CRIERIES — CRILLON
blique ; et notre poêle chroniqueur nous en a conservé le nom : « Du pain pour les frères de Saint-Jacques, dit-il; pour ceux de Saint-Augustin; du pain aux Carmes, aux pauvres escoliers et aux frères Cordeliers. » Ce sont là de bons preneurs , dit Guillaume. Puis viennent les aveugles des Quinze- Vingts, les croisés de Terre Sainte, les Filles-Dieu, qui savent bien dire: Du pain pour Jhesu nostre sire. Enfin, « de cette pauvre engeance lés rues sont eïcombrées. » L'auteur de ce tableau fidèle de l’état des rues de Paris au quatorzième siècle termine enfin son Nouviau Dit en assurant qu’il y a dans Paris tant de marchands de friandises , tant de loteries à plaisirs, à oublies, qu'il a mangé ainsi tout son argent.
Une autre petite pièce assez rare (in-8+, gothiq.), imprimée dans les vingt premières années du seizième siècle, contient aussi quelques renseignements sur les cris de Paris. On lit au recto de l’avant-dernier feuillet, colonne 2° : Le cry ioyeulx des marchandises que lon porte chascun iour parmi Paris. Ce sont à peu près les mêmes que ceux de la pièce citée plus haut; seulement, ils sont beaucoup moins nombreux , et semblent n'être plus proférés que par gens d’un petit commerce. Ainsi on y trouve :
À geus de diverses manières Orrez crier des allumettes, Auquel mestier ne gagnent gueres,
Et autre traits semblables. On s'aperçoit que le temps était changé, et que les différentes branches de commerce avaient pris assez d’étendue pour procurer à ceux qui les exerçaient les moyens de s'établir et de ne plus aller colporter euxmêmes leurs marchandises. LE Roux DE Lincy.
CRIEURS (Corporation des). Au moyen âge, les crieurs étaient des officiers publics, formant une corporation régie, comme les autres, par des statuts particuliers, et ayant dans Paris deux maîtres, un pour chaque rive de la Seine. Les marchands, les bourgeois, avaient recours à cette corporation pour répandre par la ville les avis qu’ils voulaient communiquer au publie, car le criage était le seul moyen de publicité d’alors. Ainsi, on criait au son des clochettes, de la trompette ou du tambourin (vous pensez le beau vacarme qui devait en résulter dansles rues, si étroites et si torlueuses du vieux, Paris), les denrées , les décès, les invitations aux obsèques, les ordonnances de police, les enchères, les objets perdus, les enfants égarés, et une foule d’autres choses, pour lesquelles l'affichage et les annonces des journaux sont devenus de nos jours la voie de publicité la plus naturelle, 11 paraît toutefois, et le trait est bon à noter, que la principale occupation des crieurs était d'annoncer le vin à vendre, et qüe ce criage donnait lieu à une perception si importante qu’elle devint une branche considérable du revenu royal. En 1220 Philippe-Auguste le céda aux marchands de la hanse, avec le droit de nommer et de révoquer les crieurs. A l’époque de la révolution de 1789, les crieurs jurés, dont les statuts avaient été enregistrés au parlement en ‘681, n'avaient guère retenu de leurs anciennes fonctions que le droit de fournir aux obsèques les tentures, manteaux et habits de deuil, comme jadis ils devaient querir et rapporter les robes, manteaux et chaperons pour les funérailles,
CRILLON, famille illustre et ancienne, dont le nom primitif est Balbes, et qui prétend descendre des Balbus, famille patricienne de l’ancienne Rome, dont une branche fonda , au sixième siècle, dans les États Sardes, la ville et la république du Quiers où de Chieri. Un membre de cette famille, Gilles DE BERTON, qui par sa mère était allié aux Visconti, ducs de Milan, et au duc d'Orléans, cousin du roi de France Charles VII, voyant sa famille déchue des honneurs dont elle avait joui dans sa patrie, subjuguée en (455 par Louis If, duc de Savoie, alla s'établir l’année suivante
à Avignon. Louis ne BErron, son fils, acheta dans le comtat !
