‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 89 sur 607 · COMÉDIE — COMÉDIEN · texte numérisé non relu

COMÉDIE — COMÉDIEN

Is n’étaient cependant pas admis à décider du mérite et du choix des ouvrages qu'ils devaient représenter. Telle était la

passion des Grecs pour le théâtre, que, les habitants d’Abdère

ayant vu jouer Archélaüs, plusieurs d’entre eux se firent comédiens. A Rome, où l’on faisait peu de cas des jeux scéniques , les comédiens étaient réputés infâmes et déchus de tous les droits de citoyen, parce qu’ils étaient esclaves, et non à cause de leur profession. En effet , les jeunes Romains qui jouaient publiquement les petites pièces nommées atellanes , interdites aux comédiens , servaient dans les légions, donnaient leurs suffrages dans les tribus, et ne pouvaient être forcés de quitter leur masque sur le théâtre. Pour relever l’état des comédiens, qui ne furent d’abord que des histrions, Livius Andronicus joua dans ses propres ouvrages, et plusieurs poëtes dramatiques imitèrent son exemple. Les Romains payaient magnifiquement leurs comédiens : Æsopus laissa deux millions et demi de fortune; Roscius recevait 75,000 fr. par an; et Jules César en donna plus de 60 mille à Labérius, auteur d’une pièce dans laquelle il voulait le décider à jouer. Mais en général le peu de goût des Romains pour les représentations dramatiques ajoutait à leurs préventions contre les comédiens. Chez les Anglais, plus nobles rémunérateurs des talents, les cendres de Shakspeare et de Garrick reposent auprès de la sépulture des rois.

Tant s’en faut que les comédiens aient été en France traités aussi splendidement. Le concile d’Arles de l’an 315 les déclare excommuniés aussi longtemps qu'ils exerceront leur profession, tandis qu’à Rome ils ne sont pas frappés du même anathème. Aussi, les comédiens italiens venus en France à diverses époques , depuis près de trois siècles, loin d’être exclus de la communion des fidèles, ont-ils été souvent membres de la confrérie du Saint-Sacrement, et a-t-on vu à Paris Arlequin, Scaramouche, Pantalon et Scapin (en habit de ville à la vérité) tenir les cordons du dais à la procession. Toutefois, les chanteurs et les‘danseuses de l’Académie de Musique et de l’Opéra-Comique n'étaient pas excommuniés, parce que, littéralement parlant, ils ne sont pas comédiens. Ainsi, par un déplorable abus de mots, les foudres du Vatican frappaient le martyr Polyeucte, le saint pontife Joad, la chrétienne Zaire, le vertueux Bayard, et épargnaient le Pierrot de la foire et la Vénus de l'Opéra. Jamais Louis XIV, qui aimait Molière et jouait lui-même la comédie, jamais les parlements, si rigides, si vétilleux lorsqu'il s'agissait du maintien de leurs droits, n’élevèrent de réclamations contre ce ridicule anathème. La fière Clairon ayant fait un mémoire à consulter sur ce sujet, son avocat fut aussitôl rayé du tableau et réduit à se faire comédien, Vivant comme des parias au milieu de la société, privés de tous les droits civils, obligés, quand ils portaient un nom plus ou moins connu, de le changer contre un nom de guerre ou de théâtre en saint, en val, en ville, pour ne pas déshonorer leur famille, les comédiens de province, par une insouciance complète, par une liberté effrénée, par des mœurs dissolues, se consolaient des désagréments et des affronts attachés à leur métier.

Dans un café de Paris, rue des Boucheries-Saint-Honoré jadis, puis rue de l’Arbre-Sec, rue des Vieilles-Étuves, et aujourd’hui dans le jardin du Palais-Royal, on voyait autrefois, et l’on voit encore chaque année, à Pâques, accourir de tous les coins de la France des comédiens et des comédiennes de tout âge, de toute taille, de tous les genres, déclamant, chantant et dansant, pour se vendre à l'enchère ou au rabais, suivant le degré de leurs talents réels ou imaginaires. Souvent, pour avoir un premier rôle passable , il faut engager la vieille duègne dont il est Pamant ; et pour se procurer une-première chanteuse , s’embarrasser d'un mauvais confident dont elle ne veut pas se séparer, Si, par hasard ou par curiosité, un comédien de Paris, un comédien de $. M., tombe au milieu de ce bazar tout plein de fredonne-

