‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 593 sur 607 · CROMWELL · texte numérisé non relu

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blique. Cromwell ne provoqua point cette catastrophe; ÿ ne pouvait lui échapper que le supplice du roi remplirait une notable partie de la population d’horreur et, d’effroi, et que la jeunesse intéressante.de Charles IE ferait de ce prince, innocent de tout le passé, un adversaire autrement dangereux et redoutable pour lui que ne pouvait l’être son père humilié et affaibli. Mais Cromwell subordonna ses propres sentiments à ceux de l’armée, non sans avoir soutenu à cet égard bien des combats intérieurs et en adressant au ciel de vives prières ; de sorte que, suivant son habitude, il finit par y voir l’assentiment de Dieu. ,

Au mois de février 1649 l'Angleterre fut déclarée en république gouvernée par un parlement issu de l’élection populaire. Cette assemblée nomma un comité exécutif de quarante et un membres. Cromwell, qui en faisait partie, le domina à l’aide de l’armée. En Angleterre il lui fut facile de tempérer les excès de la liberté par une fermeté mêlée de clémence ; mais l'Irlande se révolta ouvertement contre la république, et bientôt le sang des protestants y coula à flots. On envoya Cromwell y rétablir l’ordre par la force des armes. La sévérité extrême qu'il apporta dans sa mission, les condamnations capitales qu’il prononça contre les insurgés, ont laissé dans ce malheureux pays de cruels souvenirs, qui né sont pas encore effacés aujourd’hui; il s’efforça cependant de rendre ses violences profitables à une meilleure organisation de la justice et de l’administration, ainsi qu’aux intérêts généraux de Pile, dont il eut bientôt achevé la soumission. Dans

une longue dissertation, il développa à l'usage du clergé ca- -

tholique, et plus tard aussi à l'usage du clergé écossais, ses idées particulières sur la foi et la vie. :

Dans l'été de 1650 il fut appelé en Écosse , où l’on venait de proclamer roi Charles 11, qui de son côté se posa formellement en prétendant au trône d'Angleterre. Cromwell battit les Écossais à Dunbar (1650), et somma le parlement de prouver sa reconnaissance envers Dieu pour cette grande grâce en diminuant les charges pesant sur les pauvres et les opprimés. Loin de confondre le peuple écossais avec les instigateurs des troubles, il s’efforça de se le concilier par la douceur. L'année suivante, la bataille de Worcester termina la guerre. Cromwell qualifia cette victoire de grâce couronnante; elle prouvait, selon lui, combien Dieu avait à cœur la liberté du peüple anglais, lequel à son tour devait en témoigner sa reconnaissance en se montrant loyal et sincère. Cromwell fit une entrée solennelle à Londres, et désormais son influence s’étendit à toutes choses dans l’État. 11 demanda une amnistie générale et une loi électorale pour un nouveau parlement. Mais le parlement en fonctions, désireux de perpétuer son autorité, ne voulait que se compléter au moyen d'élections nouvelles. N'ayant garde d'en finir avec la rédaction de la constitution nouvelle, il continuait à réunir tous les pouvoirs sous le titre de Convention.

Au printemps de 1653, Cromwell eut des conférences secrètes avec quelques députés et ofliciers. Engagé par eux à prendre en mains la défense de la chose publique , il proclama le long parlement dissous, adressant d’amers reproches à un grand nombre de membres de cette assemblée, ferma la porte du local des séances, et en mit la clef dans sa poche. Le parlement-croupion avait lui-même usurpé sés pouvoirs, et voulait se perpétuer dans son usurpation, Le pays jugea qu’il lui avait été tait comme il méritait. Suivant l'usage, l'armée, la flotte, et une foule de corporations remercièrent Cromwell d’avoir sauvé la patrie , dont elles le prièrent de consentir à être le législateur et le régulateur suprême. Or Cromwell n'était pas plus disposé à donner qu'à laisser faire une constitution 11 tit cependant dresser des listes d'hommes dignes de confiance, de mœurs sévères et rraignant Dieu, et en constitua, avee quelques membres de son conseil d’État, un comité de constitution dont il ouvrit les travaux par un grand discours où il faisait voir les voies de la Providence et les jugements de Dien dans les

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faits accomplis et dans les événements survenus tant à l’intérieur qu’ l'apologie de tous ses actes. Son style a quelque chose de dur et de blessant. Il est complétement sans fard. On voit qu’il ne veut pas faire de phrases, mais constater des faits.

