COLONIES MILITAIRES — COLONIES ROMAINES
subsistent encore; mais l’organisation première en à été considérablement modifiée,
COLONIES PÉNALES. Les premières colonies pénales furent fondées en Afrique par les Portugais. Les Espagnols, maîtres du Portugal sous Philippe II, continuèrent le système adopté (voyez PRÉsipes). Puis vinrent les Russes : longtemps avant Pierre le Grand, des établissements de ce genre avaient été fondés en Sibérie. L'impératrice Élisabeth ayant supprimé la peine de mort, on déporta les criwinels dans ce pays, et on les y fit travailler aux mines.
Dès 1718, l'Angleterre avait envoyé dans ses possessions de l'Amérique du Nord quelques milliers de criminels ; mais ce petit nombre d’émigrants n’y exerça aucune influence, et c’est méconnaitre l'histoire que de considérer les habitants des États-Unis comme les descendants de ces déportés. Après la perte de ses colonies, l'Angleterre chercha pour ses criminels an lieu de déportation oùelle pût réaliser ses plans de lointaine colonisation, Sir J. Banks, qui avait accompagné le capitaine Cook dan$ son voyage autour du monde, proposa l'Australie. Mais à peine la première expédition, composée de565 convicts hommes et de 192 femmes, eut-elle jeté l'ancre dans la rade qu’on appela Botany- Bay (18janvier 1788), qu’on reconnut que ce terrain n'était
point propre à la colonisation. L'établissement fut (ondé, en conséquence, à quelques milles plus au nord, devant le Vort-Jackson, où s’éleva bientôt la ville de Sidney.
Après cette contrée, qui prit le nom de Nouvelle- &alles du Sud, la colonie la plus importante que posséda Angleterre en Australie fut celle de la rivière des Cygnes
Swan river), créée en 1829, par le capitaine Stirling, sur a côte occidentale de ce continent, presque aussi grand que Europe. On y bâtit quatre villes, Freemantle, Clarence- Town, Perth ei Guildford. En 1824 un autre établissement $tait inauguré dans l’île Melville par le capitaine Bremer, ous le nom de Fort-Dundas. Mais la sécheresse et la chaeur y occasionnèrent des maladies telles, qu’il fallut évacuer ce poste. On fut forcé également d'abandonner, en 1826, les établissements de Port-Western et de King-Georges- Sound. Enfin, Moreton-Bay et Manning-River, situés sur les côtes de la Nouvelle-Galles du Sud, près du tropique, Port- Stephens, l’île de Norfolk et celle de Van-Diémen ou Tasmanie complètent la liste des colonies pénales de l’Angleterre dans ces parages. Ces deux dernières furent exclusivement affectées à la transportation des convicts, après qu’ils avaient subi un emprisonnement cellulaire qui ne pouvait excéder un an, et les travaux publics exécutés en commun pendant un temps proportionné à la durée de leur peine. Malgré ces précautions, la Tasmanie ne cessa de réclamer contre tout nouvel envoi de condamnés; elle obtint gain de cause en 1855; la transportation, qui avait cessé pour Ja Nouvelle-Galles depuis 1840, fut alors reléguée dans l'Australie occidentale,
En somme, toutes ces colonies pénales n’ont point produit les merveilleux avantages qu’on en attendait, Une population de malfaiteurs apporte forcément dans des établissements qui ont besoin d’ordre et de paix des habitudes de désordre; elle introduit la mauvai e foi et la fraude dans les transactions comimerciales; elle ne pense qu’à s’enrichir aux dépens des colons honnêtes par des moyens illicites, et fait courir à une société moins forte un danger dont elle menaçait déjà la société plus puissante qui la expulsée.
