‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 78 sur 607 · COMBAT JUDICIAIRE — COMBAT NAVAL · texte numérisé non relu

COMBAT JUDICIAIRE — COMBAT NAVAL

Les conditions du combat variaient suivant la qualité des personnes. Les chevaliers, armés de toutes pièces, avec la lance, l'épée, la dague et le bouclier, étaient montés sur leurs chevaux de bataille; les écuyers n'avaient que l'épée et le bouclier, et vidaient leurs différends à pied; les vilains combattaient avec des bâtons ou des couteaux. Le duel au surplus était accordé entre des parties de conditions différentes ; seulement, si un chevalier provoquait un serf ou un vilain, il devait combattre avec les armes de celuici; mais si le vilain était demandeur, le chevalier gardait ses avantages, et pouvait combattre à cheval et complétement armé. Ayant de combattre, on prêtait serment devant le juge; c'était à celui-ci de voir si les parties étaient de condition et d’âge à accepter le combat. Les sexagénaires, les estropiés, les malades ne pouvaient être contraints de combattre eux-mêmes. Ils pouvaient se substituer un avoué ou un champion. Les cleres, les moines donnaient aussi des champions. Les mineurs de vingt et un ans n'étaient pas tenus de combattre. Une femme ne le pouvait pas; mais il lui était permis de nommer un avoué si elle était maîtresse de ses droits. Celui qui appelait au combat, de même que celui qui y était appelé, était obligé de donner des gages de bataille au seigneur, qui assignait le jour Ju combat. Dans quelques coutumes, les parties étaient encore obligées de donner des Ôtages qui répondaient tant des dommages et intérêts de celui qui serait vainqueur, que de l’amende due au seigneur par le vaincu.

Voici quelles étaient les formalités usitées au moyen âge dans les combats judiciaires. Avant d'entrer en lice, les combattants assistaient à la messe, et souvent même ils recevaient l’eucharistie en forme de viatique. On trouve encore dans quelques anciens missels le propre de cette messe, qui y est intitulée Missa pro duello. Les combattants se faisaient accompagner d’un prêtre et de leurs parrains ou répondants. Ces parrains n’eurent d'abord d’autres fonctions que celles de veiller au maintien des règles et formalités prescrites pour le combat. Mais ils ne tardèrent pas à prendre fait et cause pour leurs filleuls, soit pour les défendre, soit pour les venger. Le théâtre de la lutte était un espace appelé ckamp-clos autour duquel on tendait une corde. Primitivement on dressait dans cet espace réservé une potence ou un bûcher destinés aux vaincus. Deux siéges tendus de noir étaient réservés aux combattants, qui s’y plaçaient pendant les préliminaires du combat. Les prélimiaires consistaient en différentes cérémonies religieuses, dont la principale était le serment prêté par les parties sur la croix et les Evangiles; chacun jurait à son tour que lui seul avait le bon droit, et que son adversaire était faux et .déloyal. Il affirmait en outre qu'il ne portait sur lui aucun * * charme, et qu’il n’avait employé ni maléfices ni sorcellerie. Cela fait, on partageait également l’espace, le vent, le soleil entre les adversaires, et, après avoir publié aux quatres coins de la lice le commandement exprès de se tenir assis, de garder le plus profond silence, de ne faire aucun geste, de ne pousser aucun cri qui pût encourager ou distraire les combattants, le tout sous des peines très-rigoureuses, après avoir fait sortir de l’assistance les parents des parties, le maréchal du camp criait par trois fois, comme aux tournois : Laissez aller les bons combattants! Et la lutte s’engageait. Elle n’avait lieu d'ordinaire qu'a midi au plus tôt, et ne pouvait durer que jusqu’à ce que les étoiles apparussent au ciel. Si le défendeur s'était soutenu jusque là, il obtenait gain de cause. Celui qui succombait, qu’il fût mort ou seulement blessé, était trainé hors du camp ; ses aiguillettes étaient coupées et son harnais jeté pièce à pièce dans la lice. Son cheval et ses armes appartenaient au maréchal et au juge du camp ; quelquefois même, comme en Normandie, le vaincu était pendu ou brûlé suivant le délit, ainsi que la partie qu’il avait défendue. Cependant on admit bientôt que la conciliation pourrait se faire, DIUT. DE LA CONVERS, — T. VI,

même après les premiers coups, appelés coups le roi.

