‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 587 sur 607 · RACE — CROISSANCE · texte numérisé non relu

RACE — CROISSANCE

qu'une division française (contre-amiral Leissègues ) a paru dans les Antilles. Alors , au lieu d'effectuer son retour, et se trouvant même dans l'étendue du commandement d'un officier amiral son cadet, il s’en fait accompagner et se permet d'aller croiser dans l'étendue du commandement d’un troisième oflicier, où il livre, le 10 février, le fameux combat de Santo-Domingo , si fatal à la France,

Cette haute intelligence -des croisières dans les officiers anglais donne la clef de plusieurs de nos défaites. C’est chose gracieuse qu’une croisière sur une côte amie : on court de port en port, où l'on est accueilli par les habitants comme d'anciens amis que l’on retrouve et que l'on fête ; le temps de mer alors n’est qu’un agréable repos après des jours de plaisir, Mais ne parlez pas d'une croisière de blocus à des marins français; chaque soir on vient reconnaître le point que l’on bloque, on l’examine à la longue vue, et chaque matin on se retrouve au large, loin de la terre; et chaque jour se reproduit, pendant des mois entiers, la même vie monotone , fatigante, sans communication avec des êtres vivants, avec toutes les peines et les fatigues de la navigation. Th. PAGE, vice-uniral.

CROISSANCE (en 1atin crescentia). Ce mot doit étre pris, selon son acception propre, pour le résultat de l'accroissement, dont l’'accrétion est le moyen. La croissance suppose que le terme du développement peut être accompli : ainsi, l’on dit d’un homme adulte qu’il a pris toute sa croissance, soit en hauteur, soit en largeur ou épaisseur, et qu’il ne peut plus que décroitre. Mais laccroissement reste vague et indéfimi. Par accrétion l'on entend une accession de particules pour l’augmentation du corps, qui acquiert plus de volume, et ce terme peut s’appliquer à un cristal, un sel, une pierre dans la vessie, à toute substance inorganique, comme aux êtres organisés, vivants. Mais le véritable accroissement de ceux-ci s'opère par une intussusception, c’est-à-dire que pour qu’un animal, une plante, croissent, il faut qu’ils absorbent dans leur intérieur une nourriture ou des sucs alimentaires, lesquels doivent s'élaborer, s’assimiler, se transformer dans les mêmes éléments (chair, sang, ou bois, séve, etc.) de ces animaux ou végétaux, afin de s’y incorporer, d’en augmenter la taille, le volume, la force. Au contraire, les minéraux, les pierres, n’ont pas de véritable croissance, puisque ce sont plutôt des superpositions de parties, des additions ou couches supérieures, sur un noyau central, sans qu’il y ait une assimilation nécessaire ni une incorporation réelle. C’est ainsi que de petits cubes de sel ordinaire peuvent se superposer en constituant un plus gros cube, par accrétion, mais non par croissance. Ce terme ne s'applique donc exactement qu'aux êtres organisés.

Or, pour qu’un être organisé s’accroisse, il faut que le tissu qui constitue primitivement son corps soit composé de mailles plus ou moins extensibles, dilatables, afin que les particules alimentaires puissent s’y introduire et s’y incorporer. En effet, tous les germes naissants des animaux comme .des végétaux sont d’abord très-mous, glaireux, presqu’à l’état liquide, en sorte qu’ils absorbent facilement les nourritures qu'ils aspirent de toutes parts ; les embryons, les jeunes fœtus, comme les graines qui germent, pompent par tous leurs pores, pour ainsi dire, leur aliment; ce sont des sortes d'éponges qui attirent à elles les nourritures et sont dens un travail continuel de croissance; l'enfant ne songe qu’à téter et à dormir pour se fortifier. Plus un étre vivant se montre voisin de l’époque de sa naissance, plu: il a besoin de manger, plus sa croissance est rapide, toute: choses égales d’ailleurs; mais à mesure qu’il avance en âge, que ses tissus se remplissent, ou se sont épaissis, fortifiés, durcis par l’accession d’une nourriture abondante, longtemps continuée, le corps n’a plus le même appétit; ses mailles sont mains extensibles; elles arrivent à l’état de distension le plus grand qu’elles étaient susceptibles d'atteindre; alors.

