‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 98 sur 607 · COMITÉ — COMITÉ DE LECTURE · texte numérisé non relu

COMITÉ — COMITÉ DE LECTURE

portant des changements que l’on apporta dans l'examen préliminaire des pièces. Plus tard, on substitua aux fèves des bulletins écrits, dans lesquels les comédiens motivai leur jugement. Ces bulletins n’étaient pas signés ; on les brülait après le dépouillement du vote. Les comédiens aimaïentà y faire preuve d'esprit. Il n’y a point de secret à la comédie, de telle sorte que l'écriture bien connue de chacun ne permettait pas un mystère complet. On rédigeait ces billets sans se communiquer son opinion. Il y en avait de fort remarquables, par le goût qui les avait rédigés ; il y en avait de très-originaux et de fort plaisants par leurs saillies ; on y rencontrait aussi des traits vifs et spirituels. Tous ne se piquaient pas de politesse et d’urbanité. Quelquefois même ces

, Sentences portées sur les œuvres d’une littérature élevée ne

‘ respectaient pas la grammaire, la langue, l'orthographe; les femmes surtout se rendaient coupables de ces irrévérences. Fleury était généralement poli dans ses billets ; mais il nese faisait pas faute de s’y montrer malicieux et taquin. Talma était sévère, mais il savait toujours tempérer l’austérité de son avis par un mot de consolation; Damas était brutal et grossier. Les comédiens avaient trop souvent le tort de persiffler l’auteur dont ils refusaient la pièce. Parmi les femmes, on cite Mlle Contat comme ayant éie au théâtre, aussi bien qu’à la ville, La reine du billet : la grâce de son esprit appréciait aussi finement un ouvrage qu’elle mettait de délicatesse dans les moindres détails de sa petite correspondance, Les billets de M! Bourgoin étaient presque toujours gais, singuliers, pleins de franchise et de bon sens, loin de toute prétention, et souvent voisins de l'esprit. M!° Mars gâtait d’excellentes qualités par une affectation presque continuelle, La lecture des grands ouvrages était pour la comédie une espèce de concours, dans lequel on avait souvent à craindre de voir la manie du bel esprit remplacer la justice et l'équité. Trop souvent, pour ne pas perdre une épigramme, on sacrifiait un bon ouvrage et on désolait le talent. Cet inconvénient frappa les esprits droits, et les billets furent supprimés. Il y a vingt-cinq ans environ que l’on a adopté le vote par boules blanches, rouges et noires; la boule blanche accepte, la boule rouge reçoit à correction, et la boule noire refuse.

Le titre V du décret de Moscou, cette constitution régles mentaire du Théâtre-Français, détermine de la manière suivante la condition des pièces nouvelles el des auteurs :

« Art. 68. La lecture se fera devant un comité composé de neuf personnes choisies, entre les plus anciens sociétaires, par le surintendant, qui nommera en outre trois suppléants, \ pour que le nombre des membres soit toujours complet; — Art. 69. L’admission aura lieu à la pluralité absolue des voix. — Art, 70. Si une partie est pour le renvoi à correction, on refait un tour de scrutin sur la question du renvoi, et on vote par oui et par non. — Art. 71. S'il n'y a que quatre voix pour le renvoi à correction, la pièce est reçue. » Les règles du décret de Moscou ont toujours importuné les comédiens. Ils n’ont pas osé les briser ou les violer ouvertement; mais ils ont tout fait pour les éluder et pour usurper des droits que ce pacte fondamental ne leur a pas donnés. Aujourd’hui tous les sociétaires sont membres du comité; le travail des répétitions empêche souvent l'assemblée d’être au complet, mais on ne lit jamais devant moins de neuf membres. Le comité se réunit au moins une fois par semaine. On évalue à quatre-vingts ou quatre-vingt-dix le nombre de pièces qu’il entend chaque année; on n’en joue pas plus de dix ou douze par an. On en dépose au secrétariat un peu plus de trois cents. Un examinateur choisi par le directeur lit préalablement les pièces des auteurs qui n’ont point encore eu d'ouvrages représentés. Le rapport de cet examinateur secret, arbitre souvent inconnu d’un écrivain qui honorera peut-être un jour la France, ayant sur lui droit de vie et de mort, ne donnera, à supposer même qu'il soit favorable

| ( ce qui est très-rare), d'autre droit au pauvre auteur que

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