‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 597 sur 607 · CROTON — CROUP · texte numérisé non relu

CROTON — CROUP

dres, quand on les brise, il suinte un liquide balsamique épais. Les feuilles du croton cascarilla sont alternes, portées sur de courts pétioles ; elles sont ovales ou cordiformes, lancéolees et allongées vers le sommet, qui est obtus, entier et d'une couleur verte brillante à la face supérieure. Les fleurs sont disposées en grappes terminales et axillaires. Les pétales sont blanchâtres, oblongs , obtus et étalés. La fleur mâle porte dix filaments subulés, qui soutiennent des anthères droites comprimées. La fleur femelle produit un ovaire arrondi, couronné par trois styles hifides, étalés, avec des stigmates obtus. La capsule est supérieure, triloculaire, et contient une semence solitaire luisante.

Le croton tiglium fournit une graine dont on extrait une huile à laquelle on a reconnu des propriétés médicamenteuses assez énergiques. Cet arbre, originaire de l’Hindoustan et des Moluques, a une tige couverte d’une écorce unie et noirâtre. Les feuilles sont ovales-acuminées, dentées en scie et lisses, avec deux glandes à leur base; elles sont portées sur des pétioles plus courts que l’expansion de la feuille. Les fleurs sont en grappes terminales ; les semences, qui sont renfermées dans des capsules triloculaires, sont oblongues, de la grosseur d’un grain de café, coupées à quatre pans, aplalies sur deux des côtés, et convexes des deux autres, avec quatre côtes élevées qui se prolongent à égale distance, de la base au sommet de la graine. La coque de la semence est noire, mais couverte d’un épiderme uni, d'un brun-jaunâtre pâle. Les graines de croton nous sont ordinairement apportées dans des boîtes ; et, à cause du frottement et de la destruction de l’épiderme à laquelle le frottement donne lieu quand les caisses ne sont pas complétenent garnies, souvent ces graines ont l’apparence vermoulue. Elles portaient autrefois dans le comreerce de la droguerie le nom de graines des Moluques. Depuis, elles ont été bannies de la pratique de la médecine à cause de leurs propriétés drastiques trop violentes, et c’est uniquement de l'huile qu’on en extrait par expression dans l'Inde qu’on fait actuellement usage comme purgatif. L’hu:le de croton liglium est de couleur brun-rougeâtre pâle. Sa saveur est âcre et chaude, et elle laisse une impression désagréable dans la bouche et dans la gorge; cette sensation dure pendant plusieurs heures. Appliquée sur la peau en frictions, l’huile de croton tiglium détermine une éruption d’une prodigiense quantité de petites vésicules qui se sèchent après deux ou {rois jours. Son action vésicante est très-énergique.

Parmi les autres espèces, citons encore : le crolon campestris (velame do campo) et le croton perdiceps (pedeperdis, alcamphora), employés par les Brésiliens comme diurétiques et antisyphilitiques ; le eroton balsamiferum (petit baume), qui croit à la Martinique et dont on prépare une liqueur fort agréable appelée eau de Menthe; les croton thuriferum et adipatum (ullucina), propres aux rives de l’Amazone, et de l'écorce desquels on tire l’encens; le croton humile, employé dans les Antilles pour préparer des bains aromatiques; le croton origanifolium, dont découle un baume que l’on met au nombre des succédanées du;copahu; le crofon nideum, dont le suc concret passe pour vulnéraire; le croton gratissimum, qui produit un parfum que les Africains regardent comme un cosmétique précieux ; les croton cascarilloides, mican$, suberosum et pseudoclina (quina blanca, cortex capalche), auxquels on attribue les mêmes propriétés qu'au crolon cascarilla, etc.

