COLOSSE — COLPORTAGE
même dieu que Lucius Carvilius fit faire avec le bronze des armes prises sur les Samnites. On cite encore la statue en bronze d’Hercule par Lysippe et celle du Jupiter dit Pompéien, comme pouvant figurer au même rang.
Rome compta d’abord cinq colosses remarquables, mais leur nombre augmenta considérablement sous les empereurs. Néron se fit ériger une statue d’environ 100 pieds de hauteur, qui fut ensuite consacrée au soleil. On prétend que c’est de cette statue que le Colisée, dit Colosseum, avait tiré son nom. Domitien s'était fait élever au milieu de la place publique une statue équestre de la même hauteur, et que le sénat fit abattre après la mort du tyran.
Parmi les projets de statues colossales que leur extravagance n'avait pas permis de réaliser, on doit citer celui d’un artiste, Stésicrate, ou Démocrate selon Vitruve , qui avait proposé à Alexandre le Grand de tailler le mont Athos de manière à ce que ce prince fût représenté tenant une ville dans chaque main. Un autre projet non moins singulier est celui de Gallien, qui, pour renchérir sur ses prédécesseurs, voulait que son effigie fût placée sur le mont Esquilin, avec les attributs du soleil, et tenant à la main une pique creusée de manière à recevoir un escalier par lequel un enfant eût pu monter jusqu’à la pointe.
Parmi les ouvrages modernes, la statue colossale érigée à saint Charles Borroméeà Arona, dansle Milanaïis, est la seule qui mérite d’être citée. Ce monument est en cuivre battu; la tête du saint seule est coulée, et peut contenir quatre personnes assises autour d’une table à jouer. Un homme d’une stature ordinaire peut tenir dans son nez; l'intérieur du monument est consolidé par un massif de pierres formant un escalier qui permet de monter jusqu’à la tête de la statue.
Pris au figuré et appliqué aux personnages historiques, ce mot doit être employé avec la plus grande réserve; Talma était grand sur la scène; mais Napoléon, qui n’avait guère plus de cinq pieds, sera toujours un colosse dans l'histoire, Nestor L’HOoTe.
COLOSSES (Colossæ), ville assez populeuse de la Grande- Phrygie, sur les bords du Lycos, fut presque complétement détruite par un effroyable tremblement de terre, sous le
e de Néron, l’an 65 de notre ère, en même temps que Laodicée et Hiéropolis, villes voisines. Mais reconstruite plus fard, elle fleurit encore jusqu’au douzième siècle. C’est aux Colossiens, ou habitants de Colosses, qui de bonneheure formèrent une communauté chrétienne mélangée de quelques païens et de quelques juifs, que l’apôtre saint Paul, pendant sa captivité à Rome, adressa une épitre qui se trouve dans le canon du Nouveau Testament pour les mettre en garde tout à la fois contre une gnose surabondante et contre un attachement opiniâtre aux formes du mosaïsme ; deux tendances qui se manifestaient parmi les Colossiens.
COLOSSEUM. Voyez CoLisée.
COLOSTRUM, lait sécrété immédiatement après la délivrance. Il est très-clair, et diffère beaucoup du lait ordinaire. Ainsi le colostrum des vaches est jaune, visqueux, non coagulable par la présure, et ne renferme que de faibles traces de beurre. Le colostrum jouit de légères propriétés purgatives, qui le rendent propre à favoriser l'expulsion du méconium chez le nouveau-né.
