COMBE — COMBINAISON
tetics (1836); À Treatise on the Physiological and moral management of Infancy (1840).
COMBINAISON , mot dérivé du latin cum, avec, et binare, accoupler, signifie l'assemblage de plusieurs choses deux à deux. Dans une acception plus étendue et plus usitée : toutes les manières possibles de prendre en nombre des quantités données. On peut combiner des nombres, des sons, des lettres, des notes de musique, des raisonnements, etc.: on dit les armées combinées de France et d’Espagne, les flottes combinées de France et d'Angleterre, etc.
L'homme possède la faculté de combiner ses idées, c’està-dire de joindre ensemble plusieurs idées simples qu'il a reçues par le moyen de la sensation et de la réflexion, pour en faire des idées complexes. En ce point, les bêtes sont inférieures à l'homme; car, quoiqu'’elles reçoivent et retiennent ensemble plusieurs combinaisons d'idées simples, il est à croire que jamais elles n’assemblent ces idées pour en faire des idées complexes. Les fous ont la faculté de combiner leurs idées dans le sens de leur folie. Ainsi, vous verrez un fou qui s’imagine être roi prétendre, par une juste conséquence, à être servi, traité en roi; mais les imbéciles ne sont capables d'aucune combinaison d'idées : ils ne raisonnent presque point. Bien que les idées simples existent en différentes combinaisons, l'esprit de l’homme qui raisonne a la puissance de considérer comme une seule idée plusieurs de ces idées jointes ensemble. Si l’esprit est purement passif à l’égard de ses idées simples, il ne l’est pas à l'égard de ses idées complexes : car, comme ces dernières sont des combinaisons d'idées simples jointes ensemble et unies sous un seul nom général, il est évident que l'esprit de l’homme prend quelque liberté en formant ces idées complexes. Ainsi, tel homme se fait de l'or ou de la justice une idée différente de celle qu'un autre à de ces deux choses, ce qui prouve que l’un n’admet pas dans son idée complexe des idées simples que l’autre a admises dans la sienne. La question est de savoir laquelle de ces combinaisons est conforme à la réalité des choses. La connexion bizarre de certaines idées qui paraissent contradictoires est chez les hommes une combinaison souvent plus forte que leur raison; elle est spontanée, involontaire, irrésistible, Tel est l'effet qu'éprouve un musicien en entendant les premières notes d’un air qu’il est accoutumé à chanter : aussitôt les diverses notes se combinent dans son esprit, et involontairement ses doigts se promènent sur le clavier pour achever la mélodie. Cette combinaison involontaire donne lieu à la plupart des sympathies et des dégoûts.
Il est des mots qui emportent avec eux une combinaison d'idées compliquées. Parricide, par exemple, entraîne l'idée d’un assassinat, combinée avec celle d’un fils et d’un père. Les mots sacrilége, inceste, adultère, renferment une combinaison analogue d’idées. Pour certains mots, quoique ce soit l'esprit qui forme cette combinaison, le nom est, pour ansi dire, le nœud qui tient étroitement liées ensemble ces idées combinées. Bien que l'esprit de l’homme, en formant ses idées complexes des substances, telles que végétaux , métal, fonde le plus souvent cette union sur la nature même des choses, cependant le nombre d'idées qu’il combine dépend de la différente application, sagacité ou fantaisie de celui qui forme cette espèce de combinaison.
Rousseau à dit : « Le faux est susceptible de mille combinaisons , mais la vérité n’a qu’une manière d’être. » Les matérialistes veulent expliquer l’harmonie du monde par les combinaisons de la matière.
