COMBAT NAVAL
long en long, afin de lui briser toutes les rames qu’il avait en dehors, puis on le quittait poar le prendre en flanc et le percer de l’éperon. On faisait usage de toutes sortes de projectiles : Annibal s’avisa de ‘remplir des pots de terre de vipères et de les briser sur les ponts des Romains. Les flottes employées aux siéges furent chargées de béliers et de balistes, et cette dernière arme resta sur l'avant des navires de guerre jusqu’à l'invention de la poudre à canon. Archimède, dit-on, avait imaginé un harpon à l’aide duquel il saisissait les bâtiments ennemis sousles murs de Syracuse, les enlevait en l’air et les brisait ou les coulait en les laissant retomber à la mer.
César au combat naval de Doriorigum anéantit la bril- Jante marine des Celtes : leurs navires, beaucoup plus gros que ceux des autres peuples , combattaient à la voile, et la construction de leurs vaisseaux devait leur assurer la supériorité; mais les éléments favorisèrent les Romains : pendant l'engagement, dont le succès paraissait se déclarer pour les Celtes, un calme profond survint, qui rendit immobiles leurs gros navires; les innombrables galères de Rome les attaquèrent de tous côtés avec vivacité, coupèrent tous leurs gréements avec des faux tranchantes, les enlevèrent à l’abordage, et la force navale des Celtes disparut.
Aux Carthaginoïs et aux Romains succèdent dans la Méditerranée les Vénitiens, les Génois et leurs nombreuses flottes ; mais ils ne font aucun changement notable dans l'art de combattre : leurs galères, tant vantées, sont mises en mouvement à force de rames, et leurs armes sont connues depuis longtemps. Enfin, les peuples du nord et de l’ouest de l’Europe prennent rang parmi les puissances maritimes ; et des rives où les Celtes et leur marine avaient été détruits par César sortent de nouvelles flottes, qui vont disputer à toutes les nations l'empire des mers. L’Angleterre et la France entrent en lutte, et dès le douzième siècle on distingue le germe de cette rivalité entre les deux nations qui dure encore aujourd'hui. En 1213 ils combattent déjà avec des flottes de cinq à six cents voiles, et dans ces batailles sanglantes le vainqueur coule ou brûle à Pennemi jusqu’à quatre cents navires chargés de soldats. Ici, nous sommes à l'aurore d’un grand progrès : les bras des rameurs ne sont plus exclusivement la force motrice, et l’on commence à combattre sous voiles. Dans l’année 1217 les Anglais battent une flotte française en profitant de l'avantage du vent et en jetant dans l’air de la chaux vive en poussière, qui portée dans les yeux des Français, les aveugle et répand dans leurs rangs un affreux désordre.
Cette première époque ne présente d'autre intérêt que celui de la curiosité historique. Les peuples de la Méditerranée , ne se servant que de galères mues par des rames, ne peuvent donner à l’art un grand développement; mais dès que les nations limitrophes de l'Océan ont saisi le sceptre des mers, la marine prend un essor jusque alors inconnu : les vaisseaux qu’on emploie sont beaucoup plus gros; on voit s'engager des escadres entières de vaisseaux de haut bord, et un nouvel ordre de bataille s'établir ; les archers suppléent à l'artillerie, les voiles remplacent les avirons, et l’on ne fait plus usage de ces derniers que comme auxiliaires pour gagner l’avantage du vent, ou dans les retraites, ou dans les calmes. L'année 1340 marque l'abandon complet de l’ancienne tactique.
