‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 73 sur 607 · COLPORTAGE · texte numérisé non relu

COLPORTAGE

sans autorisation préalable de l'autorité municipale, qui, suiant les circonstances, peut la retirer,

La révolution de Février rendit toute liberté au colportage ; et il joua un certain rôle dans les diverses propagandes qui se disputèrent le pays. Bientôt cependant on s'occupa de réfréner la presse, et l’on rétablit l'autorisation municipale avec dépôt préalable, sauf dans les moments d'élections. La loi du 27 juillet 1849 porte : « Tous distributeurs ou colporteurs de livres, écrits, brochures, gravures et lithographies, devront être pourvus d’une autorisation qui leur sera délivrée, pour le département de la Seine par le préfet de police, et pour les autres départements par les préfets. Ces autorisations pourront toujours être retirées par les autorités qui les auront délivrées. Les contrevenants seront condamnés par les tribunaux correctionnels à un emprisonnement d’un à six mois et à une amende de 25 à 500 fr., sans préjudice des poursuites qui pourraient être dirigées pour crimes ou délits, soit contre les auteurs et éditeurs de ces écrits, soit contre les distributeurs ou colporteurs eux-mêmes. » Ces dispositions, quoique appliquées avecla dernièrerigueur, n’atteignirent pas complétement le but que l’on s'était proposé. En 1852 le gouvernement prescrivit que tout livre colporté serait revêtu d’une estampille : puis une cemmission permanente fut chargée d'examiner successivement et séparément chaque livre ou gravure, avec le pouvoir souverain d’en autoriser ou d’en refuser le colportage. Cette commission fut composée jusqu’en 1870 de deux membres de l’Académie française, de deux députés, d’un imprimeur-libraire, d'un maître des requêtes, de quatre hommes de lettres, d’un médecin de l'empereur et d’un ancien préfet. Elle fut présidée par le directeur de Pimprimerie. Un rapport du 4 avril 1853, rédigé par un de ses membres, M. de La Guéronnière, fit connaître ses premiers travaux.

« L'ancienne législation de la hbrairie, dit ce document, n'avait rien prévu relativement au colportage. La loi du 21 octobre 1814 assujettit les libraires à l'obligation du brevet. Un décret de 1812 soumet le libraire étalagiste à l’autorisation municipale. 11 y avait donc un véritable privilége en faveur du colporteur, qui, sans aucune garantie préalable, pouvait parcourir les campagnes, porter à domicile sa marchandise, pénétrer dans les maisons, étaler sous les yeux de * la jeunesse naïve et curieuse des villages les tentations grossières de ses gravures obscènes et de ses livres empoisonnés. Cette lacune s'explique par l’état intellectuel de notre pays à l’époque où la législation sur la librairie a été faite. Alors l'instruction primaire n’était pas encore organisée ; le colportage manquait par cela même d'aliments, et son action était fort restreinte. C’est à peine si ses dangers , devenus depuis si formidables, étaient sentis par les législateurs d ce temps.

« Plus tard, la loi de 1833, en organisant dans toute la France le bienfait de l’instruction primaire, devait bientôt rendre sensible à tous les esprits le danger de cette lacune Apprendre à lire au peuple sans réglementer le colportage, c'était le livrer sans défense à tous les enivrements, à tous les mensonges et à toutes les corruptions des mauvais livres : on ne devait pas tarder à le reconnaître et à le déplorer. En quelques années la France rurale fut envahie jusque dans ses hameaux les plus reculés par la propagande d’athéisme matériel et grossier qui a été l’une des causes les plus actives de cette maladie du socialisme dont la civilisation a failli périr, et à laquelle nous venons à peine d'échapper. C’est surtout à la fin du règne de Louis-Philippe que cette propagande se manifesta par des symptômes effrayants. 3,500 colporteurs, distribuant 9 millions de volumes, circulaient dans toute l'étendue de la France. La plupart étaient organisés et divisés par brigades. Cette corporation avait pour patrons environ 300 individus, qui eux-mêmes avaient à leur solde, et comme domestiques, de 10 à 12 commis. Ces 300 patrons colporteurs se fournissaient principalement à Paris, à Rouen,