Partant de cet axiome, que le principe d'unité suffit pour tout expliquer dans Part d'écrire, M. Jules Pierrot fut amené, dans ses Leçons d’Éloquence française, à étudier les diverses modifications de unité, et à rechercher toutes les influences qui pouvaient se combiner pour la produire. Or, ces influences sont le dessein particulier de l’auteur, l’in-
fluence de ses idées, de ses goûts, de ses sentiments personnels. Ces influences s’alliant en un même sujet, de leur combinaison dérive tout ce qui peut entrer dans le style, tout ce qui peut le modifier. Aux influences individuelles de l’auteur se joignent les influences extérieures des mœurs el des institutions nationales : de là de nouvelles combinaisons de style, de nouvelles formes de composition, etc. Ce système se concilie parfaitement avec celui de Condillac, fondé sur le principe de la liaison des idées : inversions, arrangement des mots, combinaison des phrases incidentes et principales, tout se règle suivant ce principe pour produire à la fois, dans la fidélité de l'expression, la correction, la clarté et la force. Les genres de style ne se classent pas, ils se combinent entre eux. Si la perfection absolue du style consiste dans la clarté, la précision, la correction, la justesse, la richesse, l'élégance, l'énergie, etc., c’est par l’heureuse combinaison de ces qualités que les grands auteurs de tous les temps, Démosthène et Bossuet, Virgile et Fénelon, Tite-Live et Montesquieu, etc., se sont assis au premier rang. Restreindre la signification du style à la seule combinaison des mots estun abus de langage ; l'appliquer à l’ensemble de la composition est une extension exagérée : la véritable fonction du style se borne à la représentation des idées conçues et préparées par l'esprit. Le style, considéré dans son libre essor et dans ses plus brillantes combinaisons , n’a jamais pour objet que la traduction exacte des idées, etc. L'art des combinaisons de style est le premier de tous avec une littérature vieillie, dans laquelle on ne peut rien inventer, mais où l'on cherche à tout renouveler par les formes. Dans Notre-Dame de Paris, dans les piquants écrits de Charles Nodier, il y a d'heureuses et d’originales combinaisons de style. Chateaubriand, Villemain et notre Béranger sont, parmi nos littérateurs modernes , de très-habiles gens en fait de combinaisons de style.
La science historique repose non-seulement sur la connaissance des faits, mais sur la manière de les grouper, de les combiner. Les discours sur l'Histoire universelle de Bsssuet, les ouvrages de Montesquieu et de Gibbon su. la Décadence romaine , sont des modèles en ce genre. L'art de combiner les faits pour en tirer des conclusions philosophiques a donné un caractère tout particulier aux écrits de M. Aug. Thierry et aux leçons historiques de M. Guizot. Chaque jour les auteurs de drames et de romans qui sont en possession de fournir nos théâtres et nos cabinets de lecture enfantent de nouveaux titres sans inventer une seule combinaison nouvelle pour le plan, la conduite de l’action et le développement des caractères. Des génies créateurs tels que Lope de Vega, Shakspeare, sont peut-être les seuls qui aient imaginé quelques combinaisons dramatiques un peu nouvelles : encore, à y regarder de bien près, ne verrions-nous en eux que les heureux imitateurs de quelques obscurs devanciers aujourd’hui totalement oubliés.
Combinaison politique indique une mesure qui se combine avec une ou plusieurs autres, et qui a pour objet d’en favoriser ou d’en neutraliser les effets : ainsi, dans un gouvernement représentatif, la combinaison des pouvoirs à tout à la fois pour objet de seconder réciproquement l’action légale des uns et des autres, et de réprimer leurs empiétements respectifs. Dans l’hustorre romaine, l'institution du cens ou dénombrement par le roi Servius Tullius offre l'exemple d’une admirable combinaison politique. La division du peuple en classes, selon la fortune, l'égalité primitive de l'impôt par tête, abolie pour faire place à la proportion entre la fortune et le tribut imposé par l’État, furent pour la multitude des pauvres un bienfait réel; mais sous ce bienfait était une combinaison profonde, qui eut pour résultat de neutraliser l'influence des dernières classes du peuple dans les délibérations politiques. Quand Marius ap-
pela au service militaire les prolétaires, qui en étaient exempts depuis le règlement de Servius Tullius, il y eut de sa part une combinaison politique dans un sens contraire. Il invoquait l'égalité républicaine pour appeler tous et chacun à servir la patrie; mais son but était de donner des armes aux derniers citoyens, afin de se mettre en état d’humilier et d’asservir à leur tête la classe des patriciens et le parti du sénat. Ce qui distingue entre bien d’autres le consulat de Cicéron, c’est une combinaison politique ayant pour but de constituer comme un troisième ordre dans l'État la classe intermédiaire des chevaliers, et de les opposer à ces patriciens ambitieux qui stipendiaient des masses populaires pour s'élever au pouvoir. Le gouvernement qui s'était introduit en France le 7 août 1830, à la suite des journées de Juillet, semblait reposer sur une combinaison politique analogue : tout pour et par la classe moyenne.