Il y avait dans ce parlement de singuliers saints ; mais on y voyaitaussi figurer de grandes réputations maritimes, comme Blake, les chefs de l’armée de terre et de savants jurisconsultes sur les mêmes bancs que des paysans et des bourgeois sincèrement religieux. Ils priaient en travaillant à leur œuvre, mais incapables de s'élever aû degré de lumière et d'instruction où était déjà arrivé le reste de la nation, ni de satisfaire aux exigences des divers partis , ils ne tardèrent pas à chercher un homme qui se chargeât de faire leur besogne. Alors ils vinrent déposer leurs pouvoirs entre les mains de Cromwell, en le suppliant de doter l'État d’une constitution ét de le gouverner. Profondément ému, Cromwell réunit en conseil les amis qu’il comptait parmi les officiers de l’armée et les hommes politiques, et on convint qu'il gouvernerait sous le nom de Lord-Protecteur la république d'Angleterre, d'Écosse et d’Irlande, d'accord avec un parlement et un conseil d'État. « J'aimerais mieux, dit-il, prendre la houlette du berger que le protectorat; mais comme il s’agit maintenant de veiller à ce que la nation ne tombe point dans l’anarchie et ne devienne pas la proie de l'ennemi commun, je me placerai comme Aaron entre les vivants et les morts jusqu’à ce que Dieu manifeste aux yeux . de tous quelle est la base sur laquelle je dois édifier. »

Il fil une entrée solennelle à Westminster, où la nouvelle constitution fut proclamée. Elle attribuait toute la puissance législative au parlement, qui devait se réunir tous les trois ans, et qui dans les cinq premiers mois de sa session ne pouvait être dissous ou prorogé que de son propre consentement. Les taxes et impôts de tout genre ne pouvaient être prélevés qu’autant qu'ils avaient été votés par le parlement. Le Protecteur exerçait le pouvoir exécutif; mais pour la collation des diverses grandes fonctions publiques, de même que pour déclarer la guerre ou conclure Ja paix , il lui fallait l’assentiment du parlement. Quant aux élections parlementaires, la réforme électorale, projetée par Pitt et opérée de nos jours seulement , était déjà un fait accompli, Cromwell prêta le serment de gouverner les trois nations d’après leurs lois et coutumes, On ne saurait le rendre responsable de ce que le parti conservateur ait boudé le nouvel ordre de choses ; de ce que des républicains habiles à manier la parole aient constamment mis en question la constitution pour l'amour de leurs théories et aient ainsi provoqué de nouveaux troubles ; enfin, de ce que quinze conspirations et révoltes ouvertes et un nombre bien plus grand encore de complots obscurs l’aient contraint à commettre des actes arbitraires dans lesquels l’his- foire impartiale ne doit voir que de véritables mesures de salut public, |

En même temps Cromwell appliquait tout son génie à la politique extérieure, qui jamais ne fut plus glorieuse pour l'Angleterre qu’alors. Il envoya Blake avec une flotte formidable dans la Méditerranée, et le pavillon anglais s’y montra sur tous les points où le réclamaien l'honneur et les intérêts du pays. L'ambition de Cromwell était de rendre le nom du peuple anglais aussi glorieux que celui du peuple romain. La ville de Zurich lui décerna à bon droit le titre de Protecteur de tous les protestants, car il les protégea en Piémont comme en France, en Pologne coinme en Silésie, et il conçut le projet d’une grande contédération protestante ayant à sa tête la république d'Angleterre. Il conclut des traités de paix et d’amitié avec la Suede et avec la Hollande; et l'Espagne ayant cherché à conclure une alliance avec lui, il y mit pour condition la suppression de l’Inquisition et la liberté du commerce avec les Indes occidentales, Celles des lettres qu’on a de lui qui datent de l'époque où il u'était qu'un simple particulier prouvent que chez lui le

