples de cette frénésie dans le siècle dernier ; mais elle s’est tempérée depuis que les Anglais, maitres de l’Indoustan , passent par les armes les pèlerins armés de crics. Gal Barpin.

CRICHTON (Jaues), né en 1551, en Écosse, dans le comté de Perth, est peut-être le plus remarquable de tous ceux que la précocilé de leur esprit a rendus célèbres. 1] fit ses études à l’université de Saint-Andrew, et fut reçu maitre ès arts dès l’âge de quatorze ans. Peu dé temps après il se rendit sur le continent, où il fit briller ses rares connaissances dans un grand nombre de villes , et obtint de Padmiration générale le surnom de l’éfonnant Crichton. Il le méritait évidemment s’il est vrai qu'il excéllät aussi dans tous les exercices du corps, qu’il maniât Pépée comme pas un spadassin deson époque, qu’il employät constamment Ja meilleure partie de son témps à chasser, à danser, à faire de la musique, à jouer à là paume, aux dés, aux cartes, au lieu de palir sur des bouquins comme les savants de profession, ne refusant pas, au besoin, de passer une soirée’au cabaret ou autres mauvais lieux. Toutefois , il faut dire que beaucoup de faits rapportés à sa louange par ses biographes

reposent sur des témoignages douteux. Parexemple, ce qu’ils racontent de la fameuse dissertation qu’à Paris il aurait offert de soutenir en vers ou en prose , en hebreu, en syriaque, en arabe, en grec, en latin, en espagnol, en français, en italien, en anglais, en ho:landais, en flamand ou en esclavon, au choix de chacun , contre tous ceux qui seraient versés dans une science quelconque, épreuve dont il se serait si glorieusement tiré devant 3,000 auditeurs, n’a d'autre fondement qu'une anecdote rapportée par Pasquier dans ses Recherches de la France, mais où il est question d’un jeune homme dont il ne cite pas le nom, et qui vivait en

A Rome, Crichton fit annoncer en latin qu'il élait prêt à improviser des réponses à toutes les questions qui luiseraient adressées. A Venise, il excita l’enthousiame des Vénitiens par un panégyrique en vers latins qu’il composa en l’honneur de leur cité, et il s’y lia avec Alde-Manuce le jeune, qui en 1581 lui dédia ses Paradoxes de Cicéron, livre dans la préface duquel il est dit que Crichton était doué des connaissances les plus variées, qu’il comprenait dix langues, que le doge et le sénat avaient élé ravis de son éloquence, et qu’il excellait en outre dans tous les exercices du corps. Dans une thèse solennelle qu'il soutint à Padoue, il disputa pendant six heures de suite avec les plus savants professeurs, osa attaquer la philosophie d’Aristote, et termina cette lutte brillante par une spirituelle improvisation dans laquelle il faisait l'éloge de l'ignorance. De là il se rendit, vers l’an 1580, à Mantoue, où il fut attaché à l'éducation du jeune Vincenzo de Gonzague, l’un des fils du duc régnant. Il composa pour divertir son protecteur une comédie dans laquelle il tournait en r:dicule les faiblesses de toutes les conditions sociales, et où il jouait lui-même quinze rôles différents.

En 1583, ayant été assailli pendant les réjouissances du carnaval par une troupe de masques, 11 les désarma après une courte lutte; puis, quand ils se démasquèrent, vive fut sa surprise de reconnaitre son propre élève parmi ses agresseurs. 1] lui rendit aussitôt respectueusement son épée ; mais le jeune prince, que la jalousie avait seule entrainé à commettre un {el altentat, vit une nouvelle insulte dans l'acte de générosité dont il était l'objet, et furieux lui plongea l’arme dans la poitrine.

CRICRET , jeu de balles national en Angleterre, où il ne comple pas seulement des amateurs dans les basses classes et les classes moyennes, maismême dansles cercles les plus élevés. Il n'est presque pas d’endroits en Angleterre qui n’aient leur cricket-club; on a même vu des dames prendre part à ce divertissement. Il se joue d’ordinaire avec onze personnes dans chaque camp, quoiqu’un nombre moindre de joueurs soit suffisant. Les joueurs sont pourvus d'espèce: de raquettes ou crosses à balles (ba!s), et ils doivent surtout empècher leurs-adversaires de toucher les wick-4s (petits bâtons fichés en terre), auprès desquels ils sont placés. Chaque partinomme un jugearbitre (wmpire), qui doit être parfaitement au courant des règles du jeu, ayant mission d'empêcher qu'elles soient violées, et de décider sur les difficultés qui peuvent survenir. Ce jeu à été introduit récemment en France. H s’est

formé à Paris un erick-1-club, dont M. Drouya de Lhuys a 4 président. Les parties se font au bois de Boulogne, sur :à pelouse de Madrid,

CRI-CRI, nom vulgaire du grillon domestique. I s'applique aussi à un oiseau, le bruant proyer.

