‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 94 sur 607 · COMICES — COMINES · texte numérisé non relu

COMICES — COMINES

par le coucher du soleil. A partir de la loi rendue par Publilius Volero (442), les tribuns et les édiles de la plèbe, postérieurement aussi les édiles curules, les questeurs et tous les magistrats inférieurs furent élus dans les comices par tribus,

Ces assemblées prirent part aussi plus tard à l'élection des prêtres, sous la présidence du grand pontife. Elles furent fréquemment et de bonne heure prises pour tribunaux par les tribuns et les édiles, qui s’y portaient aceusateurs. Pour la législation, tant politique que civile, les comices par tribus ont eu bien plus d’importance que les comices par cenfuries; ce qui s'explique et par la position des tribuns et par le caractère démocratique que leur donnaient les éléments dont ils étaient composés et les libertés plus étendues dont ils jouissaient.

Au temps des empereurs, la puissance législative du peuple se trouvant anéantie, les comices ne furent plus qu’une comédie, et finirent même par disparaître complétement. Ils avaient partagé avec César l'élection des magistrats; Auguste la leur rendit entièrement, mais Tibère ordonna que l'élection se fit au sénat et fût seulement proclamée devant les comices (renunciure). Caligula rendit, il est vrai, l’élection au peuple; mais ce fut là un accident passager. Un an après on remeltait en vigueur le mode imaginé par Tibère, et ainsi constitués les comices subsistèrent encore jusqu’au troisième siècle. La dernière trace de leur participation à la législation se trouve sous Trajan.

En France le coùp d’État du 2 décembre 1851, en rétablissant le suffrage universel, fit entrer l’expression de comices dans notre langage politique. C’est ainsi qu'on nomma les assemblées d’électeurs appelés à sanctionner par oi ou par non le nouvel état de choses.

COMICES AGRICOLES et SOCIÉTÉS D’AGRICUL- TURE. Les comices agricoles sont des associations libres formées dans le but de favoriser les progrès de l’agriculture. Ils se distinguent des sociétés d'agriculture en ce sens que celles-ci s’occupent de préférence de l’examen et de la discussion des théories agricoles, tandis que les comices s'appliquent plus spécialement à faire passer ces théories dans Je domaine des faits, quand leur valeur scientifique a été constatée. Le principal moyen d’action dont disposent les comices consiste à primer, avec les ressources provenant des souscriptions annuelles de leurs membres et des subventions de l'État ou du département, les améliorations agricoles de toute nature, comme l'emploi des charrues perfectionnées, l'élève intelligent du bétail, le croisement des races indigènes, l'introduction des bonnes races étrangères, la pratique des assolements raisonnés, les prairies artificielles, lesirrigations, la bonne tenue des fermes, etc. Quelques comices donnentdes prix aux meilleurs laboureurs, aux bergers, aux valets de ferme les plus laborieux et les plus honnêtes. Un petit nombre publient des ouvrages spéciaux, notamment des catéchisnes agricoles.

L'origine sinon des comices au moins des sociétés d’agriculture est antérieure à 1789. Quelques comices furent créés, puis supprimés dans la période révolutionnaire. Après des vicissitudes diverses, cette utile institution s'établit définitivement en France il y a une trentaine d’années, et depuis elle n’a cessé de s'étendre et de se développer. Au 31 décembre 1852 on comptait dans nos 86 départements 425 comices et 133 sociétés d'agriculture, en tout 458 associations agricoles. Les 11 départements qui en possédent le plus sont les Côtes-du-Nord (38); Ille-et-Vilaine (21);la Sarthe (20); le Finistère (19); le Morbihan (17); le Cantal (16); la Dordogne (15); la Côte-d'Or et l'Aveyron ({2) ; la Gironde (8). On

voit que c’est surtout dans les départements de l’ouest,

où la propriété est le moins morcelée, que l'institution a fait les progrès les plus rapides. En 1866, le nombre des comices ou sociétés agricoles qui existaient en France dépassait 800.

du 20 mars 1851, qui a organisé les divers degrés de la représentation agricole. Cette loi dispose : 1° qu’il sera établi un ou plusieurs comices agricoles dans chaque arrondissement ; 2° que les propriétaires, fermiers et colons de la circonscription pourront en faire partie, s'ils sont âgés de vingt et un ans, avec faculté pour les comices d'admettre dans leur sein d’autres personnes dans la proportion du dixième de leurs membres ; 3° que les règlements des comices seront approuvés par le préfet et leurs circonscriptions arrêtées par le conseil général; 4° qu’ils seront chargés du jugement des concours et de la distribution des primes et autres récompenses.

