COMINES — COMITAT
moires, et par ce silence prudent il s’est affranchi de la nécessité de faire des aveux, des apologies ou des récriminations. Un des plus beaux morceaux de son livre est celui où il traite du pouvoir des rois : il y dit quelques vérités bien frappantes pour leur endoctrinement. Dans ses réflexions il se montre ami d’une sage liberté, ennemi des coups d’État et des caprices du bon plaisir. Il n'existe au- -cun ouvrage de politique plus applicable et plus pratique que celui de Comines. « Princes et gens de cour y trouveront de bons advertissements à mon advis, » a-t-il dit luimême. L'historien Pierre Matthieu en était si convaincu, qu’il a placé à la suite de son histoire du règne de Louis XI un recueil de maximes , jugements et observations de politique tirés de Ph. de Comines. Dans un livre d’Aphorismes sur la science du gouvernement, le savant Lambert Daneau a inséré les maximes d’un seul moderne, de Comines, parmi celles qu’il emprunte à Thucydide, Xénophon, Salluste, Tite-Live, Tacite. Juste-Lipse voulait que le livre de l'historien flamand devint le manuel des princes. Partout on y trouve , selon Montaigne, « de l’auctorité, de la gravité représentant son homme de bon lieu et élevé aux grandes affaires ».
Sous le rapport du style, Comines est comparable à Montoigne lui-même, et aucun historien du quinzième ni même du seizième siècle ne peut lui être comparé. Dans son livre, la langue française , sans avoir rien perdu de cette naïveté originelle qui plaît tant chez Froissard , son compatriote et son devancier, est plus précise, plus claire, plus noble. Aussi, de tous les historiens du seizième siècle, est-il le seul, avec Brantôme, qui se puisse encore lire avec plaisir. Comines, qui contribua si bien à rendre notre langue plus noble et plus régulière, possédait presque toutes celles de l'Europe; mais il ne savait ni le grec ni le latin, et dans son âge mèr il en témoigne un vif regret. Ce regret, gardons-nous bien de le partager : c’est à cette heureuse ignorance que nous devons le seul historien français de cette époque. Si Comines eût su le latin, il aurait sans doute, à l'exemple de tant d'auteurs contemporains, dédaigné d’écrire ses mémoires en langue vulgaire. Il serait advenu ce qui est arrivé à l'historien de Thou, qui, pour avoir cédé au goût exclusif de son temps, n’appartient point à notre littérature nationale , et n’est plus guère lu que dans des traductions imparfaites. Les mémoires de Comines, publiés pour la première fois en 1525, par le premier président Jean de Selves, ont été souvent réimprimés depuis, entre autres en 1747, par Lenglet-Dufresnoy, dont le texte a été entièrement reproduit dans la Collection de Petitot. De ces nombreuses éditions, toutefois, celle qui a été publiée dans ces derniers temps par M!€ Dupont pour la Société de l'Histoire de France est sans contredit la meilleure. Charles Du Rozom.
COMINGE ou COMMINGE. Voyez Bose.
COMIQUE,, du latin comicus, qui appartient à la comédie. Ce qualificatif s’applique aux hommes comme aux choses. On dit un poëte comique, un acteur comique, et Substantivement un comique, comme on dit : pièce comique, sujet comique, genre comique, style comique. Molière jouait mieux le comique ( c’est-à-dire le genre comique)
que le genre sérieux. C'était un excellent comique, comme acteur et comme auteur. Aristophane, chez les anciens, avait été surnommé le Comique, comme on appelait Homère de Poëte par excellence.
Comuque se dit adjectivement de tout ce qui est plaisant,
réatif, de tout ce qui excite le rire : visage comique, aventure comique. Scarron, auteur de mauvaises comédies, 8 écrit le Roman comique, qu'on peut lire encore avec plaisr. Le burlesque n’est pas toujours comique. La Bruyère a dit du genre comique : « Je n’approuve que le comique qui est épuré des équivoques, qui est pris dans la nature, qui fait rire les sages et les honnêtes gens. »
[Le comique se divise, suivant les mœurs qu’il peint, en
haut comique ou comique noble, en comique bourgeois et en comique bas.