CROTONE, aujourd'hui Cortona, colonie des Achéens et des Doriens, fondée lan 739 ou l’an 710 avant J.-C., était une grande et puissante cité, célèbre par la culture des sciences, des lettres et des arts gymnastiques, ainsi que par les nombreux vainqueurs et lutteurs qu’elle comptait aux Jeux Olympiques (Milon, par exemple). Les Crotoaiates détruisirent, l'an 510 avant J.-C., Sybaris, leur rivale. A cette époque, Pythagore avait déjà fondé parmi eux

DICT. DE LA GNVVERS, = T, VI

une association morale et politique, qui sous la direction de Cylou fut, en l'an 504, l’objet des plus cruelles persécutions. Crotone constitua contre Denis 1°* de Syracuse une confédération des villes de la basse Italie. Elle fut prise et pillée en l'an 299 par Agathoclès, presque coniplétement détruite par Pyrrhus, avant l’arrivée duquel ses murailles décrivaient un circuit de deux myriamètres ; puis.elle passa sous les lois de Rome. Mais à la suite de la bataille de Cannes elle abandonna la cause romaine, et ne tarda pas à être conquise par les Bruttiens. Annibal essuya deux grandes défaites sur son territoire : l’une, du consul Publius Sempronius (204); l’autre, du consul Caius Servilius (203). En l’an 194 avant J.-C., Crotone reçut une colonie romaine.

CROUP. Cette dénomination, empruntée à la langue anglaise, sert à désigner une affection inflammatoire de la membrane muqueuse qui revêt les premières voies par lesquelle l'air pénètre dans les poumons. Cette inflammation n’est point intense, mais n’en est que plus dangereuse, parce qu’elle n’est point accompagnée de douleur à son début, sensation qui a l'avantage d’avertir d’un changement morbide. L'affection dénature seulement la vitalité de la membrane qui en est le siége, au point que la sécrétion de cette surface forme une couche blanchâtre, plus ou moins épaisse et tenace, se moulant sur les conduits aériens , et les oblitérant tellement que l'air n’a plus accès dans la poitrine. Avant d’être désignée sous la dénomination de croup, cette maladie était connue des médecins sous les noms d’angine trachéale, polypeuse, suffocante, etc.

Le croup est propre à l'enfance, surtout depuis la première année jusqu’à la septième ; néanmoins , on le rencontre chez les adultes, même dans un âge avancé : un exemple en a été offert par Washington. Le début dela maladie est ordinairement analogue à celui des rhumes ou de la coqueluche; aussi y fait-on peu d’attention. La santé ne présente aucune altération notable; cependant la toux revient par quintes, et est assez forte pour interrompre brusquement le sommeil. La voix devient rauque et prend un accent insolite, et son timbre commence à différer de l’enrouement. En même temps la respiration est bruyante ef on enter uans l'inspiration comme dans l'expiration une espèce de sifflement ; la toux est alors éclatante et enrouée; le pouls est vif et fréquent; durant la toux le visage se sonfle et rougit fortement; les enfants portent instinctivement la main au cou.

Les malades jouissent de quelques intervalles d’un calme plus ou moins long, qui inspire une sécurité qui n’est pas de longue durée; la fièvre s'allume manifestement, et on la reconnaît à la fréquence du pouls, à la raugeur de la face et à la chaleur du corps. La toux devient ensuite plus aiguë et plus sonore, tandis que la gêne de la respiration s'accroît : c’est surtout durant la nuit qu’on remarque la multiplicité des accès et l’aggravation des accidents. On dirait que le sommeil favorise le développement de cette affection catarrhale. L’oppression de la poitrine est alors remarquable, et on distingue déjà des menaces de suffocation. Communément on a déjà vu s'effectuer une expectoration de matière muqueuse mélée de stries sanguinolentes ; maintenant on y remarque des portions de fausses membranes ; il n’est plus possible de méconnaître la maladie, Durant les accès, les enfants témoignent une anxiété extrême ; leurs regards sont étonnés, leur visage devient livide ; ils renversent la tête en arrière, roidissent le tronc et les membres comme pour élargir leur poitrine; d’autres fois ils se redressent tout à coup sur leur lit ou prennent un élan pour courir. La voix, qui était éclatante, s'éteint et devient comparable à celle des ventriloques. L’air ne pénètre plus que trèsdifficilèment dans la poitrine; enfin, on voit se succéder les tristes scènes qui accompagnent la mort par suffocation ou asphyxie. Quelques sujets échappent cependant à cette

. dangereuse période du £roup : les fausses membranes sont

expulsées par les efforts que la toux et les vomissements occasionnent.