à Limoges, à Epinal et à Tours, aux librairies d'ouvrages à bon marché. Ils cotaient ensuite ces livres arbitrairement, les distribuaient à leurs commis ou domestiques, et les répandaient dans toute la France. Cette propagande ne s’ar rêtait pas à la frontière, elle débordait dans les États voisins, et particulièrement en Suisse , en Espagne et en Piémont,

“.… Dans quel esprit devait se placer la commission? Devait-elle adopter une doctrine et un système? Pouvait-elle s’ériger en arbitre des erreurs humaines et des vérités relatives? Prononcerait-elle entre les religions, les philosophes et les partis? Allait-elle juger les grandes quereiles de l’esprit humain et les renommées illustres en qui elles se personnifient? Sa mission n’était ni si haute ni si difficile, La commission du colportage ne pouvait avoir qu’une doctrine, celle de toutes les consciences honnêtes, c’est-à-dire le respect de Dieu et de la société. Les lois divines et les lois humaines sent à ses yeux inviolables et sacrées.

« Ainsi la commission n’a pas hésité à rejeter du catalogue des livres autorisés les ouvrages blessants pour les mœurs, injurieux pour la religion et pour ses respectables ministres, mensongers envers l’histoire. Elle a même cru devoir écarter des livres qui, sans attaquer l'origine et la vérité des dogmes de l’Église, contiennent des controverses dont le ton et l'esprit ne peuvent qu’affaiblir le sentiment religieux dans des intelligences peu habituées à ces polémiques ardentes, et par conséquent plus faciles à leurs entratnements et à leurs erreurs. Mais elle s’est arrêtée à cette limite, et en se trouvant en face de certaines renommées, elle ne s’est pas crue dispensée des égards dus au génie, même quand il se trompe. Elle n’a proscrit de Voltaire, par exemple, que certaines pages qui souillent le regard et la pensée. Ellene s’est pas attribué le droit de repousser celles qui n'’intéressent que l'imagination et n’engagent que la raison. Elle a agi de même pour tous les auteurs anciens ou contemporains dont les œuvres lui ont été soumises. Elle n’a pas eu à juger ce qui est faux en histoire, en philosophie, en politique et en économie politique; elle n’a eu qu’à condamner ce qui est irréligieux, immoral et anti-social.

« Malheureusement, ajoute le rapporteur, le vice et l’immoralité ne peuvent pas être supprimés ; il faut les subir comme une des plaies de la nature humaine. Mais, au moins, sil n’est pas possible de les extirper, il faut leur refuser la force et l’action de la vie sociale. Nous n’empêcherons pas sans doute la perversité d’écrire de mauvais livres et la cupidité de les propager; mais en refusant à ces livres la cireulation du colportage nous leur enlèverons leur principal élément de propagation. C’est déjà beaucoup d'interdire aux séductions de l'erreur et aux tentations de l’immoralité de se présenter à domicile. Les mauvais livres, exclus de la circulation populaire, qui leur ouvrait d'innombrables issues , en sont réduits à s’entasser au fond des magasins ou à s’écouler par des moyens frauduleux. »

Sur 3,649 ouvrages présentés, la commission en avait autorisé 2,531;562 avaient été réservés pour un nouvel examen; l'autorisation du colportage avait été refusée à 556 ouvrages. Depuis, la commission a décidé que le colportage des arrêts de cours d’assises, des histoires de brigands, des relations plus ou moins exactes de crimes de toute nature, est interdit, « la lecture de semblables écrits étant sans utilité pour la morale, et pouvant exercer une mauvaise influence sur l'éducation publique ».