l'extérieur, en même temps qu'il y présentait

sentiment religieux n’était point de l'hypocrisie, D'ailleurs, il aimait les arts et les sciences, et il sauva les universités qu'un puritamisme étroit voulait détruire. Grand par sa nature, comme le fait observer M. Guizot, et parvenu à une position éminente, il avait de l'amour et durgoût pour tout ce qui était grand par l'esprit, la science, la gloire et les souvenirs. Mais sur le champ de bataille comme dans le cabinet jamais le souvenir de la famille ne s’effaçait de son cœur. Aux termes de la constitution nouvelle, il convoqua le parlement pour le 3 septembre 1654, et exprima la joie qu’il éprouvait en voyant que la nouvelle assemblée librement élue assurerait le bien-être de l’Angleterre par les lois qu'elle lui donnerait. Mais, au lieu de faire des lois, ce parlement ayant encore une fois mis la constitution en question, Cromwell ladmonesta à ce sujet dans un discours où il l’engagea à veiller à ce que cela n’arrivât plus, déclarant qu'il était décidé à se laisser enterrer vif plutôt que de consentir à voir renverser une Constitution qui avait rendu au peuple l'ordre et la paix , et qui avait reçu l’approbation de Dieu et des hommes. En conséquence, il exigea de tous ceux qui aspiraient à faire partie du parlement qu’ils reconnussent expressément la légalité de la constitution et de ses bases. Très-peu s’y refusèrent; la grande majorité fit ce qu'il lui demandait avec toute justice. Mais tandis que Cromwell veillait sur les affaires du dedans et du dehors, le parlement se querellait pour des ministres. La stérilité des discussions de cette assemblée encourageait les ennemis extérieurs et intérieurs du pays à ourdir de nouvelles trames, et des fanatiques qui voulaient fonder par l'abolition de toutes lois et de toute propriété le règne des millénaires commençant à s’agiter tout autant que les royalistes, Cromwell, au bout de cinq mois, déclara le parlement dissous. L'opinion publique lui en sut gré. A l'effet de donner des bases solides et durables à la tranquillité publique, il créa pour un certain nombre d’années douze majors généraux, Àommes craignant Dieu et de mœurs pures, qu’il investit du commandement supérieur de la force publique dans les provinces, où dès lors ils fonctionnèrent comme principale autorité, Une taxe extraordinaire de 10 pour 100 mise sur ie revenu des royalistes couvrit les frais nécessités par cette nouvelle organisation. Dès que l’ordre fut rétabli, Cromwell convoquaun nouveau parlement, mais il en exclut environ une centaine de membres, qu’il s'était vainement efforcé de convaincre que dans les circonstances où se trouvait le pays un gouvernement purement parlementaire ne pouvait que provoquer de nonvelles luttes en paroles qui bientôt dégénéreraient en collisions à mains armées. Il redoutait de voir les royalistes et les niveleurs reprendre également courage à la vue des querelles intestines du parlement. 11 craignait aussi que cette assemblée ne se prononçât contre la guerre faite à l'Espagne. Dès lors la nécessité le contraignit à une mesure contre laquelle la voix du peuple n’eut plus aucune objection à faire quand de nouvelles victoires remportées sur mer semblèrent un arrêt rendu par Dieu en faveur de sa politique. Le parlement proposa la création d’une chambre haute, et oftrit à Cromwell le titre de roi. Cromwell n’attachait personnellement aucune importance à cette qualification ; mais on pouvait croire qu’un tel acte rallierait au nouveau gouvernement les sympathies d’un grand nombre de royalistes. Ii soumit done l’examen de la question à ses officiers, qui se prononcèrent avec force pour le maintien de la forme républicaine, et exigèrent que le parleinent ft une déclaration analogue. Pour ne pas les blesser, Cromwell refusa la couronne qu’on lui offrait. Dans un discours tenu au parlement , il s’exprima ainsi au sujet de sa position : « J'ai pris la place que j'occupe, moins dans l'espoir d’être utile, qu’aniiné du désir de prévenir de plus grands maux dont je voyais la nation menacée. » Cromwell resta donc simple Protecteur, mais avec le droit de désigner son successeur. Une chambre haute fut aussi établie, à l'effet de donner