Certaines conditions prédisposent à cette maladie ou la causent ; telles sont : l’enfance, en raison de la grande irritabilité du système muqueux à cet âge; le tempérament . sanguin et lymphatique; une éducation trop sédentaire, qui nhabitue pas les enfants aux vicissitudes atmosphériques; des vêtements insuffisants, surtout autour du cou; les exercices du corps accompagnés des cris, surtout dans un courant d'air; la température froide et humide, certains états de l'atmosphère, qu’on ne peut déterminer, et qui engendrent les épidémies ; enfin, diverses maladies, telles que la scarlatine, la rougeole, la coqueluche.

Ces notions indiquent les précautions qu’il est nécessaire de prendre pour prévenir le croup. Quand il a été impossible d’en garantir les enfants, on ne saurait trop s’empresser de faire avorter l’inflammation, car c’est dans cette période que l’art est puissant. A cet effet, les saignées locales et générales, les vomitifs, les purgatifs, les révulsifs, etc., sont indiqués.

Lorsqu'on suppose un commencement de croup, il convient de placer le malade dans un bain chaud ou au moins ans un demi-bain ; en le retirant, il est utile d’enfermer les pieds dans des cataplasmes de farine de graine de lin, auxquels on ajoute de la farine de graine de moutarde. Si les

signes du croup continuent à se manifester, et si le médecin |

doit tarder à arriver, il est urgent d’appliquer des sangsues sur le cou; on les placera à la partie supérieure et sur les côtés de cette éminence que le vulgaire appelle pomme d'Adam. Deux à droite et à gauche suffisent chez les enfants d’un à trois ans, et l’on augmente ce nombre quand ils sont plus âgés. On doit laisser couler le sang en abondance, sans cependant pousser cette pratique à l'excès. Quand la saignée aété considérable, il faut arrêter l’hémorrhagie avec dés morceaux d’amadou qu’on place sur les piqûres ou avec de la poudre de colophane. Si ces moyens ne suffsaient pas, il faudrait tenir chaque piqûre pincée par un petit bâton fendu qui agit à la manière des épingles de bois dont les blanchisseuses font usage. Dans les cas où ce moyen viendrait encore à faillir, on toncherait les piqûres saignantes avec l’extrémité d’une aiguille à tricoter qu’on aurait fait rougir au feu. Mais l’eau de créosote fournira probablement un moyen prompt et facile pour tarir ces hémorrhagies. En général, on ne saurait trop surveiller les enfants après ces saignées capillaires; car on en a va plusieurs se vider entièrement de sang par les piqûres de sangsues, qui deviennent un point d'attraction très-forte.

Quand la formation des fausses membranes n’a pu être prévenue, le traitement se réduit à en favoriser l'expulsion, comme à faire cesser l’anomalie vitale” qui les engendrait. Les saignées générales ou locales, les vomitifs, les révulsifs sur le canal intestinal ou à la peau, les frictions mercurielles, les bains, etc.; tels sont les moyens thérapeutiques auxquels on a le plus souvent recours. Enfin il est une ressource extrême que nous devons indiquer pour les cas désespérés : c’est la érachéotomie, ou l'ouverture du conduit aérien, par laquelle on livre un passage artificiel à l'air, on retire les fausses membranes, on applique des topiques pour modifier directement la vitalité de la membrane affectée,

Dr CHARBONNIER,

Depuis 1859, le croup et l'angine couenneuse ont régné à différentes reprises épidémiquement à Paris. On a préconisé pour le traitement de ces maladies le copahu, le slyrax, les blancs d'œufs battus, la fleur de soufre, etc., Mais sans certitude absolue de guérison.

CROUPIER, Ce mot, dérivé de croupe, est le nom que l’on donne à tout homme qui, monté en croupe derrière un cavalier, devient nécessairement son compagnon d’aventures, C’est par suite de cette allusion qu'on nomme crou- Pier l'associé d’un joueur qui tient les cartes ou les dés,