COLOT, nom d’une famille de chirurgiens qui pendant plus de cinquante ans pratiqua presque seule en France la taille par la méthode dite haut appareil. Laurent Covor, dit l'ancien, médecin à Tresnel en Champagne, avait appris cette méthode d'Octavien de Ville, qui la tenait de Mariano Santo de Barletta, En 1556, Henri 1] l'appela à Paris, le nomma son chirurgien, et fit créer pour-lui à l’hôtel- Dieu une charge spéciale d’opérateur, qui passa à ses descendants jusqu'à Philippe Cosor, son arrière-petit-fils, lequel, atteint lui-même de la pierre, se fit tailler par son Propre fils, 11 avait associé à ses travaux son neveu Girault,
dont le fils fut à son tour le maître de François Cozor, mort le 25 juin 1706, et auteur d’un Traité de l'Opération de La Taille, avec des observations sur la formation de la pierre (Paris, 1727). |
COLPORTAGE, COLPORTEUR. Le colporteur est un petit marchand ambulant qui transporte des marchandises dans une balle ou manne portative : on le nomme aussi porte-balle. Cette profession peut embrasser tous les genres de négoce, depuis le marchand de fil et derubans, de chaussettes, de mouchoirs et de toile, de lunettes, de conserves bien bonnes, jusqu’à l’apôtre de la balle, le marchand de Nouveaux Testaments et de Bibles. Le colportage, que la législation antérieure à 1789 soumettait à des conditions particulières, est devenu libre depuis la loi du 2 mars 17941. Cependant le colportage de denrées dont la circulation n’est pas entièrement libre, telles que les boissons, les cartes à jouer, le tabac, les matières d’or et d’argent, est l’objet d’une prohibition implicite, Quant au colportage des livres, il est soumis à des restrictions très-sévères.
Les colporteurs d’imprimés étaient assimilés anx afficheurs dans les anciens règlements sur le commerce de la librairie. Un règlement de 1628 réserve le monopole du colportage aux anciens maîtres ou ouvriers imprimeurs, libraires ou relieurs qui ne peuvent plus exercer leur premier état, Le postulant devait être présenté parles syndics et gardes de la librairie au lieutenant civil et au procureur du roi au Chàtelet. Ce premier règlement sur le colportage fut modifié en 1649, 1722 et 1723. Le nombre des colporteurs à Paris, fixé d’abord à 50, se trouva élevé ultérieurement jusqu’à 120. Les colporteurs, depuis l'établissement d’un lieutenant général de police à Paris, étaient sous la dépendance absolue de ce magistrat; ils ne pouvaient débiter ni crier sur la voie publique des feuilles volantes, arrêts, ordonnances, etc., qu'avec la permission du lieutenant général de police, et de petits ouvrages brochés ou reliés à la corde, de moins de huit feuilles, et portant les noms du libraire-éditeur et de l’imprimeur. Mais les plus adroïits savaient éluder toutes les investigations de la police; les nouvelles à la main, les écrits contre le gouvernement et les hommes du pouvoir ne circulaient qu'au moyen du colportage. Le simple soupçon de contravention exposait à des pénalités plus graves que celles prescrites par les règlements, et à des détentions préventives indéfinies, et toujours arbitraires. La liberté, la fortune des colporteurs étaient à la merci de la police. Mais de toutes les contrebandes , celle des écrits prohibés était encore la plus active, la plus lucrative et la plus facile. Les huit plus anciens colporteurs de Paris avaient le privilége d’éfaler au Palais de Justice, nommé alors Palais marchand. La révolution affranchit cette industrie de toutes les entraves que lui avaient imposées les lois et règlements antérieurs; cependant un décret du 29 mars 1793 prescrivit des peines contre les auteurs, éditeurs, libraireset colporteurs décrits tendant à provoquer la dissolution de Ja Convention nationale, autre décret, du 28 germinal an 1, maintenait les mêm pénalités contre les colporteurs d’écrits contenant provocation au meurtre, à la violation des propriétés, à la dissolution du gouvernement républicain. Le gouvernement consulaire se montra plus ombrageux et plus sévère. Un arrêt des consuls de la république, motivé sur une loi de l’an v, sur le rè= glement de 1723, sur une ordonnance de police du 16 avril 1740, rétablit les anciennes conditions imposées au colportage ; c’est-à-dire que tout colporteur de livres imprimés ou de journaux dut se munir d’une permission de la police, justifier d’un domicile acquis depuis un an dans le lieu où il voulait exercer, justifier de bonnes vie et mœurs, enfin, savoir lire et écrire. La révolution de 1830 rendit un instant le colportage libre; mais les lois des 10 décembre 1830 et 16 février 1834 établirent cette règle, que nul ne peut exercer, même temporairement, la profession de vendeur ou de distributeur sur la voie publique d’écrits, de dessins, etes