L'article 6 de la même loi les chargeait d’élire les membres des chambres d'agriculture; mais, aux termes du décret du 25 mars 1852, ces membres sont aujourd’hui nommés par les préfets.

Ces magistrats laissent habituellement, et avec raison, la plus grande latitude aux comices pour la rédaction de leurs règlements. Ils se bornent à constater que l’intéret agricole est véritablement le seul objet des travaux de l’association, que la circonscription est bien celle qui a été détermainée par le conseil général, que l’entrée du comice est ouverte à toutes les personnes désignées par la loi ; enfin que le chiffre de la cotisation n’est pas trop élevé.

Le plus grand nombre des comices reçoivent une subvention de l’État ; le département y joint quelquefois la sienne, Le chiffre de ces subventions est déterminé par l'étendue de la circonscription de l'association et par l’importance de ses travaux. Les comices subventionnés doivent justifier de l’emploi des sommes ainsi mises à leur disposition par l'envoi annuel à l’autorité d’un compte rendu de leurs opérations. D'un autre coté, les inspecteurs de l’agriculture ont mission, dans leurs tournées, de se mettre en rapport avec leurs membres, de vérifier sur les lieux l'effet des encouragements donnés par leurs soins, de s'assurer que les prix et les primes ont été judicieusement distribués, et de leur faire connaître sur les questions agricoles à l’ordre du jour la pensée de l’autorité supérieure. Les rapports de ces fonctionvaires sont unanimes à constater l’heureuse influence de l'institution des comices. A. LEGOYT.

COMINES (Puits DE LA CLITE, sire pe ), naquit en 1445, au château de Comines, aujourd’hui ville très-marchande, moitié française moitié belge, située à 13 kilomètres nord de Lille. Issu d’une famille ancienne et distinguée, élevé à la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, compagnon des plaisirs du jeune Charles le Téméraire , il était appelé , selon son expression, à voguer sur la grande mer des affaires humaines ; mais il finit par essuyer La tempeste. On n’a jamais su positivement les motifs qui le portèrent à quitter, en 1472, le service de la maison de Bourgogne pour s’attacher au roi Louis XI. Si l’on s’en rapporte à une tradition populaire , Comines se trouvant à la chasse avec le Téméraire, le prince lui aurait commandé de lui ôter ses bottes; et Comines, abusant de sa familiarité, auraït réclamé du duc le même service ; sur quoi celui-ci, irrité de ce manque de respect, l’aurait frappé de sa botte à la tête : d’où l’anecdote de la féfe bottée, rapportée par Jacques Marchand, et dont Walter Scott a tiré si bon parti dans son Quentin Durward. Elle paraît, du reste, tout à fait conforme au caractère brutal de Charles le Téméraire, et l’on ne voit pas trop pourquoi on ne l’admettrait pas tout simplement, au lieu de se jeter dans des conjectures à perte de vue pour expliquer cette défection. Dans tous les cas, un homme prudent, réfléchi, modéré comme le sire de Comines, devait tôt ou tard se lasser de servir un maître violent et grossier tel que le Bourguignon. Louis XI, au contraire, malgré son caractère absolu , était assez disposé à écouter les conseils ; il faisait cas des politiques sages et réservés ; habile à flatter lamour-propre des hommes de mérite, il savait surtout les récompenser.