CROUP — CROUTE

Ainsi l’on dit : cet homme ne jouerait pas si gros jeu s'il w’avait pas derrière lui des croupiers. En termes de jeux de hasard, le croupier est le compère du banquier de pharaon, de trente-et-un, de roulette, etc.; il avertit des cartes qu’il oublie, et l’aide à payer les gagnants ou à retirer l'argent des perdants. Quelquefois aussi, le croupier est intéressé à la banque. Croupier se dit encore d’un associé secret dans un traité, dans une ferme, dans une entreprise quelconque, qu’il laisse mettre sous le nom et la régie d’un autre et dont il partage les bénéfices ou les pertes, en proportion de sa mise de fonds. Les directeurs de certains spectacles, les éditeurs de quelques journaux et de plus d’un ouvrage littéraire, les entrepreneurs de fournitures civiles ou militaires, de diverses voitures omnibus, de constructions et d’embellissements, de chemins de fer et de bateaux à vapeur, etc., ont des croupiers, qui se plaignent quelquefois de subir les pertes sans participer aux bénéfices. Sous le ministère de l'abbé Terray, on appelait croupiers les gens de lettres, les artistes et les comédiens dont les pensions furent hypothéquées, en 1774, sur la ferme générale. La compagnie des Indes, la caisse des comptes courants et autres associations financières ont ruiné à diverses époques leurs croupiers. Quelques députés conventionnels, Fabre &'Églantine, Bazire, Chabot, Lacroix, Julien de Toulouse, Delaunay d'Angers, furent, dans les dénonciations dirigées contre eux par leurs collègues de la montagne, et dans l’acte d'accusation qui les conduisit à l’échafaud en 1794, signalés comme les croupiers des agioteurs, des banquiers et des financiers, auxquels ils avaient, dit-on, vendu leur bienveillance et leur protection.

La Bourse de Paris n'étant plus qu’une maison de jeu protégée et soutenue par les gouvernements, et l’agiotage scandaleux qu’on y exerce n'étant réellement qu’un jeu de hasard plus dangereux, plus ruineux et plus lent dans ses angoisses que La rouge et la noire, les agents de change, banquiers brevetés de ce jeu, ne pouvaient pas manquer d’adopter le mot croupier. Lorsqu'à la table de jeu, qu’on appelle parquet de la Bourse, ils achètent, ils vendent à prime, à terme, à marché ferme, soit à la hausse, soit à la baisse, du quatre et demi, du trois, ou des fonds étrangers, ou des actions d’une entreprise quelconque, ils ont presque toujours un ou plusieurs croupiers, qui à l’époque de la livraison ou de la liquidation payent ou reçoivent leur portion incombante sur les différences subies par le cours de ces diverses valeurs. Ces croupiers s’enrichissent avec les agents de change ou font naufrage avec eux. :

En termes de jurisprudence canonique, le croupier était un confidentiaire, qui prêtait son nom à celui qui, plaidant pour un bénéfice et se défiant de la bonté de son droit, faisait postuler un dévolu sur lui-même, afin de l'obtenir sous le nom d’un croupier. H. AUDIFFRET.

CROUTE, On donne ce nom à la superficie d’une matière qui, étant naturellement plus où moins tendre, acquiert une certaine dureté, soit par la cuisson, soit par l'impression de air, Ainsi, on dit la croûte de la terre, la croûte que forme la lymphe en s'épaississant, sur une écorchure, sur un bouton qui sèche, sur une petite plaie. Le sucre en se refroïidissant forme sur la bassine une croûte d'assez bon goût. La croûte d’un pâté est la partie du pâté dans laquelle est enveloppée la viande que l'on fait cuire au four, La croûte du pain acquiert par la cuisson une dureté et une couleur plus ou moins rousse. Cette dernière acception est la plus répandue , et c’est de là sans doute qu’elle aura été transportée dans le langage des beaux-arts. Quelque vieux tableau bien enfumé, sans autre mérite que sa vétusté, s'étant trouvé offert à la curiosité publique comme un objet précieux, un connaisseur , considérant etsa couleur sombre et les parties de couleur qui s'enlevaient par écailles, aura bien pu se récrier et faire apercevoir qu'une telle pein-

! ture ne pouvait être vendue comme un tableau , Pisque

CROUTE — CROY

son aspect n’offiait rien que quelques croutes. Cette expression basardée une fois, elle aura été bientôt admise pour désigner d’abord les tableaux vieux et sans valeur, puis ensuite tous les tableaux , même les tableaux modernes, quand ils étaient tout à fait mauvais sous le rapport de l’art; puis enfin , les peintres sans talents qui ne sont capables que de faire de mauvaises croûtes, ont été rangés tous sous la triste dénomination de croûtons. DucHEsnE alné.