La sévèrité de la commission rebuta les libraires, et le nombre des ouvrages soumis à cette espèce de censure diminua rapidement; en 1862, il n’était plus que de 905 ; encore y en eut-il 115 de repoussés. En 1866, l’autorisation fut accordée à 1,423 ouvrages, el refusée à 155. Parmi les écrivains dont les œuvres furent systématiquement écartées, figurent d’abord ceux qui faisaient au gouvernement impérial une opposition quelconque, puis d’autres, comme Voltaire, Rousseau, Diderot, Volney Lamennais,

£4 COLPCRTAGE — COLUMELLE

Béranger même, dont la lecture était jugée dangereuse pour des gens qui n’avaient d'autre devoir que l’obéissance absolue. La commission du colportage a été forcée, après le 4 septembre 1870, comme après Février, de suspendre le cours de ses examens officiels, mais elle n’a pas tardé à fonctionner de nouveau dans des conditions que le gouvernement n’a point fait connaître. Depuis 1861 on estampille d’un timbre spécial les livres mis en vente dans les gares de chemins de fer.

. :COLQUHOUN ( Parier ), célèbre par ses ouvrages sur la statistique , la police et l’assistance des pauvres , de même que par le zèle dont il fit toujours preuve pour les intérêts généraux des masses, était néen 1747, à Dumbarton, en Écosse. A l’âge de seïze ansil alla en Virginie, où il entra dans le commerce ; mais il était de retour dans sa patrie dès 1766, etil s’établitalors comme marchand à Glasgow. Devenu lord prévost de cette ville, il sut obtenir pour elle de notables faveurs du gouvernement. L’acte du pariement quien 1788 affranchit les manufacturiers de tous droits perçus sur les ventes de marchandises opérées à la criée fut le résultat d’un mémoire présenté par Colquhoun à Pitt au nom des filateurs et fabricants de coton d’Angleterre; et un voyage dans les Pays-Bas lui fournit l’occasion de créer sur le con- {inent aux cotonnades de Manchester et d'Écosse d'immenses débouchés.

L'habileté, le désintéressement et la sagacité avec lesquels, à partir de 1792, il s’acquilta de fonctions de police urbaine à Londres, furent généralement appréciées; chacun rendit justice à son livre On the Police of the Metropolis ( Londres , 1796). Ilsut réprimer l’audacieux système de vol et de déprédation auquel les vaisseaux à l'ancre dans la Tamise étaient exposés, et réussit à donner de la sécurité pour leurs propriétés aux navigateurs nationaux et étrangers. Il ne fit pas de moindres efforts pour adoucir autant que possible les souffrances et les privations des classes indigentes ; et, d’accord avec des quakers, il créa trois grands établissements pour distribution de soupes aux nécessiteux. Étant venu en 1798 s'établir à Westminster, il y créa encore un autre établissement de ée genre, et plustard aussi une école pour les pauvres. En 1804 la ville de Hambourg et plus tard cebles de Brême et de Lubeck le choisirent pour leur agent à Londres. II mourut ke 25 avril 1820. Depuis longtemps rien ne se faisait plus en matière de police urbaine et d’assistance publique sans qu’on ne prit préalablement son avis, et dès 1797 l'université de Glasgow lui avait délivré le diplôme de docteur en droit, en le qualifiant de virum egregium, tamdiu lequm interprelem et acerrimum vindicem. Son New System of Education for Labouring People (1806), et son Treatise on Indigence ( 1807) renferment un riche trésor d'expériences et de préceptes ; et son dernier ouvrage: On {he Population, Wealth, Power and Resources of the Bristish Empire (1814) a aujourd’hui encore beaucoup d’importance.

COLUMBAN (Saint). Voyez CoLouBan.

COLUMBARIUM. Voyez COLOMBAIRE,

COLUMBIA. C’est le nom qui a été donné à un petit territoire particulier nommé aussi district fédéral, situé sur les rives du Potomac, abandonné en 1791 par le Maryland et la Virginie au congrès des États-Unis de l'Amérique du Nord, et n’appartenant en propre à aucun des États dont se compose l'Union. Ville fédérale , chef-lieu politique de toute l’Union, Washington est situé sur ce territoire. la superficie atteint environ 155 kilomètres carrés, et est peuplée (1870) de 131,706 habitants. Depuis le 13 décembre 1866, il jouit du droit d'être représenté dans le Congrès.

Ce nom de Columbia est aussi porté aux États-Unis par trois comtés différents : l’un situé dans l'État de New-York, l'autre en Géorgie, et le dernier dans l'Ohio , et aussi par plusieurs villes, La plus importante est Columbia, dans la

Caroline du Sud, avec 8,000 habitants, siége du gouverne. ment de l'État et d’une université, : ,

COLUMBIA (Fleuve). Voyez OrÉGox.

