‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 585 sur 607 · CROISADES — CROISEMENT DES RACES · texte numérisé non relu

CROISADES — CROISEMENT DES RACES

les rois de l’Europe, Louis 1X se dévoua seul pour la délivrance de la cité sainte, Et s’il en faut croire Joinville, le pieux roi fut déterminé par un incident imprévu. « Advint, dit Joinville, que le roy cheut en une grande maladie, et tellement fut au- bas qu’une des dames qui le gardoient en sa maladie, cuidant (croyant) qu’il fust oultre (mort), lui voulut couvrir le visage d’un linceul , et de l’autre part du lit y eut une aultre dame qui ne voulut souffrir, Or, nostre seigneur ouvra (opéra) en luy, et luy donna la parolle, et demanda le bon roy qu’on luy apportât La croix, ce qui fut faict. Et quand la bonne dame sa mère sceut qu’il eust recouvré la parole, elle en eust si grande joye que plus ne se pouvoit; mais quand elle le vist croise, elle feust aussi transie comme si elle l'eust veu mort. » Le roi pressa les préparatifs de son voyage, confia la régence du royaume à la reine Blanche, sa mère, et s'embarqua à Aigues-Mortes, le 15 août 1248. Une partie de sa flotte l’attendait dans ce port ; l’autre était à Marseille. Toute l’armée fut dirigée sur Chypre; le roi et tous les seigneurs n’en partirent que l’année suivante. Il semblait qu’un vertige héréditaire ramenaïit chaque génération de croisés aux mêmes fautes, aux mémes erreurs. Damiette fut encore le but de la première opération de cette campagne. La ville fut prise sans beaucoup d'efforts; les croisés marchèrent ensuite sur Babylone; les Sarrasins, campés près de Mansoura ou Massoure, arrêtèrent leur marche; quelques combats affaiblirent leur armée ; bientôt la peste ravagea le camp des chrétiens. Saint Louis ordonna alors la retraite, qui ne put s'effectuer sans la plus grandeconfusion. Harcelés sans cesse par lesSarrasins, les croisés succombèrent; le roi et les principaux chefs de corps furent faits prisonniers (1250). Un traité, dont le vainqueur dicta les conditions, stipulait une trève de dix ans, ame le roi payerait 800,000 besans d’or pour la rançon des prisonniers, et que pour la sienne il rendrait Damiette. Ainsi, après une campagne pénible et meurtrière, et trentedeux jours de captivité , saint Louis, les princes et seigneurs croisés furent délivrés. Le roi restaencore en Orient jusqu’à ce qu’il eut reçu la nouvelle de la mort de sa mère.Une telle perte le rappelait nécessairement dans. ses États. Il s’embarqua donc alors au port d’Acre, et arriva en France en 1254, après une absence de plus cinq années.

Pour l'histoire de la Auifième et dernière croisade, nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à l’article spécialement consacré dans notre livre à Louis IX.

En 1292, Saint-Jean-d’Acre ou Ptolémaïs, ce dernier boulevard des chrétiens en Orient, tomba au pouvoir des infdèles,

Sans doute le but véritable assigné pendant près de deux siècles de suite à ces gigantesques entreprises, la délivrance et la conquête de la Terre Sainte, ne fut pas atteint. En revanche l'humanité en recueillit des avantages plus positifs, qui n'étaient jamais entrés dans les calculs des hommes qu’on voit à la tête de ce grand mouvement social. L'Europe, il est vrai, y perdit plus de six millions de ses habitants; mais, comme on l’a dit avec justesse, c'était, en définitive, la barbarie marchant sans le savoir à la civilisation.