Venaissin la terre de Crillon, dont le nom, illustré par son petit-fils, a été adopté par sa postérité,
CRILLON ( Louis pes BALBES pe BERTON 2e }, l'un des plus grands capitaines du seizième siècle, né en 1541, au château de Murs, dans le comtat Venaissin, était le huitième fils de Gilles If de Berton, et fut reçu chevalier de Malte dès le berceau. Après avoir fait ses études à Avignon, en s’exerçant à la lutte, à l'équitation et au maniement des armes, il devint aide de camp du duc de Guise en 1557, et contribua par sa valeur à la reprise de Calais sur les Anglais. L'année suivante, présenté à Henri If comme un brave sans fortune, il obtint de ce prince un bénéfice, et dans la suite reçut l’archevéché d’Arles, quatre évêchés et une abbaye. Capitaine de 50 hommes d'armes dans la légion du baron des Adrets, il ne put sympathiser avec ce terrible baron. En 1560, trop dévoué au duc de Guise, il attaqua les conjurés d'Amboise, qui furent tous tués, pris ou dispersés, On le vit se signaler successivement à la prise de Rouen, aux batailles de Dreux, de Saint-Denys, de Jarnac et au siése de Poitiers, qu'il força Coligny de lever, Dans les plaines de Moncontour, tandis qu’il poursuit les fuyards, il est blessé au bras d’un coup d'arquebuse par un soldat calviniste embusqué. L'assassin qu’il va percer de son épée, se. jette à ses pieds : « Rends grâce à ma religion, dit le héros, et rougis de n’en être pas; je t'accorde la vie, » Au siége de Saint-Jean-d’Angely, il monta le premier à l'assaut, et reçut de Charles IX l’épithète de brave, qui devint inséparable de son nom. Pendant la courte paix de Saint-Germainen-Laye, Crillon court se signaler à la bataille navale de Lépapte, gagnée en 1571, par don Juan d'Autriche sur les Othomans. C’est lui qui commence l’astion, qui reprend sur les corsaires d'Alger et de Tripoli le vaisseau monté par le commandant des galères de Malte, et qui va porter à Rome la nouvelle de la victoire.
Crillon était trop honnête homme pour que la cour lPinitiât au secret du massacre de la Saint-Barthélemy : il blâma hautement ce crime d'État. 11 venait de se couvrir de gloire au siége de La Rochelle lorsqu'il suivit le duc d'Anjou, élu roi de Pologne. En revenant de ce pays avec Henri III, Crillon est inscrit sur le livre des nobles vénitiens en reconnaissance de ses exploits à Lépante. A Lyon, il est nommé par le roi gouverneur du Boulonnaïs, et mestre de camp d’un régiment qui prit le nom de Crillon. Vainement il veut réveiller la valeur que ce prince avait montrée avant de porter la couronne, il ne retire d’autre fruit de son zèle que l'indifférence de son maitre et la haïne des favoris. Henri avait juré de faire mourir Fervaques, accusé d'intelligences avec le roi de Navarre, ainsi que celui qui avertirait ce traître pour le faire évader. Le vertueux Crillon, voulant épargner un crime de plus à son maitre, fait échapper Fer vaques, et ne craint pas de l'avouer au roi, qui n'ose le punir et lui pardonne. Marguerite de Valois ayant été soupçonnée d’avoir favorisé l’évasion du duc d'Alençon, qui s'était joint au roi de Navarre, Henri III la tint enfermée dans son appartement, et défendit aux gardes, sous peine de la vie, de laisser entrer personne chez la princesse. Tous les courtisans s’éloignèrent. « Crillon seul, dit cette princesse dans ses Mémoires, méprisant toutes les défenses et les défaveurs, vint cinq ou six fois dans ma chambre, étonnant tellement les cerbères que l'on avait mis à ma porte, qu’ils wosèrent jamais le dire ni lui refuser le passage. »
Pendant la guerre de la Ligue, Crillon se distingua par son courage et ses vertus. Nommé sergent général de bataille au siége de La Fère, en 1580, il décida par son courage la reddition de la place. En 1581 Henri lui donna le régiment des gardes et l’ordre du Saint-Esprit. H fut bientôt admis au conseil du roi et nommé lieutenant-colonel de l'infanterie française, charge créée pour lui et supprimée après sa mort. En 1586 il cominanda sous d'Épernon l’armée rovale en Provence, et eut tout l’honneur de la soumission de
