‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 87 sur 607 · COME — COMEDIE · texte numérisé non relu

COME — COMEDIE

lait les mystères, ces pieuses représentations qui réjouirent si longtemps nos aïeux. Du temps de Corneille, et longtemps encore après lui, les tragédies portaient le nom de comédies. On disait la comédie du Cid, la comédie de Cinna, la comédie de Phèdre. « Les comédies de Corneille, dit le P. Bouhours, ont un caractère romain et je ne sais quoi d’héroïque qui leur est particulier; les comédies de Racine ont quelque chose de fort touchant, et ne manquent guère d’inspirer les passions qu’elles représentent. » Me de Sévigné se sert aussi de cette expression, qui a continué jusqu’à nos jours d’être employée comme terme générique et synonyme de spectacle, représentation, théâtre. .

Le Dictionnaire de l'Académie définit la comédie : « poëme dramatique, pièce de théâtre où l’on représente une action que l’on suppose ordinairement s’être passée entre des personnes de condition privée, et où l’on a pour objet de plaire soit par la peinture des mœurs et des ridicules, soit par des situations comiques. » Suivant Marmontel, « c’est l’imitation des mœurs mise en action : imitation des mœurs, en quoi elle diffère de la tragédie et du poëême héroïque ; imitation en action, en quoi elle diffère du poème didactique moral et du simple dialogue ». Boursault et plusieurs autres après lui ont défini la comédie « un poëme ingénieux, fait pour reprendre les vices et pour corriger les mœurs par le ridicule ». Cette dernière définition se rapproche davantage de celle d’Aristote, qui, jugeant du but de la comédie par ce qu’elle avait été jusqu’à lui, dit qu’elle est une imitation, une peinture des mœurs des plus méchants hommes, en ce qu’ils offrent surtout de ridicule ; en d’autres termes, que « c’est une imitation du mauvais, non du mauvais pris dans toute son étendue, maïs de celui qui cause la honte et produit le ridicule ». Mais Corneille, qui n’admet point cette définition, étend davantage le domaine de la comédie, en ne le bornant point au ridicule. Il y admet tous les personnages, même les rois, qui ne semblaient justiciables que de la tragédie, et ne veut point que l’on donne ce dernier nom à une intrigue d’amour, quels qu’en soient les héros, ou même à une action où il s’agit des intérêts d’un État, s’il ne s’y mêle du pathétique et un danger véritable pour quelqu’un des personnages de la pièce. II soutient qu'un poëme où il n’y a bien souvent d'autre péril à craindre que la perte d'une maîtresse n’a pas droit de prendre un nom plus relevé que celui de comédie ; mais pour les cas dont nous venons de parler, où les héros de la pièce seraient des rois ou d’autres personnages considérables, il propose de joindre à ces mots l’épithète d’héroïque. Dacier défend la première opinion, en maintenant que la comédie ne souffre rien de grave et de sérieux, à moins que l’on n’y attache le ridicule, « parce que, dit-il, le comique et le ridicule sont l'unique caractère de la comédie ». Enfin, selon Picard, « la comédie est l’image en action des caractères, des mœurs des hommes, et d'incidents ridicules, plaisants ou intéressants ». Cette définition a l'avantage de convenir à toutes les variétés de comédies. |

On croit généralement que la comédie n’a pris naissance qu'après la tragédie, C’est l'opinion d'Horace, dans son Art poétique ; c’est aussi celle de Boileau dans limitation française qu’il nous a donnée de ce poëme :

Des succès fortunés du spectacle tragique,

Dans Athènes naquit la comédie antique;

Là le Grec, né moqueur, par mille jeux plaisants, Distilla le venin de ses traits médisants,

Aristophane, qui florissait dans le cinquième siècleavant J.-C., et qui fut contemporain de Périclès, d’Alcibiade, d'Euripide et de Socrate, passe également dans l'esprit du plus grand nombre pour l'inventeur de la comédie. Mais la Grèce eut des auteurs épiques et des auteurssatiriques avant d’avoir des auteurs tragiques ou comiques, genres qui n'étaient peut-

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