COLONIE — COLONIES AGRICOLES
contrebande avec l'Amérique espagnole. La séparation des Etats-Unis à fait, il est vrai, perdreaux Anglais les plus belles et les plus anciennes de leurs colonies; mais l'Angleterre n’en est pas moins toujours la première puissance coloniale du monde. Elle possède aujourd’hui dans l'Amérique septentrionale : les deux Canadas, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, le Cap Breton, les îles du Prince-Edouard, Terre- Neuve et Vancouver, la Colombie (ancien territoire de la Compagnie d'Hu dson). Dans les Indes occidentales: Antigoa, la Barbade, la Dominique, Grenade, la Jamaïque, lesiles des Vierges, Anguilla, Saint- Christophe, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Tabago, la Trinilé, les Cayes, les iles Bahama et les Bermudes. Dans l'Amérique méridionale, la Guyane et Honduras, plus les îles Falkland. En Afrique : le Cap (depuis 1806), Natal, la Cafrerie anglaise, Aden, Sierra-Leone, des comptoirs sur la Côte-d'Or et en Sénégambie, enfin l'ile Maurice, ci-devant Je de France, Sainte-Hélène,l’Ascension, lesiles Séchelles, les îles Amirantes et de Fernando-Po; les colonies de l'Australie (depuis 1788), la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie. Eu Asie, le territoire occupé par le souvernement des Indesorientales, et ses Etats feudataires. Il faut y ajouter Ceylan, pris aux Hollandais en 1795; Hong-Kong en Chine (depuis 1842), Singapore, Penang, Wellesley, Malakka et quelques possessions dans l'île de Bornéo; enfin, jusqu’en Europe même : Gibraltar, Malte et la petiteile de Helgoland. Walter Raleigh fut le créateur des colonies d'agriculture des Anglais, encore bien que ses efforts pour s'établir en Virginie (1583-1587) aient échoué, et qu'à bien dire la colonisation des contrées qui sont aujourd’hui les États-Unis n’ait commencé qu’en 1606. Ce fut seulement à l’époque de Cromwell que les colonies anglaises de plantation prirent de l’importance. Quant aux colonies de cemmerce et de conquête, la compagnie des Indes orientales date bien de l’année 1600; mais elle ne devint une grande puissance qu’au temps de Clive. Un trait particulier et remarquable des colonies anglaises, c’est que ceux qui abandonnaient la mère patrie pour venir s’y fixer y trouvaient toujours en pleine vigueur leur droit civil anglais, et y jouissaïent des mêmes droits politiques qu’en Angleterre; enfin, c’est qu'aussitôt que le nouvel établissement semblait avoir atteint le degré de maturité convenable, on lui donnait une constitution parlementaire calquée sur celle de la
mère- patrie. Jamais, à bien dire, celle-ci ne songea à
exploiter ses colonies ; elles lui ont, au contraire, toujours coûté bien plus qu'elles ne lui rapportaient. Les colonies d'Angleterre ne devaient servir qu’à encourager son industrie, son commerce, sa navigation; et à cet effet, par l'acte denavigation et par les diflérentes lois qui en formaient le corollaire, les colons étaient tenus de ne commercer avec l'étranger que par l'intermédiaire de l’Angleterre et au moyen de navires anglais, par conséquent de renoncer à tout élan de leur industrie propre. La déclaration d’indépendance des États-Unis porta un coup fatal à ce système, auquel les doctrines du libre échange donnent en ce moment ie coup de grâce.
Les colonies danoises ne comptent que l’1slande et le Groënland. En 1846, le Danemark vendit à l’Angleterre le district de Tranquebar, sur la côte de Coromandel, et en 1850, les établissements de la côte de Guinée. En 1848 il avait abandonné les îles N'icobar à cause de leur insalubrité. Enfin, en 1867, ilcéda aux Etats-Unis les iles de Saint-Thomas ét de Saint-Jean, gardant encore Sainte-Croix aux Antilles. La Suède ne possède d’autre colonie que l’ile Saint- Barthélemy (depuis 1784) dans les mêmes parages.