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COMÉDIEN

ments, de forfanteries et de tutoiements familiers, il affecte un air de grandeur et de pitié, et se croit d’une espèce supérieure à celle de tous ces nomades. Qu’était-il cependant lui-même avant la révolution de 17892 L'obligation de venir annoncer tous les soirs le spectacle du lendemain l'entretenait dans une sorte de respect envers le public, devant lequel il lui fallait baisser la tête et courber le dos. Un joug, plus honteux, plus insupportable, pesait sur lui : c'était celui des gentils-hommes de la chambre du roi, qui, sans motifs, sans fondement , sans capacité, s'étaient arrogé le droit de juger les comédiens, les ouvrages et même les auteurs; de punir arbitrairement les premiers et d’exclure les autres. M!!°Sainval aînée fut exilée par lettre de cachet, parce que M”° Vestris, sa rivale, était la maitresse du maréchal de Duras. Mle Sainval cadette fut également sacrifiée à M'° Raucourt, qui avait aussi pour amant un haut personnage. Messieurs les gentils-hommes de la chambre étaient aux théàtres royaux comme un sultan au milieu d’un harem. 1789 rendit aux comédiens leurs droits et leur liberté. Quelquesuns en abusèrent, à Paris et dans les départements. La liste en serait trop longue, et il est inutile de troubler la cendre des morts. Esclaves du pouvoir, puis du parti révolutionnaire, ils retombèrent successivement sous la férule des chambellans de Bonaparte, des gentils-hommes de la Restauration et des commissaires du gouvernement. Cependant, ils ont recouvré leurs droits civils , ils montent la garde comme nous. L'Église seule a persisté longtemps à les exclure de son sein, et l'on n’a pas encore oublié les scènes scandaleuses qui affligèrent les funérailles de la danseuse Chameroy, de la tragédienne Raucourt , et de Philippe de la Porte-Saint-Martin. Aujourd’hui le catholicisme s'étant fort humanisé avec eux, beaucoup de comédiennes se sont faites dévotes, et d’illustres noms dramatiques inscrits sur bon nombre de chaises et prie- Dieu de Saint-Roch et de Notre-Dame de Lorette prouveraient aisément aux plus incrédules que nous n’avançons à cet égard rien que nous ne soyons en mesure de prouver. Que voulez-vous? À Paris plusieurs de ces messieurs et de ces dames sont fort riches , ils ont des appointements de généraux , d’aniraux, de ministres, d’ambassadeurs, et sont plus charitables, plus généreux , les femmes surtout, que beaucoup de millionnaires.… H. AUDIFFRET.

COMEDIEN (Ornithologie). Voyez Bision.

COMESTIBLES. Quoique ce mot soit dérivé du verbe latin comedere, manger, nous devons comprendre dans le nombre des comestibles plusieurs substances alimentaires qui n’exigent pas l’acte de la mastication. En effet, le vin, la bierre, le lait, le cidre, les solutions gélatineuses, albumineuses, sucrées , l’'osmazôme, etc., concourent à la nutrition, principalement chez l’homme et chez les êtres des classes les plus élevées parmi les animaux (voyez Ai- MENTS).

L'homme fait indifféremment servir à sa nourriture les animaux , les plantes et même quelques substances du règne minéral, qui semblent plutôt jouer le rôle de condiment et d’excitatif dans l’organisation, que de vrais nourriciers : {els sont le chlorure de sodium ( sel marin ) et l’eau. Plutarque , et après lui plusieurs autres philosophes, à la tête desquels il faut placer l'éloquent Rousseau, ont dit que l’homme n’était devenu carnivore que par un funeste écart des lois de son organisation; mais cette prétendue aberration et toutes ces éloquentes déclamations des philosophes spéculatifs ont été réduites à leur juste valeur par la seule inspection anatomique de l'appareil digestif, qui chez l’hoinme offre une structure complexe et évidemment destinée à l’ingestion des matières animales et végétales : cet appareil Semble le destiner à l’omnivorisme. Chez les hommes, les goûts, le caprice et souvent la nécessité règlent les proportions dans lesquelles les matières végétales et animales peuvent être employées dans l'alimentation. On a peut-être beaucoup trop exagéré la préférence à donner aux uns ou

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