COIN
tous les gens de goût comprennent qu’il serait inutile d’en demander à notre époque. Edme HÉREAU. .
En termes d'artillerie, coins de mire signifie des morceaux de bois servant à hausser ou à baisser un canon, un mortier.
Faire coin de même bois, c’est proverbialement se servir, pour mettre une chose en œuvre, d’une partie de cette chose même.
En termes de bonnetier, le coin est la partie d’un bas dessinée en pointe et dont l'extrémité inférieure répond à la cheville du pied : bas à coins à jour, à coins d’or, à coins d'argent.
Coin, en termes d’art vétérinaire, désigne celles des dents incisives qui sont le plus près des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval.
COIN ( Numismatique, Monnayage). Le mot coin n’a 4té employé que par les auteurs modernes pour désigner cette masse de métal dur sur laquelle on a gravé, en sens inverse, le type d’une médaille, afin de l’imprimer en sens lroit sur le flan, que l’on expose à la pression. On lui donne encore les noms de poinçon, carré ou matrice. On ne trouve dans aucun auteur ancien les mots éyparium, marculum, iconium, forma, dans le sens de coin de mcd'ailles ou de monnaie.
L'opinion bizarre fondée sur la grande variété des médaïlles ou monnaies antiques, qui voulait que pour chaque médaille on eût un coin différent, a été réfutée par le P. Jobert, Bernard de la Bastie et autres antiquaires célèbres. Le coin était quelquefois plus grand que le flan, de sorte qu’une partie du type ne pouvait pas toujours y être exprimée. Le défaut de virole, dont les anciens ignoraient l’usage, empêchait souvent que le coin fût convenablement placé sur le flan ; de là vient que souvent le type n’est pas bien imprimé. Il existe dans plusieurs cabinets d’antiquités des moules en terre cuite que l’on croit avoir servi anciennement à de faux monnayeurs pour couler des médailles à défaut de coins,
La forme des coins était ronde, ovale ou carrée; la contremarque provenait parfois d’un coin particulier. L'usage de contre-marquer les monnaies commença en Grèce. Les nombreuses preuves que l’on en trouve sur les médailles des villes grecques ne permettent pas d’en douter. La ville d’Antioche, en Syrie, est celle de cette contrée qui en a le plus fait usage. Ces contre-marques n’existent point sur les monnaies de la république romaine. L’usage n’en a commencé chez ce peuple, sur celles de bronze, qu’au temps d’Auguste seulement, et il paraît avoir été abandonné sous Trajan. On v’en trouve point sur les médailles de Vitellius et de Nerva; on commence à en revoir sous Justin, Justinien et quelquesuns de leurs successeurs. Les Grecs employèrent pour contre-marque des médailles de leurs villes et de leurs rois des têtes et des bustes de leurs dieux, des figures équestres de leurs princes et de leurs héros, ou des figures de plantes et d'animaux, de vases et autres objets que l’on trouvait chez eux. Les Romains, au contraire, se servirent de monogrammes formés de caractères romains ou de mots latins abrégés. Ces contre-marques annoncent ordinairement l'autorité de ceux sous qui les monnaies ont été frappées. Ainsi, celle du sénat, jointe à celle du peuple, y est indiquée par les lettres S. P. Q. R. (senatus populusque romanus), celle du peuple par P. R., et par divers autres, composant un assemblage de mots consacrés aux formules ordinaires des monnaies. Les lettres D. D. (decreto decurionum) annoncent aussi la domination des premiers magistrats des colonies.
Le cabinet des médailles possède plusieurs coins, dont quelques-uns ont été trouvés dans des fouilles faites en l'rance. Deux furent découverts à Nîmes, vers la fin du siècle dernier : tous deux sont de bronze et du temps de l'empereur Auguste : ils sont de forme conique. L'un des «eux ayant éte ms à cette époque sous le balancier à la
monnaie, ne put résister à la force de cette machine, et se brisa; les morceaux en ont été négligés et perdus, Le second, dont on trouve le dessin dans le recueil de Caylus, ressemble plutôt à un sceau qu’à un coin de médaille ; il a 0,032 de hauteur, 0,025 de diamètre, et se trouve aujourd’hui au cabinet des antiques de la Bibliothèque Impériale. L'analyse du métal dont il est composé a prouvé que c'était un alliage, en portions égales , de cuivre, de zine et de plomb calciné.
L'emploi des coins de bronze rendait le monnayage des anciens beaucoup plus rompt qu’il ne l'est aujourd’hui, On se servait de la gravure au touret comme pour les camées, et tous les coins des médailles grecques qui nous sont parvenus ont été travaillés selon ce procédé ; il en est de même pour les consulaires des trois métaux, celles du Haut-Empire, et pour la plupart de celles du Bas-Empire jusqu’au cinquième siècle. C’est à cette époque seulement que commence l’emploi de la gravure au burin pour les coins : ce qui est facile à reconnaître en remarquant que le premier procédé, la gravure au touret, ne produit que des traits arrondis et jamais de traits vifs et arétés ; les lettres qu’elle forme ne sont jamais terminées par des traits carrés; deux éminences rondes, liées par un trait, en composent les jambages. Le burin produit, au contraire, des lignes droites, des arêtes vives, des lettres terminées par des traits carrés, commie on le voit sur nos monnaies. Cette diflérence dans la gravure des coins n’a pas été connue des faussaires qui, dans le siècle de la renaissance des arts, ont contrefait les médailles antiques. Ils en ont gravé les coins au burin, et c’est là un des caractères qui décèlent la supercherie. Depuis le règne de Constantin les medailles ont été frappées avec des coins d’acier et à froid ; dans les temps antérieurs les coins étaient de bronze, et l’on s’en servait en les revétant dun fort mandrin de fer, qui les faisait résister au choc le plus violent. Cette expérience a été encore faite de nos jours, et on est parvenu à imiter à s’y méprendre des médailles anciennes, en moulant un flan d’argent, et en le frappant à chaud au marteau avec des coins de bronze froids. JL est donc très-vraisemblable que les anciens fabriquaient ainsi leur monnaie. |
Sous la première race de nos rois les coins gravés au touret furent en usage, et ce n’est qu’à partir du règne de Charlemagne que l’on employa la gravure au burin, comme elle l'était déjà à Constantinople. Aïnsi, la fabrication des coins pour les médailles et les monnaies a suivi les progrès de la métallurgie et de.l’art de tremper les métaux pour les divers usages publics et domestiques.