Les possessions russes en Sibérie et en Transcaucasie peuvent sans doute, à beaucoup d’égards, être considérées
comme des colonies; elles en diffèrent cependant essentie]lement, en ce qu’elles se rattachent au territoire dela mère patrie sans solution de continuité. Nous rangerons toutefois dans la catégorie des colonies de commerce les établissements russes de la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord, qui ont été vendus en 1867 aux Etats-Unis. Les puissances allemandes n’ont point de colonies; il en est de même de l'Italie et de la Turquie.
On donne aussi le nom de colonies à des établissements agricoles fondés dans l’intérieur d’un pays, soit par des sociétés religieuses, soit par des réfugiés qui y conservent leurs mœurs, leur langue et leur religion, soit par certaines classes de peuple, comme des condamnés, des libérés, des soldats. Parmi les premières, nous citerons celle que les moraves ont fondée en Russie sur le Volga, et celle que les Mormons ont créée en 1846 dans les Etats- Unis à Utah. Parmi les secondes nous rappellerons la colonie française établie à Berlin après la révocation de l'édit de Nantes ; l'essai que firent à Odessa les émigrés français sous la conduite du duc deRichelieu;leChamp d’asile, tenté sous la Restauration par des soldats français de l’'Empire. Les Allemands ont créé un certain nombre de colonies en Russie et aux États-Unis ; les juifs en ont partout.
Nous consacrons des articles spéciaux aux colonies agricoles, aux colonies pénales, aux colonies militaires et aux colonies romaines.
COLONIES AGRICOLES. Il est trois principes sur lesquels sont d'accord tous ceux qui se sont occupés d’économie sociale : le premier, que les aumônes en nature et en argent, distribuées par la charité, ne secourent que des individus et n’arrêtent pas les progrès du paupérisme; le second, que les condamnés ne peuvent étre détenus sans danger pour leur santé et pour la morale ; le troisième, que, malgré les progrès de l’agriculture et l'augmentation de la race humaine, il reste dans tous les États de l’Europe beaucoup de terres incultes qui pourraient être fécondées. Partant de ces trois principes, des philanthropes ont imaginé de réunir sur ces terres des indigents et des condamnés, qui y trouveraient dans la culture des moyens d’existence et de moralisation. Quelquefois même les gouvernements ont encouragé ces établissements, connus depuis cinquante ans environ sous le nom de colonies agricoles.
On peut ranger, moins le nom, dans cette catégorie l'essai tenté en Angleterre par l’évêque de Wells, les 6,000 acres de terre affectés par les États-Unis aux dépôts de mendicité, les établissements fondés en Prusse par Frédéric I en faveur des protestants français , et accrus par Frédéric-Guillaume de colons de Suisse, de Souabe, des Palatinats, etc. ; ceux que créa en Russie Catherine II et dans lesquels les Allemands accoururent en foule; les colonies de la Sierra- Morenaen Espagne; celles d'ouvriers et de pauvres dans le Holstein, le Hanovre, la Westphalie, la Bavière, à Hambourg, etc. Mais l'institution des colonies agricoles proprement dites n’a jamais été complétement réalisée sur une grande échelle qu’en Hollande et en Belgique, à l’instigation du général Van den Bosch, et sous le patronage du prince Frédéric, oncle du roi actuel des Pays-Bas. Une association libre se fonda à La Haye pour en assurer la dépense et la propagation. Elle compta dès sa naissance plus de 15,000 souscripteurs. Le premier terrain fut acheté sur les confins des provinces de Drenthe, Frise et Over-Yssel; la colonie de familles indigentes qui s’y établit prit le nom de Frederik's-Oord (champ de Frédéric). Vinrent ensuite, dans les environs, Ommerschans, colonie de répression et de punition pour les mendiants, et Veen-Huysen, où l'on remarquait de nombreuses salles pour le logement des mendiants, deux hospices agricoles pour les orphehns et enfants trouvés, deux pour des ménages d'ouvriers, deux pour des ménages de vétérans. Enfin, la société fonda, entre les établissements
. de Veen-Huysen et de Frederik’s-Oord, dans un lieu nommé