CRI DE GUERRE. Le cri de querre ou cri d'armes parait tenir plus spécialement aux mwurs des natious bar bares qui ont envahi l'empire romain : il élail en usage chez les Germains; on l'a retrouvé chez une foule de peuplades sauvages, et il est encore en grand honneur chez certaines nations, Des soldats indisciplinés ont besoin en courant sur l'ennemi de s'assurer qu'ils sont en nombre

CRICHTON — CRIERIES

suffisant pour l'attaque ; et c’est autant .pour se donner à eux-mêmes plus de confiance que pour inspirer à l'ennemi plus de terreur qu’ils accompagnent toujours leurs charges d'un Aourr a qui est leur cri de guerre. Dansle moyen âge, aux beaux temps de la chevalerie, le cri de guerre avait pris un caractère tout particulier ? ce n'était plus un hourra composé de clameurs confuses, c'était une devise, un cri de ralliement destiné à faire reconnaître les amis dans la mélée. La devise était inscrite sur les drapeaux, sur les cottes d’armes,et paraissait tout aussi bien dans les tournoïs que dans les batailles. Le cri de guerre était alors attaché au droit de bannière, en sorte que nul gentil-homme n’avait droit de cri, s’il ne pouvait pas lever un nombre de gens d'armes suffisant pour composer une bannière, Ces cris étaient ow des invocations au ciel, ou des excitations à bien combattre, ou de simples noms de terre. Dans tuus les cas, . ils «servaient de signes de reconnaissance et dé ralliement dans la mêlée, lorsque les bannières étaient perdues ou écartées. Le cri des rois de France était Mont-Joie Saint- Denis, et celui de la branche de Bourbon Bourbon Notre- Dame ou Espérance. Il est fait mention du premier et de ceux de plusieurs peuples et princes au onzième siècle dans le roman de Row ( Rollon), premier duc de pe dont nous cilerons ce passage :

François crie Mont-Joie, et Normand Diex-aye; Flamand crie Arras, et Angevin rallie ; Et li cuens Thichaus Chartres et Passavant.

L'usage du cri d'armes s’est perdu lors de l’éfablissement des troupes régulières, sous Charles VIT; il ne s’est plus conservé dès lors que dans les armoiries. Originairement , le cri était en quelque sorte inhérent à la possession du fief; c'est pourquoi les cadets n'avaient pas le droit de le porter. Dans un écu où il y a cri et devise, le cri se place au-dessus du casque ou de la couronne, et la ain au bas de l’écu.

CRIÉE. C’est un des modes employés pour l'adjudication des objets mis en vente. 1l consiste en ce que tant que dure l'enchère un crieur énonce à haute voix les prix offerts.

On nomme au palais pe te des criées celle qui est consacrée à l'adjudication des immeubles sur exp ropriation for cée ou sur vente volontaire.

CRIERIES. ou CRIS DE PARIS, cris distinctifs que font entendre dans nos rues les petits” marchands de tout genre qui débiient leur marchandise en plein air. Cet usage remonte dans Paris à une époque très-reculée. Guillaume de Villeneuve , écrivain du quatorzième siècle, nous a laissé une pièce de vers dans laquelle il aconservé les différentes manières dont les marchands annonçaient leur venue. Moins dédaigneux que de nos jours, un grand nombre de ceux qui se contentent d'écrire leur nom el leur profession sur leur porte nese privaient pas d'encourager, d’exciter, d'appeler les pratiques par leurs cris, Ainsi l’'éfuviste ou baigneur criait aussitôt le jour : « Allons, seigneur, allons baigner. » Ainsi, le tailleur : « Vestes et manteaux à vendre, » etc. Il est à remarquer cependant que si tous ces petits objets nécessaires à la vie commune, les herbes, les légumes, le fromage , l'huile, tous les fruits des différentes saisons se vendaient dans la rue, comme aujourd'hui, des marchandises qui forment à présent des établissements considérables se débitaient également en plein air, et Guillaume nous dit : En voici qui crient : « Qui a des manteaux , des pelisses à raccommoder ? il fait bien froid. » D’autres : « Chandoïle de coton, chandoile qui plus art cler que nule estoile, — Le bon vin fort à trente-deux, à seize, à douze, à six, à huit sous, » Outre ces marchands, dont nous ne cilons ici qu'un très-petit nombre, il y avait une foule de pauyres qui, chacun avec un cri particulier, annonçaient leur pas. sage, Les mœurs dévotieuses de cette époque avaient multis plié les gens de toute espèce qui vivaient de la charité pu:

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