Dès l'an 1372 on commence à faire usage du canon dans les batailles navales : Froissart dit que dans la victoire qne les flottes combinées d’Espagne et de France remportèrent cette année sur les Anglais devant La Rochelle, outre les balistes et autres machines destinées à lancer des pierres et des morceaux de fer, les navires portaient des canons. Cette nouvelle arme introduite, l’art marche lentement encore ; il reste comme stationnaire pendant le quinzième siècle, et ne sort pas de l’enfance , alors même que l'emploi de la boussole et la découverte d’un nouveau monde par
Christophe Colomb avancent rapidement la science de la navigation. Le seizième siècle, si brillant par les nombreux voyages d'Amérique, fait faire à peine quelques pas à l'art de combattre sur mer ; néanmoins, il est évidemment en progrès : nous ne voyons plus dans les batailles des nuées de bateaux qui se heurtent et se brisent, maïs des escadres de trente à quarante gros vaisseaux, dont quelquesuns jaugent jusqu’à 1,200 tonneaux; leurs flancs sont armés de canons, et nous pouvons citer deux circonstances où les flottes exécutent des mouvements généraux bien combinés. Ainsi, en 1513 les Français , attaqués à Brest, forment une ligne d’embossage, aussi bien protégée que le permettent les moyens de défense connus alors, et en 1545 l'amiral d’Annebault, devant Portsmouth, range son armée sur trois colonnes pour aller à la rencontre de l'ennemi. Mais qu'est-ce encore que les combats de ce temps, où, dans un engagement que les historiens nomment éerrible, deux cents vaisseaux, se canonnant pendant deux heures, et de très-près, échangent à peine trois cents coups de canon !
Le dix-septième siècle s’ouvre enfin , et l’art des combats sur mer prend tout à coup un grand développement; c’est aux luttes sanglantes des Français, des Anglais et des Hollandais qu’il doit cet essor. Plusieurs chefs habiles apparaissent : c’est le siècle des Tourville, des Duquesne, des Tromp et des Ruyter; il y a de savantes combinaïisons dans la manœuvre des escadres, et le courage ne décide pas seul du succès. Désormais, on n’emploie plus indifféremment les vaisseaux de ligne et les frégates : les premiers seuls entrent en ligne de bataille; les secondes servent à porter des ordres ou à remplir des missions secondaires, et les flottes sont toujours suivies de brûlots et autres bâtiments incendiaires. On ne s'attaque plus seulement navire à navire, une pensée supérieure domine sur l’ensemble de l’armée, et l’on trouve un grand nombre d'essais de la véritable tactique navale. Quoique ce siècle ait vu naître la vraie science des évolutions navales, il y a loin encore des combats de ce temps aux nôtres; les mèlées étaient moins sanglantes , et l’on ne se battait pas à outrance comme aujourd’hui. Qu’on compare le désastre de La Hogue, si funeste à la marine de Lonis XIV, avec Aboukir ou Trafalgar, quelle différence dans les résultats ! Du reste, ce n’était pas le courage qui manquait, mais les puissants moyens de destruction; l'artillerie n'avait pas atteint le point de perfection où elle est arrivée. C’est à une amélioration de l’artillerie, à l’usage qu’ils firent pour la première fois du boulet ramé, que les Hollandais durent la victoire remportée par Ruyter et Tromp en 1666 sur le comte d’Albemarle. Néanmoins, nous pouvons nous instruire à l’école des grands capitaines de ce temps : Blake, le premier, apprend aux marins à mépriser les forteresses : élevées à terre. Dans la baie de Santa-Cruz, il fait voir qu’une flotte fortement embossée n’est pas inexpugnable, et bientôt après Vivonne à Palerme et d’Estrées à Tabago répètent ces sanglantes leçons; Ruyter et Tourville posent les vrais principes de la manœuvre des flottes, et pendant quelque temps la France saisit à son tour lesceptre des mers.
Le dix-huitième siècle fut témoin d'une multitude de combats sur mer ; il vit s’affermir la prépondérance maritime de l’Angleterre, et son histoire célèbre la valeur de plusieurs amiraux, mais, à l’exception de l’admirable expédition de Duguay-Trouin contre Rio de Janeiro, nous ne voyons pas pendant quatre-vingts ans l’art des combats s'élever beaucoup au-dessus de ce qu’il était pendant les belles années de Louis XIV. Au temps même de la guerre de l'indépendance américaine notre marine était florissante, nos généraux avaient à leur disposition des forces considérables : pourquoi ne nous ont-ils pas laissé de grands et beaux souvenirs? Leurs exploits tant vantés se bornent à n'avoir pas été battus par les Anglais, La gloire de notre marine est