On s’aperçut à la longue de l’absurdité du combat judiciaire, et plusieurs rois tentèrent de l’abolir ou du moins de le restreindre. En 1041 fut instituée par Henri I*' la tréve de Dieu, qui, en mémoire de la passion de Jésus-Christ, défendit, sous peine d’excommunication , de livrer aucun combat depuis le mercredi jusqu’au lundi de chaque semaine. Louis le Jeune défendit d'admettre le combat judiciaire dans les causes où il s’agissait de moins que cinq sous ; mais cet édit ne fut que pour Orléans. Saint Louis abrogea le duel dans les terres de son domaine par une ordonnance donnée au parlement des octaves de la Chandeleur de l'an 1260. Ce même roi opéra une véritable révolution dans l'organisation judiciaire en introduisant l’usage de fausser, c’est-à-dire d'appeler des jugements sans que le combat en résultat : car le combat judiciaire avait lieu auparavant nonseulement entre les parties contendantes, mais entre l’une des parties , les témoins produits par l’autre et même le juge qui l'avait condamnée. C'était ce que l’on appelait l’appel de faux jugement ou appel de défauté de droit. Cependant, les seigneurs s’opposèrent longtemps à l’abolition du combat judiciaire, soit par attachement aux anciens usages, soit plutôt à cause des amendes auxquelles ils avaient droit pour chaque combat. Moins de cinquante ans après l’ordonnance de saint Louis, Philippe le Bel se vit obligé de permetire le combat judiciaire dans certains cas. De nouveau proscrit en 1333, le parlement de Paris en ordonna encore un en 1386 entre deux seigneurs; mais ce fut le dernier. Depuis lors, on s’en tint aux duels publics autorisés par le roi. Un des derniers fut celui de Jarnac et de La Chàtaigneraie en présence de Henri II.

En Angleterre, on a vu en {819 un nommé Thornton, accusé par le frère d’une jeune fille de l'avoir tuée, offrir le duel à son accusateur, conformément à une vieille loi barbare aui n’était pas abrogée. Elle le fut à cette occasion par le parlement.

COMBAT NAVAL. L'histoire des combats sur mer se divise naturellement en deux grandes époques, celle qui précéda et celle qui suivit l'invention de la poudre à canon. Le raractère distinctif de la première époque, c’est que toutes les forces étaient concentrées sur l’avant des navires , tandis qu’elles sont portées sur les flancs dans la deuxième.

La manière de combattre fut d’abord très-simple : montées sur des barques légères, les deux armées se lançaient de loin une grêle de flèches, puis elles s’avancaient l’une sur l’autre, s’abordaient et s’attaquaient avec la hache ou l'épée ; c'était comme une mêlée à terre : dans ces premiers temps, le courage et l’audace triomphaient toujours, et l’on ne songeait qu’à massacrer les combattants. On sentit ensuite l'avantage de détruire les navires eux-mêmes, et chaque barque, armée d’un fort bec ou éperon, tantôt à fleur d’eau, tantôt au-dessous de la flottaison, dut tenter de prendre en flanc une barque ennemie, de la crever et de la couler. On suspendit aux vergues de grosses masses de pierre ou de plomb pour les laisser retomber sur les navires de l'ennemi : enfin, le feu fut aussi employé comme moyen de destruction, et l’on apprit à lancer des dards enflammés, des vases remplis de matières brûlantes : c’est ainsi qu’à la bataille d’'Actium le feu dévora presque toute la flotte d'Antoine. Les Grecs, les Carthaginois et les Romains sont les premiers peuples qui paraissent avoir fait de la guerre navale un véritable art : ils rangeaient leurs flottes en demilune ou chevron brisé, les pointes tournées vers l'ennemi; puis, au signal donné, les avirons (car alors on ne se servait pas de voiles pendant le combat), tombaïent ensemble sur l’eau, et l'engagement commençait. Quelquefois on se proposait de couper les avirons de son adversaire : c’est ce aue les Romains appelaient remos detergere; on courait sur lui à contre-bord avec toute la vitesse possible, on ren- {rait rapidement ses avirons , on serrait le navire ennemi de

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