COLUMBIUM., Voyez TANTALE.

COL UMBUS, chef-lieu de l'État d'Ohio , dans l’Union américaine du Nord, fut fondéén 1812. Son érection en siége du gouvernement date de 1834. Columbus est admirablement situé, sur le Scioto, et mis en communication avec Cincinnatietle lac Erié par le chemin de fer central de l'État. D'après le recensement de 1870, cette ville avaitune population de 21,000 habitants, indépendamment de 1233 hommes de couleur libres. Les édifices qu’on voil à Columbus sont pour la plupart vastes et d’un bon style. Au centre d’une grande place de dix ares s’élève le Capitole, construit sur le modèle du Panthéon, avec des colonnes d’ordre dorique formant portique. La maison des aliénés, la prison, l'institut des sourds-muets et l’institut des aveugles méritent aussi d’être visités. L'organisation de ces établissements est en effet aussi grandiose que bien appropriée; elle est tout à fait digne de l'Ohio, ce riche et populeux État.

COLUMELLE (en latin columella, columnella, columnula, diminutif de columna, colonne). On se sert de ce nom en histoire naturelle, pour désigner, 1° en botanique , un petit axe filiforme situé au centre de l’urne des mousses,auquelles semences sontfxées ; la petite colonne qui persiste après la chute des fruits auxquels elle servait de support ; suivant Decandolle, l'axe central d’un fruit résultant de la soudure de plusieurs carpelles, quand il est réel et non fictif; 2° en zoologie, une sorte de petite colonne plus ou moins torse, qui forme l’axe d’une coquille spirale. Les conchyliologistes désignentune lèvre de la coquille sous l'épithète de columellaire , et donnent ce nom aux mollusques gastéropodes dont la columelle est garnie de plis.

COLUMELLE (Lucius Junius MODERATUS COLUMELLA ), célèbre agronome romain, qui florissait vers le milieu du premier siècle de notre ère, était né à Cadix, et hérita d’une belle fortune territoriale, dont la gestion le porta à faire une étude toute particulière de l'agriculture et des moyens de la perfectionner sous le rapport de la qualité comme sous celui de la quantité des produits. Des voyages dans la péninsule ibérique, en Gaule, en Italie, en Grèce, en Asie Mineure et sur le littoral de l'Afrique, c’est-à-dire dans la plus grande partie du monde romain, lui fournirent l’occasion de comparer les diverses méthodes de culture employées pour obtenir des produits similaires, et d'étudier leurs avantages et leurs inconvénients. Plus tard, il se fixa à Rome; et c’est là qu’il conçut et exécuta le projet de réunir dans un traité méthodique les fruits de ses expériences et de ses observations personnelles. Dans ce but, il composa deux ouvrages qui sont parvenus jusqu’à nous, intitulés : l’un De Re Ruslica, l'autre De Arboribus, et écrits tous deux dans la plus pure latinité. Le premier, qui est un traité à peu près complet d'économie agricole, se compose de douze livres. Columelie y indique dans quelles conditions doit se trouver un domaine pour être exploité avantageusement, la meilleure destination à donner à chacune de ses parties, les soins particuliers qu’exigent les vignobles, ou encore la culture de l'olivier et du cylise, arbuste qu'il recommande de propager comme utile aux bestianx ainsi qu'aux abeilles; les soins à donner aux animaux domestiques, tels que le bœuf, le cheval, l’âne et le mulet, qui partagent les travaux du cultivateur, ou encore tels que la brebis, la chèvre et le porc, comme ressources alimentaires. 11 traite ensuite de l'éducation des oiseaux de basse-cour, de celle des abeilles et de la nourriture des animaux qu’on entretient dans des parcs. Par une singularité qu'expliquent et la nature du sujet et les études littéraires qu'avait faites l'auteur, c'est en vers qu’il écrit son dixième livre, où il traite de l’horticulture. On y trouve beaucoup de vers heureux, et un faire qui rappelle la manière de Virgile. Les deux derniers livres

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