‹ DiderotChapitre 10 sur 38 · CH. II. — L'ENCYCLOPEDIE · texte numérisé non relu

CH. II. — L'ENCYCLOPEDIE

sciences, arts et métiers, par une société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot et quant à la partie mathématique par d'Alembert, se compose de 17 vol. in-folio, dont le premier parut eu 17ol, le dernier en 1763. Un supplément de o vol. parut en 1776-77. VEncyclopédie fut réimprimée à Genève en 1777, 39 vol. et à Berne et Lausanne en 1778, 72 vol.

Enfin, le 2o juillet 1765, Diderot pouvait écrire à M""" Vollaud : « Enfin je n'y viendrai plus guère dans ce maudit atelier où j'ai usé mes yeux pour des hommes qui ne me donneront pas un bâton pour me conduire... Dans huit ou dix jours, je verrai donc la fin de cette entreprise qui m'occupe depuis vingt ans, qui n'a pas fait ma fortune, à beaucoup près, qui m"a exposé plusieurs fois à quitter ma patrie ou à perdre ma liberté et qui m'a consumé une vie que j'aurais pu rendre plus utile et plus glorieuse. »

— « Je proteste que l'entreprise de VEncyclopédie n'a pas été de mon choix ; une parole d'honneur très indiscrètement accordée, m'a livré pieds et poings liés, à cette énorme tâche et à toutes les peines qui Tout accompagnée. J'y ai mis tout ce que j'avais de temps, de santé, de connaissance et de capacité. Si je n'ai pas mieux

fait, c'est qu'il n'était pas en mon pouvoir de mieux faire...

<r Quitte envers le public, les magistrats, les libraires et moi-même, je me hâte de retourner à la tranquillité de mon cabinet et à la douceur de mes études, dont je ne me suis pas laissé distraire sans répugnance et que je ne sacrifierai pas davantage... »

« J'ai travaillé près de trente ans à cet ouvrage. De toutes les persécutions qu'on peut imaginer, il n'en est aucune que je n'aie essuyée. L'ouvrage a été proscrit et ma personne menacée par différents édits du roi et par plusieurs arrêts du Parlement.

« Nous avons eu pour ennemis déclarés la Cour, les grands, les militaires, qui n'ont jamais d'autres avis que celui de la Cour, les prêtres, la police, les magistrats, ceux d'entre les gens de lettres qui ne coopéraient pas à l'entreprise, les gens du monde, ceux d'entre les citoyens qui s'étaient laissés entraîner par la multitude. Cependant, au milieu de ce déchaînement général, tout le monde souscrivait. Ils voulaient avoir l'ouvrage et perdre les auteurs.

« On fit du nom d'encyclopédiste une espèce d'étiquette odieuse qu'on attacha à tous ceux qu'on voulait montrer au roi comme des sujets

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dangereux, désigner au clergé comme ses ennemis, déférer aux magistrats comme des gens à brûler et traduire à la nation comme de mauvais citoyens. Un encyclopédiste est, encore aujourd'hui, un homme de sac et de corde, sans qu'on sache quand cela finira ; c'est ainsi qu'on nous peignait dans les cercles de la société et dans les chaires des églises, et Ton continue.

« Il n'est pas surprenant qu'au milieu de ces troubles incessants, V Encyclopédie, avec toutes les qualités d'un excellent ouvrage, ait tous les défauts d'un mauvais.

« Il serait digne de Sa Majesté Impériale (l'impératrice Catherine II) de itoriev l'Encyclopédie, qui n'est qu'un précieux manuscrit, à l'état d'un bel ouvrage.

« L'Encyclopédie, telle qu'elle est, n'est ni sans mérite, ni sans considération. Combien sa réputation et son utilité ne s'accroîtraient-elles pas si elle était ce qu'elle peut être!

« J'ai en ma disposition tous mes coopérateurs, tous mes amis, sans en excepter d'Alembert.

« Je puis, sans le même danger, avec la multitude des secours qui m'environnent, une douzaine de coopérateurs et le grand nombre de choses qui sont assez bien faites pour n'avoir

besoin que d'une revision légère, porter dans un intervalle de temps assez court cette énorme entreprise à un tel degré de perfection que, de plus d'un siècle, nos successeurs ne trouveront pas matière à un supplément de vingt feuilles.

« Je m'engage à envoyer le manuscrit complet à Sa Majesté Impériale dans le courant de la sixième année, à compter du jour de mon arrivée en France.

« L'ouvrage, cette fois, sera fait avec liberté ; on suppléera ce qui manque; les articles défectueux seront rectifiés ; les redondants seront resserrés; les mutilés seront étendus; les renvois seront soigneusement indiqués et remplis; je donnerai à la partie des arts mécaniques toute l'exactitude dont elle est susceptible.

« Je prendrai sur moi la direction générale, toute la partie des arts mécaniques, discours et planches, l'histoire de la philosophie ancienne et moderne, et tout ce qui tend à la langue usuelle.

« Je n'ambitionne d'autre honoraire que celui de consacrer les dernières années de ma vie à construire un grand monument littéraire sur lequel je puisse inscrire le nom de ma bienfaitrice et de laisser après moi sur la terre quelque trace durable de mou existence.

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« Que Sa Majesté impériale ordonne et tout sera fait à point nommé. »

A sou retour à la Haye, Diderot espérait encore cette refonte de son ouvrage au compte de l'impératrice de Russie. « J'y mettrai, disait-il au docteur Clerc , les quinze dernières années de ma vie, mais qu'ai-je à faire de mieux? »

Diderot n'avait plus alors que dix années à vivre et ces dix années n'auraient pas suffi pour un pareil labeur.

Il y avait quelque grandeur dans le projet de tracer un inventaire de tout ce que l'esprit humain croyait savoir; le plan esquissé par d'Alembert est d'une main ferme et sûre. Voltaire et Montesquieu furent enrôlés dans la milice des travailleurs; l'on ne peut, dit Villemain, contester la puissance de Diderot qui s'y multipliait, prodiguant l'érudition, écrivain parfois obscur, capricieux, emphatique, mais esprit vaste, et portant dans beaucoup de détails un rare degré de précision et de vigueur.

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