elles n’admettent plus de nourriture que pour réparer leurs vertes journalières. L’homme à l'époque de sa décroissance mange beaucoup moins; le vieillard, dont les fibres, desséchées et raccornies, ne se prêtent qu'avec peine à l’extension, n’éprouve presque plus le besoin de prendre de la nourriture; il est dégoûté de tout; loin de croître et de pouvoir réparer ses organes, il voit ceux-ci s’ossifier, perdre leur activité vitale; ne pouvant plus se réparer suffisamment, ces organes s’atrophient et meurent par degrés, de même qu'on voit le cœur durci des troncs des vieux arbres se dessécher par l’obstruction des vaisseaux qui y charriaient la séve réparatrice, puis se pourrir et tomber en poussière. On a dit que l'homme commence par être de la glaire et * finit par devenir un os. Tel est le terme inévitable de la vieillesse, car cette progression est la marche universelle de tous les corps organisés, chacun selon sa nature et son espèce.

En effet il s’ensuit de ce concours de phénomènes vitaux que les êtres naturellement mous durant toute leur existence doivent s’accroître promptement ; facilement, et jusqu’à des limites plus étendues que les êtres originairement plus secs ou plus durs. Cela est manifeste en général : ainsi les arbres à bois poreux, blanc, léger, tels que le saule, le peuplier, croissent plus rapidement que le chêne, le buis ; on sait que les boïs de fer et d’ébène sont lents à s’accroître, Pareillement, les arbres des dimensions les plus énormes, le céiba, le baobab, sont excessivement poreux et du tissu le plus mou, le plus lâche; on les coupe fort aisément. Quoique Adanson ait pensé que de vastes baababs vivaient depuis six mille ans, il est trop manifeste que leur croissance est prompte, et qu’ils n’ont qu'une durée proportionnée à cette rapidité vitale, comme toutes les malvacées de cette mêuie famille.

La même extensibilité des tissus dérive chez les plus gros animaux d’une existence aquatique, comme les baleines et autres cétacés, les phoques et amphibies ; les hippopotames, rhinocéros et éléphants, aiment aussi les marécages; tels sont encore les cochons, les tapirs, etc. Ces animaux mangent beaucoup et peuvent prendre un volume extraordinaire.

On a dit que la plupart des reptiles, des poissons, n’avaient aucun terme fixe d’accroissement, parce que leurs fibres mollasses, toujours humectées par leur séjour aquatique, conservaient une extensibilité indéfinie. Ce serait accorder à des êtres bornés une vie sans limites, que ne comporte pas une organisation périssable, Mais il est avéré que nous ne connaissons pas bien jusqu’à quel degré de grandeur, de grosseur et de durée peuvent s'étendre plu sieurs races de ces animaux.

C’est sous le soleil, et pendant le jour, que toutes les végétations , la croissance des animaux, obtiennent le plus rapide essor, si l'humidité les favorise. On a calculé, d’après l'expérience, que la végétation prend alors le double de son développement pendant le jour, à moins que la sécheresse de l’air ou la délicatesse de certaines plantes n'y portent obstacle. Tous les individus de haute taille dans leur espèce, ou les géants, doivent donc cet élancement de taille ou de volume à l'humidité, plus ou moins sollicitée par le concours de la chaleur, Au contraire, la sécheresse et le froid s'opposent éminemment à la croissance : voyez ces arbustes épineux , si rabougris, des arides déserts du Béludelgerid et du Sahara ou des steppes sablonneuses et glacées de la haute Asie; nos chênes y restent en buissons; les grands pins ressemblent à d’humbies bruyères; le samiel, le kamsin brûlant, ou d’autres vents secs, endurcissent leurs tiges, arrêtent l'essor de leur séve, abrègent leurs sommités , la terminent en pointe aride; le végétal, comprimé dans son développement, se ramasse en boule, qui ose à peine s'élever au dessus du sol. Tout y devient grêle, raccourci, ratatiné, camme le Lapon dans la Laponie, le Samoïède et le Toungouse trapus, sous Leurs iourtes enfu-

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