COLOSSE
COLOSSE, COLOSSAL (du grec xék0oc, grand, et Gosoc, œil). Ce mot désigne en général les objets dont la mesure excède celle des dimensions ordinaires de la nature; mais il s’applique plus particulièrement aux ouvrages de l’art dans la représentation du corps humain. Les peuples anciens ont laissé des monuments qui témoignent de leur goût pour le colossal; cette passion du grand et du merveilleux, ce besoin de remuer et d'élever de grandes masses, parait naturel à l'enfance des sociétés, comme à l'enfance des hoinmes, et peut s'expliquer par les mêmes raisons qui faisaient dans les temps primitifs consister le principal mérite de l’homme dans la force physique. Atlas et Hercule étaient dieux avant que la Sagesse eût des autels.
Les plus anciens peuples de l'Asie et les Égyptiens se sont surtout distingués par leur goût pour les constructions colossales et les figures gigantesques. Les Pagodes de l’Inde, du Japon et de la Chine renferment encore dans leurs vastes enceintes des idoles colossales ; et les Égyptiens nous ont laissé avec leurs Pyramides et leurs temples les célèbres statues de Memnon, d'Osymandyas, de Sésostris, et une foule d’autres morceaux de sculpture d’une proportion extraordinaire, Le colosse de Sésostris, en granit, renversé depuis l'invasion de Cambyse et aujourd’hui fort mutilé, devait avoir environ soixante pieds de hauteur dans son état primitif, Chacun de ces trois colosses était formé d’un seul bloc.
La Grèce possédait également plusieurs colosses, parmi lesquels le Jupiter et la Minerve de Phidias occupaient le premier rang; mais ils se distinguaient plus encore par le mérite de l’art et la difficulté du travail que par les proportions ; et sous ce dernier rapport le fameux Colosse de Rhodes l'emportait sur tous les autres et était cité comme une des sept merveilles du monde.
C'était une statue de bronze, haute de soixante-dix coudées représentant Apollon, le dieu tutélaire des Rhodiens; ils avaient érigé ce monument par reconnaissance envers ce dieu et envers Ptolémée, surnommé Soter ou Sauveur, parce qu’il les avait délivrés de l’armée de Démétrius, fils d’Antigone. Charès de Lyndes, chargé de ce travail, l’eût à peine commencé que, désespéré d’avoir déjà dépensé la somme allouée pour tout l'ouvrage, il se pendit; Lachès, son compatriote, acheva lemonument dans l’espace de trois olympiades. Cinquante-six ans s'étaient à peine écoulés depuis l’érection du colosse, lorsqu'il fut renversé par un tremblement de terre, et il resta en cet état jusqu’à l'invasion des Sarrazins, en 655. Ceux-ci le mirent en pièces, et le vendirent à un marcha juif d'Émèse, qui en aurait, dit-on, chargé neuf cents chameaux. Mais cette circonstance parait exagérée. En rapprochant autant que possible les dix-huit écrivains grecs ou latins qui parlent de ce colosse, et dont les récits offrent de grandes contradictions, on peut fixer à la première année de la 125° olympiade, c’est-à-dire à 280 ans avant J.-C., l’époque de sa construction. Placé, dit-on, sur les deux rochers qui formaient l’entrée du port deRhodes, les vaisseaux pouvaient passer entre ses jambes ; on sait que les vaisseaux des anciens, moins grands que les nôtres, allaient par le moyen des rames, et que leurs voiles étaient de faible dimension. Cependant on a lieu de croire que le célèbre colosse était situé à l'entrée du petit port, et que par conséquent le passage des vaisseaux entre ses jambes n’est qu’une fable. Quant à l’exécution du colosse, on peut conjecturer qu’elle était un ouvrage de toreutique ou en cuivre battu au marteau et rapporté par pièces; on juge d’après la hauteur totale du colosse que ses jambes devaient avoir au moins soixante pieds de haut ; Pline dit que peu de personnes pouvaient embrasser son pouce, et que la longueur de ses doigts surpassait la hauteur des statues ordinaires.
En Italie, la ville de Rome renfermait un grand nombre de statues colossales, dont les plus anciennes étaient, entre au-
tres, l’Apollon en bois, haut de cinquante-deux pieds, trans- -
porté d’Etrurie dans la bibliothèque d’Auguste, et celle du {ti