‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 578 sur 607 · CRITICISME · texte numérisé non relu

CRITICISME

munication avec lui, il existe, il est une réalité en soi ou un noumène. La connaissance des noumènes est interdite à l’homme, puisque ce serait celle des objets sans relation avec lui, hors de rapport avec ses moyens de connaissance. Pourquoi nous en affliger ? Ce regret serait-il moins déraisonnable que celui que nous éprouverions de ne pouvoir échanger notre condition contre celle de la Divinité?

Si c’est un trait de génie d’avoir détaché le subjectif de l'objectif, ç’a été un grand tort de les avoir séparés comme par un abime. De là à mettre en doute l'objectif, la transition était facile; de là à l’idéalisme absolu, il n’y a qu’un pas. Cette savanle extravagance était même logiquement déduite d’une pareille doctrine. Mais aux philosophes qui prétendent douter de tout, ou qui prononcent sérieusement que lunivers, les autres hommes, leur propre corps, pourraient n’étre qu’une pure fantasmagorie, il faut, suivant l’expression du père Buffier, répondre non point par des syllogismes,

. mais à coups de sifflet; au lieu de disputer avec eux, on ferait mieux de les envoyer au peintre immortel des Marphurius et des Pancrace. Si quelques-uns dans l'exposition de leurs systèmes ont déployé beaucoup de subtilité, de finesse et de puissance d'esprit, il est juste de leur montrer d'autant plus de sévérité que leurs talents les devaient préserver davantage de ces déplorables erreurs qu’ils soutenaient, la plupart bien moins par conviction que par le désir de se faire un nom à force d'originalité et de hardiesse.

Le subjectif et l’objectif sont dans un rapport intime. L'objectif, en tant que réalité indépendante, a aussi ses lois subjectives qui le régissent, et ces lois sont en partie correspondantes à celles du sujet connaissant ou du cognitif. Ainsi, quoiqu'il soit vrai de dire que l'impression des couleurs est subjective, qu'en supprimant tous les yeux il n’y aurait plus de couleurs , il est toujours certain qu’un objet qui nous apparaît rouge, par exemple, est conformé de manière à nous renvoyer la lumière pour achever dans notre œil ce qu’on appelle le rouge. En un mot, cet objet a tout ce qu’il faut pour paraître rouge, et non de telle autre couleur, On place devant moi, dit Hemsterhuys, différents objets qui m'apparaissent sous les formes de boule, de cube et de cône. Il est évident que l’idée de la boule est le résultat du rapport que moi, mes yeux et la lumière, avons avec l'objet boule; j'en dirai autant de l’idée du cube et de celle du cône. Il s'ensuit que dans ce cas moi, mes yeux et la lumière restant les mêmes, la cause de mon idée du cône est l’objel que j'appelle cône ; celle de l’idée de la boule, l’objet que j'appelle boule; celle de l’idée du cube, l’objet que j'appelle cube; et par conséquent l’idée du cube est au cube comme l’idée de la boule à la boule, et comme l’idée du cône au cône, ou l’idée cube est à l’idée boule et à l’idée cône comme lé cube est à la boule et au cône; par conséquent encore il y a entre les idées la même analogie qu'entre les choses, quelles qu'elles soient, et en raisonnant sur les idées, les conclusions que je tire de ces raïisonnements seront également analogues à celles que je tirerais des raisonnements que je ferais par les choses mêmes. En d’autres

* termes, les rapports qu’il y a entre nos idées sont exactement les mêmes que ceux qu’il y a entre les choses dont elles sont les idées, bien qu'elles ne reproduisent pas ces choses en elles-mêmes,

Allons plus loin. Le cône est en lui-même une réalité absolue, un noumène, qui peut avoir mille manières d’être que j'ignore. Or, parmi toutes ces manières d'être qu'il peut av oir et que je ne connais pas, il a celle par laquelle, lorsqu'il coexiste avec la lumière, avec mes yeux, avec moi, il prod uit un effet qui est l’idée que j'ai actuellement de ce cônez il a cette manière d'être par laquelle il est visible pour tout homme qui voit; il a cette manière d'être par laquelle il diffère de la boule et du cube. Or ce cône est tel qu'il est, et, étant tel qu'ilest, il est impossible qu'il me donne à moi, demeurant tel que je suis, une autre idée que

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