CROÛTE DARTREUSE, CROUTE DE LAIT. Voyez DARTRES,

CROUTON, morceau de croûte de pain. Les boulangers font pour les potages des petits pains exclusivement composés de croûte, et que l’on nomme également croûtons. A l'office, on appelle ainsi de petits morceaux de pain frits dont on garnit certains plats d’entrée ou d’entremets, comme les épinards, les purées, etc. Enfin, un veintre qui ne fait que des croûtes n’est qu’un croûton.

CROWN. Voyez COURONNE.

CROWN-GLASS, mots anglais qui signifient verre de couronne ou verre royal. Ce verre, qui a la plus grande analogie avec le verre de Bohème, car il a comme lui pour bases la potasse et la chaux, est employé pour vitres, et diffère du flint-glass en ce que celui-ci est un cristal, c'est-à-dire en ce que sa pâte renferme un oxyde de plomb, tandis que celle du crown-ylass n’en a pas. De cette différence de composition résulte une différence très-grande dans la manière dont ces deux corps transparents se comportent à l'égard des rayons lumineux. Combiné avec le Jint-glass, le crown-glass, qui doit être d’une limpidité parfaite, tout à fait incolore et exempt de bulles, de stries et de nodules, remédie à la dispersion des rayons colorés qui forment des iris au foyer des lunettes ordinaires, c’est-à-dire qu'il y corrige la différente réfrangibilité des rayons qui nuisait à la netteté des images, la dispersion de cette espèce de verre, c’est-à-dire la longueur du spectre coloré qu'il produit , n'étant que les deux tiers de la dispersion qui a lieu dans le flint-glass. C’est sur la découverte de cette propriété, faite par Dollond, qu'est basée la fabrication des lunettes achromatiques.

CROY et autrefois aussi CROUY, noble et ancienne famille établie aujourd’hui en Allemagne, en France, et dans les Pays-Bas, qui a produit de braves capitaines, des hommes d’État célèbres et surtout d’habiles courtisans, et qui prétend descendre du roi de Hongrie Bela II. Détrôné par son neveu Étienne, et refugié en France, ce prince aurait laissé un fils, Marc, lequel, sous le règne de Louis VII, épousa l’héritière de la seigneurie de Croy, située dans le Sancerre en Picardie. Pour apprécier cette prétention, on ne se trouve pas tout à fait réduit à s’en rapporter au témoignage de la partie intéressée, puisqu'il en est déjà fait mention dans deux diplômes de l’empereur Maximilien 1°", l'un de l'an 1486, qui érige la terre de Chimay en principauté; l’autre de l'an 1510, en faveur de l’évêque de Cambrai.

À ce propos cependant il n’est pas inutile de rappeler que, vers le commencement du seizième siècle, des généalogistes habiles et complaisants persuadèrent à certaines grandes familles de l'Europe qu’il leur convenait de se raftacher, n'importe comment, à des maisons souveraines, et se firent fort de leur venir en aide à cet effet. On peut le dire: au moment où l’héraldique devint une science, elle devint aussi un mensonge.

Dans le magnifique couvent des Célestins, fondé par Guillaume, sire de Chièvres, à Heverlé, près de Louvain, mais qui depuis longtemps n'existe plus, on avait gravé sur le marbre la généalogie des Croy. Gobritz, auteur d’un Voyage dans les Pays-Bas, raconte que cette généalogie commençait à Adam. D’autres ajoutent même que le docte Juste Lipse p'était pas étranger à cette œuvre sublime, et parlent d’un fableau représentant le déluge, l'arche de Noé, et un personnage soulevant au-dessus des flots un rouleau de papier,