satisfaction à l'élément historique de la vie politique du peuple anglais,

Cromwell pouvait dès lors espérer une vieillesse tranquille ét croire que les choses iraient dorénavant selon la voie tracée par la constitution ; mais les difficultés recommencèrent dès qu'il s’agit de désigner les membres de cette charnbre haute, dont la nomination appartenait au Protecteur. 11 essaya bien de réconcilier le nouveau avec le vieux, le présent avec le passé; mais les chefs des anciennes familles se montrèrent peu disposés à siéger à côté d'hommes qui devaïent leur fortune et leur élévation à la révolution. Cromwell ne tarda pas non plus à regretter d’avoir appelé à faire partie de la chambre des lords quarante membres dela chambre des communes, dont l'appui lui manqua quand les vieux meneurs du long-parlement, impatients de tout frein et de toute autorité, se mirent en devoir de reconstituer une toute-puissante Convention. Ils refusaient de reconnaitre la chambre des lords en qualité de l’un des pouvoirs de l'État, et lui contestaient ses droits, L'existence même de la constitution se retrouvait donc encore une fois en péril, et Cromwell se vit dans l'obligation de rappeler aux représentants du peuple réunis les difficultés de la situation, la nécessité de la paix et de la concorde à l’intérieur,

L'esprit d’insubordination commença à se manifester dans l’armée. Les millénaires relevèrent la tête tout comme les partisans des Stuarts; la vie du Protecteur fut menacée. Un coup mortel n’est point un meurtre, tel était le titre d'un pamphlet qui cireula contre lui ; et la guerre civile allait encore une fois recommencer, si l’énergie de Cromwell n’avait pas pris les devants. « Dieu jugera entre vous et moi! » dit-il au parlement, en prononçant la brusque dissolution de l'assemblée, au moment où, tenant en mains tous les fils de la conjuration, il rétablissait l’ordre à intérieur, et au dehors enlevait Dunkerque aux Espagnols. La puritaine Angleterre, encore une fois sauvée, était toujours puissante par l'épée et yar la Bible. A ce moment le Protecteur se crut assez fort pour convoquer un nouveaü parlement. Mais il éprouva alors dans son intimité malheur sur malheur , et perdit rapidement l’un après l’autre un gendre et sa fille chérie, Élisabeth. Luimême était arrivé à la cinquante-neuvième année de son âge ; et depuis bien longtemps il n’y avait eu chez lui de repos pour la tête, pour le cœur, pour le bras, que lorsqu’il lui avait été donné de pouvoir s'occuper des choses de l'éternité. Il était au lit, souffrant de la goutte, quand il apprit la mort d'Élisabeth; et à peine parut il se remettre, qu'il fut pris d’une fièvre violente. Ses dernières paroles furent celles d’un chrétien pieux et dévoué à Dieu. On ne retrouva pas le billet cacheté sur lequel il avait précédemment inscrit le nom de l’homme qu’il appelait à lui succéder en qualité de Protecteur. Son secrétaire intime l’ayant questionné à ce sujet, il lui sembla que je moribond repondait oui à la raention du nom de son fils aîné Richard.

Cromwell mourut le 3 septembre 1658, jour anniversaire

des batailles de Dunbar et de Worcester, « Cessez de pleurer, dit à l’assistance son chapelain Sterry; au jour de la résurrection il recevra la couronne céleste ! » . L'histoire a justifié la conduite de Cromwell. Lui une fois mort, les partis que son bras puissant avait contenus recommencèrent leurs luttes ; et l’état de confusion générale où l’on se retrouva bientôt prouva combien il avait été tout à la fois homme de sage conseil et homme d'action.

Richard, fils aîné de Cromwell, né en 1626, différait complétement de son père pour ce qui est de l’esprit et du caractère. I prit, il est vrai, le titre de Protecteur ; mais il ne larda point à y renoncer volontairement, et après la restauration des Stuarts il passa sur le continent. Cependant il revint en Angleterre dès 1680, et il mourut dans une profonde obscurité, en 1712. Un second fils de Cromwell, Henri, adiministra l'Irlande pendant les derniers temps de la vie de son père,

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