Malgré ces funestes résultats, le gouvernement francais tenta, en 1852, un essai de colonisation pénale dans la Guyane. On décréta la fermeture des bagnes, et l'on transporta dans les environs de Cayenne 2,500 condamnés, dont 500 politiques. Ils furent assujettis aux travaux les plus pénibles et soumis au régime militaire ; ceux que l’on juseait dignes d’indulgence pouvaient obtenir Pautorisation de travailler à part dans des conditions déterminées, ou
même une concession de terrain et la facilité de le cultiver pour leur propre compte, Au 12 août 1867, les pénitenciers de la Guyane comprenaient une population de 2,518 transportés, dont 208 femmes. Cependant le climat était si meurtrier et la mortalité si effrayante qu’on dut songer, dès 1861, à faire un autre essai dans la Nouvelle- Calédonie, Rien de sérieux n'y avait encore été tenté lorsqu’en 1872 on choisit ce pays, à l'exclusion de la Guyane, pour y transporter les milliers d'individus condamnés pour participation à l'insurrection de la Commune,
Eu général le système des colonies pénales es' vicieux : il n’y a de vraim nt utiles que celles qui existent sur le continent, les pénitenciers agricoles, tels que l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis en ont établis pour l’eufance, tels qu’on en pourrait fonder aussi pour l’âge mûr.
COLONIES ROMAINES. Les colonies romaines ne furent ni agricoles ni commerciales , mais exclusivement militaires. Elles furent établies dans le but de délivrer la ville de la lie de la population, exhaurire sentinam urbis, (c’est Cicéron qui le dit), d'assurer la soumission des pays conquis, et de préserver Rome en remplissant l'office de postes avancés. Les Romains évitaient de fonder des colonies dans des localités nouvelles. Lorsqu'ils s'étaient emparés d’une ville, ils en expulsaient une partie des habitants, soit, à l’origine, pour les transférer à Rome, soit, plus tard , lorsqu'il fallut arrêter et non plus encourager l’accroïissement de la population de la capitale, en les transportant dans des lieux éloignés. Dans tous les cas, ces habitants étaient remplacés par des citoyens romains ou latins, garnison permanente qui suffisait pour arrêter tout germe de révolte.
Il faut remonter jusqu’à Romulus pour trouver l’origine des colonies. Nous voyons en effet que ce premier roi de Rome, vainqueur des villes de Crustuminum et d’Antemnes, y envoya des colonis. Ancus Marcius en établit une à Ostie ; Tarquin le Superbe, à Signia, à Circéi, et à Suessa Pometia. Quand les propositions de lois agraires vinrent inquiéter la puissance des patriciens, ils cherchèrent à consolider leurs usurpations sur le domaine public en donnant des terres aux plébéiens sur les conquêtes nouvelles, c’est-à-dire en fondant des colonies; mais ceux-ci s’y refusèrent souvent, aimant mieux vivre misérables à Rome que de trouver le bien-être au loin. Aussi pour former la colonie d’Antium fut-on obligé de la faire mixte, c’est-à-dire de compléter le nombre insuffisant des colons par des Volsques. Mais ce premier essai ne fut pas heureux : la ville se révolta bientôt, et ne fut soumise aux armes romaines que longtemps après, en 335. De nombreuses colonies furent encore établies sur les frontières du Latium, du Samnium, de la Campanie, de lOmbrie et de l’Étrurie pendant la guerre du Samnium. Lorsqu'elle fut terminée, les Romains franchirent pour la première fois l’'Apennin, et envoyèrent des colonies dans trois villes situées sur les bords de Adriatique. Puis, lorsque Pyrrhus fut expulsé de PItalie, ils en fondèrent de nouvelles pour tenir en respect la Lucanie et surveiller là Grande-Grèce. A l'approche des dangers dont Annibal menaçait la république, on sentit le besoin de se fortifier du côté des Alpes; et c’est dans ce but que l’on établit deux colonies dans la Gaule cisalpine, l’une à Plaisance, l’autre à Crémone.
Tite-Live distingue deux classes de colonies : celles qui étaient situées dans l'intérieur des terres, et qui étaient obligées de fournir des soldats pour la défense de Rome, et les colonies maritimes, qui avaient le privilége de ne pas être astreintes au service militaire, sans doute parce qu’elles devaient spécialement garantir les riches cités des côtes de l'Italie des attaques des pirates. Dans les deux derniers siècies de la république, le nombre des colonies diminua d'une manière sensible. Cela tint d’abord à ce que l'Italie était soumise , et que le besoin des fortifications avancées