CHAPITRE V
SA CORKESPONDA^CE
Il faut citer parmi ses amis tous les noms illustres du dix-huitième siècle et particulièrement Rousseau, Voltaire, d'Alembert. Rayual, Helvétius, Condillac, Mably, Marmoutel, Morellet, Grimm, Naigeon, à qui il confia ses papiers lors de son voyage eu Russie, le baron d'Holbach, chez qui Diderot aimait à vivre, soit au Grandval i, soit à Paris.
Dans ses lettres à M"« Voland, Diderot décrit à plusieurs reprises celte vie libre et charmante du Graudval, agréablement occupée par le travail solitaire et la libre méditation du matin, les entretiens du jour, les promenades du soir, la large hospitalité du maître de la maison, et
(1) C'est là, dit l'abbé Morellet, que Diderot, que le docteur Houx et le baron lui-même, établissaient l'athéisme avec une tranquillité, une bonne foi et une probité édifiantes.
le concours varié et choisi des visiteurs. Diderot se promenait avec le baron à travers les bois et les champs, causant en chemin de littérature, de physique ou de morale; le coucher du soleil les ramenait à la maison où les mêmes entretiens se ranimaient autour de la table et au coin du feu.
Diderot revoyait aussi quelquefois, le malin, les livres anonymes du baron et y glissait bien des pages.
C'est en 1759 que Diderot se lia, d'une étroite amitié, avec M'"" VoUand. Pendant quinze ans, dès qu'ils sont éloignés l'un de l'autre, il lui écrit deux ou trois fois par semaine de longues lettres dans lesquelles il lui raconte les moindres incidents de sa vie. « Avec vous, je sens, j'aime, ■j'écoute, je regarde. » A son retour de Russie, après une liaison de vingt ans, il lui écrit avec la même chaleur d'àme qu'aux premiers jours. « Je reparaîtrai bientôt sur votre horizon, et pour ne plus le quitter. »
Son affection était si grande et si sincère qu'il aurait voulu passer toute sa vie auprès d'elle. Il écrivait à Falconet qu'il pourrait voir sa liberté menacée, sa vie compromise, toutes sortes de malheurs sans être ému, pourvu qu'elle lui restât.