Nous résumerons en peu de mots les bienfaits réels’, incontestables, dont l'humanité fut redevable aux croisades : Pour se procurer les ressources nécessaires à leurs expéditions en Orient, les princes, les seigneurs, affranchirent leurs serfs. De là des concessions toujours plus nombreuses de chartes d’affranchissement, l’établissement des co mmunes et des coutumes; enfin la réhabilitation de la royauté, pouvoir jusque alors sans dignité et sans autorité, et jamais sans péril. Ensuite, changement dans les mœurs, les usages, opéré par ces migrations continuelles d'Occident en Oricut pendant prèsde deux cents ans; progrès de l’industrie, de l’agriculture et du commerce, à la suite de ces longues et incessantes communications de peuples qui jusque alors ne se connaissaient pas même de nom. Les Fran-

çais allèrent chercher eux-mémesen Orient ces belles étoffes de l’Inde et les épiceries qu’ils recevaient auparavant des Vénitiens et des Génois. La navigation extérieure devint une nécessité. La marine marchande se forma; des popula tions jusque alors parquées, isolées, ne restèrent plus étrangères les unes aux autres. Les Français furent une nation et leur royauté une puissance, La plupart des grands vassaux avaient aliéné leurs fiefs. Les guerres intestines furent suspendues ; la féodalité avait perdu toute sa force ; elle s’était suicidée en Orient. Ces guerres extérieures, qui avaient duré deux siècles, décimèrent plusieurs générations ; mais ces pertes, bien déplorables sans doute, furent du moins compensées par les bienfaits d'une civilisation naissante. La féodalité, en conservant toute sa force, eût dévoré plus de victimes, sans gloire et sans utilité. Consultez Michaud, Histoire des croisades. Dureyx ( de l'Yonne ),

CROISÉE. Ce mot est synonyme de fenétre; il désigne indifféremment les ouvertures par lesquelles l'air et la lumière pénètrent dans un appartement ou les cadres de bois , de métal, qui soutiennent les carreaux des vitres qui ferment la fenêtre. Il vient de croix, parce qu’autrefois on divisait souvent l'ouverture des fenêtres par une croix faite ordinairement en pierre.

CROISEMENT DES RACES. On a remarqué que les espèces d'animaux et de plantes peuvent bien conserver purs les types ou formes propres à chacune d'elles originairement tant qu'elles ne s’allient point à d’autres espèces et qu’elles vivent sous les mêmes conditions ou circonstances ; mais les races étant des modifications ou variétés de ces espèces produites sous l'influence soit de la domesticité, soit de certaines nourritures, comme nos chiens, nos bestiaux, nos poules et pigeons, etc., dégénèrent ou se dégradent diversement d’elles seules si l'on ne renforce pas leurs qualités acquises à l’aide de mélanges ou croisements avec d’autres races, soit afin d’accroitre ces qualités, soit pour leur donner celles qui leur manquent. Car la nature aspire à fairerentrer dans son type primitif, d'ordinaire chétif et sauvage, l’animal engraissé par la domesticité : le porc abandonné se rapproche du sanglier, le chien de l’état du loup, le chat angora du chat sauvage à poil rude. Le mérinos, la chèvre de cachemire perdent leurs riches toisons ; ce n’est qu’à l’aide de soins continuels et d’utiles croisements avec les mâles les mieux perfectionnés qu’on rehausse ces espèces Jfactices, ou qu’on entretient les nobles attributs du coursier arabe et andalous, le poids énorme, la charnure et la graisse des bœufs à longues cornes d’Afrique ou sans cornes d'Écosse, etc.

Nous modifions les animaux pour notre utilité ou notre agrément, comme les arbres à fruit et les fleurs dans nos jardins, tandis que la nature formait ces animaux et ces plantes pour résister, dans les campagnes , aux dures intempéries des saisons. Le poirier sauvage n’a que des sucs acerbes, son fruit n’a qu’une chaire ligneuse; mais l’émondage par la serpe du jardinier produit ce que la castration opère sur le taureau. Ainsi, la culture , une nourriture abonäante adoucissent, amollissent les complexions les plus brutes, domptent les plus féroces. Cependant, il faut Fempire continuel de l’homme, ou plutôt le poids de sa tyrannie, pour maintenir ainsi courbés des êtres que leur indépendance primordiale revendique sans cesse. Leur mérite, c’estJe stigmate de leur esclavage, et la rose à cent feuilles n’est qu'un monstre d’opulence et de nutrition.