Le comique noble, ou le haut comique, peint les mœurs des grands ; et celles-ci diffèrent des mœurs du peuple et de la bourgeoisie, moins par le fond que par la forme, Les vices des grands sont moins grossiers , leurs ridicules moins choquants : ils sont même, pour la plupart, si bien colorés par la politesse qu’ils entrent dans le caractère de l’homme aimable. Les prétentions déplacées et les faux airs font l’objet principal du comique bourgeois. Les progrès de la politesse et du luxe l'ont rapproché du comique noble, mais ne les ont point confondus. La vanité, qui a pris dans la bourgeoisie un ton plus haut qu’autrefois, traite de grossier tout ce qui n’a pas l'air du beau monde. C’est un ridicule de plus, qui ne doit pas empêcher un auteur de peindre les bourgeois avec les mœurs bourgeoises, Le comique bas, ainsi nommé parce qu’il imite les mœurs du bas peuple, peut avoir, comme les tableaux flamands, le mérite du coloris, de la vérité et de la gaieté. Il a aussi sa finesse et ses grâces, et il ne faut pas le confondre avec le comique grossier : celui-ci consiste dans la manière; ce n’est point un genre à part, c’est un défaut de tous les genres. Les amours d’une bourgeoise et l'ivresse d’un marquis peuvent être du comique grossier, comme tout ce qui blesse le goût et les mœurs. Le comique bas, au contraire, est susceptible de délicatesse et d’honnêteté, et donne même une nouvelle force au comique bourgeois et au comique noble lorsqu'il contraste avec eux.
Tels sont les trois genres de comique, parmi lesquels nous n'avons compté ni le comique de mots, si fort en usage dans la société, faible ressource des esprits sans talent, sans étude et sans goût, ni ce comique obscène, qui n’est plus souffert sur notre théâtre que par prescription , et auquel les honnêtes gens ne peuvent rire sans rougir, ni ce travestissement où le parodiste se traine après l'original pour avilir, par une imitation burlesque, l’action la plus noble et la plus touchante : genre méprisable, dont Aristophane est l’auteur. Mais un genre supérieur à tous les autres est celui qui réunit le comique de situation et le comique de caractère, c’est-à-dire dans lequel les personnages sont engagés par les vices du cœur ou par les travers de l’esprit dans des circonstances humiliantes qui les exposent à la risée et au mépris des spectateurs. Telle est, dans l’Avare de Molière, la rencontre d'Harpagon avec son fils, lorsque, sans se connaître, ils viennent traiter ensemble, l’un comme usurier, l'autre comme dissipateur. MaARMONTEL. |
On désigne sous le nom de premier comique l'acteur chef d'emploi à qui sont confiés, dans la comédie, les rôles plus spécialement destinés à provoquer le rire. C’est dans ces rôles que Poisson, Auger, Préville, Dazincourt, Dugazon et, plus près de nous, Monrose et Samson se sont acquis une juste renommée au Théâtre-Français, comme Devrient en Allemagne. L’invasion du drame et la disparition presque complète des anciens valets, personnages de convention sans doute, maïs jadis brillante partie du domaine des comiques, gênent de plus en plus leur marche et resserrent à chaque pas leur horizon. Pour eux il n'existe presque plus de répertoire En revanche, cet emploi est devenu dans les spectacles inférieurs l’élément des succès et des recettes : Brunet, Potier, Thiercelin, Vernet, Odry, ont laissé après eux dans Bouffé, Arnal, Levassor, Achard, Sainville, etc., etc., des héritiers qui auront aussi les leurs, Car encore sous ce point de vue la France est une terre féconde,
COMITAT (du latin comes, comte), c’est-à-dire comté. C’est ainsi qu’on appelle en Hongrie les divers arrondissements, ou bailliages (en allemand, gespanschaft ), jouissant chacun d’une administration à tous égards indépendante sous son comte. Cette organisation est fort ancienne, et avait à l’origine un but militaire, attendu qu'après la conquête