comme autrefois César ses Commentaires, et s'écriant, au milieu de cet effroyable cataclysme : Sauvons les titres de la maison de Croy! Mais peut-être bien cette anecdote est-elle de la même source que celle qui fait dire par un duc de Lévis à son cocher, quand il allait entendre la messe à Notre-Dame : Chez ma cousine ! Jacques de Bié, graveur anversois, en imprimant cette généalogie des Croy, a d’ailleurs la discrétion de ne la commencer qu’à Seth; mais il la poursuit, par une filiation non interrompue, jusqu’à Charles deCroy, quatrième duc d’Aerschot. Jean Scohier de Beaumont, qui écrivait en 1589 , ct l’auteur d’un in-4° publié à Marseille en 1790, se contentent de remonter à Attila ; rien que cela! Après tout, ces fables vont bien aux races antiques, qui ont aussi leur âge héroïque et romanesque. Les Grecs et les Romains prenaient des dieux pour ancêtres, r{ les chefs de tribus sauvages eux-mêmes, tant cet orgueil est naturel à l’homme, se donnent pour petits-fils d’un serpent, d’une tortue, ou de quelque autre fétiche!

La famille de Croy s’éleva au plus haut degré de splendeur sous les règnes de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, de Philippe le Beau et de Charles-Quint, rois d’Espagne, et en même temps souverains des Pays-Bas. Mais sa fortune et sa puissance avaient déjà commencé sous Philippe le Hardi. Jean, sire pe Croy, deuxième du nom, fut son chambellan et celui de Jean sans Peur qui le fit élever à la dignité de grand bouteiller de France, etle créa gouverneur des comtés d’Artois et de Boulogne. I] fut tué en 1415, à la bataille d’Azincourt. Antoine, son fils, eut toute la confiance de Philippe le Bon, dont il reçut le collier de la Toison d’Or. Il épousa en secondes noces Marguerite de Lorraine, dame d’Aerschot en Brabant, terre érigée plus tard en duché en faveur de ses descendants. Marguerite, fille ainée d'Antoine, comte de Vaudemont, était arrière-pelitefille de Jean, duc de Lorraine, quinzième aïeul direct de l’empereur d'Autriche aujourd’hui régnant. Une de ses filles s'unit à Louis de Bavière, dit Le Noir, comte palatin de Deux-Ponts. Son frère, Jean, fut la tige des comtes et princes de Chimay, et eut un fils, Jacques, premier duc de Cambrai. De Philippe 1°, fils d'Antoine, et marié à Jacqueline de Luxembourg, naquit Guillaume, sire de Chièvres, duc de Soria et d’Arci, gouverneur de Charles-Quint. et qui remplit à la cour de ce prince les fonctions les plus importantes, Henri, l’ainé de Philippe 1°", donna le jour à Robert, évêque de Cambrai, et à Guisaume, cardinal de Tolède, qui mourut dans sa vingt-troisième année, des suites d’une chute faite à la chasse. Philippe II, neveu de Guillaume de Chièvres et successeur de Henri, fut créé pat Charles-Quint, en 1533, duc d’Aerschot et marquis de Renty. Il épousa en premières noces sa cousine Anne, princesse de Chimay, dernier rejeton direct de cette branche, laquelle forma celle des comtes de Solre, qui eux-mêmes furent la souche des derniers ducs d’Havré; et en secondes noces, Anne de Lorraine, veuve de René de Nassau, prince d'Orange, fille d'Antoine, duc de Loraine et de Bar, et de Renée de Bourbon-Montpensier, issue du roi saint Louis. La petite-fille de Philippe II, Anne pe Croy, porta par son mariage avec Oharles de Ligne, prince d’Aremberg, une partie des domaines de la maison de Croy à la maison d’Aremberg, qui fleurit encore aujourd’hui et ajoute à son titre ceux de Croy et d’Aerschot. Le frère d’Anne, Charles, premier due de Croy (ce titre de duc de Croy lui fut octroyé par lettres patentes du roi de France Heuri IV, en 1598) et quatrième duc d’Aerschot de la maison de Croy, prince de Chimay, de Château-Perceau, marquis de Montcornet, grand d'Espagne de première classe, né en 1560, pendant quelque temps calviniste fervent et partisan de la maison d'Orange, devint plus tard l’un des agents les plus zélés de la politique du roi d'Espagne Philippe II, sous lequel il remplit les fonctions de grand bailli du Hainaut et à partir de 1597 celles de gouverneur du pays d'Artois, Il mourut sans