Quelque réguler que soit le type originel de chaque espèce d’animal et de végétal , il offre certaines particulantés de climat ou d'habitation et de nourriture. Ainsi, l'espèce qui croît sur une montagne sèche et venteuse aura des formes plus minces ou grêles, nerveuses, desséchées, plus de villosités , que la même espèce née au fond d’un vallon humide, dans un air nébuleux, épais, qui rendront ses formes lourdes, pâteuses , ses tissus mous, spongieux. On a même cru

pouvoir nier, d’après ces faits, la fixité des espèces. 11 en résultera donc, à la longue, des variétés, des modifications ou races. Les climats chauds, avec leur brillant soleil, bruniront les couleurs ou le teint, raffermiront plus la fibre que les climats froids avec leurs cieux sombres, pluvieux. Un territoire venteux , sans trop d’aridité, facilitera le développement du pelage, comme à Angora, dans la Syrie et J’Asie Mineure, ou en Espagne pour les brebis, les chèvres et autres animaux, tandis que Y’ardeur et la sécheresse font tomber les poils à des chiens , ou rendent plus ras celui des antilopes dans certaines régions africaines. Les corpulents Hollandais, individus à gros abdomen et à jambes courtes, habitués à leurs po/ders ou marécages, s'ils vont habiter, avec leurs lourds bestiaux , le cap de Bonne-Espérance, terrain aride, venteux, y acquièrent, à la suite de plusieurs générations, une taille haute, effilée et de longues jambes, comme les montagnards hottentots du même pays, sans pourtant s’allier avec eux, et par La seule action de ce climat. Or, ce qu'on n’obtient qu’à la longue de la contrée ou de l'air et du régime peut être acquis plus tôt par des croisements de races.

En eflet, à l’aide d’alliances avec des individus d’autres formes et d'autre complexion, les produits quien naïtront, participant de ces qualités, compenseront un défaut par un avantage. C'est pourquoi le mélange de races bien choisies corrigera une infériorité de telle partie, par la supériorité qu'y apportera le procréateur, Ainsi, en accouplant une jument à large croupe, mais faible d’encolure, avec un étalon plus débile des reins, mais à large et vigoureuse encolure, il en résultera un produit plus également équilibré, eu moulé avec plus d'harmonie dans tous ses organes que ne l’étaient ses parents. Donc les races ont besoin de se mélanger pour maintenir ces rapports de l’organisation, qui en constituent la beauté et la vigueur. Ces croisements ont encore l’avantage de faire disparaître les défauts : ainsi, les chiens à queue coupée reproduisent des individus à queues entières, bien qu’ils naissent de père et mère écourtés, et les juifs circoncis produisent des enfants à prépuces entiers. Ces retranchements néanmoins passent quelquefois aussi dans la postérité non croisée. Autrement, telle race toujours entretenue sans alliance tend à conserver, aggraver même des défauts ou infériorités que rien ne contre-balance ou corrige. Ainsi se perpétuent des conformations nationales chez les peuples isolés : hideuses parmi les Kalmouks, singulières même dans certaines races nobles qui ne se mésallient jamais, belles parmi les Circassiens, dont les femmes ont rehaussé les formes chez les Turcs et les Persans modernes qui les achètent. On dit en général que les mulâtres, ou sang-mélé, doivent au croisement la vigueur et la bonne conformation qu'ils déploient pour la plupart. Les alliances entre les jeunes améliorent mieux qu'entre les vieux individus.

Sans doute, les anciens législateurs ont eu égard à cette raison d'amélioration domestique ; et quand, pour empêcher des incestes, des causes de querelles ou de crimes, ils ont interdit les unions sexuelles entre proches, c'était afin que les familles formassent au dehors des alliances utiles pour Yanoblissement de l'espèce, favorables à l’état social par des liaisons d'intérêt national et d'amitié plus agrandies. Nous en avons exposé l'importance dans notre Histoire naturelle du Genre Humain, et donné le tableau de ces croisements à tous les degrés entre les diverses races noires et blanches, etc. Il est prouvé d’ailleurs que toujours alliée à ses parents, ou croisement en dedans, une race finit par dégénérer. Elle ne trouve pas de ressort pour agrandir ses formes, D’habiles éleveurs de hestiaux en Angleterre ont expérimenté qu’en unissant constamment des frères et sœurs ensemble, ces accouplements retrécissent ou abâtardissent l'espèce; par la suite, il en résulte, disent Sebrigt, Prinsep, etc., une faiblesse telle que les individus se rapetissent, yne les femelles deviennent moins fécondes ou même sté-

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