cette province. A la fameuse journée des Barricades, il proposa d’opposer la force à la sédition; mais la pusillanimité du roi ayant laissé avancer la populace jusqu'à cinquante pas du Louvre, un regard de Crillon fit rougir et déconcerta le duc de Guise, qui venait dicter Ja loi à son souverain. Henri sortit de Paris avec 4,000 Suisses et 500 gardes françaises, seule armée qui lui restât. Mais Crillon était avec lui. Arrivés à Étampes, les Suisses veulent se: retirer, et, leur exemple peut ébranler les gardes. Crillon harangue ses soldats, qui jurent de ne jamais l’abandonner, Alors, s'avançant vers le colonel des Suisses. « Il faut, lui ditsil, jurer fidélité au roi, ou vous battre à l’instant contre moi. » Les Suisses jurent de ne point abandonner Ja cause de Henri, et ce prince embrasse son libérateur, Mais le faible roi fait la paix avec la Ligue, nomme Guise généra- Jissime, et, bientôt veut le faire assassiner aux. états de Blois. Crillon refuse avec indignation de se souiller d’un crime, qui trouve des exécuteurs plus dociles. Henri, forcé de se retirer à Tours, y est attaqué par le duc de Mayenne, Crillon soutient le comhat pendant six heures, et fait des prodiges; son exemple rend au roi le courage de sa jeunesse, Engagé dans la mêlée, il allait périr d’un. coup de pertuisane; un .neveu de Crillon, le jeune chevalier de Berton, sauve son maitre, et reçoit le coup mortel. Enfin, l’arrivée du roi de Navarre force Mayenne à la retraite; Crillon, dangereusement. blessé, est visité par les deux monarques, et gagne Jamitié du roi de Nayarre. Ses blessures le reliennent dixhuit mois à Tours.
Dans cet intervalle, Henri IIL est assassiné : Henri IV, parvenu au trône, remporte sur les Ligueurs la victoired’A rques, et assiège vainement Honfleur, que défendait un frère du héros, le commandeur Gérard de Berton, qu’il ne peut gagner par l'offre du bâton de maréchal. Crillon reçoit quatre lettres ct deux visites du roi : la plus fameuse et la plus courte de ces lettres est ceile qui ne contient que ces mots : « Pends-toi, brave Crillon ; nous avons combattu à Arques , et tu n’y étais pas. Adicu, brave Crillon : je vous aime à tort et à travers. » Mais Crillon convalescent combat à Ivry, en veillant sur la personne du roi, Au premier siége de Paris , il enlève le faubourg Saint-Honoré, et se fortifie dans le quartier des Tuileries. L'arrivée du duc de Parme avec une armée l’oblige à suivre Henri devant Rouen, Au siége de cette ville, Biron fait des fautes qu’il lui impute, et l’accuse même d’avoir quitté son poste. Crillon, furieux, Paccable du poids de sa colère, sans être retenu par la présence du roi. Le lendemain il reconnut sa faute, se jeta aux pieds de Henri, qui l’embrassa, et qui réconcilia les deux guerriers, Peu de jours après, Crillon entra dans Quillebœuf, avec une barque chargée de provisions. André de Villars assiégcait cette place, qui n’était défendue que par quarantecinq soldats et dix gentils-hommes. A ses sommations le héros répondit : « Villars est dehors, mais Crillon est dedans. » En effet, sa vigoureuse résistance fit bientôt lever le siége et lui mérila les éloges d'Henri IV.
Ce prince, ayant été sacré roi, ne fit rien pour Crillon, dont il était sûr, et tâcha de gagner les rebeïles par ses bienfaits, Mais Crillon se trouvait assez payé par l'amitié de son roi, IL venait d'entrer dans Marseille avec le jeune duc de Guise, gouverneur de Provence, Une flotte espagnole croisait devant le port, lorsque Guise et quelques jeunes seigneurs, par une plaisanterie bien déplacée, réveillèrent Crillon au milieu de la nuit, en criant que les Espagnols élaient maitres du port et de la vil. Le héros se lève, s’arme à la hâte, refuse de fuir, et veut mourir en combattant. Détrompé par un éclat de rire du duc de Guise : « Jeune homme , lui dit-il, en lui serrant le bras, ne Le joue jamais à sonder le cœur d'un homme de bien! Harnibieu! je te Poignarderais si tu m'avais trouvé faible. » Après la destruclion de la Ligue, Crillon commanda, en 1600, une armée en Sayoic, ayant Sully pour général d'artillerie; ilen conquit