de la Pannonie par les Magyares (884) les châteaux qui s’y trouvaient ou ceux qu’on y bâtit furent concédés aux chefs militaires les plus influents, en même temps que tout le territoire avoisinant chacun de ces châteaux était placé sous sa dépendance; de là aussi le nom de var-megye, cercle du château, donné en hongrois à cette division territoriale. Le caractère militaire de cette institution s’est conservé *jusque dans ces derniers temps, en ce sens qu’en temps de guerre le comte ou burgrave était le chef légal du ban de la noblesse. En y comprenant les parties de la Transylvanie qu'une loi de 1836 y incorpora, la Hongrie comptait 52 comitats, d’étendue différente, sans que cette circonstance influât sur leurs droits politiques. Ainsi le petit comitat de Torna, qui ne comprend que 5 myriamètres carrés, et celui de Leptace, qui ne compte qu’une population de 30,000 Ames, envoyaient chacun à la diète deux députés, tout aussi bien que celui de Bihar, qui a 110 myriamètres carrés de superficie, et celui de Pesth, dont la population est de 600,000 âmes. L'ancienne délimitation des différents comitats a été conservée dans la nouvelie division territoriale entreprise par le gouvernement autrichien à la suite de la révolution de 1848 et 1849; seulement, les cercles dont dépendaïent les différents comitats ont subi de nombreuses modifications, pour des motifs soit militaires, soit purement administratifs.
Jusqu'en mars 1848 l’organisation des comitats de Hongrie fut tout à la fois aristocratique et libérale : aris{ocratique en ce sens que la noblesse seuleétait considérée comme ayant des droits politiques; libéral, en ce sens que dans tout ce qui avait rapport au comitat tous les nobles étaient investis de droits égaux. Tout noble d’un comitat y était électeur et éligible pour les différentes charges et fonctions, avait droit de siéger et de voter dans les assemblées générales convoquées tous les trimestres, de même que dans les petites assemblées réunies dans des occasions extraordinaires. Tous les trois ans l’assemblée générale élisait à la majorité des voix les divers fonctionnaires du comitat, de même que les députés à la diète, auxquels elle donnait ses instructions, et révocables du moment qu’ils avaient perdu la çonfiance de leurs mandataires. L'assemblée générale fixait en outre chaque année la contribution domestique, répartissait la contribution de guerre, surveillait les prisons et toute l’organisation de la police, organisait les logements militaires , et soutenait les tribunaux quand l'exécution de leurs décisions rencontrait quelque obstacle. C’est àelle aussi qu’étaient adressés les ordres du gouverneur général, qu’après examen elle faisait exécuter parles fonctionnaires compétents, ou bien contre lesquels elle protestait s’ils ne lui paraissaient pas conformes aux prescriptions de la loi.
C’est à cette organisation essentiellement indépendante qu’il faut attribuer la résistance que de tous temps la Hongrie opposa au despotisme du gouvernement autrichien, Aussi celui-ci s’efforça-t-il constamment d’affaiblir cette constitution des comitats. C’est ainsi qu’à partir de 1844 il essaya de substituer aux directeurs des comitats ( obergespane, grands-baillis) des administrateurs choisis et salariés par luimême. Malgré la vive résistance de l’opposition, 32 comitats avaient déjà reçu des administrateurs de cette espèce, quand les événements de mars 1848 vinrent mettre à néant cette innovation. La direction supérieure du comitat était légalement entre les mains du grand-bailli ( Obergespan ) nommé par le roi. Maïs dans onze comitats cette dignité était ou héréditaire dans certaines familles, ou attachée à certaines fonctions, par exemple dans le comitat de Pesth à la charge de palatin, et dans celui de Grân à la charge de primat. Par suite de cette circonstance et d’autres encore, la dignité de grand-bailli (obergespan ) avait fini peu à peu par devenir purement honorifique; et la direction des affaires du comitat était en réalité entre les mains du premier ou du second vice-bailli (vicegespan ),