CROY — CROYANCE
sion ferme et complète de l'esprit à la vérité on àce qu prend pour la vérité. » Le mot.croire s'emploie quelquefois pour exprimer une espèce de doute plus voisin de l’affirmation que de la négation. Mais le mot croyance n’a jamais cette signification ; il exprime an contraire l’assentiment le plus complet de l'esprit à telle ou telle proposition. La croyance est pour ainsi dire cette sympathie intelligente, ce lien qui unit intimement l’homme par la pensée à ce qui existe au dehors de l’homme. La certitude diffère de la croyance en ce qu’elle sert à caractériser l’état. de l’esprit quand il porte un jugement dans un cas particulier plutôt que quand ilse prononce sur un vaste ensemble de connaissances. Ainsi on dira : J'ai acquis la certitude de ce fait, et non La croyance. On dira aussi mes croyances, el non pas mes certitudes. La conviction se distingue de la croyance en ce qu’elle a le raisonnement pour base, en ce qu’elle est produite uniquement par des démonstrations ou des preuves irrécusables. La croyance peut avoir une autre base que le raisonnement, le sentiment, par exemple. L'opinion diffère aussi de la croyance en ce qu’elle est pour l’esprit l’objet d’un attachement moins profond et moins énergique. De plus, on l’emploie dans des occasions moins importantes que le mot croyance, et pour des questions qui ne nous touchent pas d’aussi près. Cette uistinction nous conduit à remarquer que le mot croyance est le plus ordinairement pris dans un sens plusrestreint que celui que nous lui avons donné en commençant. Ainsi, on pourra bien dire en philosophie ; la croyance aux faits, la croyance à l'existence des corps, etc. ; mais on emploie plus généraiement ce mot pour désigner la croyance aux vérités qui intéressent le plus vivement l’homme, et qui ont le plus d'importance à ses yeux, c’està-dire aux vérités du monde moral, celles qui ont rapport à son origine , à sa nature, à sa fin dernière, à l'existence et aux attributs de Dieu, à ses rapports avec la créature, etc. Or, comme ce sont ces vérités vers lesquelles il se porte avec le plus d’ardeur, et auxquelles il s'attache avec le plus de force, on désigne alors l’état de l'esprit par le mot croyance, qui exprime le mieux cet attachement énergique de l'esprit à la vérité. Ainsi, on se garderait bien de dire : les croyances de l’homme relatives à la lumière, aux corps simples, aux propriétés chimiques. On dira ses connaissances, parce que ce genre de vérités le touche de moins près; et quoiqu’elles soient pour lui l'objet de la conviction la plus entière, comme il n’a pas le même empressement, le même amour pour elles, et qu’il n’en sent pas si vivement le besoin , il n’exprime pas dans ce cas sa foi avec autant d'énergie.
Si nous envisageons nos croyances sous le point de vue de leur fondement, nous serons amené à établir une distinetion importante. Leur fondement en effet n’est pas le même pour tous les hommes. D'abord, les croyances aux vérités du monde moral s'appuient sur les inspirations spontanées de la conscience, sur les suggestions naturelles de la raison ; la réflexion n’y a pris aucune part, elles sont uniquement l’œuvre du sens commun. Dans ce cas, elles sont appelées croyances naturelles.
Mais les croyances naturelles ne suffisent point aux hommes. Les jugements vagues de la conscience n’ont point assez de permanence et de force pour subsister longtemps au milieu de tous les faits extérieurs qui assiégent les sens , et pour lutter contre le torrent des mauvaises passions, Ce= pendant le besoin de ces croyances est vivement senti. Quelques hommes , doués par la nature d’une intelligence forte et poétique, s'éprennent d'enthousiasme pour les vérités que leur raison leur révèle. Ils chantent, et quoique leur imagination les entraîne souvent hors des bornes de la vérité, privés qu'ils sont de la réflexion et tont entiers sous l'empire dn sentiment , le peuple les écoute avec avidité, incapable d’apercevoir les erreurs que l'enfance de sa raison ne lui permet pas de distinguer encore, tout ému, au con-