Quoi qu’il en soit, dès le temps de la fameuse affaire de Péronne, Comines parait s’être montré fort bien disposé pour Louis XI. Il adoucit de tout son pouvoir les premiers transports de la colère de Charles, qui semblait avoir conçu les plus sinistres projets contre la vie de son prisonnier, et qui les aurait exécutés peut-être si le roi n’eût eu quelque amy qui l’assurât qu’il n’aurait « nul mal s’il consentoit à jurer la paix et à suivre Charles contre les Liégeoïis ; mais qu’en faisant le contraire il se mettoit en si grand péril que nul plus grand ne lui pourroit advenir ». Ainsi s'exprime Comines dans ses mémoires, et personne n’a douté que cet amy ne fût l'historien lui-même. Certes on ne peut accuser celui-ci de trahison envers le duc de Bourgogne (dont il était chambellan) pour l'avoir empêché de se déshonorer en aftentant à la vie du roi de France. A Péronne encore il refusa les présents que l'usage du temps permettait aux seigneurs bourguignons d'accepter de celui qui, dans la hiérarchie féodale, était le suzerain de leur duc. Ce désintéressement était d'autant plus méritoire de la part de Comines, qu’il s'était ruiné au service de Bourgogne. Mais Louis XI exerça sur lui une séduction plus noble, celle de la haute estime qu’il témoigna pour le jugement profond, les connaissances littéraires et l’habileté politique de l'historien futur de son règne. |

Quatre ans après le traité de Péronne, Comines se donna sans réserve à Louis XI (septembre 1472) : il devint un de ses conseillers les plus intimes et les plus précieux, parce qu’indépendamment de sa grande habileté dans les affaires, la connaissance personnelle qu’il possédait des secrets de son ancien maître le mettait à même de donner à chaque instant des avis bien utiles. Le roi le fit, dès son arrivée à sa cour, conseiller et chambellan , prince de Talmont , seigneur d’Argenton, sans compter le don de terres , de pensions, la main d’une riche héritière de Poitou, etc. Il eut en outre part à la dépouille de plusieurs seigneurs proscrits. Enfin, celui que, comme historien, on a comparé au vertueux Tacite siégea, sous un autre Tibère, parmi les commissaires qui condamnèrent, par ordre, l’infortuné duc de Nemours, Jacques d’Armagnac.

A la mort de Charles le Téméraire (1477), le roi, se défiant de Comines pour les affaires de Flandre, l’éloigna de sa personne pour une mission insignifiante en Bretagne et en Poitou. Lors de l’occupation du duché de Bourgogne par les troupes royales, Comines prouva que son obéissance pouvait avoir d’honorables limites. Des lettres écrites par lui à des bourgeois de Dijon furent suivies d’une disgrâce ; mais le roi, trop judicieux pour se brouiller entièrement avec un homme qui tenait en main le burin de l’histoire, l’envoya à Florence, afin deprotéger les Médicis contre la faction des Pazzi, que soutenait le pape Paul II. L'Italie était alors un foyer d’intrigaes politiques : Comines n’y parut pas embarrassé; il obtint un plein succès dans son ambassade, et Laurent de Médicis remercia Louis XI de lui avoir envoyé un homme d’État aussi sage (1478, 1479). De retour en France , il parut avoir recouvré les bonnes grâces du roi, qui après une longue maladie, dans laquelle son chambellan le soigna et le servit alentour de sa personne comme valet de chambre , alla passer sa convalescence au château d’Argenton.

Louis XI étant mort en 1483, Comines fut nommé par les états généraux et par la cour membre du conseil de régence ; mais, ayant pris part aux divers complots des princes, il fut arrêté par ordre de la régente, Anne de Beaujeu, et passa en prison trois années, sur lesquelles il fut huit mois à Loches, enfermé dans une des cages de fer qu'avait inventées pour ses victimes Louis XI, ou plutôt le cardinal de la Balue, « Plusieurs les ont maudites, dit Comines en ses mémoires, et moy aussi, qui en ay tasté soubs le roy d'à présent, » Son procès lui fut fait en 1488, devant le parlement de Paris : aucun avocat ne voulut se charger

