‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 76 sur 607 · COMBAT · texte numérisé non relu

COMBAT

armées sont obligées de se couvrir par des postes avancés, fixes ou mobiles, aujourd’hui qu’elles ne doivent plus se mettre en mouvement sans que leur marche soit éclairée en avant et sur les flancs, à une assez grande distance, une rencontre pareille ne peut plus avoir lieu si l’un au moins des généraux ne s’est rendu coupable d’une négligence grave. Dans ce cas, celui des deux qui a le plus de génie milifaire, ou que le hasard aura placé dans la situation la plus avantageuse, saisira l’occasion de livrer une bataille dont les chances seront en sa faveur, et remportera la victoire. La bataille de Liegnitz, gagnée par Frédéric IL, fut une rencontre. La bataille de la Katzbach, en 1813, fut également une rencontre.

On voit qu’une rencontre est réellement une surprise réciproque; mais comme les deux corps qui se surprennent Pun l’autre sont en mouvement, et peuvent presque toujours passer sans une grande difficulté à ordonnance du combat, on a restreint la signification du mot surprise. Une surprise est une attaque préméditée par celui qui la fait, mais inopinée pour celui qui la reçoit. C’est une tentative d’un des deux adversaires pour saisir l’autre dans la disposition la plus défavorable à la défense. ]1 y a des surprises de jour et des surprises de nuit. Les premières sont les plus rares, et ne réussissent que par un concours de circonstances qu’il est-bien difficile de réunir, à moins qu’on ait affaire à un ennemi bien inexpérimenté ou béen négligent. Dans le nombre des surprises de jour sont les embuscades. Les surprises de nuit sont sujettes à de nombreux inconvénients, à de nombreuses méprises, qui peuvent les faire échouer, et dont celles de jour sont exemptes. Aussi les meilleures surprises ont-elles lieu à la faveur des ombres de la nuit et combinées de manière à ce que les attaques commencent à l’instant où les yremiers rayons du jour, éclairant la scène, ne permettent plus de méprises. Les surprises ne sont ordinai- rement que la conséquence d’une faute grave, soit de la part du général, soit de la part de ceux qui étaient chargés d’éclairer et de couvrir l’armée. Nous disons : ordinairement, car il peut arriver que l'ennemi, parvenu à nous dérober le mouvement d’un de ses corps, se trouve, au point d’attaque, en mesure de nous surprendre par un déploiement de forces ou un mouvement imprévu ; et il peut arriver même que le général de notre armée, quoique ayant prévu ce mouvement, soit surpris par son exécution, le corps chargé de l'empêcher n’ayant pas rempli sa mission pour des causes que le général n’a pu prévoir. Ainsi, à Waterloo, l’ordre qui enjoignait au maréchal Grouch y de se porter à la chapelle Saint-Lambert pour arrêter les mouvements des Prussiens , au lieu d’être expédié à une heure et demie, et de parvenir ainsi en temps ntile, ayant été retenu à l’étatmajor, par oubli, dit-on, jusqu’à quatre heures, lorsqu'il était devenu inutile, Napoléon fut surpris par l’arrivée, sur son flanc droit, des Prussiens, qu’il croyait contenus par Grouchy.

Lorsque deux corps de troupes sont en présence, ils ne se choquent pas toujours d’une manière décisive, surtout si la rencontre est inopinée pour l’un des deux. Il peut arriver que l’assaillant , arrivé sur le terrain , se trouve obligé à faire des dispositions qu’il n'avait pas prévues et dont il ne peut pas juger toute la portée au premier coup d'œil. D'un autre côté, celui qui reçoit l’attaque a nécessairement des dispositions à faire, et ces dispositions doivent dépendre de celles que l'ennemi développera lui-même. Il lui importe de connaître de quelle nature est l’attaque dont il est menacé et quelles chances elle lui laisse ou elle lui offre. De part et d'autre existe l'obligation de couvrir ses propres manœuvres et d'obliger l'adversaire à déployer les siennes ; et cela ne peut se faire qu’en jetant en avant des détachements chargés de soutenir le premier choc à une assez grande distance en avant du corps principal, et d’engager ainsi eux-mêmes des attaques sur différents points qui leur sont indiqués , afin de