postérité en 1612, laissant des Mémoires qui vont de 1560 41606, et où l’on trouve les détails les plus curieux et les plus instructifs sur la situation des Pays-Bas à l’époque de Philippe IE. Publiés pour la première fois en 1845, par le baron de Reiffenberg, au nom de la société des Bibliophiles belges, ils offrent le tableau le plus piquant d’une existence * féodale au seizième siècle. Aujourd'hui qu’il n’y a plus de véritables grands seigneurs, on lit ces pages avec étonnement ; et les prétentions aristocratiques de nos ducs, de nos comtes et de nos baronë du jour, dont les pères vendaient de la chandelle quand ils ne faisaient pas pis, font pitié à côté de cette grandeur à la fois naïve, puissante et magnifique.

Charles eut pour successeur son Cousin, Charles- Alexandre, duc ne Croy, marquis d'Havré et prince de l’Empire. Mais dès l’an 1643 les biens de cette ligne firent retour, par mariage, à une branche collatérale de la maison de Croy, à celle dont descendent les deux de Croy actuels, et qui a pour souche Jean pe Croy, créé comte de Chimay en 1473. Celui-ci eut pour descendant direct Philippe III, créé comte de Solre en 1592. La terre de Solre fut érigée en principauté par lettres patentes du roi d’Espagne Charles IT, en 1677. Le fils aîné de Philippe III devint la souche de la maison de Croy-Dulmen, encore aujourd’hui existante; tandis que son fils cadet, Antoine ne Croy, comte de Chimay et de Walburge de Meurs, par suite du mariage qu’il contracta en 1643 avec l’héritière des biens et titres des ducs de Croy-Havré, devint la souche de la ligne collatérale.

La branche de Croy-Dulmen a été représentée par le duc A/fred, grand d'Espagne, membre de la chambre baute en Prusse, mort en 1861. Ses titres ont passé au prince Rod1phe, veuf en 1863 de Nathalie de Ligne.

La branche de Croy-Havré s’est éteinte dans sa descendance masculine, en 1839, avec le duc Joseph, pair de France, démissionnaire en 1830 par refusde serment, grand d’Espagne de première classe et lieutenant général au service de France, Il a eu pour héritier le prince Haximilien, né en 1821, fils puiné du prince Ferdinand, général] major au service des Pays-Bas, et frère du duc de Croy- Dulmen. Le père el le fils sont morts tous deux en 1865.

Le recez de l'Empire de 1803 a classé les Croy parmi les princes médiatisés, sous le titre de Croy-Dulmen. En échange des terres que cette maison possédait sur la rive gauche du Rhin, elie reçut le bailliage de Dulmen, situé dans Pancien évêché de Munster, de 330 kilomètres carrés de superficie, avec une population de 16,000 âmes, et placé par le congrès de Vienne sous la souveraineté de la Prusse, La ligne des ducs de Croy-Dulmen possède d’ailleurs plusieurs autres terres, situées en Belgique, et d’un revenu d’environ 300,000 fr. Les propriétés de la maison de Croy-Havré situées en France sont d’un revenu à peu près égal.

Dans les dernières années de la Restauration, le faubourg Saint-Germain fut vivement ému par un procès intenté aux Croy par le marquis de Crouy-Chanel, originaire du Dauphiné, qui vint leur contester le droit de se dire les descendants de Bela III, roi de Hongrie. 11 produisit devant les

tribunaux des pièces et des factums pour établir que lui seul

représentait aujourd’hui la postérité de saint Étienne, tandis que les Croy, les Solre et les Havré descendraient tout bonnement , et encore en ligne peu légilime, d’un mayeur d'Amiens. Cette réclamation et cette revendication étaient malheureusement un peu tardives, puisque, dans un livre imprimé en 1790, les.Crouy-Chanel, reconnaissant la filiation des Croy , n’hésitaient point à leur dorner la qualification de cousins. La révolution de Juillet assoupit pendant quelques années cette grande contestation, qui recommença ensuite de plus belle. Mais les Croy gagnèrent leur procès ; et défense fut faite aux Crouy de prendre le nom ou armes des Croy, et de se dire leurs parents ou alliés.

CROYANCE, Si l'on prend ce mot dans son acception philosophique la plus large, on pourra le définir : « l’adhé-

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