Dans le langage constitutionnel}, rien ne s'emploie si fréquemment que ces mots combinaison législative, combinaison électorale, combinaison ministérielle, c'est-à-dire formation d’un cabinet; en effet, dans ce siècle éminemment politique, on met en tout de la combinaison politique. Charles Du Rozorr.
COMBINAISON (Chimie). Ce mot s'applique et à l'action par laquelle les atomes de plusieurs corps s’unissent pour former un nouveau corps, et au résultat de cette action : dans ce dernier sens, il est synonyme decomposé. Toute combinaison dépend de l'attraction moléculaire connue sous le nom d’affinité. Mais cette unique force ne suffit pas toujours pour opérer une combinaison. Ainsi deux corps solides mis en contact ne donnent lieu à aucune action chimique appréciable ; en les réduisant même en poudre fine, on n’opère qu’un mélange plus ou moins grossier, C’est que, quelle que soit l’affinité de ces corps, elle n’est pas assez grande pour vaincre la cohésion qui unit leurs molécules respectives. Maïs si, employant la chaleur à surmonter cette dernière force, on amène les deux corps ou seulement l’un d’eux à l’état liquide ou gazeux, l’affinité n'ayant plus à surmonter la même résistance s'exerce avec toute son énergie. Aussi les anciens disaient-ils : Corpesa non agunt nisi sint soluta, voulant exprimer que l’éit solide des corps est un obstacle à leur combinaison.
On comprend que la chaleur favorise la combinaison des corps solides, puisqu’en écartant leurs molécules, elle les arrache à l'influence de la cohésion. Mais en dehors de cette action mécanique, il faut bien reconnaître à ce fluide une action chimique ; car il produit le méme effet sur les gaz, où la cohésion estnulle : ainsi un mélange de deux volumes d’hydrogène est d’un volume d'oxygène à la température ordinaire ne donne lieu à aucune réaction, tandis que ce mélange porté au rouge se.transforme subitement en eau. Cette propriété de la chaleur peut sembler contradictoire avec celle qu’on lui connaît de décomposer les corps. Mais cette contradiction n’est qu’apparente : la chaleur facilite les combinaisons en surmontant la cohésion; elle cause les d écompositions en surmontant l’affinité.
La chaleur n’est pas l’unique agent qu'emploie l’art ou la nature pour former des combinaisons, Comme elle, et plus qu'elle peut-être, l'électricité préside aux réactions chimiques. La lumière exerce aussi une influence plus limitée, il est vrai, mais incontestable. Pour en donner un exemple, on peut mettre de l'hydrogène et du chlore dans un flacon : si ce flacon est dans l'obscurité, on n’observe rien ; à la lumière diffuse, les deux ga se combinent en quelques heures ; à la lumière directe des rayons solaires, la combinaison est instantanée et annoncée par une détonation. Comme il n'y à ordinairement ni électricité ni lumière sans chaleut, on pourrait croire que c’est ce dernier fluide impondérable que l'on doit considérer comme cause immédiate des combinaisons ; mais on peut facilement s'assurer que les rayons lumineux, abstraction faite de la chaleur qui lés