COMINES

de sa cause; il la plaida lui-même, et n’en fut pas moins condamné à l'exil dans une de ses terres, et à la confisca-. tion du quart de ses biens. C'était perdre comme il avait acquis, et à cet égard on ne saurait le plaindre. Son exil ne dura pas longtemps, car dès l’année 1490 on le voit employé par la cour à des négociations. Trois ans après il signe comme plénipotentiaire le traité de Senlis entre Charles VIII et le roi des Romains Maximilien. Lors de l'expédition du premier en Italie, il est laissé en qualité d’ambassadeur à Florence. C’est de là que Comines vit se former l'orage qui allait fondre sur la tête de Charles VIN, qui s’endormait à Naples. Il l’avertit assez à temps, non pour conserver cette conquête, maïs pour sauver l’armée. Ici se place la journée de Fornoue, où Comines fit bravement sa partie auprès du roi, à qui il prêta son manteau, | Toutefois, il jouissait d’un assez mince crédit : il avait contre lui les préventions du jeune monarque et les défiances des ( ministres ; il avait à part lui les craintes et les regrets d’une ambition déçue. « Ses affaires avoient été telles au commencement de ce règne, dit-il dans ses mémoires, qu’il nosoit point s’entremettre. »

Ce fut bien pis encore sous le règne suivant : Comines s'était compromis pour le nouveau roi, avec lequel il avait été aussy privé que nul aultre personne; mais Louis XII ne se souvint point fort des obligations du duc d'Orléans, et l'homme d’État délaissé occupa son loisir forcé en se faisant historien. Il n’avait que cinquante trois ans. L'activité 1 de son esprit était prodigieuse : comme César, au rapport de Matthieu d’Arras, son contemporain, il

PE

Dictait à quatre en même temps,

« avec autant de facilité et promptitude que sil eût devisé ». Il mourut le 16 août 1509, à Argenton; son corps fut transporté à Paris et inhumé dans une chapelle des Grands-Augustins. On remarquait sur son tombeau un globe en relief et un chou cabus, avec cette devise : Le monde n’est qu'abus (nait cabus). Ronsard lui a fait une épitaphe qui se termine ainsi :

Retourne à ta maison, et conte à tes fils comme

Tu es le tombeau du premier gentil-homme

Qui d’un cœur vertueux fit à la France voir

Que c’est honneur de joindre aux armes le savoir. L

L'éloge était vrai ; seulement, Comines n’était pas le premier M gentil-homme qui eût uni le mérite littéraire aux qualités du | guerrier et du politique. II ne faisait que continuer l’exemple donné par les Joinville, les Ville-Hardouin, et suivi immédiatement après par les Montluc, les Du Bellay, les Brantôme et tant d’autres gentils-hommes qui nous ont légué des mémoires si précieux sur l’histoire de leur temps. L Quelque marquante qu’ait été la vie politique de Comines, » elle serait entièrement oubliée aujourd'hui s’il ne s'était immortalisé comme historien impartial, souvent même trop impassible, quoi qu’en dise Voltaire. Au tableau sincère qui: fait des vices, des fautes et des remords de Louis XI, il ne … manque qu’une chose, au dire de MM. de Barante et Villemain, c'est ce ton d’une indignation vertueuse qui donne 1 un caractère si profondément moral aux annales de Tacite, . On aurait d'autant plus tort d'accuser Comines de partialité, M que ni les bienfaits ni les injures n'ont influé sur ses jugements. Louis XI est bien le héros de ses mémoires ; mais l’auteur ne dissimule ni les fautes, ni les crimes, ni les pe= titesses de ce prince : c’est ce qui a fait dire à Pierre Naudé, que Comines l'avait peint avec la même liberté que ce prince. avait vécu : eadem libertate Ludovicum suum depinæxib qua ipse vixerat. Cet historien, comme il le dit lui-même, est l'homme du monde à qui Charles VIII ait ait le plus de rudesse, et cependant c’est lui qui a tracé de ce prince l'éloge le plus touchant : oncques ne fut, dit-il, meilleure créature. Comines parle peu de lui-même dans ses mé=

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