pouvoir juger, par les contre-mouvements que l'ennemi y opposera, quelle est sa force et quelles sont ses dispositions et ses projets. Lorsque le résultat de ces essais a amené la conviction ou que l’assaillant ne peut pas pousser son attaque à fond sans désavantage, ou que celui qui se défend ne peut le faire sans danger dans la position qu’il occupe ou dans les circonstances où il se trouve, le premier arrête son attaque, et prend, s’il ne rétrograde pas, une position convenable; le second se dégage de l'attaque, et se retire dans une position où la défense lui soit plus avantageuse. Le choc qui a eu lieu dans ce cas entre les troupes les plus avancées s'appelle escarmouche. Elle diffère de la reconnaissance en ce que dans la première le corps principal se tient derrière les troupes qui se battent, prêt à prendre part à l’action, tandis que dans la seconde les troupes qui se combattent, n'ayant d’autre mission que d'observer la position de l'ennemi, le corps principal ou en est éloigné ou n’est disposé que pour couvrir leur retraite. Les reconnaissances qu’on appelle générales sont des espèces de rencontres, en ce que le corps principal se tient à portée des troupes poussées en avant, afin de pouvoir, dans le cas où la reconnaissance offrirait des chances favorables, engager l’action pour en profiter sur-le-champ.

Les chocs, dans lesquels la totalifé des troupes présentes se trouve engagée, peuvent avoir lieu soit entre deux armées entières, soit entre des portions plus ou moins fortes de chacune des armées opposées. C’est ici que les expressions synonymes de bataille et de combat ont pris chacune une signification diverse. Le choc entre deux armées entières sur le même champ de bataille, c’est-à-dire en ordre continu, tous les mouvements étant directement subordonnés les uns aux autres, a longtemps conservé exclusivement le nom de bataille. Celui de combat restait appliqué aux chocs entre deux portions d’armées, plus ou moins fortes, que le général en chef fût ou ne fût pas présent. Cette définition a été exacte tant que la guerre a été une alternative de campements et de combats, tant que les armées sont restées réunies sur un même terrain, soit en campant, soit en combattant, tant enfin que, formant un seul tout où chacun de ses éléments avait un poste fixe, ce qui s’appelait ordre de bataille, les portions détachées qui pouvaient être employées loin du corps principal, ne l’ont été qu’accidentellement. La manière actuelle de faire la guerre demande une autre définition. Chaque arméeest composée d’un nombre de corps séparés appelés divisions, pouvant agir isolément, et agissant en effet souvent ainsi, n’ayant point d'ordre de bataille immuable entre elles, ni pour les bataillons ou escadrons qui les composent. Les campemeïts ne sont que des lieux de repos au milieu des opérations actives de la guerre, qu’ils suspendent, mais n’interrompent pas; et ces lieux de repos sont eux-mêmes des positions militaires dépendantes d’un plan général d'opérations. Les chocs que se livrent deux armées ennemies ne sont plus exclusivement des duels en champ clos, dont le théâtre est circonscrit. Les armées, en raison de la mobilité qui résulte de leur composition d’éléments, susceptibles d’une action individuelle et indépendante, occupent dans leur ordre de bataille un front bien plus étendu. Elles ne peuvent en effet se retrancher dans une suite de positions ou points stratégiques, séparés l’un de l’autre , quoiqu’en relation intime entre eux et avec le but des opérations. L'objet de chaque grande manœuvre d’une armée est la possession d'une position qu'occupe ou que couvre l'ennemi, et dont la perte a une influence désavantageuse sur sa situation ou ses opérations ultérieures. Pour arriver à cette possession, il faut un choc, une lutte corps à corps; mais cette lutte peut avoir lieu de plusieurs manières. La position qu’on veut enlever peut être dominée par quelque position secondaire, dont la perte découvrirait la position principale ou obligerait l’ennemi à la quitter : alors, ou il faut d’abord enlever toutes les positions secon-

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